‹ Œuvres choisise de A. RivarolChapitre 17 sur 17 · MAXIMES ET PENSÉES · texte numérisé non relu

MAXIMES ET PENSÉES

Religion.

& AciTE a parlé en vrai philosophe quand I dit qu'il valait mieux croire ea vDieu que d'en discourir : Sanctias ac W,rtvtrmtius vidttur dt exitlenlia Dn credtre quant seirt.

Il n'y 3, dans le fond, qu'une religion sur la terre : c'est It rapport de l'homme à Dieu, comme il n'y a qu'un métal appelé argent j mais chaque nation marque ce métal I son coin, ce qui fait les différentes monnaies. Il eu est de même des langues, qui diffèrent çntre elles quoiqu'il n'y ait qu'une parole. Comment appliquer la mesure de fixité aux cultes et aux langues?, comment trouver leur c6té universel?

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a34 MAXIMES ET PENSÉES

L'iinWers est composé de cercles concentriques ordonnés les uns autour des autres et qui se répondent tous avec une merveilleuse harmonie, depuis l'insecte et l'homme , depuis l'atome et le soleil, jusqu'à l'élre unique, éclatant et mystérieux qui leur sert de centre, et qui est le moi de l'univen.

On a eu des prâtres constitutionnels, mais on ne peut pas avoir une religion constitutionnelle.

L'idée fondamentale de la religion juive, c'est que Dieu a préféré les Juifs à tous les peuples. Par cette idée seule, Moïse éleva un mur d'airain entre sa nation et toutes les nations; il fit plus, il dévoua ce malheuieui peuple à une véritable excommunicaiion de la part de l'univers, et ce. qui est admirable, c'est que, par cette haine universelle, il lui assura l'immortalité. L'amour ou même l'indifférence des autres peuples auraient fait disparaître les Juifs depuis longtemps, puisqu'ils se seraient fondus par les mariages, par l'effet des conquêtes, par ]es dispersions; mais cette haine du genre humain les a conservés, et c'est par elle qu'ils sont effectivement impérissables.

Les Juifs disaient à Dieu : i Seigneur, faites tout pour les vivants, car vous n'avez rien à atten-

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lOris : Non mortui taudùbunt U Do~

Un pttt de pbiloiopkie écarte de la religion, et beaucoup y ramène. Bacon a dit ceci de la religion, et il a voulu faire entendre que, lorsqu'on revient à elle, c'est qu'elle nous rappelle par son côté politique.

De nos jonrs, si le pouvoir absolu d'an seul s'établit en France, la philosophie opposera moins de digues ï la tyrannie que la religion.

J'ai vu UD homme qui ne croyait pas en Dieu, et qui était une véritable providence pour tout ce qui l'environnait. Je n'ai vu que celui-là.

La dévote croit aux dévots, l'indévote aux philosophes; mais toutes deux sont également crédules.

A raesure que la philosophie se propage , les cérémonies pour les morts diminuent, et la croyance d'une autre vie s'affaiblit. VoilÙ pourquoi on a donné le nom de superstition h cet article des croyances religieuses qui fait que nous croyons nous survivre; et, cet article étant le plus important, il a donné son nom aux crédulités de tout genre.

.C.oi.gl':

l36 MAXIMES ET PENSEES

Su/>cnlitJoio) vocoboRf Ulos qui se sibi tsst supenUtts credcbant.

L'homme sage, en fait de religion , ne doit être ai superstitieux ni impie.

Les poètes cous ont plus intéressés en docnaot aux dieux les faiblesses humaines que s'ils avaient donné aux hommes les perfections des dieux.

L'incrédule se trompe sut l'antre vie ; le croyaai se trompe souvent sur celle-ci.

La plupart de nos impies ne soot <)ue des dévots révoltés.

Le martyr d'une vieille religion a l'air d'un entêté; le martyr d'une religion nouvelle a l'air d'un inspiré.

Les visions ont un heureux instinct : elles ne viennent qu'à ceux qui doivent y croire.

Philosophie.

La mémoire se contente de tapisser en drapeaux; mais l'imagination s'entoure des tentures des Gobelins.

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ANECDOTES ET BONS MOTS t^J

La mémoire est toujours aux ordres du cœur.

Les méthodes sont les habitudes de l'esprit et les économies de la mémoire.

L'identité du but est la preuve du sens commua parmi les hommes ; la diffëreoce des moyens est la mesure des esprits, et l'absurdité dBDS le but est le si^ne de la folie.

Les enfants crient ou chantent tout ce qu'ils demandent, caressent ou brisent tout ce qu'ils touchent, et pleurent tout ce qu'ils perdent.

La raison est historienne, mais les passions sont actrices.

Il y aura toujours deux mondes soumis aux spé* culations des philosophes : celui de leur imagina' tlon, où tout est vraisemblable et rien n'est vrai, et celui de la nature, où tout est vrai sans que rien paraisse vraisemblable.

On n'a pas.le droit d'une chose impossible.

On peut dire que Locke et Condillac, l'un plus occupé â combattre des erreurs et l'autre à établir des vérités, manquaient également tous deux du

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338 HAXimS ET nMSÉES

lecret de l'expreuioo, de cet heaieoi pouvoir des mots qui sillonne si profondémeDi l'atlention des bomtnes en ébranlant lenr imagination.

La nature a fait présent à l'homme de deux paissants organes : de la digestion et de la généralion. Par l'un eUe a assuré la vie h l'individii, par l'antre l'immortalité k l'espèce; et tel est en nous le T&le de l'estomac que les pieds ei les mains ne sont pour lui que d^ndustrieus escUïcs, et que celte télé elle-même dont nous sommes si fiers n'est qu'un satellite plus éclairé : c'est le fanal de l'édifice.

On peut diviser les animaux en personnes d'esprit et en personnes à talent : le chien, l'éléphant, par exemple, sont des gens d'esprit ; le rossignol et le ver & soie sont des gens à talent.

Nous sommes le seul animal qui soit surpris de l'univers, et qui s'étonne tous les jours de n'en être pas plus étonné. La surprise, chez les animaux, ne roule que sur l'apparition de quelque objet inconnu, et se termine brusquement par l'épouvante ou la fuite, et, àla longue, parla familiarité ou l'oubli. Chez nous la surprise est mère de la réflexion ; elle se termine par la méditation, et nous conduit souvent i des découvertes par l'beu-

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ANECDOTES ET BONS MOTS i3ç

reux loannent de la peosée. L'étonnement même que nous cause notre faiblesse est un signe de génie : car se seniir petit est uae marque de grandeur, comme se sentir coupable est une marque de vertu. Enfin, nous sommes à la fois étonnants et étonnés; les animaux ne sont qu'étonnants.

On ne fait point l'histoire de la nature. Si je mettais chaque jour un masque, celui qui aurait dessiné tous mes masques n'aurait pas encore fait mon portrait.

L'admirable nature a voulu que ce que les hommes ont de commun fût essentiel, et ce qu'ils ont de différent peu de chose : il est vrai que ce qu'ils ont de différent change beaucoup ce qu'ils ont de semblable.

L'homme est le seul animal qui fasse du feu, ce qui lui a donné l'empire du monde.

Ceux qui demandent des prodiges ne se doutent pas qu'ils demandent à la nature l'interruption de ses prodiges.

Nos besoins sont fondés sur les proportions. Ce monde étant une harmonie, et par conséquent tout fondé sur les pioportions, la stnsi'&ili't^, dans le sens

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140 MASIHIS ET nXSto

de pitié, n'«l entrée pour rien dans le plan ^ie la natuie.

Nous sommM trop heureux que les animaux, déjà réparés par la forme, n'aient pas la parole, car, s'ils communiqualeat d'idées ei de sentîmenti avec nous, s'ils parlaient, l'hunianilê nous empêcherait de les manger. On ne peut même se résoudre à tuer les animaux qui entrent en corn muni cal ion plus intime avec nous, comme le chien. Si tous tuez la poule d'un paysan, un écu le saiisfait; mais, si vous tuez son chien, il n'y a pas- de compensation : un écu serait un outrage de plus.

La vie étant un tout, c'est-à-dire ayant un commencement, un milieu et une fin, ît n'importe pas qu'elle soit longue ou courte ; il importe seulement qu'elle ail ses proportions. On ne peut donc se plaindre que d'une mort prématurée, qui arrive avant la fin de la vie : une telle mort n'est pas en effet la Sn , mais l'interruption de la

Il fallait nécessairement que la nature donnSi la durée à l'individu ou à l'espèce. Elle a suivi le premier plan pour les globes et le soleil, et le &&> cond pour les animaux el les plantes. Or, dans ce cas-ci, il fallait bien que les formes individuelles

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fussent passagères pour que l'immortalité restât à l'espèce.

Je iis toujours avec fniit Hippocrate, Boerhaave

et Bordeu : comme ils ont affaire à la matière vivante, ils sont, par le spectacle des causes finales, toujours plus près de la difficulté.

La nécessité métaphyùque est qu'une chose est telle que son contraire est impossible, comme deui et deus font quatre. La nécessité physique est l'existence actuelle des choses : il est uécessaire que le soleil brille; la nécessité morale est dans les choses qui ne sauraient être autrement : il est moralement nécessaire qu'une mère aime ses enfants.

Il est une foule de philosophes, gens de peu de nom dans ces matières, esprits aventureux, qui traitent la nature non avec cette ardeur mêlée de respect qui distingue le véritable amant digne de ses faveurs, mais en hommes indiscrets, qui ne cherchent que la nouveauté, la vogue et le bruit, et déshonorent trop souvent l'objet de leurs hommages.

Le vrai philosophe est celui qui se place, par le seul effort de sa raison, au point où le commua des hommes n'arrive q>^ par le bienfait du temps. Rivarot, I. Si

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IfS HAXIMES ET TtHitH

Dans le monde, celui-là ett un vrai philosophe qui pardonne à la société son défaut de fortune avec autant de calme qu'un tel, nche baD<}uîer, pardonne son défaut d'esprit à la nature.

La fortune de Voltaire maintint l'équilibre de son existence. Voyez U Mondain, Rousseau offre, au contraire, un grand défaut d'équilibre entre son talent et sa fortune. L'un convenait à un grand empire;' l'autre à une petite ville, où la pauvreté peut être une vertu. Mais, par une bizarrerie que les seules passions expliquent, l'un vécut à Genève, et l'autre ii Paris : l'un voulut jouir fastueusement de sa fortune chez un petit peuple, et l'autre étonner une grande nation du spectacle de sa hrouche pauvreté. Ce n'est pas là de la véritable philosophie.

Rousseau a fait graver à la tête de ses oeuvres politiques un satyre qui s'approche d'un flambeau, et il lui crie :Safyrc, n'approche pas, tarit ftu brûle : en quoi il a mal expliqué son allégorie, car le satyre, étant encore loin, n'est frappé que de la lumière. Il fallait donc lui crier: N'approche pas, car la lumiire brûle; et c'est de quoi il s'agissait. Nos philosophes ont donc jeté la lumière à nos satyres sans songer qu'elle brûle.

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Si cette parole d'uo sage : Quand tu doutes absîkns-toi, est la plus belle maxime de la morale, elle est aussi la première en métaphysique.

La métaphysique ne résout pas certaines difficultés, mais elle les expose mieux eu les mettant sous UD plus grand jour. Le commun des hommes voit des taches dans la luoe ; un télescope nous met en état de compter, de dessiner ces taches, sans nous en expliquer la nature. La métaphysique rend donc la visière plus nette, et voilà tout.

Les philosophes n'ont négligé aucune des-Toutes de l'erreur, expliquant tantSt des apparences par des réalités, et tantôt des réalités par des apparences. Cicéron avait remarqué qu'il n'y avait rien de si absurde qui n'eût déjà été dit par quelque philosophe.

Les philosophes sont plus anatomistes que médecins ; ils dissèquent et ne guérissent pas.

On ne déraisonne jamais mieux que lorsqu'on a beaucoup de raison à perdre; comme on ne se ruine jamais mieux que lorsqu'on a beaucoup de

fortune.

Le plus bel artifice de l'esprit humain, qui con-

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sUte à créer des lermes collectifs, a été la cause de presque toutes ses erreurs.

A parler métaphysique ment, le temps n'est point un vieillard, ce n'est point un fleuve : tous ces emblèmes ne conviennent qu'au grand mouvement, par qui tout est éternellement détruit et reproduit dans l'univers. Le temps serait plutôt l'urne qui livre passage aux eaux du fleuve et reste immobile : rivage de l'esprit, tout passe devant lui, et nous croyons que c'est lui qui passe.

