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CHAPITRE X

Mahomet (1741). — Mérope (1743).

En 174J* Voltaire donna Mahomet , forte et terrible peinture du fanal isme. Mahomet y est représenté comme un fourbe, qui fonde sa religion sur l’imposture pour établir sa tyrannie. En face de lui se dresse un noble adversaire, Zopire, le héros de la pièce, qui ne cesse de lutter contre l’usurpation et l’hypocrisie. Il meurt martyr de la liberté et de la franchise.

Le personnage le plus intéressant est peut-être le jeune Séide, si bien endoctriné par Mahomet qu’il croit faire une chose sainte en frappant Zopire pour la religion. En immolant ce juste, il est devenu parricide : Zopire était son père. Le nom de Séide est resté dans la langue pour désigner le partisan aveugle et fanatique de quelque intrigant.

Voltaire, dans une lettre à Frédéric (septembre 1739). appréciait ainsi son œuvre : « Votre Altesse Royale verra si les horreurs que le fanatisme entraîne y sont peintes d’un pinceau assez ferme et assez vrai. Le malheureux Séide, qui croit servir Dieu en égorgeant son père, i>’est point un portrait chimérique. Les Jean Chàtel1, les Clément, les Ravaillac étaient dans ce cas et ce qu’il y a de plus

(i) Jean Châtel, auteur d'un attentat contre Henri IV. en 1694. — Jacques Clément, assassin d’Henri III, 1589. — Ravaillac, meurtrier d’Henri IV,

VOLTAIRE

horrible, c’est qu’ils étaient tous dans la bonne foi. N’est-ce donc pas rendre service à l'humanité de distinguer toujours, comme j’ai fait, la religion de la superstition; et méritais-je d’être persécuté pour avoir toujours dit en cent façons différentes, qu’on ne fait jamais de bien à Dieu en faisant, du mal aux hommes? »

MAHOMET

Acte premier. — Zopire, sheik ou shérif de la Mecque, s’emporte devant Phanor, sénateur, contre l’usurpateur. L’entrée en scène est môme extraordinairement vive. Voici les premiers vers :

« Qui ? moi, baisser les yeux devant ses faux prodiges ’

Moi, de ce fanatique encenser les prestiges !

L’honorer dans La Mecque après l’avoir banni !

Non. Que des justes dieux Zopire soit puni,

Si tu vois cette main, jusqu’ici libre et pure,

Caresser la révolte et flatter l’imposture ! »

Phanor essaie de le modérer. Mahomet n'était qu’un vil séditieux: aujourd’hui, c'est un prince, il triomphe, il règne sur trente nations qui croient qu’un Dieu terrible

« L’inspire, le conduit et le rend invincible ».

Zopire a%u ,sa femme et ses enfants tués par Mahomet et, luimême, autrefois a chassé de La Mecque le prophète dont il a fait périr le fils. Il a pris dans un combat une jeune fille, Palmire, pour laquelle il n’est pas sans éprouver une tendre sympathie ; mais celleci demande à retourner auprès de Mahomet, qui la fait élever et en qui elle croit voir un dieu. Elle ne s’appartient plus: sans parents, sans patrie 1 , esclave, elle ne connaît d’autre lien que le lien religieux. Le lieutenant de Mahomet, Omar, vient traiter avec Zopire. Le contraste est frappant entre ces deux hommes. L’un a d’abord combattu Mahomet, mais il s’est rallié au prophète et parle en fa natique ; l’autre fait éclater son mépris et sa haîne contre l’imposteur. Omar lui propose de partager l’empire et les trésors de son maître. Il annonce que Mahomet approche avec son armée. Mais Zopire reste intraitable.

Acte II. — Omar intimide les citoyens et finit par obtenir qu’on laisse entrer Mahomet. Celui-ci parait sur la scène. On est étonné de l’entendre confesser à Omar ses fureurs et ses faiblesses. Il avoue qu’il aime Palmire, que Séide est son rival, que d’ailleurs ces jeunes gens ignorent leur naissance, qu’ils sont frère et sœur et que Zopire est leur père. Devant Zopire, Mahomet n’est pas moins expansif. Il déclare qu’il est ambitieux, qu il a voulu exalter la nation des Arabes, mais que pour la rendre illustre, il fallait l’aveugler et l'asservir. Zopire repousse toute transaction avec l'imposteur. Bientôt il apprend

(1) C’est elle qui prononce le vers connu :

« La patrie est aux lieux où l’âme est enchaînée. »

MAHOMET

que ses deux enfants sont entre les mains de Mahomet : il peut les délivrer, mais à quelle condition !

« Faut-il donner mon sang ?

demande le père,

Faut-il porter leurs fers ?

