NOTICE
giVABOL n'appartient pas, dans notre ^littérature, au premier rang. Ily visait, %ei il était capable d'y atteindre; mais, S arrêté en plein essor par la Révolution, et rejeté par elle dan$ la vie politique militante, mort prématurément en exil à quarante-sept ans, il n'a pu donner toute sa mesure. Il n'a laissé que des fragments pendant à vide sur le monument interrompu; mais il y a dans ces fragments des commencements de chefs-d'auvre. Ce qui reste surtout de lui, c'est le souvenir de ses épigrammes, de ces traits de son ingénieuse malignité, qui valent et piquent encore, de ees mots à la fois solides et brillants, où f esprit n'est que l'ornement du bon sens ou la vengeance du goût, et dont une circulation plus que séculaire n'a pu émousser le coin ni altérer l'aloi.
Ce qui survit enjin-de précis dans l'effacement pro- Rivarol. l. a
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grtsiif de cette aimable et Ugire figure, c'est l'indf- UbiU renom d'une eoni/trsation prestigieuse, servie par une fécondité de parole égale à celle de l'imagination, aidée dans son effet par l'attrait d'un visage enchanteur, d'un sourire à lai seul éloquent. Si Rivarol, comme écrivain, par le don et l'art du style, peut être considéré comme ayant porté le talent à sa plus haute expression, comme causeur il est sans maître et sans rival, et son originalité semble toucher au génie.
Il faut même le dire, la justice qu'on lai rend si facilement, quand on l'envisage comme improvisateur, comme causeur (des notes du comte de Tilly et de Cbênedollé, écrites jous l'impression du moment, et qui ont la fidélité vivante de la sténographie, permettent de l'apprécier à ce point de vue), a nui quelque peu à celle qui lui est due comme écrivain et comme philosophe. Sous le RJvarol connu, presque banal, il y a tout un Kivarol nouveau, inconnu ou méconnu, un Rivarol sérieux, à la gloire duquel ont fait tort les succès du Kivarol frivole. C'est ce Rivarol nouveau que nous voulons surtout présenter et faire connaître au lecteur. Il verra que Rivarol, comme il arrive souvent, a été quelque peu victime de sa renommie et déprécié par ses admirateurs mêmes. Il verra que, du côté où nous allons appuyer, il peut gagner, tans rien perdre de l'autre, demeurant, ce qui n'est pas peu de chose, au lendemain de la mort de Vol-
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tairt, pour un conttmporain de Beaumarchais et de Chamfort, un grand homme d'esprit, sans cesser d'êtrt un écrivain. Il ne lui a manqué que le temps pour devenir, ajoutant aux dons natifs les perfections d'un art achepé, un grand homme tout court.
Les commencements de K.ivarol sont des plus incertains. L'aube de cette vie, qui devait avoir un si brillant midi, un soir presque illustre, est toute nuageuse. Sur la date mime de sa naissance, sur son éducation, ses premiers maîtres, ses premiers ouvrages, l'époque de son début parisien, il y a dissidence et controverse entre tous les biographes. « Les origines de R.lvarol, a dit Sainte-Beuve, mis de mauvaise humeur par tant de conlradictiom, sont inextricables, v Nos recherches nous ont permis de résoudre presque toutes les questions, de dissiper à peu pris toutes Us obscurités qui avaient justement rebuté l'émînent critique. Nous n'avons ici qu'à donner les résultats de nos investigations.
On trouve dans la Mémoires de Saint-Simon, dans les Méhoirej du doc dk Luïnes, le portrait d'un marquis de R.ivarolla, — Piémontais d'origine, lieutenant général au service de la France sous Louis XIV, mort en 17041 laissant la renommée d'un homme des plus intrépides et des plus spirituels, — etlamention de ses descendants. Ce n'est pas à cette branche des Kivarot français que la famille de l'écrivain rattache son rameau. Les historuns
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ginùii Ganduccio tt Casoni, le Nobiliaire céNOls de 1 780, font mention d'une famillt des plus anàennet, originaire du Parmesan, où elle re(ut en io5o, de l'empereur Conrad H, le fief de Rhiarolo, qat, depuis It XI' siècle, a fixé à Gênes tl h Chiavari la souche origintllt de diverses branches transplantées en Lombardit, en Sicile, en Espagne, en Corse. Uest à la branche de Lombardit, qui a eu, comme les autres, son illustration ecclésiastique, diplomatique, militairt, que RJvarol attribuait ses ancêtres. Ces questions généalogiques nous senxblent d'ailleurs oiseuses à propos d'un kommt qui, s'élant fait un nont, n'a pas besoin d'aïeux.
