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Chapitre XXV (Extraits

Particularités et anecdotes du règne de Louis XIV.

Louis XIV mit dans sa cour, comme dans son règne, tant d’éclat et de magnificence, que les moindres détails de sa vie semblent intéresser la postérité, ainsi qu’ils étaient l’objet de la curiosité de toutes les cours de l’Europe et de tous les contemporains. La splendeur de son gouvernement s’est répandue sur ses moindres actions. On est plus avide, surtout en France, de savoir les particularités de sa cour que les révolutions de quelques autres États. Tel est l’efïet de la grande réputation ; on aime mieux apprendre ce qui se passait dans le cabinet et dans la cour d’Auguste que le détail des conquêtes d’Attila ou de Tamerlan.

L’attachement de Louis XIV pour Marie Mancini1 2 fut une affaire importante, parce qu’il l’aima assez pour être tenté de l’épouser, et fut assez maître de lui-même pour s’en séparer. Cette victoire qu’il remporta sur sa passion

(1) On s’étonne que Voltaire écrive ces mots, puisque toutes ces victoires aboutirent aux traités de Westphalie, si importants pour toute l’Europe, qui assurèrent la liberté de conscience, consacrèrent la suprématie de la France et nous donnèrent l’Alsace.

(2) Marie Mancini (1639-1714), nièce du cardinal Mazarin ; avait été élevée à la cour auprès de son oncle. Louis XIV, qui la connaissait depuis son enfance, avait songé à l'épouser; mais Mazarin lui-même s'opposa à ce projet. Elle épousa, en 1661, le prince Golonna, connétable de Naples, qu’elle suivit en Italie, mais elle ne put vivre avec son mari et mena une vie aventureuse.

Le cardinal Mazarin avait cinq nièces. L’aînée, Laure Mancini, épousa le duc de Mercceur et mourut dès 1657; la deuxième, Olympe, épousa le comte de Soissons, Eugène-Maurice de Savoie, et fut mère du prince Eugène , qui combattit contre Louis XIV dans la guerre de la Succession d’Espagne; la troisième, Marie, dont nous venons de parler ; la quatrième, Hortense, épousa le duc de la Meilleraie, qui fut fait duc de Mazarin; la cinquième, Marie-Anne, épousa le duc de Bouillon

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commença â faire connaître qu’il était né avec une grande âme. Il en remporta une plus forte et plus difficile en laissant le cardinal Mazarin maître absolu; la reconnaissance l’empêcha de secouer le joug qui commençait à lui peser i. C’était une anecdote très connue à la cour, qu’il avait dit, après la mort du cardinal : « Je ne sais pas ce que j’aurais fait s’il avait vécu plus longtemps2. »

Celui qui présidait à l’éducation du roi sous le premier maréchal de Villeroi 3, son gouverneur, était tel qu’il le fallait, savant et aimable; mais les guerres civiles nuisirent à cette éducation, et le cardinal Mazarin souffrait volontiers qu'on donnât au roi peu de lumières 3. Lorsqu’il s’attacha à Marie Mancini, il apprit aisément l’italien pour elle, et, dans le temps de son mariage, il s’appliqua à l’espagnol moins heureusement. L’étude, qu’il avait trop négligée avec ses précepteurs au sortir de l’enfance, une timidité qui venait de la crainte de se compromettre, et l’ignorance où le tenait le cardinal Mazarin, firent penser à toute la cour qu’il serait toujours gouverné, comme Louis XIII, son père.

Il n’y eut qu’une occasion ou ceux qui savent juger de loin prévirent ce qu’il devait être : ce fut lorsqu’en 1G55, après l’extinction des guerres civiles, après sa première campagne et son sacre, le Parlement voulut encore s’assembler au sujet de quelques édits; le roi partit de Vincennes en habit de chasse, suivi de toute sa cour, entra au Parlement en grosses bottes, le fouet à la main et prononça ces propres mots : « On sait les malheurs qu’ont produits vos assemblées, j’ordonne qu’on cesse celles qui

(1) Voltaire a toujours montré beaucoup de prévention contre Mazarin. Louis XIV a écrit clans ses Mémoires , en parlant de ce personnage : « Un ministre... qui m'aimait et que j’aimais... »

(2) « Cette anecdote est accréditée par les Mémoires de La Porte (p. 255 et suiv.). On y voit que le roi avait de 1 'aversion pour le cardinal; que ce ministre, son parrain et surintèndant de son éducation, l’avait très mal élevé et qu’il le laissa souvent manquer du nécessaire. » (Note de Voltaire.) Pierre de la Porte, porte-manteau d’Anne d'Autriche, fut plus tard nommé valet de chambre de Louis XIV.

(3) Le marquis de Villeroi, père du maréchal qui joua un rôle, d'ailleurs malheureux, dans les guerres de Louis XIV.

