LE RETOUR A PARIS
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Fac-similé de récriture de Voltaire âgé.
(Billet de recommandation pour son secrétaire Wagnière, adressé à M. de Vaines, 4 mai 1778.)
Grâce aux soins de Tronchin, les effets de l’opium se dissipèrent, mais il restait une inquiétante faiblesse, qui allait croissant, le malade se refusant presque à toute nourriture.
C’est dans cet état que Voltaire apprit que le conseil du roi venait de réviser le procès de Lally. On sait (1) que le défenseur des Calas s’était donné autrefois la tâche de réhabiliter la mémoire de l’ancien gouverneur des Indes, injustement condamné
(1) V. plus haut, p. 777,
VOLTAIRE
et dont la condamnation et le supplice remontaient à plus de quinze ans. Le malade, qui venait de passer des journées entières sans parole et presque sans aucun signe de sensibilité, se redressa pour dicter les lignes suivantes àTadresse du fils de Lally :
« Le mourant ressuscite en apprenant cette grande nouvelle. Il embrasse bien tendrement M. de Lally, il voit que le roi est le défenseur de la justice : il mourra content. »
. Ce billet, daté du 26 mai, est le dernier qu’il ait dicté.
Mort de Voltaire. — Voltaire mourut le 30 mai, sur les 11 heures du soir. L’abbé Mignot, son neveu, alla chercher, pour confesser le moribond l’abbé Gaultier. Celui-ci se rendit rue de Beaune, accompagné du curé de Saint-Sulpice. Les deux prêtres s’approchèrent du malade, mais ils ne purent obtenir de lui que des paroles incohérentes. C’est du moins ce que porte la relation de l’abbé Gaultier. D’après Grimm, La Harpe et d’Alembert, il aurait répondu aux exhortations des prêtres : « Laissez-moi mourir en paix ! »
L’abbé Gaultier témoigne que Voltaire mourut trois heures après qu’il l’eut quitté. Il regrette de n’avoir pas prévu un dénouement si rapide, et de ne pas etre resté auprès du malade pour lui prêter jusqu’au bout les secours de son ministère.
Comment se passèrent les trois dernières heures de la vie du grand incrédule ?* Ce point est obscur. Les amis de Voltaire ont représenté sa mort comme une fin paisible et sans secousse. Ses adversaires, au contraire, ont entouré son agonie de détails affreux. Les deux partis avaient un égal intérêt à soutenir leurs thèses contradictoires. Les philosophes ne pouvaient dire ni laisser dire que Voltaire eût par ses paroles ou son attitude démenti ses écrits et sa vie passée. De leur côté, les croyants se refusaient à admettre que l’auteur de tant de libelles impies, ait pu sans appréhensions et sans remords entrer dans l’éternité.
Les récits pénibles que l’on a fait courir et dont le premier se trouve dans la Gazette de Cologne du 7 juillet 1778 (cinq semaines après l’événement par' conséquent) sont anonymes et ne s’appuient sur aucune autorité précise. Ils ne peuvent donc être reçus avec confiance et paraissent entachés d’esprit de dénigrement.
Le seul témoignage que l'on puisse invoquer est celui de Tronchin qui, dans une lettre célèbre au pasteur Bossart, écrit certaines paroles assez graves *. Il est vrai que Tronchin est mal-
(i) « Si mes principes, mon bon ami, avaient eu besoin que j’en serrasse le nœud, l’homme que j’ai vu dépérir, agoniser et mourir sous mes yeux, en aurait fait un nœud gordien et, en comparant la mort d’un