Il nous suffira donc de dire qu'Anioint-Roch Kivaroli, fils de Jeanetd'AnastasieBinelU,né le i6aoùt i685, à Vinsali, diocèse de Novare, s'arrêta, en revenant de la guerre de la succession d'Espagne, à Nîmes, y connut une jeune fille de condition modeste, Jeanne Bonnet, d'Alaîs, l'aima, l'épousa en i^ao et en eut quatre enfants. Far suite de cetti: expatriation et de celle mésalliance, il dut renoncer à sa part de l'hiritage paternel, qu'en sa double qualité d'absent tt de dérogeant il eût sans doute vainement revendiquée. De ses quatre enfants, le puîné, Claude- François, fut curé de Montfaucon. Des deux filles, l'une, Françoise, ne se maria point; l'autre, Pauline, épousa le comte de Barruel-Bauvert. L'aîné, Jean- Baptiste, né en 17Î7, mort le 17 octobre 1807,
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épousa, comme son pirt, unt fille de condition modeste, Catherine Avon, morte le 1 3 août 1 8 1 5, <t en eut, df 1^53 à 1773, en vingt ans, seize enfants, dont Claude-François, le général, et Antoine, l'écrivain.
Antoine Rivarol, doni l'acte de naiisanct et de baptême ne porte aucune particule ni qualification nobiliaire, par suite sons doute de ces décadences successives qui avaient fait tomber ia famille de mésalliance en pauvreté et de pauvreté en roture, — il y a plus d'un exemple de ces renonciations implicites, de ces inévitables désuétudes, — naquit en Languedoc, le î6 juin 1^53,0 Bagnols, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement d'UiÀs, département du Gard. Nous puisora cette date, désormais irréfutable, à et document de l'état civil auquel personne n'avait recouru avant nous, tant il est vrai que le parti le ■ plus simple est celui dont on ne s'avise le plus souvent qu'en dernier Heu. Cette première rectification annule toutes les dates diverses auxquelles, depuis ijltî jusqu'à 1757, se sonJ arrêtés tour à tour les biographes : Cubières-Palmaixeaux, Sulpice de La Plâliire, Hippolyle de La Porte, Berville, Arsène Houssaye, Léonce Curnier, Lefebvre-Deumier , Sainte-Beuve, Quérard, Feller, Malitourne, etc. Sur ces documents d'état civil, le pire de R.ivarol est successivement qualifié de fabricant de soie, aubergiste, pensionnaire de l'Etat, etc. Il avait été retraité co.mme employé aux Aides à Toulouse et à Bagnols. Il est aussi in-
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€ontatabU qu'il fut à un certain moment maître d'itote. Ct qui ne l'est pas moins, e'ut q\u eet homme industrieux et aux multiples aspects fut aimable et instruit, versé dans la connaissance de la langue ffalienne, qu'il apprit de bonne heure à ses enfants, et doué du talent de faire agréablement les vers. Qu'il ait, en qualité de propriétaire ou de gérant, hébergé, sous l'enseigne des TroJs-Pigeons, ses contemporains, tomme avant lui le pire de Kabelais et le père de Voiture, comme à la même époque le pire de Brissot, la chose importe peu, et les victimes de Kivarol, qui ont cru se venger en lui jetant la profession paternelle à la tête, n'ont trouvé là que la plus impuissante et la plus maladroite des représailles : car elle s'émoussait contre une imperturbable belle humeur, tt elle n'empêchait pas d'ailleurs Kivarol d'être noble par l'origine, et surtout par l'esprit.