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sont commencées sur mes édits. Monsieur le premier président, je vous défends de souffrir des assemblées ; et à pas un de vous de les demander1. »

Sa taille, déjà majestueuse, la noblesse de ses traits, le ton et l’air de maître dont il parla imposèrent plus qtfe l’autorité de sou rang, qu’on avait jusque-là peu respectée2. Mais ces prémices de sa grandeur semblèrent se perdre le moment d’après, et les fruits n’en parurent qu’à la mort du cardinal.

Quelques mois après la mort de ce ministre, il arriva un événement qui n’a point d’exemple, et, ce qui est non moins étrange, c’est que tous les historiens l’ont ignoré3. On envoya dans le plus grand secret au château de l’île Sainte-Marguerite, dans la mer de Provence, un prisonnier inconnu, d’une taille au-dessus de l’ordinaire, jeune et de la ligure la plus belle et la plus noble. Ce prisonnier, dans la route, portait un masque dont la mentonnière avait des ressorts d’acier qui lui laissaient la liberté de manger avec le masque sur son visage; on avait ordre de le tuer s’il se découvrait. Il resta dans file jusqu’à ce qu’un oflicier de confiance, nommé Saint-Mars, gouverneur de Pignerol, ayant été fait gouverneur de la Bastille Fan 1690, l’alla prendre à l’île Sainte-Marguerite4 et le conduisit à

(1) « Ces paroles, fidèlement recueillies, sont dans tous les Mémoires * authentiques de ce temps-là; il n’est permis ni de les omettre, ni d’y

rien changer dans aucune histoire de France. L'auteur des Mémoires de Maintenon s’avise de dire au hasard dans sa note : « Son discours « ne fut pas tout à fait si beau et ses yeux en dirent plus que sa « bouche. » Où a-t-il pris que le discours de Louis XIV ne fut pas tout à fait si beau, puisque ce furent là ses propres paroles? Il ne fut ni plus ni moins beau : il fut tel qu’on le rapporte. » (Note de Voltaire). La scène est historique; toutefois le roi n’était pas en habit de chasse et ne portait pas de fouet à la main. Son arrivée ne fut pas^ inopinée, il avait régulièrement convoqué le Parlement pour tenir un lit de justice (13 avril 1655).

(2) Le Parlement persista à vouloir soumettre les édits à un nouvel examen, il fallut négocier avec les principaux membres de l’opposition.

(3) La première mention qui en fut faite dans un livre se trouve dans les Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la Perse, qui parurent en 1745, et racontent, sous des noms persans, les événements de la Cour de France jusqu’en 1744.

(4) Une des îles Lérins, près de Cannes, où se trouvait un château fort qui devint une prison d’État. •

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la Bastille, toujours masqué. Le marquis de Louvois alla le voir dans cette île avant la translation et lui parla debout et avec une considération qui tenait du respect. Cet inconnu fut mené à la Bastille, où il fut logé aussi bien qu’on peut l’être dans le château; on ne lui refusait rien de ce qu’il demandait; son plus grand goût était pour le linge d’une finesse extraordinaire et pour les dentelles; il jouait de la guitare. On lui faisait la plus grande chère, et le gouverneur s’asseyait rarement devant lui. Un vieux médecin de la Bastille 4, qui avait souvent traité cet homme singulier dans ses maladies, a dit qu’il n’avait jamais vu son visage, quoiqu’il eût souvent examiné sa langue et le reste de son corps. Tl était admirablement bien fait, disait ce médecin; sa peau était un peu brune, il intéressait par le seul ton de sa voix, ne se plaignant jamais de son état et ne laissant point entrevoir ce qu’il pouvait être.

Cet inconnu mourut en 1703 et fut enterré, la nuit, â la paroisse de Saint-Paul. Ce qui redouble l’étonnement, c’est que. quand on l’envoya dans l’île Sainte-Marguerite, il ne disparut dans l’Europe aucun homme considérable1 2. Ce prisonnier l’était sans doute : car voici ce qui arriva les premiers jours qu’il était dans l’île. Le gouverneur mettait lui-même les plats sur la table, et ensuite se retirait après l’avoir enfermé. Un jour, le prisonnier écrivit avec un couteau sur une assiette d’argent, et jeta l’assiette par la fenêtre vers un bateau qui était au rivage, presque au pied de la tour. Un pêcheur, .à qui ce bateau appartenait, ramassa l’assiette et la rapporta au gouverneur. Celui-ci, étonné, demanda au pêcheur : « Avez-vous J(u ce qui est écrit sur cette assiette? et quelqu’un Ta-t-il vue entre vos mains? — Je ne sais pas lire, répondit le pêcheur. Je viens de la trouver, personne ne l’a vue. » Ce paysan fut retenu

(1) Un fameux chirurgien, gendre du médecin dont je parle, et qui appartenait au maréchal de Richelieu, est témoin de ce que j'avance, et M. de Bernaville, successeur de Saint- Mars, me l!a confirmé. (Note de Voltaire .)

