‹ Œuvres choisiesChapitre 62 sur 228 · ALVAREZ · texte numérisé non relu

ALVAREZ

Mon fils mourant, mon fils, ô comble de douleur !

ZAMORE, à Gusman.

Tu veux donc jusqu’au bout consommer ta fureur?" Viens, vois couler mon sang, puisque tu vis encore, 1365 Viens apprendre à mourir en regardant Zamore

GUSMAN, à Zamore.

Il est d’autres vertus que je veux t’enseigner.

Je dois un autre exemple, et je viens le donner.

(A Alvarez.)

Le Ciel, qui veut ma mort, et qui l’a suspendue,

Mon père, en ce moment, m’amène à votre vue. 1370 Mon âme fugitive, et prête à me quitter,

S’arrête devant vous... mais pour vous imiter.

Je meurs ; le voile tombe; un nouveau jour m’éclaire;

Je ne me suis connu qu’au bout de ma carrière ;

J’ai fait, jusqu’au moment qui me plonge au cercueil, 1375 Gémir l’humanité du poids de mon orgueil.

Lé ciel venge la terre : il est juste ; et ma vie Ne peut payer le sang dont ma main s’est rougie.

Le bonheur m’aveugla, la mort m’a détrompé.

Je pardonne à la main par qui Dieu m’a frappé. 1380 J’étais maître en ces lieux, seul j’y commande encore : Seul je puis faire grâce, et la1 fais à Zamore.

Vis, superbe ennemi, sois libre, et te souvien2 Quel fut et le devoir et la mort d’un chrétien.

(A Montèze, qui se jette à ses pieds.)

Montèze, Américains, qui fûtes mes victimes, 1385

Songez que ma clémence a surpassé mes crimes. Instruisez l’Amérique ; apprenez à ses rois Que les chrétiens sont nés pour leur donner des lois.

(A Zamore.)

Des dieux que nous servons connais la différence3:

(1) Y. Notes gramm., fi. 984, IV, i, 2.

(2) Souvien sans s, licence poétique pour la rime.

(3) Ce vers souvent cité traduit une pensée chère à Voltaire et donne

VOLTAIRE

Les tiens t’ont commandé le meurtre et la vengeance ; 1390 Et le mien, quand ton bras vient de m’assassiner, M’ordonne de te plaindre et de te pardonner.

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