Après avoir reçu sans doute les premiers rudiments, de son père, dont il était le préféré, et qui prit certainement plaisir à cultiver des aptitudes de bonne heure éclatantes, Antoine R.ivarol fui élevé au collige des Joséphistes de Bagnois. A dix-huit ans, il entra au séminaire des Sulpiciens, à Bourg-Saint-Andéol. Là, ses mérites et ses succès précoces attirèrent sur lui l'attention et la sollicitude de l'évtque d'Uzès, qui favorisa l'accès du corps ecclésiastique à un sujet doué de façon à lui faire honneur. Antoine mit en effet le pied à l'échelle, mais s'arrêta au prt-
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mier dtgré. C'tst avec le tilre d'abbi et le petil collet qu'il sorti! du séminaire de Sainte-Garde, à Anignon, et qu'il parut dans le mande^ où il ne devait pas tarder à renoncer aux bénéfices futurs et à prendre l'habit qui convenait à des travaux et à des suais tout profanes. Ce jeune homme, bientôt fameux dara le Midi par sa figure et son esprit, qui étouffait sous les voûtes du cloître d'Avignon, ne devait se trouver guère moins à l'étroit dans la maison paternelle, dans le paysage natal. Une si luxuriante et si exubérante nature ne pouvait respirer à l'aise que du côté de Paris. Il fallait à ses ailes l'air subtil de la capitale.
Dis la fin de l'automne de fj'j'} , nous retrouvons en effet Kivarol à Paris, cette ville dont on peut dire, comme Mazarin l'a fait pour Rome, o qu'elle n'est marâtre à personne a , cette ville dont Rivarol luimime a dit plus tard que « la Providence y est plus grande qu'ailleurs ».
. Comptant donc sur la Providence et le hasard, a son incognito v, le jeune débutant, apprenti grand homme, taillait sa plume, demandant de quoi il était question, tt, en attendant un meilleur emploi de son éloquence, l'essayait sur son hôle et sur son tailleur. Il s'était installé à l'hôtel d'Espagne, rue de BJchelieu, plein de confiance en lui-même et dans Us autres, et prêt à gouverner le monde, mais fort incertain encore de la façon dont il payerait son écot. Mais un homme de tant d'esprit devait-il être em-
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barrasse pour li peu! Aussi croyam-nous que de ce premier et vulgaire souci il ne se tourmenta guère. Et il eut raison, car il nt tarda point à trouver tout ce qui commençait alors une fortune : des salons pour l'admtrer, des libraires pour l'imprimer et des sols pour le haïr.
En moins de ttn^s qu'il n'en faut pour user un habit, ses premiers succès en lout genre, sa fatuité naturelle, qui ne fît que s'en accro\lre, sa vtrvt inépuisable, son imperturbable jovialité, la précision dans la critique et le bonheur dans la satire, qui en firent bienfét un mattrt redoutable dans cette escrime de l'esprit et un juge par excellence en matière de ridicule; toutes ces qualités tt tous ces défauts, mis encore en relief par l'expansivité dt sa nature gasconne, lui avaient procuré quelques amis et beaucoup d'ennemis. Ce n'est malheureusement que par ses ennemis que nous avons quelques détails fort indiscrets sur les vicissitudes de ces premières années dt la vie de Rivarol à Paris. Ce sont eux qui st sont chargés de nous apprendre, non sans y ajouter beaucoup de leur cru, l'histoire de ses changements de nom et de son mariage, les deux points par lesquels cet heureux railleur est demeuré vulnérable, a Tout Achille a son talon 0, disait Cham fort. Nous n'insisterons pas sur ces débuts orageux, ces premières querelles, ces imputations nialignes, qui nt furent pas toutes des calomnies. Rivarol se tira d'affaire très vite, avec l'air.
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sinon la rialifé de la vicloirt, quelque peu di^amé, mais connu et maître d'un nom définitif, dont la iônorîté st para bientôt de l'éclat de succis litt&aires, méU$ de quelque scandale : car dans la foire des lettres on ne s'arrache pas de la presse sans qutlquts coups de coude, bourrades reçues ou rendues, et il est difficile de s'y faire une place qui ne soit pas un peu aux dépens des autres.
C'est le moment de ces opuscules légers et piquants, dont le premier fut la Lettre sur le foème des Jardins, de l'abbé Delilte, auquel il reprochait d'àvoir été le courtisan de l'aristocratie du règne végétal, et d'avoir par trop négligé le peuple des légumes, qui s'en vengeait par ce vers :
D«lillc puieri, lu niTïts mteront.