(2) L’aveu est à retenir.

jusqu’à ce que le gouverneur fût bien informé qu’il n'avait jamais lu et que l’assiette n’avait été vue de personne, u Allez, lui dit-il, vous êtes bien heureux de ne pas savoir lire. » Parmi les personnes qui ont eu une connaissance immédiate de ce fait, il y en a une très digne de foi qui vit encore1. M. de Chamillart fut le dernier ministre qui eut cet étrange secret. Le second maréchal de la Feuillade, son gendre, m’a dit qu’à la mort de son beau-père, il le conjura à genoux de lui apprendre ce que c’était que cet homme, qu’on ne connut jamais que sous le nom de l'homme au masque de fer. Chamillart lui répondit que c’était le secret de l’État et qu’il avait fait serment de ne le révéler jamais. Enfin il reste encore beaucoup demes contemporains qui déposent de la vérité de ce que j’avance et je ne connais point de fait ni plus extraordinaire ni mieux constaté2.

Louis XIV, cependant, partageait son temps entre les plaisirs qui étaient de son âge et les affaires qui étaient de son devoir. Il tenait conseil tous les jours et travaillait ensuite secrètement avec Colbert. Ce travail secret fut l’origine de la catastrophe du célèbre Fouquet, dans laquelle furent enveloppés le secrétaire d’Etat Guénégaud 3, Pellis-

(1) « Ceci a été écrit en 1750. » (Note de Voltaire.) II s’agit de Riousse, ancien commissaire des guerres à Cannes.

(2) Il serait difficile de choisir mieux tous les détails propres à piquer la curiosité et à préoccuper l’opinion. Voltaire, qui a plus que personne contribué à lancer cette histoire énigmatique, ne fait ici aucune conjecture sur le mystérieux prisonnier. Dans la 7e édition du Dictionnaire philosophique . il revient sur la question et, après avoir rectifié de vaines erreurs, ajoute : « Celui qui écrit ceci en sait peut-être plus que le P. Griffe t et n’en dira pas davantage. » Mais son éditeur, dans une note, lui attribue l’opinion que le Masque de fer était un frère aîné ou un frère jumeau de Louis XIV. — Victor Hugo a précisément basé sur cette légende son drame inachevé des Jumeaux. — Depuis, on a multiplié les hypothèses ; on*» a voulu voir dans le Masque de fer un prince de sang royal, un fils de Louis XIV et de Mlle de la Vallière, ou le duc de Beaufort, petit-fils de Henri IV, ou le duc de Monmouth, fils naturel de Charles II. D’autres ont pensé qu’il s’agissait d’un personnage moins illustre, le ministre du duc de Mantoue, Matthioli, qui trahit la. France après l’avoir servie, ou Fouquet lui-même, peut-être un simple valet, Étienne Danger. D’autres enfin ont estimé qu’il n’y avait là qu’une légende, le mot de Masque de fer ne se trouvant dans aucun rapport ou document.

(3) Henri de Guénégaud, secrétaire d’État, puis garde des sceaux en 1656, ne fut disgracié qu’en 1669.

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son, Gourville et tant d’autres. La chute de ce ministre, à qui on avait bien moins de reproches à faire qu'au cardinal Mazarin i,. fit voir qu’il n’appartient pas à tout le monde de faire les mêmes fautes; sa perte était déjà résolue quand le roi accepta la fête magnifique que ce ministre lui donna dans sa maison de Vaux 2. Ce palais et les jardins, lui avaient coûté dix-huit millions, qui en valent aujourd’hui environ trente-cinq3; il avait bâti le palais deux fois, et acheté trois hameaux, dont le terrain fut enfermé dans ces jardins immenses, plantés en partie par Le Notre, et regardés alors comme les plus beaux de l’Europe. Les eaux jaillissantes de Vaux, qui parurent depuis au-dessous du médiocre après celles de Versailles, de Marly et de Saint-Cloud, étaient alors des prodiges; mais, quelque belle que soit cètte maison, cette dépense de dix-huit millions, dont les comptes existent encore, prouve qu’il avait été servi avec aussi peu d’économie qu’il servait le roi. Il est vrai qu’il s’en fallait beaucoup que Saint-Germain et Fontainebleau, les seules maisons de plaisance habitées par le roi, approchassent de la maison de Vaux. Louis XIV le sentit et en fut irrité. On voit partout, dans cette maison, les armes et la devise de Fouquet. C’est un écureuil avec ces paroles : Quo non ascendant ? « Où ne monterai-je point? » Le roi se les fit expliquer. L’ambition de cette devise ne servit pas à apaiser le monarque. Les courtisans remarquèrent que l’écureuil était peint partout poursuivi par une couleuvre, qui était les armes de Colbert. La fête fut au-dessus de celles que le cardinal Mazarin avait données, non seulement pour la magnificence, mais pour le goût. On y représenta pour la première fois les Fâcheux de Molière. Pellisson avait fait le prologue, qu’on admira. Les plaisirs publics cachent ou préparent si souvent à la cour des désastres particuliers

(1) Toujours la même hostilité contre Mazarin.

