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A DIEU VOLTAIRE A ÉRIGE CETTE ÉGLISE

l’âge de ^soixante-dix-huit ans. « Tout ce que nous avons de mieux à faire sur la terre, c’est de la cultiver, les autres expériences de physique ne sont que jeux d’enfants en comparaison des expériences de Triptolème, de Vertumne et de Pomone ; ce sont là de grands physiciens ». Lettre à Haller. (Desnoireterres, Voltaire aux Délicesi p. 324.)

VOLTAIRE

peux plus jouer la comédie, j’ai changé mon théâtre en manufacture » (26 auguste 1771), et pour premier essai il envoie à la duchesse de Ghoiseul une paire de bas de soie sortie de sès ateliers. On verra la lettre plus loin (p. 913).

Il demande à une reine de la mode, Mme de Saint-Julien, des échantillons de soie blanche pour servir de modèle aux ouvrières de Ferney. « Vous avez vu cette belle blonde , façon de dentelle de Bruxelles, qui a été faite dans notre village. L’ouvrière qui a fait ce chef-d’œuvre est prête d’en faire autant, et en aussi grand nombre qu'on voudra et à très bon marché, pour l’ancienne boutique Duchapt ; elle prendra une douzaine d’ouvrières avec elle, s’il le faut, et nous vous aurons l’obligation d’une nouvelle manufacture » (25 auguste 1772).

Pour développer à Ferney l’industrie horlogère, Voltaire fit appel à ces natifs qui peuplaient Genève et au sort desquels il s’était activement intéressé lors de leurs démêlés avec le grand Conseil. Le seigneur de Ferney demanda à Choiseul l’autorisation de les introduire en France. Il leur promit des avances de fonds et bientôt il • se mit en campagne pour recommander les produits de leur travail. Il s’adressa pour cela à Mme de Choiseul (V. plus loin, p. 914).

Il supplie le cardinal de Bernis de lui indiquer à Rome un honnête marchand qui veuille bien être son correspondant. « Si Catherine II, ajoute-t-il, prend Constantinople, nous comptons bien fournir des montres à l’Eglise grecque. » Comment Voltaire s’y prend pour faire l’article à tous les ambassadeurs, c’est ce que l’on verra dans la Lettre circulaire à tous les ambassadeurs qu’il s’avise de rédiger et dans laquelle il se réclame de la haute protection du duc de Choiseul.

Il n’hésite pas à revenir à la charge et fait presser par ses amis les ministres susceptibles de favoriser son commercé. « J’aurai beaucoup d’obligations à M. le duc de Praslin, s’il daigne envoyer des montres au dey et à la milice d’Alger, au bey et à la milice de Tunis ». (Lettre à d’Argental, 26 septembre 1770). II n’oublie personne. En attendant que Catherine II ait pris Cons- , tantinople, pour fournir de montres l'Eglise grecque, Voltaire prend le parti d’envoyer à Stamboul, une petite cargaison, qu il recommande aux bons soins de notre ambassadeur auprès de la Porte, M. de Saint-Priest. « La Turquie pourra être un meilleur débouché encore que Paris, lorsque la paix sera faite; car, enfin, il faudra bien qu’elle se fasse 4. » Bientôt le duc de Duras achetait un ou deux ballots de montres pour les présents de mariage du comte d’Artois (Lettre de Voltaire à Richelieu,

16 janvier 1771). L’impératrice Catherine lui en demandait pour

(1) Elle se fit en 1774. Le traité de Kainardji donna à la Russie les ^ débouchés qu’elle désirait sur la Mer Noire.

LA VIE A F EH NE Y

quelques milliers de roubles. « Je les prendrais toutes », écrivait-elle, et Voltaire d’expédier aussitôt pour quarante mille francs de montres. « Nous souhaitons tous ardemment dans mon canton, lui écrivait-il, que toutes les heures de ces montres vous soient favorables et que Moustapha passe toujours de mauvais quarts d’heure » (30 avril 1771).

On est confondu de cette activité endiablée et de cette fécondité épistolaire chez un vieillard de soixante-dix à quatre-vingts ans. Pas de jours sans qu’il écrivît ou dictât1 2, par dizaines et quelquefois par vingtaines, lettres et billets, d’une malice, d’une vivacité, souvent d’une grâce inimitables.

Dans un corps décharné une flamme subsistait toujours ardente, éblouissante d’esprit et de passion, qui se traduisait par le feu du regard, comme par celui de la conversation et du style. Les derniers portraits, ceux de Pigalle et de Iloudon, ont fixé et immortalisé ce contraste.

On trouvera plus loin (p. 915) la lettre que Voltaire écrivit à Madame Necker pour protester contre le projet de sa statue confiée à Pigalle (mai 1770.)

Nous donnons aussi à sa date (p. 922) la curieuse lettre dans laquelle il demande grâce à Denon pour un portrait caricatural et pourTestampe bien connue du Déjeuner de Ferney. *

Terminons ces courtes notes par quelques détails empruntés à deux contemporains sur le costume souvent un peu étrange de Voltaire à Ferney.

« Il était toujours en souliers gris, bas gris de fer, roulés, grande veste de basin, longue jusqu’aux genoux, grande et longue perruque et petit bonnet de velours noir. Le dimanche, il mettait quelquefois un bel habit mordoré 8 uni, veste et culotte de même, mais la veste à grandes basques et galonnée en or, à la bourgogne, galons festonnés et à lames, avec de grandes manchettes à dentelles jusqu’au bout des doigts, car avec cela , disait-il, on a l'air noble ».

Prince de Ligne. ( Mon séjour chez M. de Voltaire.)

Le voyageur anglais Sherlock le peint en déshabillé, dans sa tenue la plus habituelle chez lui. « Les deux jours que je l’ai vu, il portait des souliers de drap blanc, des bas blancs de laine, des culottes rouges, deux gilets avec une robe de chambre et la veste de toile bleue, semée de fleurs jaunes ét doublée de jaune: il portait une perruque grise à trois marteaux et, pardessus, un bonnet de nuit de soie, brodé d’or et d’argent. »

(■ Lettre d'un voyageur anglais, Londres, 1779, p. 153.)

(1) Il avait pour secrétaire Wagnière, qui, après l'avoir servi pendant vingt-quatre ans, a laissé sur son maître des notes intéressantes.

(2) C’est-à-dire brun avec reflets dorés.

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