‹ Œuvres choisiesChapitre 89 sur 228 · DE L’IMPRIMERIE ROYALE · texte numérisé non relu

DE L’IMPRIMERIE ROYALE

Titre du Poème de Fontenoy, 1745.

VOLTAIRE

Conservez cette vie au monde nécessaire.

Louis craint pour son fils 4, le fils craint pour son père. 170 Nos guerriers tout sanglants frémissent pour tous deux, Seul mouvement d’effroi dans ces cœurs généreux.

Vous qui gardez mon roi, vous qui vengez la France, Vous peuple de héros, dont la foule s’avance,

Accourez, c’est à vous de fixer les destins : 175

Louis, son fils, l’État, l’Europe est en vos mains,

Maison du roi, marchez, assurez la victoire ;

Soubise et Pecquigny 1 2 vous mènent à la gloire. Paraissez, vieux soldats, dont les bras éprouvés- Lancent de loin la mort, que de près vous bravez. 180 Venez, vaillante élite, honneur de nos armées ;

Partez, flèches de feu, grenades enflammées.

Phalanges de Louis, écrasez sous vos coups Ces combattants si fiers, et si dignes de vous.

Richelieu, qu’en tous lieux emporte son courage, 185 Ardent, mais éclairé, vif à la fois et sage,

Favori de l’Amour, de Minerve et de Mars,

Richelieu vous appelle, il n’est plus de hasards ;

Il vous appelle ; il voit d’un œil prudent et ferme

Des succès ennemis et la cause et le terme ; 190

11 vole, et sa vertu secondant vos grands cœurs,

Il vous marque la place où vous serez vainqueurs.

D’un rempart de gazon, faible et prompte barrière Que l’art oppose à peine à la fureur guerrière,

La Marck, La Vauguyon, Choiseul, d’un même effort 195 Arrêtent une armée, et repoussent la mort.

D’Argenson, qu’enflammaient les regards de son père,

La gloire de l’Etat, à tous les siens si chère,

Le danger de son roi, le sang de ses aïeux,

(1) « Un boulet de canon couvrit de terre un homme entre le roi et monseigneur le dauphin, et un domestique de M. le comte d’Argenson fut atteint d’une balle de fusil derrière eux. »

(2) Le premier à la tête des gendarmes, le second à la tête des chevau-légers. Voltaire s’est appliqué à rappeler le souvenir des principaux personnages mêlés à la bataille de Fontenoy. Boileau, dans i’épttre sur le Passage du Rhin, avait cité une vingtaine de noms. Voltaire, dan<! son poème, en^cite plus de soixante.

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