MAHOMET, OMAR, SÉIDE
MAHOMET
nfant d’un Dieu qui parle à votre cœur, Écoutez par ma voix sa volonté suprè-
[me :
Il faut venger son culte, il faut venger [Dieu même. 840
Abrégé de l'histoire SÉIDE
tmiverselle, 1753.
Roi, pontife et prophète, à qui je suis voué,
Maître des nations par le ciel avoué,
(1) De pareilles reconnaissances sont un artifice dramatique dont Voltaire a usé et abusé dans Œdipe , dans Zaïre, dans Mérçpe, etc.
(2) Renouvelées de'celles de Camille (Corneille, Horace , IV, 4) mais elles sont prononcées devant un grand nombre de témoins.
MAHOMET
Vous avez sur mon être une entière puissance ;
Éclairez seulement ma docile ignorance.
Un mortel venger Dieu !
MAHOMET
C’est par vos faibles mains 845 Qu'il veut épouvanter les profanes humains.
SÉIDE
Ah! sans doute ce Dieu, dont vous êtes l’image,
Va d’un combat illustre honorer mon courage.
MAHOMET
Faites ce qu’il ordonne, il n’est point d’autre honneur.
De ses décrets divins aveugle exécuteur, 850
Adorez et frappez ; vos mains seront armées Par l’ange de la mort, et le dieu des armées.
SÉIDE
Parlez : quels ennemis vous faut-il immoler ?
Quel tyran faut-il perdre ? et quel sang doit couler ?
MAHOMET
Le sang du meurtrier que Mahomet abhorre, 855
Qui nous persécuta, qui nous poursuit encore,
Qui combattit mon Dieu, qui massacra mon fils;
Le sang du plus cruel de tous nos ennemis,
De Zopire.
SÉIDE
De lui ! quoi ! mon bras
MAHOMET
Téméraire,
On devient sacrilège alors qu’on délibère. 800
Loin de moi les mortels assez audacieux Pour juger par eux-même1 et pour voir par leurs yeux! Quiconque ose penser n’est pas né pour me croire.
Obéir en silence est votre seule gloire2.
Savez-vous qui je suis ? Savez-vous en quels lieux 865 Ma voix vous a chargé des volontés des deux?
(1) Eux-même. V. Notes gramm., p. 984, III, 8..
(2) On voit que, porte-parole de l’auteur, Mahomet ne cherche pas à voiler l’horreur de ses ordres, au contraire.
VOLTAIRE
Si, malgré ses erreurs et son idolâtrie,
Des peuples d’Orient La Mecque est la patrie ;
Si ce temple du monde est promis à ma loi;
Si Dieu m’en a créé le pontife et le roi; 870
Si la Mecque est sacrée, en savez-vous la cause ?
Ibrahim1 y naquit, et sa cendre y repose :
Ibrahim, dont le bras, docile àTÉternel,
Traîna son fils unique aux marches de l’autel^
Étouffant pour son Dieu les cris de la nature. 875
Et quand ce Dieu par vous veut venger son inj ure,
Quand je demande un sang à lui seul adressé,
Quand Dieu vous a choisi, vous avez balancé !
Allez, vil idolâtre, et né pour toujours l’être,
Indigne musulman, cherchez un autre maître. 880
Le prix était tout prêt; Palmire était à vous :
Mais vous bravez Palmire 2 et le ciel en courroux.
Lâche et faible instrumentées vengeances suprêmes,
Les traits que vous portez vont tomber sur vous-mêmes,3 ; Fuyez, servez, rampez, sous mes fiers ennemis. 885
SÉIDE
Je crois entendre Dieu ; tu parles, j’obéis.
MAHOMET
Obéissez, frappez : teint du sang d’un impie,
Méritez par sa mort une éternelle vie.
(A Omar.)
Ne F abandonne pas; et, non loin de ces lieux,
Sur tous ses mouvements ouvre toujours les yeux. 890