‹ Œuvres choisiesChapitre 22 sur 228 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

BRUTUS, VALÉRIUS PUBLICOLA, les sénateurs1.

BRUTUS

estructeurs des tyrans, vous qui n’avez pour

[rois

Que les dieux de Numa, vos vertus et nos lois, Enfin notre ennemi commence à nous con-

[naître.

Ce superbe Toscan qui ne parlait qu’en maître,

(1) Or remarquera le caractère nouveau et dramatique d# cette scène d’exposition.

Œuvres ,

VOLTAIRE

Porserma, de Tarquin ce formidable appui,

Ce tyran, protecteur d’un tyran comme lui,

Qui couvre de son camp lés rivages du Tibre,

Respecte le sénat et craint un peuple libre.

Aujourd’hui, devant vous abaissant sa hauteur,

Il demande à traiter par un ambassadeor. 10

Arons, qu’il nous députe, en ce moment s’avance ;

Aux sénateurs de Rome il demande audience : fl attend dans ce temple, et c’est à yôüs de voir S’il le faut refuser, s’il le faut recevoir.

VALÉIUUS PÜBLICOLA

Quoi qu’il vienne annoncer, quoiqu’on puisse en attendre, 11 le faut a son roi renvoyer sans l’entendre :

Tel est mou sentiment. Rome ne traite plus Avec ses ennemis que quand ils sont vaincus.

Votre fils, il est vrai, vengeur de la patrie,

A deux fois repoussé le tyran d’Étrurie ; 20

Je sais tout ce qu’on doit à ses vaillantes mains ;

Je sais qu’à votre exemple il sauva les Romains :

Mais ce n’est point assez ; Rome assiégée encore Voit dans les champs voisins ces tyrans qu’elle abhorre. Que Tarquin satisfasse aux ordres du sénat ; 25

Exilé par nos lois, qu’il sorte de l’État;

De son coupable aspect/ qu’il purge nos frontières,

Et nous pourrons ensuite écouter ses prières (I) 2.

Ce nom d’ambassadeur a paru vous frapper ;

Tarquin n’a pu nous vaincre, il cherche à nous tromper. 30 L’ambassadeur d’un roi m’est toujours redoutable 3;

Ce n’e§t qu’un ennemi, sous un titre honorable,

Qui vient, rempli d’orgueil ou de dextérité,

Insulter ou trahir avec impunité.

Rome, n’écoute point leur séduisant langage : 35

(I) Aspect . V. Lex.

(*) Réminiscence? A'Athalie.

« Et vous viendrez après m’immoler vos victimes. » (I, 1, 92.) éminiscence de Britannicus.

« Agrippine, seigneur, est toujours redoutable. » (III, 1; 768.)

B RUT U S

Tout art t’est étranger ; combattre est Ion partage : Confonds tes ennemis de ta gloire irrités ;

Tombe, ou punis les rois : ce sont là tes traités.

BRUTUS

Rome sait à quel point sa liberté m’est chère :

Mais, plein du même esprit, mon sentiment diffère. 40 Je vois cette ambassade, au nom des souverains,

Comme un premier hommage aux citoyens romains. Accoutumons des rois la fierté despotique A traiter en égale 1 avec la république ;

Attendant que, du ciel remplissant les décrets, 45

Quelque jour avec elle ils traitent en sujets*

Arons vient voir ici Rome encor chancelante,

Découvrir les ressorts 2 de sa grandeur naissante.

Épier son génie, observer son pouvoir :

Romains, c’est pour cela qu’il le faut recevoir. 50

L’ennemi du sénat connaîtra qui nous sommes,

Et l’esclave d’un roi va voir enfin des hommes.

Que dans Rome à loisir il porte ses regards :

Il la verra dans vous : vous êtes ses remparts.

'QiTil révère en ces lieux le dieu qui nous rassemble ; 55

Qu’il paraisse au sénat, qu’il écoute, et qu’il tremble.

(Les sénateurs se lèvent, et s’approchent un moment pour donner leurs voix.)

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