Chacun sait que la vieillesse fait plus de demandes à la mémoire qu'il l'imagination: delà vient que le talent dans sa force cherche à émouvoir les hommes, et que dans son déclin il n'arrive qu'à les peindre. Il faut donc préparer dans sa jeunesse cette ressource à ['arrière-saison.

Sans la mémoire, le sentiment sollicité par l'imagination n'aurait fait à chaque instant que se heurter contre l'univers; mais les sensations et les idées, qui ne sont d'abord que des éclairs, la mémoire les change en lumière douce et continue.

Il faut que la laison rie, et non se fâche. On sait l'usage que Socrate faisait de l'ironie. Pascal a mêlé les deux manières. Dieu lui-même, après qu'il eut

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condamné Adam au travail et à ta famine, lui fait une ironie : i Voilï donc Adam devenu une espèce de dieu. Ecce faclu$ sicut unus tx.nobis. a

Ce qui fait qu'un sauvage ne se plate pas dans nos villes, c'est qu'il n'attache aucune importance ■ à l'opinion : car, s'il y en attachait, il supporterait bientôt toutes nos chaînes, puisqu'il porterait déjà la première et la plus lourde. On a vu des matelots devenus sauvages ne vouloir jamais revenir à l'état social, et on n'a pas vu un seul sauvage qui ne soit retourné chez les siens à la première occasion, quelque agrément qu'on lui procurai parmi nous.

Voyez les fruits qui tombent avant le temps : ils ont une fausse maturité, une fausse couleur, une douceur fausse, qui nous trompent. Les fruits qui doivent passer par toutes les périodes de la belle saison ont une verdeur et une âpreté qui contrastent avec ceux que je viens de peindre.

Voyez aussi les enfants qui meurent avant de

devenir hommes : ils mûrissent tout à coup; leurs gestes, leurs paroles, leurs regards, sont d'un autre âge; ils étonnent souvent par une tournure morale qui n'a plus rien de l'enfance. Au contraire, ceux qui doivent arriver à l'étal d'homme ont une enfance longue et turbulente. Et, pont compléter

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TaDalogie, les parents abandonnent leurs enfants . quand îli sont grands, et les arbres leurs fruits quand ils sont mûrs.

Rien n'étonne quand tout étonne ; c'est l'état des eafants.

L'homme fut placé snr le senil de la vie comme devant un carrefour, les animaux comme devant une seule route : raison pourquoi nous sommes capables de doute et coupables de fourberie , les animaux exempts de l'un et de l'autre et toujours incorruptibles.

Les sots, les paysans et les sauvages se croient bien plus loin des bétes que le philosophe.

Le mouvement entre deux repos est l'image du présent entre le passé et l'avenir. Le tisserand qui fait sa toile fait toujours ce qui n'est pas.

De même que ce sont les images des objets, et non les objets mêmes, qui frappent nos jeux, ainsi nos âmes sont frappées des opinions qu'on a des choses, et non des choses mêmes.

La nature n'ayant plus rien de nouveau à offrir à l'homme qui pense et qui vieillit, et la société

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encore moins, il ne doit demander qne l'air et l'eau, le silence et l'absence, quatre éléments de la vie, quatre choses sans goût et sans reproche.

La paresse n'est, dans certains esprits, que le dégoût de la fie ; dans d'antres, c'en est le mépris.

Oui, tout est destiné à l'oubli, à ce t^ran muet et cruel qui suit la gloire de près et dévore à ses yeux ses amants et ses favoris. Que dis-je? La gloire eile-méme n'étant que du bruit, c'est-à-dire de l'air agité, elle flotte comme t'aimosphère autour du globe, et son cours change et souffle sans cesse, promenant les noms et les renommées et finissant par les disperser.

Les philosophes se sont trompés sur le peuple et sur les grands. Ils ont pensé que les petits s'éclaireraient, et que les grands ne s'éclaireraient point.

Il j a deux grandes traditions dans l'antiquité qu'on n'a pas assez remarquées : Satan, le premier des anges, veut détrôner son bienfaiteur; le fruit de ta science du bien et du mal donne la mort. L'une enseigne que l'ingratitude est inhérente à tout être créé, l'autre que les lumières ne rendent pas les peuples heureux.

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SfS MAXIMES ET PENSÙS

MoraU.

La morale élève un tribunal plus haut et plus redoutable que celui des lots. Elle veut non seulement que nous évitions le mal, mais que nous fasùons le bien; non seulement que nous paraissions Tertueux, mais que nous le soyons : car elle ne se fonde pas sur l'estime publique, qu'on peut surprendre, mais sur notre propre estime, qni ne nous trompe jamais- La morale est, comme le corps politique luimême, fondée sur l'homogénéité : car il n'y a point de morale de l'homme à la bêle, ni de Thomme à Dieu, Entre animaur, elle serait fondée sur l'animalité; entre des anges, sur la Sfnritualité ; entre hommes elle le serait sur l'humanité, mère de toutes les vertus, car elle conduit d'abord à la justice et ensuite à la bienfaisance.

11 y a certaine» ques^ons en morale auxquelles un homme sage et sûr de sa conscience ne doit jatgais répondre. La loi est écrite sur le frontispice de l'édidce social ; elle garde les portes et les avenues, et ne connaît ni acception ni exception. Il est pourtant, dans l'édifice de la morale et des lois.

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un asile secret que j'appellerais volontien te iribw nal de la conscience, dont la vertu seule connaît le chemin, et que la multitude doit à jamais ignorer.

Ce serait un crime que de montrer à l'étranger le plan de nos fortifications : il aurait alors ta clef du royaume. Je ne montrerai donc pas le chemin couvert et ta porte secrète de ce sanctuaire écarté

où se jugent les délicatesses de la morale, tes perplexités de la justice, et tous les problèmes pour lesquels Thémis n'a pas de balances : car, si on les montrait, l'avide intérêt et tous les sophismes des passions forceraient bientôt la porte et violeraient ' la conscience dans son dernier asile.

Il n'y a qu'une morale, comme il n'y a qu'une géométrie; ces deui mots n'ont point de pluriel. La morale est fille de ta justice et de la conscience ; c'est une religion universelle.

Ce qu'il faut éviter en morale, c'est de placer la vertu dans des actes indifférents, comme le jeûne, le citice. les austérités : tout cela ne peut pas être utile aux autres hommes.

On a distingné les vertus en deux classes : celles qui ne sont utiles qu'à nous, comme la tempérance, la prudence, la vigilanne, et celles qui sont utiles

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sSo MAXIMES ET rENSÙS

aux autres, comme la justice, la bienfaisance, le dévouement. Ce qui n'est utile qu'à nous n'est pas une vertu, en ce sens qu'un homme solitaire ne peut être vertueux ni vicieux; mais, dans la société, un homme prudent, tempérant, vigilant, en est plus propre à 2tre bon père de famille, bon soldai, bon magistrat, et c'est en ce sens ^ue ces qualités personnelles deviennent des vertus.

Malheureusement il y a des vertus qu'on ne peut exercer que quand on est riche.

Il faut se proposer d'être toujours vrai dans toutes ses paroles, parce que ce plan invariablement suivi nous élève à nos propres yeux, et parce qu'il nous rend discrets : une vertu en amène une autre. La dissimulation ne doit pas passer le silence.

Le spectacle des méchants a fait les gens de bien, comme celui du ridicule a fait les gens de goût : jura invtnta mtlu injiati.

Celui-là est toujours libre qui fait, quoique forcé, les choses dont il a besoin, comme un valet sert pour vivre; maïs celui-là est esclave, qui est contraint de faire ce dont il n'a aucun besoin.

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ANECDOTES ET BONS UOTS iSl

Quand on a raison vingt-quatre heures avant le commun des hommes, on passe pour n'avoir pas le sens commun pendant vingt-quatre heures.

La fatalité ou prédestination est dans les choses, et non dans nous. Il est fatal que tout corps qui passera sur telle pente glisse et tombe; mais il ne l'est pas que tel homme jr passera.

La peur est la plus terrible des passions, parce qu'elle fait ses premiers efforts contre la raison; elle paralyse le coeur et l'esprit.

La distraction tient à une grande passion on à une grande insensibilité.

Se révolter contre les maux inévitables et souffrir ceux qu'on peut éviter, grand ûgne de faiblesse. Que dire d'un homme qui s'impatiente contre le mauvais temps et qui souffre patiemment une injure?

Songez que ce grand est sujet à toutes vos petites passions : timide ou insolent, avare ou faux, comme vous. Oii réside donc cette grandeur?

Chez vous, et non chez lui. La grandeur d'un homme est comme sa réputation : elle vit et respire sur les lèvres d'autrui.

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35s MAXIMES ET PEMSËES

Parmi les malveillanU, qui disent étourdimeot le mal dont iU ne sont pas sûrs, il y a des amis dit' crtts, qui taisent praéemmtnt le bien qu'ils savent.

A la cour on ne se passe rien, et on dissimule tout : ce qui fait qu'on vise à un grand goût, et qu'on arrive à une grande politesse. Les hommes forts en tous genres ne font que fournir des modèles à un homme de cour; de là vient cette légère teinte d'universalité qui constitue l'esprit de cour.

Ce qui fait que les gens du monde sont à la fois médiocres et fins, c'est qu'ils s'occupent beaucoup des personnes et fort peu des choses : c'est le contraire dans les hommes d'un ordre plus élevé.

Les gens du monde emploient mieux leurs loiûrs que leur temps; les pauvres n'ont pas de loi-

II ne faut pas dire : Mon fsprit, ma figure, nt m'ontsfrvi de rien , dites plutôt : Mon esprit, ma figure, nt m'ont conduit à aucun malheur, et félicitez-vous au lieu de vous affliger i ces dons ne vous ont pas nui, ils ont fait plus-que vous servir. J'en appelle & cette Maintenon qui écrivait: Le bien qu'on dit aujourd'hui de mon esprit, on l'a dit autrefois de

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mon risagt. Elle ne trouva qu'afflictions d'esprit au comble des grandeurs. L'expérience est donc' hite, et, en vérité, le dégoût ou l'ennui attaché aux succès peut entrer en comparaison avec, l'amertume d'un revers.

Les passions se font différentes issues : on voit des hommes non seulement avouer leursvices, mais s'en vanter, et d'autres les cacher avec soin ; les uns cherchent des compagnons et les autres des dupes. Le plus grand égoïste n'est pas toujours celui qui convient de son égoïsme ; comme le plus gourmand n'est pas celui qui se récrie sur un bon plat, mais celui qui le savoure et qui se (ait de peur que tout le monde ne lui en demande.

Il est certain que la possession d'une chose en donne des idées plus justes que le désir: d'où il résulte que le soldat et le voleur sont plus courageux que le propriétaire. L'homme a plus d'ardeur pour acquérir que pour conserver.

Ce qui maintient le peu d'honnêteté et de morale publique qui brille encore en ce monde, c'est qu'un coquin ne veut pas passer pour tel, et qu'il appelle ainsi un autre coquin comme lui. Tout' serait perdu s'il osait dire tout haut: Je sua un coquin. Cette pudeur n'est point hypocrisie.

1Ï4 HAXIHCS ET riNSiES

Les hommes ont rangé sut la même ligne ceux { dont ils se font une grande idée, ceux qui lent donnent de grandes idées, et ceux qui ont fait de . grandes choses ou opéré de grands événements.

Il y a des hommes si faciles à préoccuper, si indifférents sur leur jugement, et si entêtés d'ailleurs, qu'ils finissent par mettre leur probité à douter de celle des autres.

Rien ne rend misérable comme de se conduire dans un état par les règles et les principes ou données d'un autre état. Un sauvage qui aurait dos I lumières, un citojren qui aurait l'ignorance du sauvage, seraient également malheureux.

Quand on se propose un but, le temps, au lien d'augmenter, diminue.

Tout le monde s'agite pour trouver enfin le itpos; mais il y a des hommes si paresseux qu'ils mettent le but au début.

Ce qu'il y a d'horrible en général dans ce monde, c'est que nous cherchions avec une égale ardeur à nous rendre heureux et à empêcher les autres de l'être. Beaucoup d'hommes lancent sur nous autant ' de traits que de regards

.,C.<.i.glc

ET BONS UOTS 255

C'est un grand effet de la providence que le bonheur des enfants : car, si ce monde était une bonne chose, ce sont ceux qui n'j comprennent rien qui seraient le plus à plaindre.