(2) Yuux-le-Vicomte, aujourd’hui Vaux-Praslin, à une lieue au nordest de Mèlun.

(3) Henri Martin dit que Fouquet dépensa à Vaux, non pas dix-huit millions, mais neuf (qui en valaient dix-huit de notre monnaie, et environ quarante-cinq en valeur relative).

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que, sans la reine mère, le surintendant et Pellissûü auraient été arrêtés dans Vaux le jour de la fête...

Le roi, qui dans un mouvement d’indignation avait été tenté de faire arrêter le surintendant, au milieu de la fête qu’il en recevait, usa ensuite d’une dissimulation peu nécessaire1. On eût dit que ce monarque, déjà tout-puissant, eût craint le parti que Fouquet s’était fait.

Il était procureur général du Parlement, Net cette charge lui donnait le privilège d’être jugé par les chambres assemblées; mais, après que tant de princes, de maréchaux et de ducs avaient été jugés par des commissaires, on eût pu traiter comme eux un magistrat, puisqu’on voulait se servir de ces voies extraordinaires qui, sans être injustes, laissent toujours un soupçon d’injustice.

Colbert l’engagea, par un artifice peu honorable2, à vendre sa charge. On lui en offrit jusqu’à dix-huit cent mille livres, qui vaudraient trois millions et demi de nos jours; et, par un malentendu, il ne la vendit que quatorze cent mille francs...

Fouquet, pour avoir dissipé les finances de l’État, et/ pour en avoir usé comme des siennes propres, n’en avait pas moins de grandeur dans l’âme; ses. déprédations n'avaient été que des licences et des libéralités. Il fit porter à l’Épargne 3 le prix de sa charge, et cette belle action ne

(1) Fouquet était puissant et redoutable. Le roi savait qu'il s'était ménagé un parti, qu’il s'était même assuré des villes et des forteresses et qu’il était prêt à recourir à la guerre civile. Louis XIV a écrit dans ses Mémoires : « La vue des vastes établissements que cet homme avait projetés et «es vastes acquisitions- ne pouvaient manquer qu’elles ne convainquissent mon esprit du dérèglement de son ambition... Je ne fus pas longtemps sans reconnaître sa mauvaise foi, car il ne pouvait pas s’empêcher de continuer ses dépenses excessives, de fortifier des places, d’orner des palais, de former des cabales et de mettre sous le nom de ses amis des charges importantes, qu’il leur achetait à mes dépens dans l’espoir de se rendre bientôt l’arbitre souverain de l’Etat. »

(2) Colbert fit représenter à Fouquet que, s’il abandonnait sa charge de procureur général, le roi, qui désirait abaisser le Parlement, lui donnerait la chancellerie commue compensation, et Fouquet se laissa faire dans l’espoir de désarmer la colère du roi par sa complaisance.

(3) C'est-à-dire au Trésor royal. C’est alors que, suivant les Mémoires de Ghoisy, Louis XIV dit à Colbert : « Tout va bien, il s'enferre de lui-

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le sauva pas. On attira avec adresse à Nantes un homme qu’un exempt et deux gardes pouvaient arrêter à Paris ; le roi lui fit des caresses avant sa disgrâce. Je ne sais pourquoi la plupart des princes affectent d’ordinaire de tromper par de fausses bontés ceux de leurs sujets qu’ils veulent perdre; la dissimulation alors est l’opposé de la grandeur; elle n’est jamais une vertu, et ne peut devenir un talent estimable que quand elle est absolument nécessaire. Louis XIV parut sortir de son caractère ; mais on lui avait fait entendre que Fouquet faisait de grandes fortifications à Belle-Isle, et qu’il pouvait avoir trop de liaisons au dehors et au dedans du royaume1. Il parut bien, quand il fut arrêté et conduit à la Bastille et à Vincennes, que son parti n’était autre chose que l’avidité de quelques courtisans et de quelques femmes, qui recevaient de lui des pensions^ et qui l’oublièrent dès qu’il ne fut plus en état d’en donner. 11 lui resta d’autres amis, et cela prouve qu’il en méritait. L’illustre Mme de Sévigné, Pellisson, Gourville, Mlle Scudéri, plusieurs gens de lettres 2 se déclarèrent hautement pour lui et le servirent avec tant de chaleur, qu’ils lui sauvèrent la vie.

