‹ Œuvres choisise de A. RivarolChapitre 16 sur 17 · Ce serait une préiomp'ion insuppoosble qu» t · texte numérisé non relu

Ce serait une préiomp'ion insuppoosble qu» t

l.pr^

lendre BYOir eu seul raison dam une réïolulioo qui t

1 és»ii

tant de lêtts; mais je croii qu'on me pardonnera si

je cite

ici une peinture de la religion chrélienne lir^e d'uni

s lettre

cGoot^le

Je conclus de tout ce qaî précède que les philosophes ne sont au fond que des prêtres tardifs qui, en arriTant, trouvent la place prise par les premiers pritres qui ont fondé les nations. Ils en conçoivent de la jalousie contre leurs rivaux, et, comme ils ne paraissent guère que vers le déclin

i M. N«lar, imprima lur 1é fin it i 7S7; el]« pronven que je n'ai pu varij M que ce n'eu pisiii RéTolutkia qw je doit met principe) :

< On diriLl que le ciel mime mil priptti la lerre poor rJlibliuemcDt du chrittluime. En viin la mjPthologie flitliit lei faibleue) humiines el cbirmiit l'imagination : il j a

faile. La religion n'^liil que poétique, et voiii pourquoi il le forniail de toulej parti dea tectei et dei iisocialioni d'adoralcuri d'un seul Dieu. Le iloïciune suiloul éleva l'bomme •u-de»us de lui-mïme; maïs, conune tant de sages ne profeutient que le déisme pnr et ne dresiaient des temples 1 Dieu qu'au fond de leurs cvurt, ils ne purent fixer les regards de la multitude, qui admirait leur vertu sans voir quel

terre, deinindait une main qui lui creusât an lit et loi donnât un coara régulier. Le christianisme vint et parla ani sens, à l'esprit et au cœur. Eu retenant la pompe du paganisme, la métaphysique des Grecs et toute la pureté du stoïcisme, cette religion se trouva parfaitement appropriée à la nature humaine : c'est elle qui a consacré le berceau de toutes les monarchies de l'Europe; elle a Tavorisé le progrèt de la lumière en nourrissant le feu des disputes; elle a fait tourner au profit des nations et les utiles scandales det papes, et les loisirs du clotlre, et les succès des méchants, et les eflbns des incrédules; et je ne sais ce que tODi lei adversaires réunis pourront mettre k sa place, si jamais l'Europe les constitue arbitres entre l'homme et Dieu. > Qjjanl à mes opinioni politiques, on (ail en France qoa

cGoO^li^

INTELLECTUEL ET MORAL 3o3

des empires, dont ils soot assez souvent les avantcoureurs, les philosophes se servent des lumières des vienx peuples pour tout renverser, comme les prêtres se servirent de l'ignorance des peuples naissants pour tout établir : car observez que tous se disputent le peuple, ce magasin toujoun sub-

j'>i attaqua l'Aisïmblie coDUiluanta inr la fin du moi> de

coDfarlii, prit d'un an avanl M. Burks, comme il l'a reconnu lui-mtme dam ane lettre impriméa à Farit en T791. Il n'eil donc p» irai, comme on l'imprime loui les jourt, qne M. Baiie «il le pttniier aiiaquj la Réïoluiioo. Je renvoie le lecteur an Journal pollliqut dont j'apprends qu'on vient de donaer une nouvelle édllion à Parit. On j veirt les piJcanllons que je pienai) pour que l'Euiope n'attribult pai i la nation française les horreurs commises par la fouis de brigands que d^jà !a Révolution et l'or d'un grand conspirateur avaient alliréi dans la capitale. Je ne citerai qne la phrase luiianle; elle est du 3a juillet 17S9, époque où l'Àsiemblée partageait l'iiresse qu'elle inspirait, oi elle priludaîl i nos désastres en applaudissant aui eiécutions populaires : a Malheur 1 qui remue le fond d'une nation I Il n'est point de sitcle de lumiirei pour la populace : ell« n'est ni française ni anglaise. La populace est toujours e( en tous paji la même: loujouri cannibale, toajouri anthropophage; et, quand elle se venge de ws magistrats, elle punit des crimes qui ne sont pas toujours avérés par de>

Je sais qu'on ne gagne rien i prouver à des gens qui se sont trompas qu'on ne s'est pas trompé comme eui. La raison est inutile avant l'événement et odieuse après. Si In

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sistant de forces, de richesses et d'honneurs. C'est là que puisent les ambitieux de toute espèce, et qu'ils trouvent toujours des brus et des armes, taniAt au nom de la religion, et tantôt au nom de la nature. Nos aïeux, dans leurs disputes religieuses, cituent le même Uvre de part et d'autre; aujourd'hui c'est la nature qu'on invoque des deux côtés. L'homme étant composé de besoins et de passions, les deux partis prennent également à témoin la nature de l'homme. « Nous naissons libres, dit l'un ; on ne peut donc enchaîner nos passions sans attenter à notre liberté, s — « Nous naissons nécessiteux, dit l'autre ; il faut donc donner aux besoins le pas sur les passions, n Les uns soutiennent que toute souveraineté vient de Dieu, qui fait et conserve tout; les autres crient que le TFM sonverain, c'est le peuple, qui peut tout dé-

l'autre i l'amour d« l'ordre, «t l'amour d« l'ordre nous Tut respecter 1« puliiuicn.

On KDt bien que ce n'es! pis itui hiùter que je me mit engagé dani une diicutiion sur l'origine et lei motifi de la religion et de la )us(icei mais deux téfieiions m'oni décidé : l'une, qu'on ne pouYiil plui atUquer la philosophie régnuile que dans lou foil; l'autre, que le peuple ne me lira pat. Je fournil dei armes contre ceai qui l'ont égaré i ceux qui veulent uncirement le diriger vers la païi et le bonheur, l'esplre que les iournatisles btbilei parleront sobrement mr cette question délicate, et que les plus sages l'j diitingneront par leur discrétion.