Il faut de si bonnes raisons pour *ivre, qu'il n'en faut pas pour mourir.

L'ambition et la volupté ont souvent le même langage. César avouait, au faîte des grandeurs humaines, que les prières lui chatouillaitnt l'ortilU. J'ai connu une femme qui disait à son amant: Ah! solliclkz moi bien! Les princes parvenus jouissent mieux de l'empire que les princes héréditaires.

Il faut faire, pour valoir quelque chose en ce monde, ce qu'on peut, ce qu'on doit et ce qui convient.

J'ai connu un grand seigneur qui s'occupait beaucoup des vois qu'on faisait chez lui: * Un tel me vole tant, disait-il, tel autre tant, et tous ensemble tant; mais je les garde, j'en prendrais peut-être de pires. Au reste, je suis assez riche pour aller jusqu'au bout; mon fils s'arrangera comme il voudra. > C'est Louis XV qui disait : h La monarchie durera autant que moi ; je plains bien mon si

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l56 HAXIKIS ST rtNsiEs

dernier degré de l'insouciaDce et de l'égoTsme.

Il faut avoir l'appétit du pauvre pour jouir de la fortune du riche, et l'esprit d'un particulier pour jouir comme un toi.

On a de la fortune sans boaheur, comme on a des femmes sans amour.

Il y a des gens qui n'ont de leur fortune que la crainte de la perdre.

Il est bien triste d'en être à désirer le nécessaire comme une chose sans laquelle on est malheureux, et avec laquelle on n'est point heureux.

L'avare manque autaot de ce qu'il a que de ce qu'il n'a pas. C'est l'homme haïssable par excellence. Un riche qui ne fait pas de bien sans être avare est un soleil qui aurait perdu sa lumière.

Si le riche n'était libéral que comme 1% terre, qu'il n'accordât rien qu'au travail, il passerait

pour dur.

Rien de si affreux que d'être riche sans vertus. Quand un homme vaut mieux que ce qu'il pos-

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sède, il faut qu'il soît bien pauvre; et voilà pourquoi les riches paraissent valoir si peu, et d'ail vient la faveur des philosophes pout les pauvres.

La nature, ayant à cr^er un être qui convint k l'homme par ses proportions physiques, et à l'enfant par son moral, résolut le problème en faisant de la femme un grand enfant.

Le cœur est la partie infinie de l'homme ; l'esprit a ses limites : on n'aime pas Dieu de tout son esprit, on l'aime de tout son cœur. J'ai remarqué que les gens qui manquent de cœur, et le nombre en est plus grand qu'on ne croit, ont tous un amour-propre excessif, une certaine pauvreté dans l'esprit, car le cœur rectifie tout dans l'homme j qu'ils sont jaloux et ingrau, et qu'il ne s'agit que de les obliger pour s'en faire des ennemis.

L'amour est un larcin que l'état de nature tait à l'état social.

L'amour, qui vit dans les orages et croît souvent au sein des perfidies, ne rénste pas toujours au calme de la fidélité.

Pourquoi l'amour est-il toujours w mécontent de lui, et pourquoi l'amour-propre en est-il tou- M/anl.L 31

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abS HAXIHIS BT rENSJES

jours SI content i C'est que tout est recette pour l'un, et que tout est dépense pour l'autre.

Les jeunes gens auprès des femmes sont des ricbes honteux, et les vieillards des pauvres effrontés.

On corrompt la fille innocente avec des propos libres, et l'amour délicat séduit la femme galante: fruit nouveau pour l'une et l'autre.

« Revenez, écrivait une femme peu chrétienne à son amant; si l'avais pu aimer un absent, j'aurais aimé Dieu, i Cette femme faisait dâ Dieu an homme ; il eU toujours présent.

Rien ne prouve plus le peu d'estime que les hommes ont pour leur espèce que le méprisinvolontaire qutls témoignent aux acteurs, et eu générât à tout ceux qui les amusent et qui servent leurs plaisirs; et la plupart des hommes donnent pour raison de leur mépris pour une femme qu'iH Font eue.

L'amour- propre, en amour ou dans le malheur, prie toujours maladroitement : car il parle toujours de lui-m&rae à l'objet aimé, et de services rendus, au lieu de bienfaits reçus, à la puissance qu'il implor,.

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i ET BONS UOTS 3S9

L'amour, dans Pétat social, n'a pent-étre de raisonnable que sa folie.

Il na!c plus d'hommes que de femmes en Europe, et, sans la guerre, les femmes yseraîent condamnées à l'iofidélité. Dans un pays oii il y aurait plus de femmes que d'hommes, beaucoup seraient coD' damne es à la fidélité.

Pourquoi préfère-t-on pour sa fille an sot qui a un nom et un état à un homme d'esprit? C'est que les avantages du sot se partagent, et que ceux de l'esprit sont incommunicables : un duc bit une duchesse; un homme d'esprit ne fait pas une femme d'esprit.

Semblables aux chevaliers errants, qui se donnaient une maîtresse imaginaire, et se la figuraient à parfaite qu'ils la cherchaient toujours sanS la trouver, jamais les grands hommes n'ont eu qu'une théorie d'amitié.

L'amitié entre le monarque et le sujet doit toujours trembler, comme cette nymphe de la fable, que Jupiter ne s'oublie un jour et ne lui apparusse environné de foudres et d'éclairs.

On sait par quelle fatalité les grands Ulents sont,

36o HAXIHIS ET PINSiSS

pour l'ordioiiTe, plus rivaux qu'amis ;

et brillent séparés de peur de se faire ombrage :

Les moutons s'attroupent, et les lions s'isolent.

Sur dix personnes qui parlent de nous, neuf en disent du mal, et souvenl la seule personne qui en dit du bien le dit mal.

C'est de la familiarité que naissent les plus tendres amitiés et les plus fortes haines.

Un jeune homme tris connu avant la Révolution, s'étant poussé dans le monde, profitait d'une circonstance heureuse pour envoyer quelque secours à son père, et recommandait le secret à un ami qui l'aidait en cela, parce que, disait-il, dans un siècle a corrompu, le malheur d'avoir un père pauvre pouvait lui faire plus de tort que sa piété filiale ne lui faisait honneur.

Énée est le héros de la piété filiale pour avoir lui-même porté son père sur ses épaules à travers les flammes; mais il ne le serait pas s'il l'eât fait porter par des esclaves. On est héros quand on fait un sacrifice immense à son roi où à sa patrie. On peut être un grand roi, un grand homme, un grand général, sans être héros.

cGoot^le

ANECDOTES ET BONS UOTS abl

L'homme modeste a tout à gagner, et l'orgueilleux a tout à perdre : car la modestie a toujours affaire à la générosité, et l'orgueil à l'euvle.

Le mépris doit Être le plus mystérieux de nos

sentiments.

En général, l'indulgence pour ceux qu'on connaît est bien plus rare que la pitié pour ceux qu'on

ne conaaît pas.

Lee sots devraient avoir pour les gens d'esprit une méfiance égale au mépris que ceux-ci ont pour

L'envie qui parle et qui crie est toujours maladroite; c'est l'envie qui se lait qu'on doit craindre.

Si les gens de la cour pensent et s'expriment plus finement que les autres hommes, c'est qu'on y est sans cesse forcé de dissimuler sa pensée et ses sentiments.

Un bon esprit paraît souvent heureuz, comme un homme bien fait paraît souvent adroit.

Que pouvait faire le bon sens dans un siècle malade de métaphysique, où l'on ne permettait

cGoot^le

l6l UAXtICES ET FENSte

plus au bonheur de se présenter sans prenves?

Tout homme qui s*<li*e s'isole ; et je comparerais volontiers la hiérarchie des esprits & une pyramide. Ceux qui sont vers la base répoudent aux plus grands cercles et ont beaucoup d'égaux; i mesure qu'on s'élive, on répond î des cercles plus resserrés; enfin, la pierre qui surmonte et ternûae la pyramide est seule et ne répond à rien.

Politique.

La politique est comme le sphinx de la fable : elle dévore tons ceux qui n'expliquent pas ses éuigmes.

La puissance est la force oi^nisée, l'uniou de l'organe avec la force. L'univen est pldn de forces qui ne cherchent qu'un o^ne pour devenir puissances. Les vents, les eaux sont des forces ; appliqués & un monlin ou à une pompe, qui sont leurs organes, ils deviennent puissance.

Cette distinction de la force et d« la puissance donne la solution du problème de Ta souveraineté dans le corps politique. Le peuple est force, le gouvernement est organe, et leur réunion consti-

l;,GOO"t^le

ANECDOm ET BOKS MOTS 363

tue la puissance polilique. Sitôt que les forces se séparent de leur organe, la puissance n'est plus. Quand i'organe est détruit, et que les forcée restent, il a'j a plus que convulsion, délire ou fureur ; et, si c'est le peuple qui s'est séparé de son organe, c'esi-b-dire de son gaavernemeiit, il y a révolution.

La souTeraiaeté est la puissance conservatrice. Pour qu'il y ait souveraineté, il faut qu'il j ait puissance. Or la puissance, qui est l'union de l'organe avec la force, ne peut réùder que dans le gouvernement. Le peuple n'a que des forces, comme on l'a dît, et ces forces, bien loin de conserver, lorsqu'elles sont séparées de leur organe, ne tendent qu'à détruire; mais le but de la souveraineté est de conserver : donc la souveraineté ne réside pas dans le peuple, donc elle réside dans le gouvernement.

La terre est le plan sur lequel le corps politique se dessine. Pour qu'un État parvienae à son plus haut point de grandeur relative, il Faut qu'il y ait équation entre la population et le tenitoire. Dans l'Amérique septentrionale, le territoire l'emporte sur k population, et l'État n'a point encore acquis son plus haut degré de puissance. En Europe, ob il y a équation parfaite entre les territoires et les

cGoot^le

164 HAXtHIS n PENSfas

populations, In États sont paneoDS ï leur pin haut point de puiuaDce. A h Chine, où la population «t en «cis et le territoire es défaut, l'Eut ett sur son déclin.

Les corps politiques recommencent sans cesse; ils ne vivent que de remèdes.

On ne jette pas brusquement un empire au moule.

La loi est la réunion des lumières et de la force. Le peuple donne les forces, et le goaiememeni donne les lumières.

Le corps politique est comme un arbre : i mesure qu'il s'élèie, il a autant besoin du ctel que de la terre.

Un peuple sans territoire et sans religion périrait, comme Antée, suspendu entre le ciel et la terre.

Les droits sont des propriétés appujées sur la puùsance. Si ta puissance tombe, les droits tombent aussi.

Annuler les différences, c'est confusion ; déplacer

cGoot^le

ANECDOTES ET BONS MOTS a6S

les vérités, c'est erreur; changer l'ordre, c'est désordre. La vraie pbilosophie est d'être astronome en astronomie, chimiste en chimie et politique dans la politique.

La raison se compose de vérités qu'il faut dire et de vérités qu'il faut taire.

Il faut au peuple des vérités usuelles, et non des abstractions.

L'or est te souverain des souverains.

Les souverains ne doivent jamais oublier que, le peuple étant toujours enfant, le gouvernement doit toujours être père.

Il en est de la personne des rois comme des statues des dieux : les premiers coups portent sur le dieu même, les derniers ne tombent plus que sui un marbre défiguré.

La guerre est le tribunal des rois, et les victoires sont ses arrêts.

Les coups d'autorité des rois sont comme les coups de la foudre, qui ne durent qu'an a mais les révolutions des peuples soc

Cc>i.slc

afi6 MAziiiB sr mnfas

trembletnenti de teire dont les leconHH se cornmoniqucDt à des distsnces iDcommensurablei.

Dans une armée, la discipline pèse comme bonclier et non comme joog.

Le peuple donne sa fovenr, jamms sa confiance.

Les peuples les plus cÏTUisés sont aussi volons de la barbarie que Le fer le plus poli l'est de 1> rouille. Les peuples, comme les métaux, a'onldt brillant que les surfecei.

La philosophie étant le fruit d'une longue médiudoD et le ^saltaC de la vie entière, ne peut «I ne doit jamais être présentée au peuple, qui est toujours au début de la vie.