Un des plus implacables de scs persécuteurs était Michel Le Tellier3, alors secrétaire d’État et son rival en

même; il est venu dire qu’il porterait à l’Épargne tout l’argent de sa charge. »

(1) Il avait Belle-Isle, Concarneau et plusieurs places en Bretagne et ailleurs, dont les commandants lui étaient dévoués. Il croyait pouvoir compter sur Créqui, général des galères, surNuchèze qui commandait une flotte de l’Océan, sur Hugues de Lionne, sur le maréchal de Gramont, sur le maréchal d’Aumont, etc.

(2) On s’étonne que Voltaire ne nomme pas expressément La Fontaine, qui écrivit Y Élégie àîtx Nymphes de Vaux. Pellisson partagea la disgrâce de Fouquet et fut incarcéré à la Bastille. Il rédigea trois mémoires pour défendre son maître ; Louis XIV lui fît retirer l’encre et le papier, il continua à écrire avec un crayon improvisé sur les marges des livres laissés à sa disposition. Ii ne fut remis en liberté qu’au bout de cinq ans.

(3) Michel Le Tellier (1603-1685) avait été nommé par Mazarin secrétaire d’État de la Guerre. En 1666, il résigna ses fonctions de ministre de la Guerre en faveur de son fils aîné, Louvois. En 1677, il reçut les sceaux et, plus tard, il Tut un des principaux instigateurs de la Révocation de l’Edit de Nantes On sait que Bossuet a prononcé son oraison funèbre.

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crédit; c’est celui-là même qui fut depuis chancelier. Quand on lit son oraison funèbre, et qu’on la compare avec sa conduite, que peut-on penser, sinon qu’une oraison funèbre n’est qu’une déclamation? Mais le chancelier Séguier1, président de la commission, fut celui des juges de Fouquet qui poursuivit sa mort avec le plus d’achar nement et qui le traita avec le plus de dureté.

Il est vrai que faire le procès du surintendant, c’était accuser la mémoire du cardinal Mazarin 2. Les plus grandes déprédations dans les finances étaient son ouvrage ; il s’était approprié en souverain plusieurs branches des revenus de l’État; il avait traité en son nom, et à son profit, des munitions des armées. « Il imposait, dit Fouquet dans ses Défenses , par lettres de cachet des sommes extraordinaires sur les généralités3, ce qui ne s’était jamais fait que par lui et pour lui, et ce qui est punissable de mort par les ordonnances. » C’est ainsi que le cardinal avait amassé des biens immenses, que lui-même ne connaissait plus.

L’abus que le cardinal Mazarin avait fait de sa puissance despotique ne justifiait pas le surintendant; mais l’irrégularité des procédures faites contre lui, la longueur de son procès4, l’acharnement odieux du chancelier Séguier contre lui, le temps, qui éteint l’envie publique et qui inspire la compassion pour les malheureux, enfin les sollicitations toujours plus vives en faveur d’un infortuné

(1) Pierre Séguier (1588-1672), chancelier dès 1635, avait montré déjà une rigueur impitoyable dans la répression de la révolte des Va-nupieds. Il présida la commission chargée de juger Fouquet et montra contre l’ancien surintendant un acharnement qui lui fut vivement reproché. Mme de Sévigné, dans sa correspondance, parle de Pierrot métamorphosé en Tartuffe.

(2) On retrouve ici l’acharnement de Voltaire contre la mémoire de Mazarin ; mais il est constant que Mazarin avait donné l’exemple de la dilapidation. Fouquet, dans ses Défenses , parle de cinquante millions, dont Mazarin se serait enrichi.

(3) La France, au point de vue de l’administration financière, était •divisée en vingt sept généralités ou circonscriptions; à la tête de chacune se trouvait un intendant, qui réunissait les revenus des contributions directes et indirectes.

(4) Fouquet, arrêté le 5 septembre 1661, ne comparut devant la Chambre de justice que le 14 novembre 1664.

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que les manœuvres pour le perdre ne sont pressantes; tout cela lui sauva la vie. Le procès ne fut jugé qu’au bout de trois ans, en 1664; de vingt-deux juges qui opinèrent, il n'y en eut que neuf qui conclurent à la mort; et les treize autres, parmi lesquels il y en avait à qui Gourville avait fait accepter des présents, opinèrent à un bannissement perpétuel. Le roi commua la peine en une plus dure1; cette sévérité n’était conforme ni aux anciennes lois du royaume ni à celles de l’humanité. Ce qui révolta le plus l’esprit des citoyens, c’est que le chancelier fit exiler l’un des juges, nommé Roquesante2, qui avait le plus déterminé la Chambre de justice à l’indulgence. Fouquet fut enfermé au château de Pignerol; tous les historiens disent qu’il y mourut en 1680; mais Gourville assure, dans ses Mémoires , qu’il sortit de prison quelque temps avant sa mort; la comtesse de Vaux, sa belle-fille, m’avait déjà confirmé ce fait3; cependant on croit le contraire dans sa famille4. Ainsi on ne sait pas où est mort cet infortuné, dont les moindres actions avaient de l’éclat quand il était puissant 5.