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traire : ils renouvellent le combat da bon et du mauvais principe, et les esprits mitoyens quiécrivent pour concilier les deux partis sont en effet les manichéens de la politique.

On mènera toujours les peuples avec ces deux mots ; ordre et Ubtrté; mais l'ordre vise au despotisme, et la liberté à l'anarchie. Fatigués du despotisme, les hommes crient à la liberté; froissés par l'anarchie, ils crient tt l'ordre. L'espèce humaine est, comme l'Océan, sujette aa flux et au reflux; elle se balance entre deux rivages qu'elle cherche et fuit tour à tour, en tes couvrant sans cesse de ses débris.

Le plus ardent ennemi de l'ordre politique, J, J. Rousseau, dit que l'homme est naturellement libre, juste et bon; mais U entend l'homme sqlitaire. C'est se moquer : il n'y a point de vertu sans relation. A l'égard de qui un être solitaire peut-il être libre, juste et boni C'est pourtant avec cette idée fausse que ce philosophe se lança dans l'ordre politique, cherchant toujours l'homme parmi les hommes, l'indépendance entre les liens et les devoirs, la solitude au sein des villes, et accusant toujours une nation de n'être pas un homme. '

Je vais parler en peu de mots de cette liberté, de cette justice et de cette bonté primitives de l'homme.

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>o6 DI L'aOHHR

Mais, Is liberté drile ei politique n'étant pas de mon sujet, il faut se conteater de poser ici la déGoiiion précise de la liberté personnelle ou franc arbitre, et l'appliquer en passant à la polir dque.

Tout être qui se détermine lui-même est pnî^ sance ; toute puissance qui n'est pas opprimée par une autre est libre : car obéir à ses idées, à set passions ou à tel autre motif, c'est obéir à sa volonté, c'est n'obéir qu'ï soi, c'est âlre libre. La 1^ berté , pour l'homme , consiste k faire ce qu'il veut dans ce qu'il peut, comme sa raison consiste ^nepas vouloir tout ce qu'il peut. Les idées nous arrivent sans Dotre consentement; mais il nous reste le pouvoir de nous arrêter à celle qu'il nous platt. Tout être qui est ainsi passif et actif tour i tour n'a pas d'autre liberté; mais tout être qui peut choisir entre un raisonnement et une passion ne doit ni concevoir ni désirer d'autre liberté. L'bomme est donc un mélange de pouvoir et d'impuissance; il y a donc dans chacune de ses actions une partie libre et une partie qui ne l'est pas. Le regret et le repentir tombent toujours sur la partie libre de nos déterminations; mais, puisque l'homme se détermine toujours par quelque motif, au lieu d'en conclure, comme certains philosophes, qu'il n'est pas libre, et que par conséquent les supplices sont inutiles et injustes, il fallait plutôt convenir d'»-

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t>ord qu'un animal tans motif serait aussi sans vo- Içotë, et De sortirait pas de l'indifférence qu'on a follement appelée Ubtrt/ d'îndifférena. Un homme qui se trouve, par exemple, devant deux routes qui se croisent, sera-t-il éminemment libre parce qu'il ignorera quelle est la bonne? Il est, au contraire, enchaîné par l'indécision; sa volonté s'agite dans les ténèbres, et cet état est si pénible qu'il cherche de toute sa puissance à s'en arracher au plus tôt. Il fallait ensuite avouer que , puisque l'homme ne fait rien sans motif, les supplices sont également utiles et légitimes : car oii trouver de motif plus puissant que la crainte de la douleur et de la mort?

On peut faire une question singulière sur la liberté, cet inépuisable sujet de tant de sophismes; on peut, dis-je, demander si l'homme, quand il doute et reste en suspens, tient la balance, ou s'il est lui-même la balance? Je réponds qu'il est la balance elle-même, mais une balance animée qui sent ce qu'elle pèse et qui ajoute au côté qu'elle préfère le poids toujours victorieux de son consentement.

On connaît le fameux problème qui consiste à concilier la liberté de l'homme avec son obéissance forcée aux lois de la nature. La solution de cette difficulté est dans la définition même de la soite de liberté dont nous jouissons. Dès qu'il agit,

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so8 DE l'homme

l'homme commence le mouTCment; mais il n'ichappe pas, pour cela, aux lois générales du mouvement : il est acteur dans une pièce qu'il n'a pas faite, et les légère; variations qu'il se permet dans son rôle ont été préTues par le maître du spectacle. L'homme fait partie de la nature, mais sa liberté ne consiste pas à heurter la nature. Il obéit, soit i son insu, soit volontairemetit, soit forcément, à une suite de lois que les gens inappliqués appellent kcaard ou fortune, les esprits religieux Providence, et la plupart des philosophes nécessité; mais il sent qu'il fait ce qu'il veut, et cela lui suffit. Quand on veut ce qu'on désire, lorsqu'en un mot on veut ce qu'on veut, on est libre : ce sentiment ne remonte pas au delà de la volonté. Quelques dialecticiens ont avancé que l'être qui veut être heureux n'est pas libre, puisqu'il est irrésistiblement poussé vers le plaiûr et le bonheur... Je ne répondrai pas à ces folles subtilités.

Mais une vérité importante qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est que la liberté a été donnée aux animaux comme moyen et non comme but : Is ne naissent pas, ils ne vivent pas pour être libres; mais ils sont libres pour pouvoir vivre et se perpétuer. C'est ainsi que les plantes ont la fixité : leur sentiment ne veut pas quitter le sol qui les nourrit ; celui des animaux veut changer de place selon le besoin. La plante qui ne pourrait se fixer

INTEUICniD. ET HOKAL 309

«t l'animal qui ne saurait bouger périruent également.