Il n'est point de ûÈcle de lumière pour la populace : elle n'est ni frantaîse, ni anglaise, ni espa' gnole. La populace est, toujours et en tout pays, la même : toujours cannibale, toujours anthropophage, et, quand elle se venge de ses magistral!, elle punit des crimes qui ne sont pas toujours avérés par des crimes qui sont toujours certains.

Il faut plutAt, pour opérer une révolution, une

cGoo^li^

certaine ina»e de bêtise d'une part qu'une certaine dose de lumière de l'autre.

Quand le peuple est plus éclairé que le trAne, il est bien prts d'une révolution. C'est ce qui arriva en 1789, où le trdne se trotira éclipsé au milieu des lumières.

Il faut attaquer l'opinion avec ses annes : on ne lire pas des coups de fusil aux idées.

A propos des agitateurs : Quand Neptune veut calmer les tempêtes, ce n'est pas aus flots, mais aux vents, qu'il s'adresse.

Les coalisés ont toujours été en arrière d'une année, d'une armée et d'une idée.

La mtlonti est une esclave robuste qui est taatdt au service des passions et tantôt au service de la rûson; c'est un éréthisme de tontes nos facultés trop souvent produit par les pasuons, car on ne peut que les concevoir absentes de la volonté, et nous ne voyons que trop souvent la raison abandonnée par elle. L'envie, la cruauté, l'ambition, veulent; la raison prie ou commande. Les femmes abondent en volontés. Un faible éréthisme s'appelle velléité. Quand on est passé de l'âge des

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léS HAZIHES ET PENSEES

passions et des sensalioDS à celui des idées, on a peu de volontés, et c'est pourUnt alors qu'on a la tîte politique.

Dans le corps politique, le gouTeroeroenl est le mojen et la félicité publique le but. Mais, «n démocratie, le moyen et le but étant dans les mêmes mains, le peuple ne s'occupe que du premier : c'est l'état de la France; ii lui fant un roaitre.

Si on était sûr d'un gouvernement comme de la Providence, à son exemple, il faudrait bien qu'il prit le despotisme.

Le corps politique est une idée multiple, une idée complexe; il faut bien s'accoutumer i ces sortes d'idées, puisqu'au fond i'homme n'en a pas d'autres. L'homme ne pouvant exister sans la terre, le corps politique ne peut exister sans la terre et l'homme. Un cavalier ne peut se concevoir sans le cheval, et l'équitation ne peut se concevoir sans l'un et l'autre. La forme de la bride est forcée par les proportions de l'homme et du cheval, comme la forme du gouvernement est forcée par les propottiotis du territoire et de la population.

Quand l'armée dépend du peuple, il se trouve b la fin que le gouvernement dépend de l'armée.

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ANECDOnS ET BONS MOTS 369

Quand un gouTememenl a été assez mauvais pour exciler l'insurrection, assez faible pour ne pas l'arrêter, l'insurrection est alors de droit comme la maladie : car la maladie est aussi la deraière ressource de la nature; mais on n'a jamais dit que la maladie fût un devoir de l'homme.

Quand un empire est grand et les affaires compliquées, si te gouvernement veut que le peuple y soit représenté, il arrive qu'il l'est par les amis de la forme de gouvernement déjà existante, et le peuple les regarde comme ses ennemis, ou qu'il est représenté par les ennemis de la forme existante, et alors il y a révolution.

Dans tout État, les villes frontières ont moins de liberté que les villes de l'intérieur , tant la sûreté est avant la liberté.

Il y a dans le corps politique une gradation de rivalité et d'émulation qui en fait l'harmonie, depuis le manœuvre jusqu'au grand propriétaire, et

du simple soldat au maréchal de France. Dans la double hiérarchie des rangs et des fortunes, chacun n'ambitionne que l'homme qu'il a devant soi et qui ne le sépare que d'urhdegré de dignités ou de la richesse. Cette ambition est très raisonnable; maisles philosophes ont brusquement rapproché les

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dcDX extrêmes en oppount le soldat au gioitû et le manoeuvre m propriétaire; ce contre-coup a tout renversé.

L'homme ne jouit jamais d'une liberté plénière, mais seulement d'nne liberté de second ordre; pu exemple, il est bien libre de manger telle on telle chose, mail il n'eit pas libre de ne pas manger dn tout.

Le corps politique a nn cdté raalnmortable ; tout j est liager, nsufruitier, et voilà pourquoi oa disait : £e roi nf toujourt mineia; et le donuÙM inaiUnablt.

Les philosophes fondent souvent l'égalité »t des rapports anatomiques; ils concluent de ce qoe les nerfs, les muscles et la configuration extérieure sont les mêmes, que deux c^ojens doiveat £tre égaux; mais égal ne signifie pas semblable; le croire est une erreur funeste.

Entre deux hommes tels que Voltaire et un porteur d'eau, c'est ce qu'ils ont de commun qui est admirable et essentiel aux yeux de la nature; ce qu'ils ont de différent est insensible.

Un peuple veut beaucoup, et, par conséquent,

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ANECDOns TT BONS HOTS tji

beaucoup de choses contraires à la prospérité du corps politique; car tout peuple est enfant. Si, comme les Juik, il quitte sa terre pour suivre un chef dans le désert, il fant des prestiges pour le sëduire et des miracles pour le sauver. S'il nomme un général ou un roi, il n'y a de politique dans ce grand acte que ce qui est nécessaire et forcé, je veux dire la nomination d'un chef; mais le choix de tel ou tel, s'il est purement volontaire, est or> dinairement mauvais.

La crainte, la plus puissante des passions, peut seule assurer l'existeDce et la durée du corps politique; elle en assure la félicité quand elle est réciproque entre le peuplé et le roi : car, si le peuple craint le roi, il n'y > pas de révolte, et, si les rois craignent le peuple, il n'y a pas d'oppression; mais il y a toujours anarchie ou despotisme quand ta crainte n'est que d'un câté.

Une sûreté entitre, une propriété toujours sacrée de ses biens et de sa personne, voilà la vraie liberté sociale.

te liberté bon de la société n'emporte pas l'idée de sûreté, et celle-ci ne peut se comprendre sans liberté et sans société.

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373 UAXIHB IT TEMSiES

Od demande tOD)Ours si les roU sont faits pour les peuples, ou les peuples pour les rois; c'est comme si on demandait si le* poulets sont f^ts pour les hommes, on ceux-ci pour les poulets. La réponse est toute simple : Les peuples sont faits pour le corps politique : car, dans l'Étal, si le peuple est la portion la plus considérable, le gouvemeraent est la pièce principale; l'un et l'autre sont faits pour le tout. L'aiguille dans une pendule n'est pas faite pour les roues, ni les roues pour l'aiguille : le tout est fait pour la pendule.

Les comparaisons de troupeaux et de bergers en politique ne valent rien, parce qu'il n'y a pas d'homogénéité : aussi la religion s'est-elle emparée de cette image, parce que c'est un Dieu qui se charge des hommes. Un berger environné de ses moutons n'est autre chose qu'un homme entouré de beaucoup de subsistances : ce n'est pas là l'image de la royauté.

Le corps politique souffre quand les rois font des actes de prc^étaire, le propriétaire et le peuple des actes de souverain.

A prince dévot confesseur homme d'État.

Le corps politique a de» besoins, des droits et

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AHiaiOTBS ST BONS U0T3 »ji

des pouvoirs, comme je l'ai dit; mais la corre»pondaace est teljd entre ces trois principes que le peuple n'a jamais le droit de ce qu'il ne peut pas: ainsi, de ce qu'il ne peut être assemblé, de ce qu'il ne peut être unanime, il suit qu'il ne peut délibérer, qu'il ne peut élire la fonne du gouvernement, et être souverain.

Les États despotiques périssent faute de despotisme, comme les gei» fins faute de finesse.

Dans la gouvemtmtnts rtj>résentatif) , îl faut d'abord que tous les députés puissent être contenus dans une salle, quelle que soit l'étendue de l'empire; tn second lieu, la majorité de la nation: peut avoir constamment la minorité dans l'assemblée. Au reste, c'est presque toujours la majorité^ qui gouverne.

11 7 a grande distinction à faire entre la majorité arithmétique et la majorité politique d'un État.

Ils ont rendu l'insurrection constitutionnelle ; mais la fièvre n'est point constitutionnelle dans

l'homme : elle est souvent inévitable, mais il faut toujours la repousser.

Il n'y a que la nature qui ait toujours uni U Rivorol. 1. lï

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174 MAXIMES ET PINSJES

chàtimeoi et la rëcompeoM dans chacune de ses loii : ausù tes préceptes sont des penchants. Le corps social ne peut pas être aussi magnifique : les lois menacent et chfltient.

La nature nous condamne & tuer un poulet ou à mourir de faim, c'est là le fondement de no»

droits^ et voici la généalogie des ressorts politiques : les besoins fondent les droits et les droits fondent les pouvoirs; mais en France on a donnéau peuple des pouvoirs dont il n'avait pas le droit, et des droits dont il n'avait pas le besoin.

A mesure que les superstitions diminuent chez, un peuple, le gouvernement doit augmenter de précautions et resserrer l'autorité et la discipline.

Les princes étant la forme visible du gouvernement, il n'y a que ceux qui entendent cette fiction qui doivent connaître la vie intérieure, les jeux, les mœurs, les plaisanteries des princes : le peuple doit ignorer tout cela; à plus forte raison des papes. Benoît XIV, aimé des gens d'esprit, ne fut pas estimé du peuple romain.

PoliUsK dam l'inféritur,Mgnt de son état; dam It supiritur, signe de son éducation : aussi, malgré la Révolution, celui-ci continue pour n'avoir pas

i',Goot^l>j

l'air d'avoir perdu vJa iducatton, tandis que l'bomme du peuple cesse d'âue poli pour prouver qu'il a changé d'éut. Il brave, il insulte, parce qu'il obéissait autrefois, parce qu'il Battait : c'est à ce signe qu'il reconnaît l'égalité.

Le prince absolu peut être un Néron, mais il est quelquefois Titus ou Marc-Aurèle; le peuple est souvent Néron, et jamais Marc-Aurèle.

Dans les temps calmes les réputations dépendent des hautes classes; mais dans les révolutions elles dépendent des basses, et c'est le temps des fausses réputations.

On sait que de dessus notre terre les mouvements des autres planètes paraissent irréguliers et confus, et qu'il faut se supposer dans le soleil poLr bien juger l'ordonnance de tout le système : ainsi un simple particulier juge bien plus mal du corps politique oii il vit que celui qui est placé dans le gouvernement.

Les lois de la nature sont admirables, mais elles écrasent beaucoup d'insectes dans leurs rouages, comme les gouvernements beaucoup d'hommes.

Le plus grand malheur qui puisse arriver aux

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iy6 UAXIMES ET FENSÉES

particuliers comme aux peuples, c'est de trop se touvenir de ce qu'ils ont été et de ce qu'ils ne peuvent plus être. Rome moderne se donna des tribuns et de» consuls. Le temps est comme on fleave, il ne remonte pas vers sa source.

Un grand peuple remué ne peut faire que des exécutions.

Il y a des temps où le gonvemement peiti la confiance du peuple, mais je n'en connais pas où le gouvernement puisse se fier au peuple.

Un gouvernement serait parfait s'il pouvait mettre autant de raison dans la force que de force dans la raison.

Avec les mots ordre et lihtrté on conduira et on ramènera toujours le genre humain du despotisme à l'anarchie et de l'anarchie au despotisme-

C'est une "bonté sotte et cruelle que de coasulter les enfants sur l'état qu'ils ont à prendre : il faut choisir pour eux, et ne pas les jeter dans des indécisions qui leur font perdre toute confiance es nous sans leur en faire trouver davantage en eux* mêmes. Il en est de même des peuples et de leur gouvernement.

ANECDOTES ST BONS UOTS IJj

Un courtisan (et je ne crois pas qu'il y ait quelque chose au monde de plus sot qu'un courtisan] répondit à Louis XV, qui lui demandait l'heure : i Sire, l'heure qu'il plaira à Votre Majesté. >

Dans l'histoire fameuse du Collier, il y eut deux coupables : M'^' de La Mothe et M. de Breteuil; la première par intrigue et besoin, le second par vengeance. Il j eut aussi deux victimes : la reine et le cardinal; mais la reine fut la plus innocente.

Vers les demien temps, on ne pouvait plus réusuT i la cour de France sans avoir quelques ridicules qui se faisaient aimer, ou une nullité pat^ faite qui vous faisait supporter.

