‹ Œuvres choisiesChapitre 203 sur 228 · LË RETOUR A PA IV I S · texte numérisé non relu

LË RETOUR A PA IV I S

disposé pour son malade et pour son entourage et que ses paroles visent moins les dernières heures de l’agonie du moribond, que les angoisses des jours précédents; mais le témoignage de Tronchiruie saurait être négligé et il s'en faut qu’il représente la mort de son client comme tranquille et douce,

La sépulture. — La question de la sépulture, qui avait tant préoccupé Voltaire, se trouva posée. Le clergé refusait l’inhumation en terre sainte. Le curé de Saint-Sulpice ne s’opposait pas d’ailleurs à ce que la dépouille du philosophe fut transportée sans cérémonie à Ferney. Le corps hâtivement embaumé, mais non mis en bière, fut installé, revêtu d’une robe de chambre, dans un carrosse à six chevaux, où monta un domestique de confiance. Un autre carrosse suivait, où se trouvait M. d’Hornoy (1) avec deux cousins.

L’abbé Mignot avait pris les devants et descendait le 31 mai, vers 7 heures du soir, au monastère de Scellières (2), dont il étaii, abbé commendataire. 11 expliqua les circonstances au j) rieur. Il ne pouvait songer à emporter le corps de son oncle jusqu’à Ferney, où il craignait l’intransigeance de l’évêque d’Annecy, et d’ailleurs l’état du corps ne permettait pas un si long voyage. 11 fut donc décidé qu’au moins provisoirement la dépouille de Voltaire serait ensevelie à Scellières.

Les honneurs religieux furent rendus avec dignité. Plusieurs messes basses furent célébrées, suivies d’un service plus solennel. Les cendres de Voltaire reposèrent à Scellières jusqu’au ► 9 mai 1791.

homme de bien, qui n’est que la fin d’un beau jour, à celle de Voltaire, l’aurais vu bien sensiblement la différence qu’il y a entre un beau jour et une tempête, entre la sérénité de l’âme d’un sage qui cesse de vivre et le tourment affreux de celui pour qui la mort est le roi des épouvantements... » V

Parlant plus loin des drogues que Voltaire avait absorbées pour se soutenir dans son dernier effort de travail en vue de la séance de l’Académie, Tronchin ajoute : « Il a fait toutes les folies qui ont hâté sa mort et qui l’ont jeté dans l’état de désespoir et de démence le plus affreux. Je ne me le rappelle pas sans horreur. Dès qu’il vit que tout ce qu’il avait fait pour augmenter ses forces, avait produit un effet tout contraire, la mort fut toujours devant ses yeux. Dès ce moment la rage s’est emparée de son âme. Rappelez-vous les fureurs d'Orest^ : Furiis agitatus obiit... » Cité par Desnoireterres, VIII, p. 364.

(1) M. d’Hornoy, petit neveu de Voltaire (V. p. 908, n. 1). — L’abbé Mignot était frère de Mme Denis (V. p. 510, n. 1).

(2) Scellières est .situé en Champagne, dans le département de l'Aube, à 2 kilomètres de Romilly-sur-Seine.

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