— « Non; mais il faut m’aider à tromper l’univers,

Il faut rendre La Mecque, abandonner ton temple,

De la crédulité donner à tous l’exemple,

Annoncer l’Alcoran aux peuples effrayés,

Me servir en prophète et tomber à mes pieds :

Je te rendrai ton fils, et je serai ton gendre. »

Zopire refuse. A la scène suivante, Mahomet apprend d’Omar qu’on a décidé de le faire assassiner le lendemain, dès que la trêve aura expiré. Mahomet déclare que Zopire périra.

Acte III. — Mahomet, jaloux de Séide, veut se servir de lui pour frapper Zopire, accusé de trahison.

« Qu’il l’immole, il le faut : il est né pour le crime.

Qu’il en soit l’instrument, qu’il en soit la victime. »

Mais Séide aura-t-il assez de rage pour exécuter l’ordre fatal? Quand on lui apprend qui il faut frapper, il est ému, il se récrie. Mahomet lui ferme la bouche en le rappelant à l’obéissance passive. Il achève de l’enflammer par la promesse de Palmire, qui doit être le prix de sa docilité. Resté seul un instant, Séide est pris de remords à la pensée de tuer un vieillard sans défense. Bientôt il se trouve en face de celui qui doit être sa victime et qui lui montre l’intérêt le plus touchant; Séide, bouleversé, est tout prêt à abjurer son serment. Cependant Zopire apprend qu'Hercide, l’homme qui lui a autrefois ravi ses enfants, veut le voir en secret. « Dieux, rendezmoi mon fils », dit-il. Il pressent que Palmire et Séide, qui ignorent leur naissance, peuvent être ses enfants ; s’ils ne sont point à lui, il veut les adopter.

Acte IV. — Le crime se prépare : Mahomet et Omar se concertent encore : il faut que Séide frappe Zopire et périsse aussitôt; il faut que le plus profond mystère cache à Séide sa naissance et, au peuple, la mort de Séide. Celui-ci, plus troublé que jamais, se débat contre Tordre qui lui a été donné par le terrible prophète. L’humanité se révolte en lui; mais la main de Palmire doit être sa récompense. Palmire, non moins émue que lui, ne peut ni le retenir, ni le quitter. Séide frappe donc Zopire au moment où ce vieillard, sans défense, prie ses dieux de lui faire retrouver ses enfants. Après avoir percé de coups sa victime, Séide, tout égaré, revient auprès de Palmire. Il ne peut plus se tenir, il raconte qu’avant de mourir, Zopire Ta regardé avec tendresse, l’appelant cher Séide... Bientôt on voit paraître Zopire lui-même qui, mortellement blessé, s’est relevé encore et s’appuie à l'autel. Palmire, obéissant à un instinct irrésistible, co.urt à lui et le soutient. Phanor apporte trop tard le secret d’Hercide qui, mourant des mains de Mahomet, voulait prévenir Séide qüe Zopire est son père et Palmire sa sœur. Alors se

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produit la reconnaissance douloureuse de Zopire et de ses enfants1 2. Séide n’a plus qu’une pensée, c’est d’immoler à son père « le mons tre » qui a armé sa main. Mais aussitôt il est arrêté et Palmire reçoit l’ordre de suivre Omar auprès de Mahomet.

Acte V. — Celui-ci se flatte de triompher. Il désavouera Séide, qui va mourir empoisonné. Tl croit que son secret a été gardé, mais il est bientôt détrompé. Palmire. que déjà il voulait préparer à partager ses grandeurs, éclate en invectives et en imprécations 2. Puis on entend des cris, la scène est envahie. On voit, d’un côté, Mahomet, Omar et. sa suite; de l’autre, Séide et le peuple, Palmire au milieu. Séide porte à la main un poignard, mais il est affaibli par le poison. Au moment où il s’avance pour entraîner le peuple contre Mahomet, il chancelle, il tombe. Mahomet ne manque pas d’exploiter en sa faveur ce prétendu prodige. Dans cette mort, trop facile à prévoir ou à expliquer, il montre au peuple une vengeance du ciel. La mort, dit-il, lui obéit, elle est prête à fondre sur ses ennemis. Le peuple effrayé se retire. Palmire, après avoir essayé de retenir les partisans de Séide, se jette sur le poignard de son frère et s’en frappe. Mahomet, déchiré par le remords, recommande à Omar de cacher au moins cette faiblesse et de sauver la gloire de Mahomet.

« Mon empire est détruit, si l’homme est reconnu. »

Nous donnons les scènes de l’acte III dans lesquelles Mahomet commande à Séide le meurtre de Zopire, et Séide se débat contre l’atroce devoir qu’on lui impose, partagé entre sa crédulité et ses sentiments humains. —

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