DE BERLIN A FERNEY
si Horace est le premier des fais'eurs de bonnes épîtres, Rabelais, quand il est bon, est le premier des bons bouffons. Il ne faut pas qu’il y ait deux hommes de ce métier dans une nation; mais il faut qu’il y en ait un. Je me repens d’avoir dit» autrefois trop de mal de lui.
Il y a un plaisir bien préférable à tout cela ; c’est celui de voir verdir de vastes prairies, et croître de belles moissons : c’est la véritable vie de l’homme, tout le reste est ill usion l.
Je vous demande pardon, madame, de vous parler d’un plaisir qu’on goûte avec ses deux yeux 2; vous ne connaissez plus que ceux de l’âme. Je vous trouve admirable de soutenir si bien votre état ; vous jouissez au moins de toutes les douceurs de la société. II est vrai que cela se réduit presque à dire son avis sur les nouvelles du jour ; et il me semble qu’à ta longue cela est bien insipide. Il n’y a que les goûts et les passions qui nous soutiennent dans ce monde. Vous mettez à la place de ces passions la philosophie, qui ne les vaut pas et moi, madame, j’y mets le tendre et respectueux attachement que j’aurai toujours pour vous...
(1) Voltaire est à peu près conquis par la terre.
(2) Mme du Ueffand était devenue aveugle en 1751, à l’âge de cinquante-quatre ans.
Cul-de-lampe tiré des Eléments de la philosophie de Newton, 1738.