‹ Œuvres choisiesChapitre 41 sur 228 · LETTRE I · texte numérisé non relu

LETTRE I

Une visite à un quaker.

’ai cru que la doctrine et Thistoire d’un peuple si extraordinaire, méritaient la curiosité d’un homme raisonnable. Pour m’en instruire, j’allai trouver4 un des plus célèbres quakers d’Angleterre, qui, après avoir été trente ans dans le commerce, avait su mettre des bornes à sa fortune et à ses désirs, et s’était retiré dans une campagne auprès de Londres. Je

(1) La Lorraine, alors, n’était pas encore réunie à la France.

(2) Voltaire (Hachette), p. 52.

(3) Nous avons revu le texte de ces extraits sur celui de l’édition critique des Leltrqs philosophiques, donnée par M. Lanson en 1909. C’est le texte de l’édition Jore en 1734.

(4) U est facile de reconnaître ici un souvenir des Provinciales,

LËS LETTRÉS PHILOSOPHIQUES

fus Je chercher dans sa retraite: c’était une maison petite, mais bien bâtie, pleine de propreté1 sans ornement» Le quaker 2 était un vieillard frais qui n’avait jamais connu les passions ni l’intempérance ; je n’ai point vu en ma vie d’air plus noble ni plus engageant- que le sien. Il était vêtu, comme tous ceux de sa religion, d’un habit sans plis dans les côtés, et sans boutons sur les poches ni sur les manches, et portait un grand chapeau à bords rabattus comme nos ecclésiastiques. Il me reçut avec son chapeau sur la tète, et s’avança vers moi sans faire la moindre inclination de corps; mais il y avait plus de politesse dans l’air ouvert et humain de son visage qu’il n’y en a dans l’usage de tirer une jambe derrière l’autre, et de porter à la main ce qui est fait pour couvrir la tête, a Ami, me dit-il, je sais que tu es étranger; si je puis t’ètre de quelque utilité, tu n’as qu’à parler. — Monsieur, lui dis-je, en me courbant le corps et en glissant un pied vers lui, selon notre coutume, je me flatte que ma juste curiosité ne vous déplaira pas, et que vous voudrez bien me faire l’honneur de m’instruire de votre religion. — Les gens de ton pays, me répondit-il, font trop de compliments et de révérences; mais je n’en ai encore vu aucun qui ait eu la même curiosité que toi. Entre, et dînons d’abord ensemble. » Je fis encore quelques mauvais compliments, parce qu’on ne se défait pas de ses habitudes tout d’un coup ; et après un repas sain et frugal, qui commença et finit par une prière à Dieu, je me mis à interroger mon homme.

Une discussion s’engage sur le baptême, puis sur la communion, que les quakers repoussent également. Le vieillard s'explique sur certaines singularités de la secte, comme l’usage de tutoyer, la simplicité des habits, le refus de prêter serment en justice- et de prendre part à la guerre.

(1) propreté. V. Lex.

(2) * Il s’appelait André Pitt, et tout cela est exactement vrai, à quelques circonstances près. André Pitt écrivit depuis à l’auteur pour se plaindre de ce qu'on avait ajouté un peu à la vérité, et l’assura que Dieu était offensé de ce qu’on avait plaisanté les quakers. (Note de Voltaire.)

La seconde lettre continue le même sujet. Le quaker explique au Français pourquoi les gens de sa secte ne veulent pas reconnaître de prêtres.

La troisième et la quatrième lettres exposent comment s’est établie la secte des quakers en Angleterre, puis en Amérique.

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