... Le nouveau ministre des Finances, sous le simple titre de contrôleur général, justifia la sévérité de ses poursuites en rétablissant l’ordre que ses prédécesseurs avaient troublé et en travaillant sans relâche à la grandeur de l’État.

La cour devint le centre des plaisirs et le modèle des

(1) « Racine assure, dans ses Fragments historiques, que le roi dit :

« S’il avait été condamné à mort, je l’aurais laissé mourir. » S’il prononça ces paroles, on ne peut les excuser : elles paraissent trop dures et trop ridicules. » (Note de Voltaire.)

(2) Roquesante, le divin Roquesante, disait Mme de Sévigné, fut exilé à Quimper. Il était conseiller au Parlement de Provence. Olivier d’Ormesson, qui s’était prononcé pour le bannissement et la confiscation des biens, tut révoqué de ses fonctions d'intendant.

(3) Voltaire avait connu la belle-fille de Fouquet, mariée en secondes noces avec le duc de Sully, ami de l’auteur.

(4) Le célèbre maréchal de Belle-Isle, qui commanda les* armées pendant la guerre de Succession d’Autriche, était petit-fils de Fouquet.

Il mourut en 1761. Son frère, le chevalier de Belle-Isle, fut tué en 1746, au col de l'Assiette.

(5) On ne peut douter que Fouquet ne soit mort -à Pignerol, le-^ 23 mars 1680.

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autres cours; le roi se piqua de donner des fêtes qui fissent oublier celles de Vaux.

... La principale gloire de ces amusements, qui perfectionnaient en France le goût, la politesse et les talents, venait de ce qu’ils ne dérobaient rien aux travaux continuels du monarque. Sans ces travaux il n-aurait pas su régner, et si les plaisirs magnifiques de cette cour avaient insulté à la misère'du peuple, ils n’eussent été qu’odieux; mais le même homme qui avait donné ces fêtes, avait donné du pain au peuple dans la disette de 1662; il avait fait venir des grains, que les riches achetèrent à vil prix, et dont il fit des dons aux pauvres familles, à la porte du Louvre1 ; il avait remis au peuple trois millions détaillés ; nulle partie de l’administration intérieure n’était négligée; son gouvernement était respecté au dehors, le roi d’Espagne obligé de lui céder la préséance, le pape forcé de lui faire satisfaction, Dunkerque ajouté à la France par un marché glorieux à l’acquéreur et honteux pour le vendeur; enfin toutes ses démarches, depuis qu’il tenait les rênes, avaient été nobies ou utiles; il était beau après cela de donner des fêtes 2.

(1664.) Le légat a latere Ghigi, neveu du pape Alexandre VII3, Tenant au milieu de toutes les réjouissances de Versailles faire satisfaction au roi de l’attentat des gardes du pape) étala à la cour un spectacle nouveau. Ces

(1) Le roi fit venir des grains de Pologne, de Hollande, d’Afrique ou de provinces françaises qui avaient peu souffert. Ces blés, achetés aux frais du Trésor, furent en partie revendus à un prix modéré, en partie distribués gratuitement. Il fit livrer jusqu’à 100.000 livres de pain par jour, à deux sous la livre.

(2) Il eût été encore plus beau d’y renoncer, comme le fait remarquer M. Rebelliau. (Voltaire, Siècle de Louis XIV, Hachette . Colbert écrivait au roi dans un mémoire du 28 septembre 1665. « Si Votre Majesté considère son jeu, celui de la reine toutes les fêtes, repas extraordinaires, elle trouvera que cet article monte encore à plus de 300 000 livrent que les rois, ses prédécesseurs, n’ont jamais fait cette dépensa et qu’elle n’est pas du tout nécessaire. »

(3) Le duc de Créqui, ambassadeur de France à Rome, ayant, comme le dit Voltaire (chap. VII), révolté, les Romains par sa hauteur, Ma garde corse avait tiré sur le carrosse de l’ambassadeur. Louis XIV irrité demanda des réparations éclatantes. 1[ fallut que le neveu d’Alexandre VII vînt en France porter les excuses du pape.

