ALVAREZ
Ah! mon fils, tes vertus égalent ton courage.
ALZIRE
Quel changement, grand Dieu ! quel étonnant langage !
ZAMORE
Quoi ! tu veux me forcer moi-mème au repentir ! 1395
gusman
Je veux plus, je te veux forcer à me chérir.
Alzire n’a vécu que trop infortunée,
Et par mes cruautés, et par mon hyménée ;
Que ma mourante main la remette en tes brâs : ,
Vivez sans me haïr, gouvernez vos États, 1400
Et de vos murs détruits rétablissant la gloire,
De mon nom, s’il se peut, bénissez la mémoire.
(A Alvarez.)
Daignez servir de père à ces époux heureux :
Que du ciel, par vos soins, le jour luise sur^eux!
Aux clartés des chrétiens si son âme est ouverte, 1405 Zamore est votre fils et répare ma perte;
ZAMORE
Je demeure immobile, égaré, confondu.
Quoi donc! Les vrais chrétiens auraient tant de vertu! Ah! la loi qui t’oblige à cet effort suprême,
Je commence à le croire, est la loi d’un Dieu meme l. 1410 J’ai connu l’amitié, la constance, la foi ;
une leçon de tolérance. Il est la traduction d’un mot du .duc François de Guise à un protestant, qui avait formé le projet de l’assassiner pendant le siège de Rouen (1562) : « Or çà, je vous veux montrer combien la religion que je tiens est plus douce que celle de quoi vous faites profession. La vôtre vous a conseillé de me tuer, sans m’ouïr, n’ayant reçu de moi aucune offense ; et la mienne me commande que je vous pardonne, tant convaincu que vous êtes d’avoii*youlu me tuer sans rai' son. »
(1) V. Notes gramim, p. 984, llf, 8,
ALZlftË
Mais tant de grandeur d’àme est au-dessus de moi ; Tant de vertu m’accable, et son charme m’attire. Honteux d’ètre vengé, je t’aime, et je t’admire.
(Il se jette à ses^pieds.)
ALZLRE
Seigneur, en rougissant je tombe à vos genoux. Alzirc, en ce moment, voudrait mourir pour vous. Entre Zamore et vous mon âme déchirée Succombe au repentir dont elle est dévorée.
Je me sens trop coupable, et mes tristes erreurs...