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ne pourrait résister aux tourments, et qu‘il avouerait sous les coups des bourreaux son crime et celui de ses complices. Ils furent confondus, quand ce vieillard, en mourant sur la roue, prit Dieu à témoin de son innocence, et le conjura de pardonner à ses juges 4.
Ils furent obligés de rendre un second arrêt contradictoire avec le premier, d’élargir la mère, son fils Pierre, le jeune Lavaisse et la servante; mais un des conseillers leur ayant fait sentir que cet arrêt démentait l’autre, qu’ils se condamnaient eux-mêmes, que tous les accusés ayant toujours été ensemble dans le temps qu’on supposait le parricide, l’élargissement de tous les survivants prouvait invinciblement l’innocence du père de famille exécuté, ils prirent alors le parti de bannir Pierre Galas, son fils. Ce bannissement semblait aussi inconséquent, aussi absurde que tout le reste : car Pierre Galas était coupable ou innocent du parricide; s’il était coupable, il fallait le rouer comme son père; s’il était innocent, il ne fallait pas le bannir. Mais les juges effrayés du supplice du père et de la piété attendrissante avec laquelle il était mort, imaginèrent sauver leur honneur en laissant croire qu’ils faisaient grâce au fils ; comme si ce n’eût pas été une prévarication nouvelle de faire grâce; et ils crurent que le bannissement de ce jeune homme pauvre et sans appui, étant sans conséquence, n’était pas une grande injustice, après celle qu’ils avaient eu le malheur de commettre...
... On enleva les filles à la mère ; elles furent enfermées dans un couvent. Cette femme, presque arrosée du sang de son mari, ayant tenu son fils aîné mort entre ses bras, voyant l’autre banni, privée de ses filles, dépouillée de tout son bien, était seule dans le monde, sans pain, sans espérance, et mourante de l’excès de son malheur1 2. Quelques personnes, ayant examiné mûrement toutes les cir-
(1) La mort héroïque et touchante du vieil huguenot est une des meilleures preuves en sa faveur.
(2) Ce ton oratoire, nouveau chez Voltaire, est un effet de l’émotion qui anime l’écrivain et qu’il veut communiquer à ses lecteurs.
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constances de cette aventure horrible, en furent si frappées qu’elles firent presser la dame Calas, retirée dans une solitude, d’oser venir demander justice aux pieds du trône. Elle ne pouvait pas alors se soutenir, elle s’éteignait; et, d’ailleurs, étant née Anglaise, transplantée dans une province de France dès son jeune âge, le nom seul de la ville de Paris l’effrayait. Elle s’imaginait que la capitale du royaume devait être encore plus barbare que celle du Languedoc. Enfin, le devoir de venger la mémoire de son mari l’emporta sur sa faiblesse. Elle arriva à Paris prête1 d’expirer. Elle fut étonnée d’y trouver de l’accueil, des secours et des larmes.
La raison l’emporte à Paris sur le fanatisme, quelque grand qu’il puisse être, au lieu qu’en province le fanatisme l’emporte presque toujours sur la raison.
M. de Beaumont, célèbre avocat du Parlement de Paris, prit d’abord sa défense, et dressa une consultation qui fut signée de quinze avocats. M. Loiseau, non moins éloquent, composa un mémoire en faveur de la famille M. Mariette, avocat au Conseil, dressa une requête juridique qui portait la conviction dans tous les esprits.
Ces trois généreux défenseurs des lois et de l’innocence abandonnèrent à la veuve le profit des éditions de leurs plaidoyers. Paris et l’Europe entière s’émurent de pitié, et demandèrent justice avec cette femme infortunée. L’arrêt fut prononcé par tout le public, longtemps avant, qu’il put être signé par le Conseil.
La pitié pénétra jusqu’au ministère, malgré le torrent continuel des affaires, qui souvent exclut la pitié, et malgré l’habitude de voir des malheureux, qui peut endurcir le cœur encore davantage. On rendit les filles à la mère. On les vit toutes les trois couvertes d’un crêpe et baignées de larmes, en faire répandre à leurs juges.
(1) Prête de. Y. Lex.
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