Expliquons maiDteDant pourquoi l'homme ne peut conserver et déployer toute sa liberté dans l'ordre social et politique.

L'homme, en venant an monde, avait deux puissances à eiercer, et par conséquent deux sortes de libertés : l'une, intérieure, sur le mécanisme de son être, soit qu'il eût dirigé la digestion, la génération, le couis des humeurs et leurs sécréûons, etc., ou qu'il eût maîtrisé le jeu de set idées et le cours de ses passions; l'autre, extélieure, sur l'usage de ses mouvements et de ses membres dans l'accomplissement de ses actions.

Mais la nature entre en partage avec l'homme naissant; elle se réserve les principales foncliooi de la vie, et lui abandonne la souveraineté de* autres. C'est dans le département qui lui est confié par la nature que l'homme est aussi libre que puissant : sur tout le reste il est esclave.

C'est ainsi qu'en entrant dans l'ordre social l'homme est obligé de compter avec un gouvernement, comme la nature avait compté avec lui lorsqu'il vint au monde. Tout gouvernement lait donc avec les hommes le partage des fonds que leur avait laissés la natnre; il vérifie les pouvoirs, il étiquete les actions : les unes restent perraiïes.

l;,GOOt^l>J

3IO DE LHOtIHE

et lei autres indues. L'homme est donc libre sur les ptemiËies et esclave sur les secondes. Il périrait s'il voulait tout faire dans l'ordre physique, et, s'il voulait tout retenir dans l'ordre politique, cet ordre ne saurait subsister. Il est vrai que, pour qu'on gouvernement soit bon, il faut qn'il soit aussi fixe dans ses limites que la nature dans les siennes, et que les traosgressiont soient aussi rares que les miracles.

La justice, que j'ai promis de définir, n'a pas d'autre origine que le jugement. Que l'homme prononce entre deux idées, entre deux faits, entre deux individus; qu'il obéisse à son goût, au rapport de ses sens, à la voix de sa conscience, il est également juge; ei voilà pourquoi les lois ne sont en effet que des jugements portés d'avance, des décisions éventuelles applicables à tous les cas. On les fait d'avance pour se donner le plus- haut degré de désintéressement.

Chacun natt avec sa balance particulière; l'édncation et la société nous apprennent et nous forcent ï nous servir des mêmes poids, car l'homme naît juge, mais il ne natt pas juste dans le sens moral. L'enfont prend tout ce qu'il trouve, et pleure quand 11 but restituer.

L'habitude constante de bien appliquer son jugement s'appelle jtaltsst ouyiuliee : justesse, quand nous n'employons à juger les choses que nos sens.

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notre intérêt et notre esprit; justice, quand c'est la conscience morale qui prononce.

Il n'existe et ne peut exister, pour l'homine, de justesse ou de justice universelle : tous ses jugements sont relatif; tout est humain dans l'homme. Les vertus ne sont des vertus que parce qu'elles sont utiles au genre humain. Quand je prononce sur une cause qui semble m'âtre étrangère, la décision que je porte me regarde : car elle peut un jour m'âtre appliquée à moi-même. La justice universelle, Incorruptible, impartiale, est sans doute dans la balance qui a pesé les mondes; la ndtre est née de la crainte et du besoin. Dieu ne peut donc être juste de la justice des hommes, et voilà pourquoi tl nous laisse détourner notre raison et notre conscience à notre profit. Il n'y a de morale que de l'homme à l'homme.

N'est-il pas incontestable, par exemple, que tous les animaux ont le même droit que nous aux bontés de la nature; qu'ils sont, comme nous, senûbles à la douleur, et que leur vie est aussi précieuse que la nâtre aiu yeux du Père commun? Et cependant nous usurpons leur domune , nous les chassons, nous les tuons, nous vivons de leur chair et nous buvons leur sang; que dis-je? nous leur tendons une main perfidement protectrice, nous leur prodiguons la nourriture ; et, tantAt bvorisant leurs amours, tantât les privant des sources et des

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3ia DB LROHHB

plaisirs de la géoératioD, nous multiplions et nous perfectionnons nos Ticdmes. La faim et l'ameur, ces deox grands bienfaits de la nature, ne sont entre nos mains qne des pièges toujours tendus ft ces malheureux compagnons de notre séjour sur la terre. Nous faisons tout cela sans remords, voilb qui est incontestable, ainsi que les arguments contre la guerre, et, en attendant, les boucheries et les champs de bataille sont et seront toujours ouverts aux besoins et aux fureurs des hommes. C'est que celte vérité , qui nous assimile les animaux, n'est pas de l'ordre où nous vivons; c'est qu'il faut vivre avant de raisonner. Si la nature produisait tout à coup une race supérieure à la nAtre, nous serions d'abord aussi coupables que les rec|uins et les loups.

Quant à la bonté native de l'homme, c'est un être de raison , si on entend par là une bonté morale. L'homme naît avec des organes physiquement bons et avec des besoins utiles ; mais il n'est Ik rien de moral : s'il naissait bon ou mauvais, il naitrût homme fait et déterminé; rien ne pourraît ni le convertir ni le pervertir. Mais l'homme natt propre h devenir juste ou injuste, surtout i être l'un et l'autre, et, en général, à n'être que médiocrement bon et médiocrement méchant.

L'enfant exerce d'abord sa volonté sur tout ce qui l'environne. Si on lui cède eo tout, il devient

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tyran ; si on lui résiste arbitrairement en tout, il devient esclave : point de milieu. Mais une éducation dirigée avec quelque bon sens le conduit aux idées de liberté et de vertu, état raisonné oii il n'aurait su parvenir senl.

L'éducatioD se compose de résistances néceitûres et de justes condescendances : c'est une transaction perpétuelle des volontés et des besoins d'un bomme avec les besoins et les volontés des autres; c'est un fonds placé sur un enfant, dont lui et la société retirent les fruits.

