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Deuxième partie

Après avoir ainsi présenté les faits, Voltaire, dans la seconde partie de son ouvrage, passe aux réflexions sur la tolérance.

Il s’élève d’abord contre les confréries, comme celle des pénitents blancs, qui avaient joué un rôle indiscret dans la ville au moment du procès de Calas ; puis il prend en main la cause des prolestants français et demande si la tolérance qu’on exercerait vis-à-vis d’eux pourrait présenter quelque danger. ^

Quelques-uns ont dit que si l’on usait d’une indulgence paternelle envers nos frères errants qui prient Dieu en mauvais français, ce serait leur mettre les armes à la main, qu’on verrait de nouvelles batailles de Jarnac, de Moncontour, de Coutras, de Dreux, de Saint-Denis, etc., c’est ce que j’ignore, parce que je ne suis pas un prophète; mais il me semble que ce n’est pas raisonner conséquemment 1 que de dire : Ces hommes se sont soulevés quand je leur ai fait du mal, donc ils se soulèveront quand je leur ferai du bien,

J’oserais prendre la liberté d’inviter ceux qui sont à la tête du gouvernement, et ceux qui sont destinés aux grandes places, à vouloir bien examiner mûrement si l’on doit craindre en effet que la douceur produise les mêmes révoltes que la cruauté a fait naître, si ce qui est arrivé dans certaines circonstances doit arriver dans d’autres, si les temps, l’opinion, les mœurs sont toujours les mêmes.

Les huguenots, sans doute, ont été enivrés de fanatisme et souillés de sang comme nous ; mais la génération présente est-elle aussi barbare que leurs pères? le temps, la raison, qui fait tant de progrès, les bons livres, la douceur de la société, n’ont-ils point pénétré chez ceux qui conduisent l’esprit de ces peuples ? et ne nous apercevonsnous pas que presque toute l’Europe a changé de face depuis environ cinquante années ?

Le gouvernement s’est fortifié partout, tandis que les mœurs se sont adoucies. La police générale, soutenue d’armées nombreuses toujours existantes, ne permet pas d’ailleurs de craindre le retour de ces temps anarchiques,

(1) Conséquemment. V . Lex,

La malheureuse famille Calas, estampe de Carmontelle, gravée par Delafosse (1765).

Cette estampe représente la famille de Calas et sa servante, incarcérées, selon la coutume, au cours du piocès de ichub r r ~ + .^lAedonl l-v lootnl'O dp 1» «Ant.ATlP.ft

VOLTAIRE

où des paysans calvinistes combattaient des paysans catholiques, enrégimentés à la hâte, entre les semailles et les moissons.

D’autres temps, d’autres soins. Il serait absurde de décimer aujourd’hui la Sorbonne, parce qu’elle présenta requête autrefois pour faire brûler la Pucelle d’Orléans, parce qu’elle déclara Henri III déchu du droit de régner, qu’elle l’excommunia, quelle proscrivit le grand Henri IV. On ne recherchera pas sans doute les autres corps du royaume, qui commirent les mêmes excès dans ces temps de frénésie ; cela serait non seulement injuste, mais il y aurait autant de folie qu’à purger tous les habitants de Marseille, parce qu’ils ont eu la peste en 1720.

Voltaire montre ensuite les progrès qui se sont accomplis chez les différents peuples et qui rendent la tolérance possible. Il conclut ainsi sur ce point :

Enfin cette tolérance n’a jamais excité de guerre civile; l’intolérance a couvert la terre de carnage. Qu’on juge maintenant entre ces deux rivales, entre la mère qui veut qu’on égorge son fils, et la mère qui le cède, pourvu qu’il vive.

Suit une sorte d’histoire de l'intolérance à travers les âges. L’auteur voudrait prouver que l’intolérance était inconnue des Grecs et des Romains et n’est entrée dans le monde qu’avec le christianisme. Les martyrs, selon lui,auraïentété persécutés, non pour leur croyance, mais pour le trouble qu’ils apportaient dans l’Etat.

Ici, Voltaire cédant à sa passion antireligieuse et à son humeur sarcastique, jette le ridicule sur des légendes chrétiennes ou sur des épisodes de la Bible.

Il est mieux inspiré quand il entreprend de montrer que Jésus- Christ a répudié la violence. Il commence par répondre à une objection tirée d’un passage de l’Evangile. Il s’agit de la parabole du Festin des noces. Ceux qui sont invités à ce festin s’étant récusés, le père de famille dit aux serviteurs : Allez dans les grands chemins et le long des haies et contraignez les gens d’entrer.

On n’a que trop abusé de ces paroles. Contrains-les d'entrer ne veut dire autre chose, selon les commentateurs les plus accrédités, sinon : Priez, conjurez, pressez, obtenez. Quel rapport, je vous prie, de cette prière et de ce souper à la persécution?

Jésus-Christ, après la parabole du festin, dit : Si quel-

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