La parodie du Songe d'Athalie, dirigée contre ligmt de Genlis, et qui faisait coup double, car elle atteignait aussi Buffon; la Lettre a M. le pRisident de... sur le Globe aérostatique, sur leï
TÈTES PARLANTES DE L'aBBÉ MlCAL et SUR l'ÉtaT
présent de l'opinion publique ; enfin quelques articles de collaboration au Mercure, oii l'avait attiré Panckoucke, et d'où (* fit sortir une querelle avec Garai, achiveni, de 1778 à 178Î, le bilan assez maigre de l'activiti littéraire de B.ivarol. Comme tous les improvisateurs, il aimeût mieux parler qu'écrire;
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conme tous le$ yraa écrhaùu, — et ici sa partsae apparente s'ennoblit da scrupules d'art et de style qui imposirent toujours à la facilité de Kùtarol U frein d'un goût difficile, — il préparait kntement et corrigeait sans cesse Us ouvrages auxquels il voulait demander plus que le succès du moment et sur lesquels il comptait pour mériter sa réputation. Les deux ouvrages demeurés longtemps sur le métier et auxquels il eut raison de demander l'élargissement, et, jusqu'à un certain point, la purification de sa frivole renommée, furent d'abord le DrscouRS sur l'Universalité DE LA Langue française, couronna par l'Académie de Berlin, qui avait mis le sujet au con- ' cours (1783), ensuite la traduction de I'Enfer du Dante. Le succès du Discours valut à son auteur le titre de membre de l'Académie de Berlin, des lettres flatteuses de Frédéric et une pension de Louis XVI. A ce discours succéda, comme l'exemple succède à la règle, la preuve à l'af^rmation, cette traduction de /'Enfer du Dante, qu'on peut ranger au nombre de celles que caractérise le mot de a belles infidèles », éloge el critique à la fois. Il faut dire, à la décharge de Rivarol, que c'était la première fois que Dante passait de l'Italien au français i que ce génie abrupt n'est point de ceux que l'on gravit du premier coupj que le XVni^ siècle, qui ne comprenait guère Shakespeare et ne consentait à l'admirer qu'à travers Letourneur, eut été encore plus offusqué par les fa-
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rouches beautés de la Divine Comédie; qu'il fallait apprivoiser le goût public et melire Dante à sa portée, avant de le mettreà la portée de Dante. Ç'estceque fit avec beaucoup de talent et de succis R.ivaral, venu le premier, il ne faut pas l'oublitr, et qui, le premier, a eu le mérite, non vulgaire alors, de comprendre Dante, de le faire comprendre et de faire entrer dans le domaine de l'admiration un grand poète de plus, avant lui ignoré ou méconnu.
C'est à ce moment de triomphe sur une ingrate destinée, à ce malin déjà éclatant de sa glaire, enfin victorieuse du nuage, que nous aimons à clore l'histoire de la jeunesse de R.ivarol, pour placer son portrait au centre de ce tableau brillant de succès en tous genres, que nt ternit encore aucune ombre fâcheuse. Nous sommes en 1784; Kivarol a trente ans. Il est célibre; il vient de se marier. Il est heureux, et il se fiatte de l'être toujours. Il l'eût été, en effet, malgré les vicissitudes ordinaires de la vie, car il était à la fois poète et philosophe, et savait l'art de jouer avec la mauvaise fortune comme avec la bonne ; ill'eûtété, sans ce mariage, qui fut une erreur, qu'il ne pouvait reprocher à la fortune, et dont il nt pouvait s'en prendre qu'à lui. R^ivarol avait rencontré dans la hasards parfois perfides de la vie mondaine une femme romanesque , aventureuse et quelque peu aventurière, plus âgée que lui, et qui n'avait guire d'autre mérite que sa beauté. Aisez instruite pour être
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pidantt (tlle a laisai plusieurs oavragn), tlU possédait pour toute dol une érudition d'institutrice et des prétentions nobiliaires, moins justifiées peut-être que celles de son mari. Elle s'appelait Louise Mather- Flint, d'une famille écossaise qui avait eu des malheurs sous les Stuarts. Elle lui plut, il le lui dit. Elle le prit au mot; il l'épousa, /fa s'en félicitèrent un jour, et s'en repentirent toute leur vie.
C'est vers 1784 que Wyrsch, le peintre franccomtois, a fait de Rivarol un portrait que possède la famille, et bien autrement caractéristique que le portrait frisé, minaudier et chiffonné de Carmontelle, qui louche à la caricature. Rivarol est représenté en habit rouge, cra»att de batiste flottant autour du col, cheveux châtains, négligemment relevés el bouclés, lo. front moelleux, l'ail à la fois plein de langueur et de feu, le teint animé d'un doux éclat, un sourire gracieux et malin errant sur des lèvres pourprées. C'est une lèle fraîche, mâle et fine. C'est Chérubin à trente ans, en pleine fleur de virilité, avec ce je ne sais quoi, ce rien, ce tout : le charme, qui l'environne comme une auréole. Il s'exhale de cette fiire et élégante jeunesse comme un parfum d'urbanifé, de malice et de galanterie. Ce portrait explique tous les bonheurs et tous les malheurs de R.ivarol, comme homme cl comme écrivain.