La morale , la religion et les lois concourent à ce grand œuvre de l'éducation de l'homme; mais la morale ne pent que conseiller; la loi ne peut que protéger et punir; la religion seule persuade, récompense , punit et pardonne : elle suppose l'homme fragile, le conserve bon ou le rachète coupable. En un mot, l'homme naît volontaire et animal d'habitude; le gouvernement le protège, la nécessité le plie, le monde !e dirige, la morale l'avertit et la religion le ramène. Sensible par nature et sans effort, ce n'est pas sans effort et sans aider la nature qu'il devient enfîa l'être social et raisonnable parexcellence. Ce n'est qu'à cette heureuse époque d'une éducation affermie que la vraie philosophie peut se montrer à lui sans danger et fixer ses regards sans l'éblouir. Jusque-là elle n'a rien fût pour lui... Mais je me trompe ; c'est ta

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vraie philosophie qui a mis en avant et le monde et la oéceuité, etiamoraleet la religion; et, quand Télémaque approche do but, c'est encore elle qui laisse tomber ses voiles et lui découvre que Mentor et Minerve, c'est-à-dire l'instruction et la sagesse ne diffèrent pas de la vraie philosophie.

Enfin, l'homme de la nature, ce n'est pas l'homme solitaire, mais l'homme social. En voici la preuve. Il faut, pour obtenir un homme solitaire daus un disert, le priver de son père, de sa mère et d'une femme; et, dans la société, il faut ou qu'une certaine philosophie morose le relègue dans la solitude, ou que certaines idées religieuses le confinent dans une cellule, ou qu'enfin la tyrannie ou les lois le plongent dans teura cachots. Il faut donc des efforts pour obtenir l'homme solitaire ; mais il suffit d'abandonner l'homme à lui-même pour le voir aussitôt en société. C'est donc l'homme social qui est l'homme de la nature; l'état solitaire est donc un état artificiel. Aussi, quand des individus épars et sauvages se réunissent à quelque peuple que ce soit, ils quittent, pour ainsi dire, le règne animal pour s'agréger au genre humain.

L'homme solitaire ne peut figurer que- dans l'histoire naturelle, encore j sera-t-il toujours un phénomène. On rougit de perdre le temps et la parole k défendre des vérités si triviales ; mais la honte en est à ceux qui nous j réduisent : c'est que

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INTEUECniEL ET MORAL 21 5

le bon sens est encore plus rare qne la probité. Ce n'est pas pour avoir ignoré ces vérités que je prends à partie les nouveaux philosophes, mais pour les avoii combattues et presque étouffées sous la multitude de leurs paradoxes; pour être parvenus it dégoûter une grande nation de son expérience et de son bon sens, à la fatiguer de sa prospérité, ï lui faire honte de son ancienne gloire ; , pour avoir, le jour même de leur toute-puissance, composé leur Déclaration des droits de l'homme, cette préface criminelle d'un livre impossible; pour avoir oublié que, de tontes les autorités, celle à qui le peuple obéit le moins ou d'une manière plus versatile, c'est lui-même ; pour avoir méconnu la loi des proportions dans un empire,- et confondu sans cesse la souveraineté avec la propriété; pour avoir tenté l'homme social avec l'indépendance de l'homme des bols; pour s'être donné comme auxiliaires les brigands qu'ils se plaignent d'avoir aujourd'hui pour maîtres; pour avoir cru qu'on pouvait, sans corrompre la morale publique, honnir et prostituer tour à tour le serment, dépouiller deux cent mille propriétaires et applaudir aux premiers meurtres qui ensanglantèrent les mains du peuple; pour avoir cru ou feint de croire qu'il j avait dans ce peuple plus de malheureux qne d'ignorants et plus de misères que de vices (car, de ce qu'une révolution s'opère par les fautes

de la COUT, il ne tmt pu conclure qu'elle se faîi par les Tenus du peuple) ; pour avoir dit : D^shonorofu l'honatur, tt, rtpuvtauji Mizxnca^ eondamnom ta homnws au tt^lict de l'égftliU ; pour avoir soutenu que, leur révolution étant sans exemple, on ne pouvait leur opposer ni le raisonnement, nt l'histoire, ni t'eipérience; pour avoir, en semant la démocratie dans leur constitution, établi un long et sanglant duel entre la population et le territoire de l'^empire ; pour s'être enfin dissimulé que le plus énorme des crimes, c'est de compromettre l'existence des corps politiques, puisqu'ils sont jk la fois les grands ccMtservatoires de l'espèce humaine et les pins grandes copies de la création.

En effet, après l'univers et l'homme, il n'existe pas de plus belle composition que ces vastes corps dont l'homme et la terre sont les deux moitiés, et qui vivent des inventions de l'un et des productions de l'autre : sublimes alliances de la nature et de l'art, qui se con^osent d'harmonies et dont la nécessité forme et serre les noeuds! C'est laque l'espèce humaine se développe dans tout son éclat , qu'elle fleurit et fnictifle infatigablement, que les actions naturelles deviennent morales, que l'homme est sacré pour l'homme, que sa naissance est constatée, sa vie assurée et sa mort honorée; c'est là qu'il s'éternise, qu'il recommence, je ne dis pas dans un enfant que le hasard lui aura donné, maiv

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iNTELLBcnm. rr uoral 117

dans l'héritier de son nom, de son rang, de sa fortane et de ses honneurs, enfin dans un autre lui-mSme. Là, ses dernières volontés sont recueillies ; elles deviennent loii. Un homme roort est encore puissance, et ta voix est entendue et respectée. C'est là que chacun a la force de tous, le Âtiit du travail de tous, sans craindre l'oppression de tous; c'est dans le corps politique que le genre humain est toujours jeune, toujours animé dn double esprit de femille et de prospérité; c'est enfin là que les peuplés sont autant de géants qui comptent leurs années par les générations, qui aplanissent les monts, qui marchent sur les mers, embrassent, fécoitdent, connaissent et mdtrisent le globe qu'ils habitent. C'est pourtant là ce que nos philosophes n'ont pas respecté.