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grandes cérémonies sont des l’êtes pour le public; les honneurs qu’on lui fit rendaient la satisfaction plus éclatante. Il reçut, sous un dais, les respects des cours supérieures, du corps de ville, du clergé ; il entra dans Paris au bruit du canon, ayant le grand Condé à sa droite et le ûls de ce prince à sa gauche, et vint dans cet appareil s’humilier, lui, Rome et le pape, devant un roi qui n’avait pas encore tiré l’épée; il dîna avec Louis XIV après l’audience, et on ne fut occupé que de le traiter avec magnificence et de lui procurer des plaisirs. On traita depuis le doge de Gênes avec moins d’honneurs, mais avec ce même empressement de plaire que le roi concilia toujours avec ses démarches altières.

Tout cela donnait à la cour de Louis XIV un air de grandeur qui effaçait toutes les autres cours de l’Europe.

...Ce qui lui donna dans l’Europe le plus d’éclat, ce fut une libéralité qui. n’avait point d’exemple. L’idée lui en vint d’un discours du duc de Saint-Aignan 1, qui lui conta que le cardinal de Richelieu avait envoyé des présents à quelques savants étrangers qui avaient fait son éloge. Le roi n’attendit pas qu’il fut loué ; mais, sûr de mériter de l’être, il recommanda à ses ministres Lionne et Colbert de choisir un nombre de Français et d’étrangers distingués dans la littérature, auxquels il donnerait des marques de sa générosité. Lionne ayant écrit dans les pays étrangers, et s’étant fait instruire autant qu’on le . peut dans cette matière si délicate, où il s’agit de donner des préférences aux contemporains, on fit d’abord une liste de soixante personnes ; les unes eurent des présents, les autres des pensions, selon leur rang, leurs besoin^ et leur mérite (1663), Le bibliothécaire du Vatican, Allacci 2 ; le comte Graziani3, secrétaire d’État du duc de Modène ; le

(1) François-Honorat de BeauvillierSj duc de Saint-Aignan (1607- 1687), faisait partie de l’Académie française. Il était père du duc de Beauvilliers, à qui fut confiée l’éducation du duc de Bourgogne.

(2) Allatius (en italien Allacci), né à Scio en 1586, d’une famille grecque, vint à Home et se convertit au catholicisme. Il écrivit de nombreux ouvrages de théologie et d'érudition.

(3) Jérôme Graziani (1604-1675), poète tragique et épique.

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célèbre Yiviaoi l, mathématicien du grand-duc de Florence ; Vossius2, Fhistoriographe des Provinces-Unies ; l’illustre mathématicien Huyghens 3 ; un résident hollandais en Suède 4 ; enfin jusqu’à des professeurs d’Altorf et de Helmstadt5, villes presque inconnues des Français, furent étonnés de recevoir des lettres de M. Golbert, par lesquelles il leur mandait que, si le roi n’était pas leur souverain, il les priait d’agréer qu’il fût leur bienfaiteur. Les expressions de ces lettres étaient mesurées sur la dignité des personnes, et toutes étaient accompagnées ou de gratifications considérables ou de pensions.

Parmi les Français, on sut distinguer Racine, Quinault, Fléchier, depuis évêque de Nîmes, encore fort jeunes ; ils eurent des présents. Il est vrai que Chapelain7, et Cotin 6, eurent des pensions; mais c’était principalement Chapelain que le ministre Colbert avait consulté. Ces deux hommes, d’ailleurs si décriés pour la poésie, n’étaient pas sans mérite : Chapelain avait une littérature immense, et, ce qui peut surprendre, c’est qu’il avait du goût et qu’il était un des critiques les plus éclairés8. Il y a une grande distance de tout cela au génie. La science

(1) V'.viani (1622-1703), élève de Galilée et de Torricelli.

(2) Isaac Vossius (1618-1689), né à Leyde (fils du savant allemand Gérard-Jean Vossius), passa en Suède, où il fut le bibliothécaire de la reine Christine et son maître de grec. Il mourut en Angleterre.

(3) Huyghens (1629-1695). savant hollandais, géomètre et astronome attiré par Louis XIV à Paris, où il fut un des premiers membres de l’Académie des sciences.

(4) Nicolas Heinsius (1620-1681), savant hollandais, fut attiré par Christine en Suède ; en 1650 et en 1654, les États de Hollande le nommèrent leur résident auprès de cette reine. On l’a appelé le restaurateur des poètes latins, à cause des bonnes éditions qu’il a données de plusieurs.

(5) Altorf, en Bavière, Helmstadt, dans le Brunswick, avaient l une et l’autre des universités.

(6) 3.000 livres à Chapelain, « le plus grand poète français et du plus solide jugement ». C’était Chapelain qui avait dressé la liste.

(7) 1.200 livres à l’abbé Cotin, « poète et orateur français ».

(S) Jean Chapelain (1595-1674) n’était pas seulement l’auteur du poème épique de la Pncelle (1656), dont Boileau s’est tant moqué. C’était un savant et un critique. On sait son rôle dans la Querelle du Cid. Ses lettres à Balzac montrent de quelle considération il jouissait parmi les gens de lettres.