C'est si fort la mode aujourd'hui de dire du mal des princes qu'on a l'air de les connaître particulièrement quand on en dit du bien.

Comme Rousseau écrivait pour renverser la m<^ narchie, on dirait qu'il préparait des ressources à la noblesse émigrée en faisant de son gentilhomme

Il en est des malheurs comme des vices, dont on rougit d'autant moins qu'on les partage avec

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a-jS NMIHES ET nttSiti

pins de monde. L'émigratian m'a prouve, et l'iofortune y était au comble, que les malhecrtui tiraient toute leur consolation de leur nombre.

En Angleterre, l'esprit public est plus sain; ci France, l'esprit particulier vaut mieux : de sorte qu'en Angleterre vous trouverez plutôt un meilleur peuple, et en France un meilleur homme.

Nous sommes te premier de tous les Frantais qui écrivîmes contre la Révolution avant la pnse de la Bastille; Burke le reconnut lui-même daos son excellente lettre k mon frère qui a été publiée, et nous nous en faisons gloire. Nous l'osâmes, et ce ne fut pas sans danger et avec espoir de récompense, car nous la trouvions dans notre conscience et notre raison, à cette époque où cbacnn ne voyait dans la Révolution que le grand bienfait de la philosophie, la réunion de tous les vœui, le concert de tous les efforts et le fruit de toutes les lumières. L'Assemblée, forte de la faiblesse du roi et Gère de l'Insurrection de Paris, ivre de ses succès et de l'encens qui Fumait pour elle dans les provinces et chez l'étranger, abusait de tout avec fracas, et, dans cet état d'éblouissement, ne prévoyait ni les conséquences de ses principes ni les successeurs qu'elle se préparait.

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AHeCDOTtS ET BONS HOTS 3^^.

Nous écrivîmes et nous partAmes inutilement en faveur de la religion, de la morale, de la politique, et au nom de rhumanité et de l'expérience de tous les siècles. Notre voix se perdit dans la destruction universelle, nous nous tûmes.

Notre journal politique ne contient, en effet, que l'histoire des six premiers mois de la Révolution. Tous les grands coups étaient portés. La raison, d'abord inutile, était déjà criminelle. Le roi était prisonnier dans Paris, la noblesse et le clergé détruits et fugitifs, les lois faisant place aux décrets et le numéraire aux assignats, les jacobins assemblés r quelle ressource restait-il aux cœurs honnêtes et aux bons esprits, quand tout était espoir et perspective pour les fous et pour les brigands? Il fallut donc quitter la France, à l'époque où les jacobins préféraient encore notre fuite à notre mort, et aller montrer nos misères à des peuples et ï des rois qui n'en étaient pas fâchés.

Il aniva dans le gros de la nation ce qui arrivait en même temps dans l'armée. Les officiers, tout nobles qu'ils étaient, voulaient plus ou moins un changement. Leurs soldats n'étaient alors qu'automates, et quand ceux-ci devinrent démocrates, les ofBciers se firent aristocrates, comme s'ils n'avaient

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s8o luinitt tr ?ihsùs

favorisé la RëvolutioB que pour t'en (me écraser. Ainû, en général, le clergé, la noblesse, les parlements, ainsi que tous les gens connus, voulaieni nne révolution quand le gros de la nation était tranquille; et quaitd celle-ci, cédant à leur impulsion, s'est révoltée, iU ont pris la fuite ou passé ï l'échafaud. Je n'approuvais pas l'émigration, et je ne sortis de France qu'à la fin de 1791- Le roi le Tonlut ÙDsi : ma plume pouvait être urile à ses frères. Je m'attends h la méconnaissance des services rendus.

Si les événements révolutionnaires se renonve* [aient encore, les opprimés ne chercheraient pas des lefons de salut dans nos écrits, et les mallùleurs chercheraient des modèles dansles manœuvres des jacobins. J'ai vu en 1789 des membres de l'Assemblée constitoantc chercher et lire avec empressement Clarendon, qu'ils n'avaient iamùi b, pour y voir comment se conduisit le LoDg-Pariement avec Charles I".

Au reste, je snis convaincu, car l'amour de soi et les passions vivent toujours, qu'il n'y a de lefons ni pour les peuples ni ponr les rois, et que, si Louis XVI a des successeurs de sa race, ses fautes et ses malheurs ne seront>pas même des avertisse

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AHECDOnS ET BOKS MOTS IBI

Dans les gonvemements représentatifs, on aora toujours dans les Chambres, comme le disait d'Urfé des Pravençaux, dti gens richa de peu de biens, glorieux de peu d'honneurs, et savants de peu de

La première Assemblée 6ta le royaume au roi, la seconde dta le Toi au royaume , la troisième tua l'un et l'autre. L'Assemblée constituante asservit le roi, Paris et l'armée; Paris asservît l'Assemblée; les jacobins décimèrent Paris, l'armée et l'Assemblée.

L'Assemblée constituante tua la royauté, et par conséquent le roi; la Convention ne tua que l'homme. La première fut regnicide, et l'autre parriçide. La victime était parée, les jacobins n'eurent qn'b appliquer la hache. Comme roi, Louis XVI mérita ses malheurs, parce qu'il ne sut pas faire son métier; comme homme, il ne les méritait pas. Ses vertus le rendirent étranger à son peuple.

Une armée dont on se sert pour asservir est déjà asservie elle-même, et le marteau reçoit autant de coups que l'enclume.

An lieu des Droits de l'hommt, il allait faire les Principes du corps politique. C'était la tache de

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aSa HAXIHtS n tBHitu

l'AHcmblée coasdtaaDt«, qui, comme on sait, ne coDStitua que nos roalheun; mais elle craignit que les publicistes n'entrassent en discussion avec ellt d'après ce titre; elle aima donc mieux armer toutes les passions, et surtoal la vanité, en prenant pour texte les droits dt l'homme, sans songer que ce litre excluait toute espèce de constitution. Ansu la Révolution et le genne de toutes lesrévolulions >e trouvent-ils dans la Déclaration des droits, ei la constitution qui les suit n'a pu prévaloir contre eux. Tous les pouvoirs, et le roi lui-même, ontp^ri pour avoir suivi la lettre de la constitution coQire l'esprit de révolution. L'Assemblée, au lieu de dire : Hoc tH jus, a dit : Jus eslo, et depuis elle fit autant d'outrages à sa constitution qu'à la royauté.

Louis XIV avait si bien éclairé toutes les parties de son administration que, s'il est permis de le dire, les illuminations de son règne duraient encore en 1789. Ses ordonnances, les mémoires desiatendants etdes bureaux, en font foi. Nos premieri commis, tous si excellents, vivaient des tradition* des siens. Dans la Révolution, nos administratious étaient des forêts où tout le monde volait sans crainte et sans pudeur : de Ift des fortunes qu> dégoûtent des richesses.

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Grande disiinGtion entre la propriélé et la sou- Teraineié : les rois avaient dans leurs édits des formules de propriétaires et de despotes plus absolus qu'ils ne l'étaient en effet. Tout cela est fondé sur le droit primitif de la conquête, sur ce qu'ils étendirent peu à peu sur le TO;aume.le ton qu'ils aiaienl pris sur leur domaine, sur ce que, les hommes valant toujours plus, les mots se sont trouvés trop forts. Il fallait Être plus maître encore et avoir des formes plus modestes. C'est là la sottise des révolutionnaires : ils auraient dû cacher au peuple leurs forces, en leur imposant des formes respectueuses envers le prince, et ces formes auraient à leur tour déguisé au roi sa faiblesse.

Si vous eussiez consulté tous les Français avant les États généraux, vous auriez vu que chacun voulait un peu de la révolution actuelle. Il semble que la fortune n'ait fait que recueillir les voix pour la donner tout entière; chacun h part dit : C'tst trop.

Les philosophes disent que ce n'est point une guerre d'homme à homme, une lutte des factions et des passions, mais un grand mouvement dans l'esprit humain. Il faut les prendre au mot, et la Révolution n'est plus qu'une grande expérience de la philosophie qui perd son procès contre la

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184 MAXIMES rt PlNSte

politique. Rérolution vient du mot raolvtre, qû signifie mettre sens dessus dessous.

Les Français ont mis la liberté avant la sûreté. Cependant l'homme quitte les bois, où la liberté l'emporte sur la sQreté, pour arriver dans les villes, où la silreté remporte sur la liberté.

Il y avait dans la nation, et il javait toujours eu dans l'Assemblée de ses représentants, une majorité d'envieux et une minorité d'ambitieux : car c'est le grand nombre qui désespère d'avoir les places, et les prétentions fondées ne sont que pour lé petit nombre; mais l'ambition veut obtenir son objet, et l'enïie veut le détruire; et c'est cette envie de la majorité qui l'a emporté sur l'ambition de la minorité.

Les passions sont les orateurs des grandes assemblées.

La joie des rois en voyant les malheurs de Tauguste race des Bourbons, et celle de leurs courtisans en voyant la misère des émigrés, a été ineffable. Frédéric disait : Nous aulra rois du Nord, nota nt sommes que des gentilshommes; la rois de France sont dt grands seigneurs. Il j en avait bien assez là pour que l'envie attirât la haine, et celle-ci des crimes peut-être.

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ET BONS MOTS î85

Les puissances, ea 1789, étaient comme les colons qui jasaient à Paris sur la RévolulioD, sans la prévoir à Saiot-Domingue.

Les peuples peuvent, comme Didon, gémir d'avoir trouvé la lumière.

Au commencement de la Révolution, la minorîtë a dit i la majorité : Mels-ioi dasous; ensuite la majorité a dit à la minorité : Soyons igaax, et il se trouve que la vengeance est terrible.

La noblesse oublia ce principe : Ra tùdtm modo constnranfuT qao gencrantur. Les nobles ont d'abord défendu leur esprit avec leur épée, et leur état avec des brochures.

II j a une singuliËre parité entre la révolution d'Angleterre et celle de France : le Long-Parlement et la mort de Charles l" ; la Convention et la mort de Louis XVI ; et puis Crorowell et puis Bonaparte. S'il y a une restauration, aurons-nous un autre Charles second mourant dans son ht, et un autre Jacques second quittant ssn rojaume, et puis une dynastie étrangère î C'wt une idée tout comme une autre que cette prévision ; mais il faut recommander la prévoyance i ceux qnî gouvernent. Charles l^ et Louis XVI en manquèrentab-

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l86 HAXIHIS tr PENSEES

solument, et malgré leurs vertus iU périrent sur l'échafaud. Les vertus d'un monarque ne doivent pas être celles d'un particulier : no roi honnête homme, et qui n'est que cela, est un pauvre homme de roi.

Si Louis XVI était mort les armes à la main au 10 août, son sang eût bien autrement fécondé les lis. L'échafaud et le ûleoce du peuple seront toujours flétrissants pour la aation, pour le tr6ne, pour l'imagination mime.

Bonaparte fit réellement, au 1 3 vendémiaire, ce que Louis XVI fut accusé faussement d'avoir fait au lo août. Il succéda à Robespierre et à Barras, eLcela n'était pas difScile.

Bonaparte règne pour avoir tiré sur le peuple et pour avoir réellement fait le crime dont Louis XVI fut faussement accusé. La France roulait, de précipices en précipices, vers un abîme ; elle s'est accrochée aux baïonnettes d'un soldat : une poignée de soldats suffisaient. D'ailleurs Paris était bien changé, il a'y avait plus de public : ce n'était qu'un vaste repaire avec une foUce.

Les Français, las de se gouverner, se massacrèrent ; las de se massacrer au dedans, ils subirent le

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ANECDOTES IT BONS MOTS iS-J

joug de Bonaparte, qui les fait massacrer au dehon.

Nos poètes oat voulu fure de Bonaparte un Auguste, persuadés qu'ils seraient aussitôt euxmêmes desVirgiles et des Horaces. Il a moins d'esprit et surtout moins d'esprit de suite qu'Auguste. Ses discours lui ont toujours fait toit; il devrait mettre parmi ses gardes un ofpcier dt iiUdce.... La fortune fait des hommes extraordinaires; le génie seul et la conduite politique et morale font les grands hommes. Bonaparte a laissé concevoir des espérances; mais on ne peut exiger qu'il ait utie idée plus haute que sa place.

Ce qui prouve que Bonaparte est supérieur à Lannes, Ney, Souk, Moreau, Bernadotte, c'est qu'ils le servent au lieu de s'en défaire.