En TOjant l'homme nu, réduit à ses seuls orga> nés, supposons qu'une voix se fût élevée et eât dît : < Donnons à cet fitre une vitesse double de la sienne; qu'il parcoure la terre sans se lasser; qu'il franchisse l'Océan et fasse le tour du monde; qu'il emporte sa maison avec lui par mer et par terre ; que les murs transparents et solides de cette maison flottante où roulante ne laissent passer que la lumière et le défendent de la pluie et des vents; qu'il ait l'étoile polaire à sa disposition, le temps et la foudre dans ses mains; ou qu'enfin, immobile et paisible dans sa demeure, il fasse partir ses vo-

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loDtés et entendre sa peniée d'un bout de la terre it l'autre. > Le monde se fût écrié t « Vous voulez donc en faire un dieu ? > Et c'est cependant là ce qui est arrivé : l'honiine, monté sur un vaisseau, porté dans sa voiture, muni d'une boussole, d'une montre, d'une plume et d'une arme à feu , a réalité le prodige ; et ce grand pas ne sera point le dernier, car, dans la carrière des arts, où finit l'homme qui précède commence l'homme qui suit. Voili, en peu de mots, l'abrégé des merveilles qui résultent de la réunion politique des hommes , et c'est là pourtant ce que nos philosophes n'ont pas respecté.

Ahl si du moins ils eussent reporté leurs yeux vers le triste début du genre humain , ils auraient vu de combien de larmes et de sang fut arrosé son berceau: car, en découvrant l'Amérique, nous avons assisté ii l'Sge d'or; l'homme de la nature a été pris sur le fait. Ces grands mots ne peuvent plus nous faire illusion. Combien de siècles d'anthropophagie, que d'essais malheureux, que de petits corps politiques avortés ou écrasés, avant qu'un législateur conquérant ou religieux leur eût donné des formes fixes! Mais il est du destin de nos philosophes de ne lire ni dans les archives du temps ni dans les patentes de la nature, et, ce qui est bien plus digne de pitié, leurs victimes ont panagé leur aveugle délire. L'homme prendra ton-

.,C.oi,glc

INTELLECmiL ET MOKAL I19

jours pourses amis les ennemis de ses ennemis. Les gouvernementi n'étaient pas aimés ; les philosophes les attaquaient, et le peuple les crut ses amis) L'eDchaatement fat réciproque : les philosophes crurent aimer le peuple; mais le pouvoir, dont l'essence est de s'allier à la bonté et II la fixité dans les tftes saines, fermenta et s'aigrit dans celles de nos philosophes. C'est inutilement qu'Aristo te avait défini ta loi une âme sam poisions : les philosophes, devenus souverains, n'entendirent que la voix des passions et ne parlèrent que leur langage. Ils virent le monde, la raison et la postérité dans l'étroit et fougueux théâtre de leun tribunes; ils prirent la contagion pouf le succès ; ils admirèrent tout jusqu'en jour oii ils tremblèrent. La mort et l'exil les ont snrpris entre ce qu'ils voulaient faire et ce qu'ils ont fait, je veux dire enUe les rêves de l'ambition et les œuvres de la sottise. Vaincus, ils ont mérité leurs revers, sans qu'on puisse dire que les vainqueurs aient mérité leurs succès; on ne saurait parler d'eux avec justice sans avoir l'air d'en parler avec mépris. Que penser, en effet, d'un corps législatif qui dît sans cesse : Ahl û la nature tt la nictuiti nous euuent laissé faire! ; Al légueront- ils aujourd'hui que le temps et la fortune ont manqué à leur règne? Quatre années, je ne dis pas de soumission , mais d'enthousiasme, l'ont signalé. Se plaindront-ils du déiàut de lumiè-

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IIO DE LHOHHE

r« et d'avertiueineDts? Ou leur citera tontes le» piédictions dont ils se sont moqués, et les cris et les larmes de) propriétaires, dont ils ont ri, et les plans des monstres, qu'ils ont connus et favorisés. N'est-ce pas dans les assemblées révolutionnairesque se conceruient les lois et les décrets de chaque jour? n'est-ce pas ii que les députés dn peuple allaient s'armer de la force qu'ils déploydent dans le corps législatif ? Les titres de patriote et de rA>oIulionn<iirc ne devinrent - ils pas sjnonymesF MaU nous n'avont igorgi ptnonnt, diront-ils. Plaisante humanité que de laisser la vie à qui on ôte les moyens de vivre! Vous avez oublié d'égorger: c'est, dans la carrière du crime, le seul oubli qu'où TOUS connaisse , et on en est réduit à expliquer le mal que vous n'avez pas fait. Si vous prétendez donc ne point être responsables des crimes démesurés de vos alliés, la postérité, qui sait mieux que nous placer ses mépris et ses haines, prononcera ; elle prononcera entre ceux qui ont paré la victime et ceux qui l'ont immolée, entre les consmllers du crime et ses exécuteurs; elle verra si les principes ne sont pas toujours plus coupables que les conséquences (car la philosophie moderne n'est autre chose que la passions armées de principts); elle verra, dis-je, s'il n'est pas dans l'ordre qu'on fasse trembler ceux qu'on n'a pu faire rougir, et qu'on rende odieux ceuz qu'on n'a pu rendre justes; û

cGoot^le

INTELLICTOEL ET MORAL

on doit quelque pitié, ou mCme quelque indulgence, àdes esprits superbes qui se sont placés volontairemeat entre un passé sans excuse et un avenir sans espoir; si, en dernier résultat, la raison ne prescrit pas de ranger le jacobinisme parmi les ouragans, les pestes et les fléaux qui désolent la terre. Il n'j a que la bnile.qui morde la pierre qu'on lance ; mais l'homme voit la maia qui le frappe, et les philosophes ne donneront pas le change à nos douleurs. Enfin la postérité dira jusqu'à quel point les peuples eux-mêmes ont mérité lenn malbeurs, car ils furent instruments avant d'être victimes, inhumains avant d'être malheoreuz, et la prospérité les avait aveuglés avant même que la puissance eût égaré leurs chefs.