LE SIÈCLE DE LOUIS XTV

et l’esprit conduisent un artiste, mais ne le forment en aucun genre. Personne en France n’eut plus de réputation de son temps que Ronsard et Chapelain ; c’est qu’on était barbare dans le temps de Ronsard, et qu’à peine on sortait de la barbarie dans celui de Chapelain. Costar1, le compagnon d’études de Ralzac et de Voiture, appelle Chapelain le premier des poètes héroïques.

Boileau n’eut point de part à ces libéralités : il n’avait encore fait que des satires, et l’on sait que ces satires attaquaient les mêmes savants que le ministre avait consultés. Le roi le distingua quelques années après, sans consulter personne2.

Les présents faits dans les pays étrangers furent si considérables3 que Viviani fit bâtir à Florence une maison des libéralités de Louis XIV ; il mit en lettres d’or, sur le frontispice : Ædes a Deo dcitæ, allusion au surnom de Dieudonné , dont la voix publique avait nommé ce prince à sa naissance.

On se figure aisément l’effet qu’eut dans l’Europe cette magnificence extraordinaire, et si l’on considère tout ce que le roi fit bientôt après de mémorable, les esprits les plus sévères et les plus difficiles doivent souffrir les éloges immodérés qu’on lui prodigua. Les Français ne furent pas les seuls qui le louèrent : on prononça douze panégyriques de Louis XIV en diverses villes d’Italie ; hommage qui n’était rendu ni par la crainte ni par l’espérance4, et que le marquis Zampieri envoya au roi.

II continua toujours à répandre ses bienfaits sur les lettres et sur les arts : des gratifications particulières

(1) Pierre Costar (1603-1660), érudit et bel esprit.

(2) Il figure, en 1665 et en 1666, sur la liste des pensions pour 1.200 livres. Puis son nom disparaît pour me reparaître qu’en 1676, aveu une pension de 2.000 livres.

(3) Les - pensions aux gens de lettres et les académies coûtèrent, de 1663 à 1690, la somme de 1.707.148 livres, sans compter les gratifications.

(4) Par la crainte, non; mais par l’espérance, si. Il fallait bien que la gratitude des pensionnaires se fît jour. D’ailleurs, si cette gratitude avait été muette, elle eût agi .contre ses intérêts et on le lui eût fait bien voir.

Voltaire

VOLTAIRE

d’environ quatre mille louis à Racine, la fortune 1 de Despréaux, celle de Quinault, surtout celle de Lulli et de tous les artistes qui lui consacrèrent leurs travaux en sont des preuves. Il donna même mille louis à Benserade 2 pour faire graver les tailles-douces de ses Métamorphoses d’Ovide en rondeaux, libéralité mal appliquée, qui prouva seulement la générosité du souverain : il récompensait dans Benserade le petit mérite qu’il avait eu dans ses ballets. *

Plusieurs écrivains ont attribué uniquement à Colbert cette protection donnée aux arts, et cette magnificence de Louis XIY ; mais il n’eut d’autre mérite en cela que de seconder la magnanimité et le goût de son maître. Ce ministre, qui avait un très grand génie pour les finances, le commerce, la navigation, la police générale, n’avait pas dans l’esprit ce goût et cette élévation du roi ; il s’y prêtait avec zèle, et était loin de lui inspirer ce que la nature donne 3.

On ne voit pas, après cela, sur quel fondement quelques écrivains ont reproché l’avarice à ce monarque. Un prince qui a des domaines absolument séparés des revenus de l’État, peut être avare comme un particulier; mais un roi de France, qui n’est réellement que le dispensateur de l’argent de ses sujets 4, ne peut guère être atteint de ce vice. L’attention et la volonté de récompenser peu-

(1) Il s'agit ici de la faveur, du succès de la carrière de Boileau, etc. et non de leur richesse. Si Boileau reçut pension de Louis XIV, comme il est dit plus haut, on sait qu'il n'en avait pas besoin et n'avait rien sollicité.

(2) Benserade (1612-1691) avait fait avec succès des vers pour les ballets de la Cour. On sait qu’il fut l'auteur du célèbre sonnet de Job qui, avec celui d 'Uranie par Voiture, excita une si grande admiration. C’est à la fin de sa vie qu’il s'avisa de mettre les Métamorphoses d’OviDE en- rondeaux.

(3) Voltaire veut dire sans doute que Colbert était loin d'inspirer à Louis XIV une générosité que ce prince devait à sa nature seule.

(4) Louis XIV a écrit dans ses Mémoires : « Les rois sont seigneurs absolus et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés, aussi bien par les gens d’Église que par les séculiers, pour en user en tout temps comme de sages économes, c’est-à-dire suivant le besoin général de leur État »

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vent lui manquer, mais c’est ce qu’on ne peut reprocher à Louis XIV.

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