Un pouvoir exorbitant donné tout i coup à an citojen dans une république forme une monarchie ou plus qu'une monarchie. Quand on succède au peuple, on est despote.

Bonaparte place mal ses haines et ses amitiés: les régicides et les révolutionnaires le perdront, s'il s'en entoure. Il a plus de pouvoir que de dignité, plus d'apparence que de grandeur, plus

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i88 HAiiHis rc PBmiES

d'aockce que de génie, et il est pliu ais^ de le féliciter que de le louer.

Si la révolution s'était faite son» Louis XIV, Cotin eût fait gnillotioer Boileau, et Pradon n'eût pas manqué Racine. En émigrant, j'échappai à quelques jacobin» de mon Abntatach ées grandi homma.

Les Français ont toujours eu du goût pour le* élraagen ; preuve de leur jalouûe ; témoÎD : les Oroano, les Broglio, Rose, Lowendhal, Saxe, Necker, Be se uval, Bonaparte.

L'objet de tout gouvernement est le maintien de la société, et le but de celle-ci, dés qu'elle s'est formée, n'a été et n'a pu être que la garantie de la sûreté et de lapropriété. Cette déSnitionclaire, précise et complète n'aurait donné lieu à aucune équivoque si on n'y avait ajouté mal i, propos et en pléonasme ce mot ambigu et contentieax de liberté.

Le despotisme de Titus, de Trajan et de Marc- Aurèle était aussi grand que celui de Tibère, de Néron et de Domîtien. D'un signe de tête ils fusaient mouvoir le monde connu depuis l'Eupbrate jusqu'au Danube : ils étaient despotes, mais n'é-

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ANECDOTES ET BONS MOTS aS)

taient point tyrans. Montesquieu s'est tronpé à cet égard.

Od me demandait, en i;

Révolution. Je fis cette réponse bien simple: Ou le roi aara uiit armét, ou l'armit aura un roi. J'ajoutû : a Nous aurons quelque soldat heureux, car les révolutions finissent toujours par le sabre : SjUa, César, Cromwell. *

Si, après la Ligue, nous n'avions pas eu un maure ro(, c'en était fait de la maison de Bourbon. La Fronde pouvait devenir très sérieuse, mais le jeune roi grandissait pour devenir grand, et tout rentra dans l'ordre. Quel Bourbon ne faudrait-il pas après notre affreuse Révolution? car la légitimité réunira les rois tôt ou tard et tuera Bonaparte.

Noos sommes dans un siècle oii l'obscurité protège mieux que la loi et rassure plus que l'inno-

Les cours se recommandent quelquefois aux gens de lettres, comme les impies invoquent les saints dans le péril, mab tout aussi inutilement : la sottise mérite toujours ses malheurs.

En France, le corps politique a besoin d'un Riraioi, l. 9 7

39» MAXIMIS ET rlNSÉCS

maître plu& que partout ailleurs. La souveraiaeté du peuple tuera tous [es rois, s'ils cootiauent d'a- 'oir le diadime sur Its ytux au lieu de l'avoir sur le

Tront.

On peut comparcT la société k une salle de ipectacle : on n'jr était aux loges que parce qu'on lajraii davantage.

Quand Montesquieu a dit : Point de monarchit ■.an$ nobltise, il est tombé dans un inconvénient emarquable, eo laissant du vague et de l'arbitraire dans l'expres^on; il a semé te germe d'une dispute. Entendait-il une noblesse qui a des pouvoirs ou une noblesse qui n'a que des honneurs P

Il n'y a que quatre manières d'exister pour la noblesse : comme souveraine en Allemagne, comme féodale en Pologne, comme coDStilutionnelle en Angleterre, ou comme caste sacrée dans l'Inde. En Espagne et en France, la noblesse n'était qu'une condition agréable.

3 bourgeois souffrira peut-être plus impatîemd'être comparé à un savetier qu'un noble k

Unb nent d'.

in bourgeoi

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L'homme ne pouvait donner une enveloppe à sa pensée sans que cette enveloppe fût très ingénieuse. Aussi que de finesse, que d'esprit et quelle

métaphysique déliée dans la création d'une langue I Le philosophe s'en aperçoit, surtout lorsqu'il veut écarter ces fils mystérieux dont l'homme a entouré sa pensée, comme le ver à soie s'entoure de son brillant réseau.

La parole est la pensée extérieure, et la pensée est la parole intérieure-

Celui qui créa l'alphabet remit en nos mains le dl de nos pensées et la clef de la nature.

La langue est an instrument dont il ne faut pas faire crier les lessotts.

Les langues sont les vraies médailles de l'histoire.

La grammaire est la physique expérimentale des

langues.

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393 HAIIHIS ET FEHSËES

La grammaire étant l'art de lever les difficultés d'une langue, il ne faut pas <]ue le levier soit plus lonrd que le fardeau.

Les sigoes sont la monnaie des perceptions.

Les mots sont comme les raonnates : ils ont une valeur propre aTant d'ejprimer tous les genres de valeur.

Tout a un regard philosophique, même de considérer des mots d'une langue qu'on n'entend pas : cela fait mieux sentir que tout est convention dans le langage.

Tout est proportion dans l'homme comme dans le langage. On ne peut pas dire ; J'ai vu une puct couchât loul dt son long, quoique ce soit aussi vnd d'une puce que d'un veau.

Le mot ehtr a quelque chose de doux et de vil : il est l'expression de l'amour et de l'avarice, et semble dire que ce qui tient k la bourse tient au cœur.

On dirait qu'il y a dans les dictionnaires certains mots usés qui attendentqu'il paraisse un grand écrivain pour reprendre toute leur énergie.

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Dans le dictionnaire de l'Académie on n'y troave pas ce qu'on ne sait poiotj mais on n'y trouve pas ce qu'on sait.

Le mot précaire signifie aujourd'hui une chose ou un état mal assuré, et prouve le peu qu'on obtient par la prière, puisque ce mot vient de là.

Voyez tous les grands écrivains : ils n'ont régné que par l'expression. J. J. Rousseau s fait taire la renommée de tous ceux qui avaient écrit avant lui sur les devoirs de la maternité. Le génie égorge ceux qu'il pille.

Il n'> a que les gens de lettres qui aient une reconnaissance bruyante qui se mâle ï l'éclat du

Les souverains ne doivent jamais oublier qu'un écrivain peut recruter parmi des soldats, et qu'un général ne peut jamais recruter parmi des lecteurs.

L'imprimerie est l'artillerie de la pensée.

Un homme habitué à beaucoup écrire écrit souvent sans idées, comme ce vieux médecin qui tltait le poids à son fauteuil en mouranL

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^94 HAZIHES ET FtKsto

Les esprits extraordinaires tieDoent granij compte des choses communes et familières, et les esprits communs n'aiment et ne cherchent que les choses eitraordioalres.

La nation la plus YÏie et la plas légère de l'Europe a en nn jeu, aoe danse et une musique graves : le piquet, le meoDet et dos airs anciens. Serait-ce le pourquoi de la gaieté de Racine, qui faisait des tragédies, ei de la tristesse de Molière, qui faisait des comédies?

Un livre qu'on soutient est un livre qui tombe.

Il faut dépouiller le vieil homme en poésie.

C'est un terrible avantage de n'avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser.

L'art doit se donner un but qui recule sans

Paris est la ville du monde où on ignore le mieux la valeur et souvent l'existence d'une foule de livres; il faut avoir vécu en province ou à la campagne pour avoir beaucoup lu. A Paris, l'esprit se soutient ei s'agrandit dans la rapide sphère des événements et des conversations; en province, il

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ne subsiste que de lectures : aussi faut-il choisir les honiuKs dans la capitale, et dans la province ses livres. Ici l'ouvrage le plus vanté D'en impose à personne, ou n'en impose pas longtemps : on sait bientôt à quel parti l'auteur s'est attaché, quelles roaiDS le protègent ou l'élèvent, et les lumières acquises dans le cercle dissipent les illusions oii pourraient nous jeter les journalistes; l'amourpropre des auteurs mêmes u'en est pas dupe. En vain les trompettes de ta renommée ont proclamé telle prose ou tels vers : il j a toujours dans cette capitale trente on quarante tètes Incorruptibles qui se taisent. Ce silence des gens de goûi sert de conscience aux mauvais écrivains et les tourmente le reste de leur vie. Mais, quand un livre prôné dans tous les journaux et soutenu par un grand parti arrive eu province, l'illuMon est complète, pour les jeunes gens surtout. Ceux qui ont du goût s'étonnent de ne pas admirer, et la vogue d'un mauvais ouvrage fait chanceler leur raison; les autres se figurent que Paris regorge de grands talents, et que nous avons en littérature l'embarras des richesses.

De même que plus une fleur ou un fruit sont embellis ou grossis par la culture, moins ils portent de graines ou de pépins : ainsi, plus un homme cultive sa tète, moins il est propre à la généra*

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196 ttUUUBt El HNSte

ùon OU ao travùl des iBBins, ce qui prouve toujours que la nature n'eu pas qu'une fleur soit fine belle fleur, ou un fruit un gros fruit, ou l'homme uo grand penseur.

On n'aime point les apparitions trop brusques en littérature, et la réputation le plus brillante a besoin de son crépuscule.

Dans le poème des Jardins, M. Delîlie, toujours occupé de faire un sort à chacun de ses vers, n'a pas songé à la fortune de l'ouvrage entier.

M. Delille, traducteur des Géorgiqua, est sorti boiteux, comme Jacob, de sa lutte avec un Dieu.

Les bons vers de la traduction des Gémgiqua de M. Delille sont les stigmates de Virgile.

Delille est l'abbé Virgile.

La dissimulation peut mener h l'esprit. G... dit si souvent le contraire de ce qu'il pense que cela lui fait attraper de jolies choses.

Mirabean était l'homme du monde qui ressemblait le plus à sa réputation. Il était affreux.

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ANECDOTES HT BONS IlOTS a^j

Mirabeau était capable de toul pour de l'argeni, même d'une bonne action.

Mirabeau, à la tribune, affectait le geste de la statue de lord Chatham, et profita un jour d'une plaisanterie faite par un enfant dont il. tira parti dans une de ses harangues. Que penser de l'éloquence d'un homme qui vole ses gestes à un mort et ses bons mots h un enfant?

Et prtcher tur l'Miclle ta peadtni wi confr^rn.

Les ouvrages de Mirabeau sont des brûlots lâchés au milieu d'une Botte : ils y mettent le feu, mais ils s'y consument.

On avait compté jusqu'ici trois>spèces de style: le simple, le tempéré, le sublime, qu'on classe innocemment dans les rhétoriques^ mais nous sommes forcés d'en admettre une quatrième depuis que M. Necker a écrit ; c'est le style miniitériel.

Le Tableau dt Paris, de Mercier, est un ouvrage pensé dans la rue et écrit sur la borne.

Le goût que les Français ont un moment té •

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396 MAXIMES ET KHSÙS

moign^ pour les drames de Mercier, fait penser à ces convives qui demandent de l'eau-de-vie à la fin d'un excellent repas.

Condorcet écrit avec de l'opium sur des feuilles de plomb.

Les poéûes de François de Neufchâteau sont de la prose où les vers se sont mis.

Champcenetz, c'est mon clair de lune.

L'abbé Millot n'est pas an historien : il fait des commissions dans l'histoire.

Les nobles d'aujourd'hui ne sont plus que les mânes de leurs ancêtres.

Palissot, tour à tour transfuge de la religion et de la philosophie, ressemble à ce lièvre qui, s'étant mis à courir entre les deux armées prêtes à combattre, excita un rire universel. ,

Le chat ne nous caresse pas : il se caresse à nous.

M. de Créqui ne croit pas en Dieu : il craint en Dieu.

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Les Tois de France guérissaient leurs sujets de la roture à peu près comme des écrouelles, à condition qu'il en resterait des traces.

Les Anglaises ont deux bras gauches.

M. de Lally-Tollendal est le plus gras des hommes sensibles.

Le style de La Harpe est poli sans avoir de l'éclat. On voit qu'il l'a passé au brunissoir.

Certains parvenus, laquais enrichis par les malversations, ont sauté du derrière de la voiture en dedans en évitant ta roue.

Le vers de Lemierre, qu'il appelait tastueusement le vers du siècle :

Le [rldcQl de Neptune eil le KepCre du monde, n'est qu'un vers solitaire.