Vous le savez, lorsqu'un empire est florissant, quand l'ordre politique a plongé ses racines dans la terre, mère des propriétés, et levé ses bras vers le ciel, source de toute harmonie, les peuples qui se reposent à son ombre oublient avec le temps combien de fois sa précieuse semence fut foulée aux pieds ou dispersée par les vents; la maladie du bonheur les gagne; leurs forces leur font illusion. Ce n'est pas, comme leurs déplorables ateux, à la nature avare qu'ils s'en prennent , mais à la politique qui les a tirés de sa sévère tutelle; ils ne sentent plus que l'autorité publique pèse comme bouclier et non comme joug; ils s'épuisent en ob-

131 DB LKOUIfS

jections contre elle; iU font autant de mat à leur gou?eraement qu'ils s'en fusaient à eux'méme& avant tout gouvernement; mBislechàtimeatest là, et, dès que le gouTernemeot est dissous, le$ barbares se retrouvant en face, les calamités recommencent, et la conieryatioa du genre humain redevient un problème.

Je ne saurais trop )e répéter, mériter son malheur est le plus grand des malheurs.

D'autres que moi peindront ce règne de la ter reur, oii, pour l'éternelle humiliation des ambitieux sans génie, on vit le plus obscur satellite de U philosophie moderne s'élever au tr6ne par an sentier que les philosophes lui avaient ouvert de leurs mains et jonché de leurs têtes, époque où, sur une surface de trente mille lieues carrées, sbi cent mille Français se trouvèrent tout à coup sans asile et sans issue; oil chaque loi ajoutait à la lâcheté plus encore qu'au désespoir; où l'on ne savait plut que gémir, payer et mourir; où tout était en réquisition et dans les fers; où tout fut victime et bourreau : époque sans exemple, où les pères et les enfants, poussés par milliers aux frontières, ; venaient en tremblant p6ur j faire trembler l'Europe. Ils y arrivaient, dis-je, courbés par la crainte; mais, grSce à Is politique des puissances, ils j trouvaient d'abord la brillante distraction des victoires, qui le& relevait, et on vit, pour

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la premîire fois peut-être, la peur orgueilleuse et l'orgueil ^tremblant; on vit la première année qui ait encore marché entre la terreur et U gloire, entre les triomphes et l'écliafand ; et cependant la nation, écrasée au dedans et redoutée au dehors, consternée de ces massacres sans fin et confuse de ces victoires sans fruit, attendait en frémissant nn nouveau Dieu et un gouvernement inconnu...

L'agonie de ce peuple a duré quatorze mois, et il n'a pas tenu aux ennemis de l'humanité, tant intérieurs qu'extérieurs, que le dernier des Français ne se soit enfin trouvé en présence du dernier bonr-

Cetle effroyable crise s'est appelée gouvernement révolutionnairt , expression indéfinissable, monstrueuse alliance de mots, préparée par la philosophie du siècle!... Le signal est donné, plus d'autorités : tout est comiV^ ou tribunal révolutionnaire; la souveraineté du peuple est suspendue; ses représentants, déclarés inamovibles, cessent d'être inviolables, car il faut que l'un règne et que l'autre périsse; la nation entière tombe à la fois en état d'interdiction et de conspiration : mineure pour agir et majeure pour le supplice; elle tombe et se débat sous les poignards de cent mille assassins... Quel est ce char mystérieux, immense, dont les roues innombrables vont en tout sens, chargé de chaînes, d'échafauds, de têtes coupées

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«t de iceptr» brîséi? C'est le char de la révolution. Et ce peuple hideux et couvert de haillons, AUX jeux hagardi, aux bras ensanglantés, qui se pressa autour du char? C'est le peuple de la révolution... Mais le char avance, aplanissant tout; il roule continuellemeat dans les places publiques, dans les rues, devant les portes^ par(:ourant la France, traînant ou écrasant mille victimes par jour ; et la nuit ne ralentit pas sa course. Sur le char est assise la Révolution, le soupçon en avant et la hache à la main. Le bruit lugubre de sa marche couvre celui de la guerre, et le canon, qui gronde et tue au loin, paraît doux et brillant à des imaginadons profondément épouvantées des coups imposants, perpétuels et sourds, de la guillotine. Point de douleurs éclatantes : tout est glacé d'horreur. Point de retour sur sa fortune et sur sa Emilie : tout est ï la révolution. Point de pitié pour la jeunesse et l'innocence : tout est nécessaire. Il faut que le sang coule, que les villes tombent, que la nation diminue; il faut que le brigand aguerri «t que le pauvre oisif et abruti mettent la France à leur portée. Je n'entends qu'un cri : La rùolaiion ira, le char avancera. Eh quoi ! tant de villes sans communication, tant de bouches sans murmure, tant de populations sans mouvementi La terreur comprime tout, la terreur isole tout. Vieux respects, propriétés antiques, droits, humanité,

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VOUS êtes des conspirations; sanglots étouiTês, soupirs et gémissemeDts, vous êtes des signes de contre- révolution : la terreur est la justice... Cependant les maisons se ferment, les chemins se couvrent d'herbe, et les murailles de listes mortuaires. Quel silence I la nation entière est aux écoutes; quelques journaux lui disent froidement les décrets du jour et le nombre des morts.