A peine eut-il gagné el pour ainsi dire enjôlé son publie, que, par une de ces volte-face qui lui étaient
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famiUires, Rivarol se reprit d< plia bellt aux salons, à leurs facilts triompha, et à l'oisiveté de main qu'entraîne forcément l'activité de la langue. H signala sa rentrée sur la seint frivole par cts griles d'épigrammes tjui rendaient son abord si dangereux, et, profitant de l'autorité et de l'expérience qu'il de~ voit à deux succès aussi incontestabits que contestés, il se voua tout entier à cette guerre implacable contre la médiocrité qui semble avoir été un des buts essentiels et le suprfme plaisir de sa vie. Il se mit à poursuivre
d'ÉTllENNES DE PoLYHNIE en AlHANACH DES MuSES
fous ces prétentieux oisifs qui encombraient de leur bourdonnement importun l'entrée des recueils du Umps et y déposaient périodiquement le tribut de leur stérile fécondité.
C'est dans le Petit Alhanach des Grands Hommes tOUR l'année 1788 gue R.ivarol passa au fil de l'épée du ridicule ce millier de prétendants à la renommée littéraire, plus connus par leur châtiment que par leurs auvrts, et qu'il a heureusement dégoûtés, pour la plupart, d'une ambition que le talent seul justifie. Jamais mission de critique ou plutôt de police litté~ raire ne fut accomplie avec plus d'esprit et de succès. Rivarol avait toutes Us qualités qu'il fallait pour s'acquitter jusqu'au bout, sans l'exagérer, et avec une main aussi légère que son coup d'ail était sûr, de ce mandat de magistrat volontaire du goût offensé. Il se borna à faire rire le public aux dépens de ceux
qui l'anaitnt tnnuyé, prenant à son compte, sans marchander, les repriicâHn, plia iiritases que dtt ipigramma, qu'tllei ne manquaient pat dt lui attirer, car la vaniti littéraire est celle qui pardonne le mains. En un autre temps elle tût répondu par des coups de bâton aux coups d'épingle du persifleur. Cerutti, Gard*, Cubiires, Joseph Ckénier, Chamfort lai-mlme, se vengèrent d'ironies qui n'étaient que malignes par des satires et des pamphlets qui visaient à «fre michants et y réussirent.
Nous n'avons pas à nous occuper plus qu'il ne l'a fait lui-même des imputations qui cherchèrent, sans y parvenir, à déshonorer sa vie ; il n'en est pas de mime des critiques qu'il avait attirées sur ses propres aavres, et où, à travers les coups qui ne frappent que fort, quelques-uns frappent juste.
Il est certain, par exemple, que, si l'idée de CAl- MANACH est heureuse, si ce cadre du Dictionnaire se prite merveilleusement au châtiment de ces faux grands hommes qu'on punit doublement en les nommant et en les confondant sans autre distinction que la préséance banale de l'ordre alphabétique, d'an autre c6té ce cadre est essentiellement uniforme, et cette revue ironique, mime passée par un homme auquel n'échappe aucune ruse de la vanité, aucune forme de la sottise, finit par devenir monotone. Le manque absolu de variété et f inconvénient de cette ttfnfusion systématique, de ce ptle-it^le prémédité du
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Dictionnairr, enlivtnt en même ttmps à la critique de ton agriment et de son autoriti : une critique qui nt distingue pas, qui ne compare pas, qui ne donne pas de rangs à ceux qu'elle examine, ne juge viritabkment pas. Aussi It Petit Alhanach des Grands Hommes appartient-il beaucoup plus à la satire qu'à la critique.