M. de Cbampcenetz l'aîné est un homme très . mystérieux ; il n'entre point dans un appartement, il s'y glisse; il longe le dos des fauteuils et va s'établir dans l'angle d'un appartement, et, quand on lui demande comment il se porte , il i

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3oo kuziHEs ET rtsiÉa

■ Taisez-vous donc! Est-ce qu'on dit ces choses-ISt

tout baat? >

Cénitli fait des phrases luisantes : c'est le limafon de la liKérature; il laisse partout une trace argentée, roùs ce n'est que de l'âcume.

Il y a des auteurs qui ont fait des livres avec une ou deux sensations : tel est Young, avec la nuit et le silence.

' C'est il Paris que la Providence est plus grande qu'ailleurs.

Paris, avec ses accroissements périodiques, ressemble à une fille de joie, qui ne s'agrandit que par la ceinture.

Il j avait dans ma jeunesse, à Paris, des hommes qui donnaient beaucoup d'argent aux filles pour s'en faire aimer, a C'est un homme, disait une de ces filles en parlant du duc de ***, qui veut être adoré, et c'est cher. »

En i^Sz, quelques demoiselles de nom, figées de quinze à dix-huit ans, s'ennuyaDt ï l'Abbaye-aux- Bois, s'avisèrent d'écrire une belle lettre au Grand Turc pour le supplier de les admettre dans son

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ANECDOTES ET BONS MOTS 3oi

Sérail. La lettre, interceptée, fut remise au roi, et on en rit beaucoup à la cour. L'ennui du couvent et le désir de l'amour leur firent faire une chose très naturelle.

M"' La Guerre, ayant eu un démêlé assez vif avec son amant, s'enfuit un- soir de l'Opéra avec Ms habits de théâtre, tout en plenrs, et perdant si bien la tête qu'elle s'égara dans la campagne. Elle jpassala nuit à pleurer, et vers le malin [c'était en été) elle se mit à cjianter et k saluer l'aurore d'un très bel air qu'elle avait souvent fait applaudir à Paris. Les paysans qui aperçurent cette toute belle créature avec des habits d'une richesse et d'un goût inconnu pour eux, étonnés de ses gestes, de sa superbe taille et de sa voix, la prirent pour un ange et se mirent ï genoux autour d'elle. C'est pourtant au siècle des lumières que ceci s'est passé, et près de Paris, en 1778.

Une femme disait à un parvenu très vain qui lui refusait une grâce : n Fi ! fi ! vous avez bien tous les défauts des grands, n El elle obtint tout ce qu'elle demandait.

Deux évêques très âgés se promenaient ensemble dans le parc de Bruxelles, en 1791, tous les deux appuyés sur leurs cannes à pommes d'or et à bec

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3oi HAXIHES ET PIMStES

de corbin. L'un d'eux, après un long silence, dit à l'autre : ■ Monseigneur, croyez-vous que nous soyons cet hiver à Paris P > L'autre reprit d'un ton fort grave ; i Monseigneur, je n'y vois pas d'inconvénients. »

Les Allemands, quand on a de l'esprit devant eux, cherchent à comprendre, et n'y parviennent qu'après avoir réfléchi et s'être concertés du regard. Ils se cotisent pour entendre un bon mot.

,Ma besogne du Dictionnaire dt la langue françaist me fait penser à celle d'un amant médecin obligé de disséquer sa maitresst^

Critique Uttiraire '.

Le génie, étant le sentiment au plus haut degré qu'on puisse le concevoir, peut être dé&ni faculU créatricr, soit qu'il trouve des idées ou des expressions nouvelles. Le génie des idées est te comble de l'esprit; le génie des expressions est le comble du talent. Ainsi, que le génie féconde l'esprit ou

I. Soui ce tiice, nous reproduisons les page) remarquables contactées pir Rïvirol, dans le Discours-prifact de son Diclionnairt dt la tangue franiaisi, k u) idées UU le g^-itt. l't^rit, le talent cl le goâl.

ANECDOTES IT BONS MOTS 3oï

le talent en foumUsani des idées à l'un et des expressions à l'autre, il est toujours créateur dans le sens qu'on attache ordinairement à ce mot. Le génie est donc ce qui engendre et qui enfante; c'est, en un mot, le don de l'invention.

Il résulte d'abord de cette déSnition que la différence du génie à l'esprit n'est, au fond, que du plus BU moins, et cette diiTérence suffit pour que le géaie soit très rare; ensuite, qu'on peut avoir le génie des idées et manquer d'expressions créées, et qu'on peut être doué du talent de l'expression et manquer d'idées grandes et neuves.

On a donné tant d'acceptions au mot esprit que je crois devoir renvoyer ce détail au dictionnaire de k langue, et m'en tenir à la valeur commune et générale attachée ï ce mot. L'esprit est donc, en général, cette faculté qui voit vite, brille et frappe. Je dis vite, car la vivacité est son essence; un trait et un éclair sont ses emblèmes. Observez que je parle de la rapidité de l'idée, et non de celle du temps que peut avoir coûté sa poursuite. Ainsi, qu'heureux vainqueur des difficultés de l'art et de la paresse de son imagination, un écrivain sème son livre de traits pins ou moins ingénieux, il aura fait un ouvrage d'esprit, lors même que cet ouvrage lui aurait coûté la moitié de sa vie. Le génie lui-même doit ses plus beaux traits tantôt à une profonde méditation, et tantôt à des inspira-

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3o4 MAXIHIS ET TENSUS

lions soudaines. Mais, dans le monde, l'esprit est toujours imptoTisateur; il ne demande ni délai ni rendez-vous pour dire un mot heureux; il bat plus vite que le simple bon sens;- il est, en un mot, itntiment prompt et brillant. Toutes les fois que l'esprit se tire de cette définition générale, il prend autant d'épithètes diverses qu'il a de variétés.

Je définis le talent un art mêlé d'enthousiasme. S'il n'était qu'art, il serait froid ; s'il n'était qu'enthousiasme, il serait déréglé : le goût leur sert de lien.

On voit par là qu'il y a autant de talents dans ce monde que d'arts, d'où viennent les emplois variés du mot talent, depuis l'art d'écrire jusqu'aux métiers mécaniques.

Le génie ou le talent des expressions, le st^le, la diction, l'élocution, l'élégance, l'invention dans le style, la verve et la poésie de style, l'imagination dans l'expression, enfin la création, sont autant d'apanages du génie. J'en renvoie les développements au Tableau de la langue.

Seulement, il faut observer que la verve a plus de rapports avec la vigueur de l'expression, et l'enthousiasme avec les élans et les hauteurs de la pensée; et, quoique la verve soit plus commune que l'enthousiasme, cependant le génie de l'expression marche de pair avec le génie des idées dans l'ordre des réputations.

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ET BONS MOTS 3oS

Une certaine originalité, le piquant et la grftce d'un mot ou d'un trait, sont du ressort de l'esprit. On sait que, dans les pièces légères, la grâce et la gaieté sufRsent pour soutenir un esprit sans talent, et qu'à son lour le pur talent et l'oreille peuvent soutenir quelque temps un homme de peu d'esprit ou d'un médiocre génie.

Mais on peut dire, en général, que le génie s'élève et s'agrandit dans la composition; l'esprit s'y évapore et reste à sec : il est de sa nature de briller, mais de n'éclairer que de petits espaces. Ce qui le distingue encore du génie, c'est que celui-ci aime les rapprochements et les analogies; l'esprit est plus enclin aux antithèses. Quand le génie n'est pas soutenu par le talent, il fait des chutes d'autant plus graves qu'il s'était plus élevée ; le talent sans génie se soutiendrait à peine dans une région moyenne : de sorte que, si le lalent empêche le génie de tomber, le génie l'empêche .de ramper.

L'esprit s'est fait, indépendammeni du génie et du lalent, un domaine à part dans le monde; mais en littérature, et surtout dans les grandes conceptions, ses alliances sont souvent funestes au génie et au talent. C'est plutôt au talent à suppléer aux intervalles du génie et aux intermittences de l'esprit, et c'est, en effet, le secret de Virgile et de Racine : leur style, qui peint toujours, ne donne pas de trêve à l'imagination. Quelquefois Sîporol. I. îg

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3o6 HAXIHIS ET TEHiixS

ausù Tesprit a le bonhear de remplir les interrègnes du génie et de masquer les impuissances du talent. Molière fourmille de ces suppléments ingénieux, et le peintre qui jeta un voile sur le visage d'AgaroemnoD fit imaginer ce qu'il ne peignait pas, et emprunta ft son esprit de quoi se passer du talent.

Il ; a trois choses destinées i maîtriser les hommes : tes expressions, qui n'attendent que le talent; les idées, qui n'attendent que te génie, et les forces, qui ne demandent que le courage.

Je reviens an jugement, et je dis qu'il n'a point suffi aux beaui-arts : il fallait pour ces nobles enfants du génie un amant plutôt qu'un juge, et cet amant, c'est le goût, car le jugement se contente d'approuver et de condamner; mais le goût jouit et souffre. Il est au jugement ce que l'honneur est & la probité : ses lois sont délicates, mystérieuses et sacrées. L'honneur »1 Itndrt et se bleat dt peu : tel est le goût, cl, tandis que le jugement se mesure avec son objet on le pèse dans la balance, il ne faut au goût qu'un coup d'œil pour décider sou suffrage ou sa répugnance, je dirais presque son amour ou sa baine, son enthousiasme ou son indignation, tant il est sensible, exquis et prompt I Aussi les gens de goût sont-ils les hauts justiciers de la littérature. L'esprit de critique est un esprit d'ordre ; il connaît des délits contre ^ goût et les porte au tribunal du ridicule, car le

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anbcehstes et bons mots Soj

rire est souvent l'expression de sa colère, et ceux qui le blimenl ne songent pas assez que l'homme de goût a reçu vingt blessures avant d'en faire une. On dit que l'homme a l'esprit de critique lorsqu'il a refu du Ciel non seulement la faculté de distinguer les beautés et les défauts des productions qu'il juge, mais une âme qui se passionne pour les unes et s'irrite des autres, une Sme que le beau ravit, que le sublime transporte, et qui, furieuse contre la médiocrité, la flétrit de ses dédains et l'accable de son ennui.

Lt recueil des arrêts du goât s'appelle aussi criliqut. Il y a des critiques générales et des critiques particulières. Les sentiments de l'Académie sur le Cid sont une critique particulière; le Traité du surblime est une critique générale. Un poète a placé la critique â la porte du temple du goût, comme sentinelle des beaux-arts. C'était donc une bien fousse définition du goût que celle da philosophe qui prétendit qu'il n'était que It lugemenl armé d'un microscope. Ce résultat, qui fit fortune, est doublement faux, puisqu'il suppose que nos jugements ne roulent que sur des masses ou des objets vastes, et que le goût ne s'exerce que sur des détails ou de petits ouvrages. Le jugement et le goût connaissent également des détails et des masses, d'un ouvrage entier ou d'une seule expresâon; seulement on préfère l'emploi du mot goût pour les ouvrages qui

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3o8 UAXIHES ET PENSÉES

n'offrent qae grâce, délicatesse ou futilité. Ainsi, on ne porte pas son jugement sut un bijou, non parce qu'il est petit, mais parce qu^il est futiie; une (tle, un spectacle, un festin, ne sont pas des objets microscopiques, el cependant c'est le goût qui les ordonne et les juge; enfin le bon et le maavais goût, les jugtmtnis vrais ou faux , la pureté du goût el la jusltsse du jugtmtnt, la corruption de l'un et la fausseté de l'autre, sont des expressions consacrées.

Sur quoi j'obserrerai que les masses ont toujours un air de noblesse qui se perd dans les détails, et qui n'est jamais le caractère des ouvrages; et, de même qu'on a dit des personnes qui s'habituent à regarder les objets de trop près qu'elles se brisent le rayon visuel, ce qui signifie, en termes plus techniques, se contracter le cristallin, de même on peut dire des esprits qui n'aiment que la dissection des caractères, le fini des détails et les miniatures en tout genre, qu'ils finissent souvent par n'avoir plus qu'une vue microscopique, et par échanger la grandeur contre la subtilité et les belles proportions contre la Bnesse. L'esprit analytique, au contraire, peut, en fidèle sectateur de la nature, allier les recherches élémentaires à l'art des grandes compositions.