Tout Français est soumis, rampant, fidèle, et tout Français est suspect; on passe, on s'examine à la dérobée, de peur de se reconnaître ; on se reconnaît pour s'éviter. Quand on marche au supplice, il n'y a qu'une ancienne réputation ou quelque rôle éminent dans ta révolution qui vous attire un regard, un mot ou quelques féroces applaudissements de ce peuple occupé, et le spectacle du lendemain vous efface à jamais. Accoutumé à voir tomber, massacrer, exhumer ses idoles, le . peuple les suit à l'échafaud avec le senlimeuC rivalutionnairt. La subsistance est assurée à la foule qui entoure le char et it la iqultitude qui combat atix frontières; sur tout le reste, les pâleurs de la faim et les ombres de la mort. On ne compte qu'avec la révolution et sur la révolution : c'est elle qui nourrit et dévore, qui élève et renverse, qui produit et détruit.

L'or n'achète plus la vie et ne saurait payer la fuite , et cependant la corruption est dans le sein

Rivtuvl. I. %a

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de la barbarie; maïs, ti tout se vend, rien ne se garantit : c'e^ toujours sauf la révolution tt la guillotine. Tel vient mourir après s'être racheté àz fois. N'espËre pas, citojfeD timide, te réfugier panni les bourreaux en promettant d'être un scélérat : il faut l'avoir été. Ce ne sont pas des crimes i venir, mais des crimes commis et connus qu'on te demande; et cependant on peut être coupable de tant de manières envers la révolution que peu de scélérats lui échappent, car la révolution n'est pas un froid t^ran qui calcule ses coups : c'est un tyran affamé qui n'épargne ni ses pourvoyeurs ni ses satellites, un tyran entraîné qui ne peut s'arrêter qu'il ne tombe ; mais le char de la révolution résiste par sa masse et dore par son mouvement.

Où fuir? à qui parler? à qui se confier? Ce n'est plus comme au temps des rois, où un exU vous recommandait au public, où la disgrâce h»< norée trouvait partout des asiles. Mais ici pas une retraite, pas un cœur, pas une larme : l'ennemi d'une na.tion I II tombe tout à coup dans une escoDimunicatioQ universelle : sa femme et ses enfants frémiraient à sa vue; il j'aut que de sa main il abrège son supplice et termine sa vie, ou qu'il vienne lui-même s'offrir à l'échafaud, où tout aboutit.

Philosophie moderne, où nous a»4u conduits

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et à qui nous as-tu livrés! SoDt-celà tes saturnales, tes triomphes et tes orgies!,.. Sombre nuit, descendue au nom de la lumière; vaste tyrannie, au nom de la liberté ; profond délire, au nom de la raison; sanglants outrages, insultes recliercliées, affronts inhumains, on ne saurait vous peindre trop fidèlement pour être utile, ni trop vous atténuer pour être cm !

Ainsi fut traitée la nation française, cette nation plus légère que la fortune, et dont le fier courage semblait défier un tel système d'oppression. Mais je m'arrête : ces grandes infortunes m'ont entraîné malgré moi >.

I. J'épramt de jour en jour que lei nutitrei poliiiqnet loùl d'une toute lutre difBcullé que l« ibilraclions mélapb}* liqun : il eit plus lise d'analyser que de composer, ei le corps politique De Tit que de compotiiloas. L'eiprit pure-' Dnnt aiuiylique lui esl tuneile, comme j'espire le prouter.

MrÎi, si le peu d'idées politiques épines dans ce ditcoura j manquent de développements, elles ot manquent pas de vérité.

. Ceux qui croient au dogme de la souveraineté du peuple se demandent souvent comment une nation peut tue gouvernée malgré elle. Je réponds que plus un peuple est □ombreui, moins II peut s'anlandie : voili son impuissance; ■nais plus il est nombreux, plus il tournit de soldats et d'argent: voili Is puissance de ton gouvernement.

Prttqiit loutti Its naliani onl confondu Ici formti ripubti'- €alna aiitc la jaiùisaact di leuri droiu, el la tyrannie de pluueurs avec fa liberté. Ces paroles ne sont pas de moi : •Iles sont de Condorcel. Ainsi pirlail, aTinl il rcTOlulioii

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J'aurais pu, sans doute, épargner au kcteur ce dernier coup d'œil et ces décliirants souvenirs', mais le moment où j'écris m'en a fait une dure

ce philoiophe qu< ■ Uni aidé il l« révolulion, et qui :'eil ;ru , i l'Age de cinquante ins, forc^ d'aialer le poisoD au Tond d'un ocbot, à U «ill* du mppllce que lui prëpirsienl Ml frirei en philosephie et m peuple lomerain pour qui il

Je ne peux m'empjcher de faire ici quelques réfleiioni tur le grand Krvice que Robapierre ■ rendu î I* France et à la muie det propriétaire) en Europe.

En lerrint les principei de la révolution et les portant brusqueoMnt à leun eitrèoits cansêquences, il a confondu l'obitlnation et détenivré l'enthousiasaie des idolilres de celle réfolulion. Le boa sens ne Irouviil que des incrédules, parce qu'il plafait les malheurs trop loin ; mais ce tjran, en faisant succéder le syslème de la terreur eu iyilime de i'injuilice et de la folie^ a mûri tout i coup la raison publique : il a rendu présent i l'ignorance e< i la sottise ce qu'elles jugeaient impossible; il a confisqué les biens de ceux qui avaieul sanctionné le dépouillement de l'Église et de la noblesse; il a demandé des larmes aux yeui qui riaienl de nos maui, et du sang aux spectateurs qui avaient applaudi à nos meurtriers; par lui, les bourreaux oui goûté du sort des «iciimes. C'est ainsi que, pressint les événements, rapprochant les maximes de leurs résullils, le principe de la conséquence e( le début de la fin, il a placé le chtiiment prh du crime, el que, sans attendre qu'une autre généralioD vint pleurer sur le délire e( l'iniquité de celle-ci, il n'a point ajourné le désespoir et le remords; en un mot, il m reversé sur la lïte des pères les maux qu'ils préparaient i leurs enfants; il a forcé l'erreur, la mauvaise foi et le brigandage i frémir comme la raison, la probité et l'innocentfl , et, grâce à ses cruautés, le siècle présent s'est )ugé et condamné, a prononcé sur lui-mtme comme la postérité.

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nécessité. Il s'en faut bien que les philosophes . soient fatigués d'erreuTS, les go uve même dis de fautes et les peuples de malheurs; et, tant que durera le divorce eittre la force et la justice, entre la puissance et la bonté, entre le raisonnement et la raison, je conclurai que les châtiments n'ont pas encore égalé les crimes.

J'aurais pu, dans le cours de cet ouvrage, m'en tenir sèchement à la forme analytique, et me contenter ici de la simple définition de la philosophie moderne et du culte en général; mais cette méthode et ces formes ne partent qu'au pur entendement et lassent bientôt l'attention. J'^ voulu parler à l'homme tout entier, ce qu'on a toujours trop négligé en métaphysique. J'ai donc cru devoir des développements et des images à l'être qui n'a pas sans doute reçu l'imagination pour écrire et parler sans imagination; je n'ai pu surtout refuser un tableau de !a religion à la seule créature qui rêve ici-bas la vie pendant le sommeil et l'immortalité pendant la vie.

Le genre humain étant toujours tourmenté du problème de ses idées premières, j'ai pensé qu'il avait droit au regard de chacun de ses membres sur ces intéressantes questions. 11 faut donc les traiter, les agiter et sans cesse les placer sous de nouveaux jours, jusqu'à ce qu'il se rencontre un homme dont la manière de voir et de peindre, plus

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conforme i la nature des choses, ou du moins à la nAtre, satisfasse mieux aux conditions do problËme, et donne enfin quelque repos à l'esprit humala.

Mais, pour cela, il ne faut pas viser à la nouveauté ; il vaut mieux, quand on écrit sur des objets métaphysiques, se rencontrer avec les bons esprits' que de se présenter seul et de parler en son propre nom. Les récits d'un vojageur qui revient seul d'une terre inconnue passent longtemps pour des fables.

Je finirai par deux observations importantes : l'une, que la métaphysique, n'étant que l'usage le plus délié de l' esprit, s'appliquant h tout et n'ajant pas de département particulier, ne diffère pas de l'esprit analytique et n'est point une science. Le métaphysicien n'est pas chargé spécialement d'expliquer les difficultés, mais de les exposer nettement. Par exemple, ce n'est point la nature du mouvement et de la matière, mais les lois de l'un et les propriétés de l'autre, que le métaphysicien considère; il distingue entre les idées simples et les idées mixtes, entre les notions absolues et les notions relatives; il sait , par exemple, que le mouvement est absolu et que la vitesse est relative; que la figure et les grandeurs sont relatives, et que les limites sont absolues ; qu'en touchant un corps, c'est réellement lui qu'on touche, parce que, si les limites sont le lieu oii finit le corps.

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INTELLICrUEL ET MORAL KÏl

«Iles sont aosM le lieu où il commence. Ainu, <|uoique nous ne touchions que les formes des corps à travers les formes de nos doigts, l'existence des corps et la nôtre n'en sont pas moins réelles : il j^ a contact de limite à limite. Si l'ceil ne refoit que des images, si le toucher ne manie que des surfaces ou ne perçoit que des formes, la réunioa des deux sens nous fait concevoir la figart, mot composé d'image et de formt. Si la pointe d'une aiguille nous pique, elle peut offrir un appui spacieux et commode è un animal d'une petitesse proportionnée. Le métaphjrûcien conclut donc que les figures des corps sont en nous et que leurs limites sont en eux. Flambeau du langage et de tous les arts, la métaphysique éclaire, indique et ne fait pas ; elle s'exerce sur tout , mais elle dépend encore plus des progrès de i' esprit et des langues que du perfectionnement des arts et des sciences, et voilà pourquoi il y a eu des métaphysiciens dans tous les temps. C'est surtout aux époques où l'on avait plus de subtilité que de savoir, et plus d'imagination que d'expérience, que florissait le pyrrhonisme; il naquit des avances de l'esprit sur la science, car, pour douter de tout, il suffit d'avoir beaucoup d'esprit et de ne rien savoir.

La seconde observation, c'est que, quoique j'aie personnifié le sentiment, c'est l'homme seul que j'ai prétendu peindre. Qu'on le considère

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a3l DE l'homme INTEIXECTUBL ET MORAL

comme uoe enveloppe animée ou comme une âme enveloppée, je dU nettement que je ne reconnais de personne dans l'homme que l'homme même.

En dernier résultat , nos ouvrages ne sont que des machines; mais les animaux sont des personnes, et par conséquent des puissances animées. Or il n'y a et ne peut y avoir de puissance animée purement passive. Tout être qui sent reçoit ttperfoil : il est donc passif et actif dans la même opération. Réduire l'homme à la faculté de sentir, ce n'est donc pas le restreindre; mais, il faut en convenir, quand l'homme passe des perceptions aux notions et des sensations aux idées, en un mot, quand il pense et se détermine, il est encore plus actif. Toute action des corps sur les sens est toujours suivie d'une réaction du sentiment; mais, si l'animal reçoit un coup trop violent, il meuit sans l'avoir senti. Alors il n'y a point de réaction : l'animal a été purement passif. Les philosophes qui disent que l'animal ne fait que sentir, et que par conséquent il est machine, et ceux qui, pour les réfuter, avouent que, si l'homme, par exemple, ne faisait que sentir, il ne serait en effet qu'une machine, se trompent également.

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