Mais c'est surtout à l'étude des belles proportions que le goût s'épuie et se foirae. Ceci de-

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manderait une poétique à pari, et le plan que je

me suis fait t'y refuse. Je me contenterai de dire que, si l'art du sculpteur consiste à écarter de la statue le marbre qui n'en est pas, de même le goût ordonne de simplifier un sujet et d'exclure d'un événement les temps qui n'en sont pas. Le grand écrivain repousse donc la foule des incidents étrangers ou disparates qui distraient le sentiment, et qui sont comme les parties mortes d'un événement. C'est par là que le récit d'un fait nous frappe » souvent plus que son spectacle, semblable à la réflexion sur le danger, plus effrayante que le danger mSme ; c'est par là que le talent donne un air de vie à ses ouvrages. La Vénus de Florence t'est qu'un marbre, mais ce marbre a la perfection ; une femme a des imperfections, mais elle a la vte et le mouvement ; en sorte que la statue serait insupportable à cause de son immobilité, si elle n'avait le charme que lui donnent la vie et le jeu des paswons. L'art consiste à suppléer la vie et la réalité par la perfection, et le goût exige cette beureuse imposture; mais il veut l'entrevoir, et c'est ce qui explique le dégoût et même l'horreur que nous causent les imitations en cire. La transparence des chairs y est, les couleurs sont vraies, les cheveux sont réels, et la personne est immobile; les yeux brillent, mais ils sont fixes : l'amateur interdit, qui ne trouve ni fiction ni réalité, détourne sa vue

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3lO HAXIHES ET FENSÉES

d'un cadavre coloré qui ment sans faire illusioD, et du spectacle de ces yeux qui regardent sans voir; en un mot, le faux enchanteur qui s'est passé d'art sans atteindre la nature a fait le miracle en sens inverse. Le sculpteur et le peintre ont animé la toile et amolli le marbre, et lui, il a raidi les chairs, figé le sang et glacé le regard.

Quant aux productions dramatiques, il ne doit y avoir de liciion que sur les temps et les lieux; tout le reste doit être vrai, c'est-à-dire d'une illasion complète.

L'historien et le romancier font entre eux un échange de vérités, de fictions et de couleurs, l'un pour vivifier ce qui n'est plus, l'autre pour faire croire ce qui n'est pas.

Le poète épique mêle le merveilleux à l'action et au récit. On peut s'expliquer par là pourquoi l'épopée n'emprunte jamais avec autant de succès que la tragédie les grands personnages de l'histoire. Ce ne sont pas seulementdes passions et des événements, ce sont des merveilles qu'on attend d'elle; et, quand l'épopée ne peut agrandir ni les faits ni les hommes, son impuissance la dégrade aux yeux de l'imagination. D'ailleurs, la gloire d'un héros épique est tellement réversible au poète qui le crée en le chantant que, dans VIliadt, ce n'est point Achille, c'est plutôt Homère qui est grand. Mais César ne reflète pas son éclat sur Lucaîn, et Lucaia

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ANECDOTES ET BOHS MOTS 3ll

n'ajoute pas à l'éclat de César. Que faire d'un penonnage û plein et tellement inséparable de sa gloire qu'on ne peut ni l'augmenter ni la partager?

Le goût triomphe surtout dans la séparation des genres. Si c'est un grand art, dans les affaires, de distinguer ce qui doit être écrit de ce qui doit être dit, c'est aussi un grand signe de goût en littérature; et le discernement qui sépare ce qui peut être en vers de ce qui doit être en prose n'est pas d'une moindre importance.

Ce qui distingue encore le goût de l'esprit, du talent et même du génie, c'est qu'il ne se laisse jamais éblouir; il préfïre Virgile àLucainetRacine à Voltaire, par la raison qu'il aime mieux les jours et les ombres que l'éclat et les taches.

Enfin le goût viole quelquefois les rÈgles, comme ta conscience les lois, et c'est alors qu'il se surpasse lui-même ; mais ces cas sont rares. Situé entre les témérités de l'imagination et les timidités du jugement, c'est à lui à se défier des offres de l'une et des conseils de l'autre.

Les gens du monde confondent toujours l'esprit avec le génie des idées, et cela doit être. L'esprit, ^tant le nom le plus universel du sentiment, est souvent pris, comme l'âme, pour l'homme tout entier; on dit : les grandi et les petits esprits, les tsprits ordinaires et les esprits extraordinaires, et

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3l3 HAXIUES ET FENSÉES

d'un homme sans esprit qu'il est un pauvre tspril; enfin on oppose l'&me au corps et l'esprit à la matière. Il suffit donc, pour confondre l'esprit avec le génie, d'Ater I l'un et d'ajouter â l'autre. En leur supposant des idées plus ou moins vastes et des conceptions plus ou moins profondes, on aura tour à tour l'homme d'esprit et l'homme de génie, un esprit étendu et un esprit borné; mais il n'est pas permis de confondre l'esprit ou le génie des idées avec le talent.

Il ^ a cette dJHérence entre ces deux présents de la nature que l'esprit, à quelque degré qu'on le suppose, est plus avide de concevoir et d'enfanter, le talent plus jaloux d'eiEprimer et d'orner. L'esprit s'occupe du fond, qu'il creuse sans cesse; le talent s'attache à !a forme, qu'il emhellit toujours : car, par sa nature, l'homme ne veut que deux choses, ou des idées neuves ou de nouvelles tournures; il exprime l'inconnu clairement pour se faire entendre , et il relève le connu par l'eipression- pour se faire remarquer. L'esprit a donc besoin qu'on lui dise : Je vous entends, et le talent : Je vous admire. Il est donc vrai que c'est l'esprit qui éclaire, et que c'est le talent qui charme. L'esprit peut s'égarer, sans doute, mais il craint l'erreur ; au lieu que le talent se familiarise d'abord avec elle et en tire parri, car ce n'est pas la vérité, c'est une certaine perfection qui est sans objet, et les varia-

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tions, si déshoDorantes pour l'esprit, étonnent si peu le talent que, dans le confiit des opinions, c'est toujours la plus brillante qui l'entraîne : d'où il résulte que l'esprit a plus de juges, le talent plus d'admirateurs, et qu'enfin, après tes passions, le talent est dans l'homme ce qui tend le plus de pièges au bon sens.

Ce n'est pas qu'il y ait beaucoup de gens d'esprit sans un peu de talent, ni beaucoup de grands talents sans quelque dose d'esprit; je parle seulement de la partiie dominante dans chaque homme. Mais il y a généralement plus d'esprit que de talent, en ce inonde : la société fourmille de gens d'esprit qui manquent de talent.

L'esprit ne peut se passer d'idées, et les idées ne peuvent se passer de talent : c'est lui qui leur donne l'éclat et la vie. Or les idées ne demandent qu'à être bien exprimées, et, s'il est permis de le dire, elles mendient l'eïpression. Voiià pourquoi l'homme à talent vole toujours l'homme d'esprit : l'idée qui échappe à celui-ci, étant purement ingénieuse, devient la propriété du talent qui k saisit.

Il n'en est pas ainsi.de L'écrivain à grand talent: on ne peut le voler sans être reconnu, parce que, son mérite étant dans la forme, il appose son cachet sur tout ce qui sort de ses mains. Virgile disait qu'on arracherait à Hercule sa massue plutôt qu'un vers à Homère.

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L'eiprit, qui trouve l'or en lingots, ajoute aux richeuM du genre humain; mais te talent façonne cet or en meubles et en statues qui ajoutent à nos jouissances, et sont à U fois, pour nous, sources déplaisirs et monuments degloire. On peut rendre beuieusement les pensées des philosophes : ils ne craignent pas la traduction, qui tue le talent. L'homme qui n'aurait strictement que de l'esprit ne laisserait que ses idées; mais l'homme à talent ne peut rien céder de ce qu'il fait : il a, pour ainsi dire, placé ses fonds dans la façon de ses ouvrages. On dirait, en effet, que les idées sont des Fonds qui ne portent intérêt qu'entre les mains du talent.

Mais ce qui fait précisément sa puissance, c'est d'exprimer d'une manière neuve et piquante les pensées lespluscommunes, car les pensées de cet ordre se composent des sensations premières, souvent répétées, fondées surle besoin, fortifiées par l'usage, et par conséquent fondamentales dans l'homme.

La différence du talent ï l'esprit entraîne aussi pour eux des conséquences morales. Le talent est sujet aux vapeurs de l'orgueil et aux orages de l'envie; l'esprit en est plus exempt. Voyez, d'un cAté, les poètes, les peintres, les acteurs, et, de l'autre, les vrais penseurs, les métaphj'siciens et les géomètres. C'est que l'esprit court après les secrets de la nature, qu'il n'atteint guère ou qu'il n'atteint que pour mieux se mesurer avec sa propre faiblesse;

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tandis qne le taleot poursuit ane perfection humaine dont il est sûr, et a toojonrs le goût pour témoin et pour juge : de sorte que le talent est toujours satisfait de lui-même ou du public, quand l'esprit se méfie et doute de la nature et des hommes. En un mot, les gens d'esprit ne sont que des voyageurs humiliés qui ont été toucher aux bornes du monde, et qui en parlent, k leur retour, à des auditeurs indifférents, qui ne demandent qu'à être gouvernés par la puissance ou charmés par le talent.

Leur différence influe encore sur leur destinée. Les hommes qui adorent et idolâtrent la puissance caressent le talent; mais ils ne rendent pas, à beaucoup près, le même culte aux grands esprits ; ils sentent que l'or et le pouvoir se communiquent en personne, et que le talent multiplie leurs jouissances, mais que te génie des idées, semblable au soleil, ne nous prête que son éclat, sans rien perdre de sa substance : d'où résulte cette vérité, que souvent l'envie auprès des grands et des riches se change en flatterie, et en haine auprès du génie qui se contente d'éclairer sans émouvoir.

Mais c'est surtout pour les talents futiles que le monde prodigue ses faveurs et s'épuise en applaudissements. Tout est de glace pour l'homme qui pense et qui redresse les idées de son siècle : c'est que celui-ci ne donne que de la fatigue et humilie la médiocrité, quand le danseur ou le mi^

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uciea ne donnent que du plaisir et n'humilient que leure rivaux; car ce ne sont pas les artistes, mais lu arts, qui sont frères. Le talent ne craint donc que le talcDt; l'esprit a le genre humain pour anlagonisle.

Cependant, il faut le dire, l'envie pardonne quelquefois l'éclat du style à un grand homme qui n'a pas le don de la parole, parce que, s'il paraît dans le monde et qu'il y montre de l'embarras ou de la disgrSce, il a l'air d'un enchanteur qui a perdu sa baguette, et on se félicite de son malheur : on en jouit, comme le hibou d'une éclipse. Mais l'homme qui porte son talent a?ec lui afflige sans cesse les amours-propres : on aimerait encore mieux le lire, quand même son style serait inférieur à sa. conversation .Que sera-ce donc s'il tient le double gouvernail du cabinet et du cercle?

Ces petites iniquités sont d'autant plus remarquables que le véritable esprit rend justice à tous les genres de mérite. Comment pourrait-il persécuter ce qu'il aime et troubler la source de ses jouissances? Il ne faut pas des sots aux gens d'esprit comme il faut des dupes aux fripons.

Disons-le à la gloire du génie et de la vertu, toute nation a deux sortes de représentants : ceux de sa puissance et ceux de son mérite. Les premiers ne la représentent qu'un temps, les seconds la représentent éternellement; les premiers empruntent

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d'elle leur éclat, elle tire le sien des secoada. Les uns la protègent ou la t^rannisenc avec ses propres forces; les autres la couvrent de leurs rayons et lui prodiguent les fruits de leur génie. Enfin les premiers ne lui trouvent que des ennemis dans les peuples environnants; les seconds lui concilient le respect du monde, et n'ont pour ennemis que ceux du genre humain et de sa félicité.

Observons, en terminant ces réflexions, qu'il y a deux espèces d'hommes à talent : ceux qui, s'exerçant sur la matière, se passent aisément d'esprit, comme les sculpteurs, les peintres, les musiciens et les danseurs ; et ceus qui s'exercent sur la parole, comme les poètes et les orateurs. Ceuxci gagnent presque toujours de l'esprit et des idées au commerce des mots. On peut les comparer aux artistes qui ont pour eux la limaille et les débris des précieux métaux qu'ils façonnent.

Maintenant, pour réunir les deux objets du parallèle, il faut convenir qu'il en est de l'esprit, et surtout du talent, comme de la puissance en amour. Les esprits et les talents ordinaires n'ont de puissance que par intervalles; mais les grands esprits et les grands talents sont presque toujours en puissance.

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