L'année qui suivît la publication du Petit Alma- HAca DES Grands Hommes pour i 788, Kivarol, qui aimait beaucoup les contrastes et qui n'aimait pas M. Necker, fit paraître dtux Lettres a M, Necïer, l'une sur le livre De l'Importance des Opinions RELIGIEUSES, l'autre sur la Morale. « Dans ces deux lettres, dit Sainlt-Beuve , Rîvarol harcèle Necker sur son déisme. » Mais c'est moins au nom de la foi mécontente qut de la raison méconnut. Rivaroi n'a pas impunément traversé le mouvement pfiilosophique de la fin du siècle. C'est encore un esprit fort. Il n'a point eu encore son chemin de Damas, illuminé des éclats de la foudre. Il n'en est encore qu'au pressentiment et comme à l'înslinct de cette philosophie nouvelle que l'expérience de la Révolution et de ses excis devait révéler à ses adversaires, et que Us de Maîstre, les de Bonald, les Chateaubriand, puisèrent aux sources religieuses, rouvertes par l'orage. Rivarol cherche moîns, dans ses Lettres a M. Necker, à lui répondre qu'à It contredire, et à avoir raison qu'à le mettre, dans son tort. Il pré-
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voyait déjà en lui U solennel et décevant héros de la Révolution prochaine, plein de «s illusions honnêtes dont on allait faire sous son nom un si coupable abus.
Il suspectait la sincérité de ces opinions intéressées, nées dt la disgrâce et marquées au coin de cet orgueilleux optimisme d'un homme qui éprouvait toujours le besoin de s'appuyer sur quelque chose, faisant de la religiosité comme U avait fait de la popularité, de façon à avoir tour à tour soit Dieu, soit les hommes, de son parti! Impitoyable pour Necker, Rh/arol l'est moins pour un système dont le principal tort à ses yeux est d' être défendu par lui; et, enlisant certains passages de cette diatribe philosophique , on sent que bientôt il cessera d'être philosophe. Il y a telle façon de reprocher aux autres la timidité de leurs opinions qui trahit un commencement de méfiance pour la hardiesse des siennes.
A certaines lueurs sinistres qui sillonnaient l'horizon, Rivarol, en effet, avait senti passer dans son esprit et dans son caur cette terreur prophétique, avant-courrière des grandes catastrophes. Il s'était mis à lire Pascal, et son inquiétude s'était enfoncée avec d'étr^mges délices dans la profondeur de ce génie amer. Et si, en réfutant M. Necktr, il ne s'était placé qu'à un point de vue « d'épicuréisme élevé n, il n'allait point tarder à modifier ses opinions tt ses attaques, en présence d'une Kévolulion qui, si
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tlU devait ditruirt le prestige dt Ntcker et montrer le vide de s« principes, devait plus éloqutmment encore attester l'importance politique et la nécesiiti morale des convictions religieuses.
Cependant elle approchait, cette Révolution tant priditt, tant attendue, et qui surprit tout le monde. Tandis qu'aux premiers grondements dt la tempête Rjvarol se recueillait et observait, chaque parti, dissimulé derrière une opinion, se préparait à cette lutte d'idées, bientôt dégénérée in conflit d'ambitions, de passions et d'intérêts, et cherchait à recruter son armée. Rivarol était indiqué par son esprit et sa célébrité comme un de ceux qu'attendait un râle, et qui valaient la peine d'être flattés. Parune détermination qui l'honore, mais qui surprit alors comme une contradiction, R.ivarol se déroba également aux avances rivales dont il était l'objet^ il refusa dt s'engager et dt prendre position avant It combat. Ct n'était là le fait ni de la modestie ni de l'indifférence : Kivarol n'avait ni cette qualité ni ce défaut; mais il était curieux, et voulait rester libre pour mieux voir. Il vit en effet, et U fit alors et en pleine bataille le choix le plus inattendu. Personne ne pouvait s'attendre à voir un homme si avisé tourner le dos à la fortune, et un homme si désabuié se consacrer à une cause perdue : car ce n'est pas du côté de la dimagogie triomphante qu'il se dirigea, c'est en faveur de la monarchie aux abois, en faveur d'an prince
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capable d'inspiter tous /es tmltmenH hormis l'tnthousiasmt, qu'il entra le premier, sans opérante, mais non sans danger, dans la polénàqut contrerévolutionnaire.
Il faut faire, dans cette détermination de RJva~ roi, plus de part à ses haines qu'à ses affections. Il n'avait ni illusions, ni préjugés, ni cunbition mime, dans le sens vulgaire du mot. Il était tro^ clairvoyant pour ne pas voir les fautes de la Coar. Mais il l'était aussi trop pour ne pas voir, et encore mieux, les fautes du parti populaire. Peut'être, sans la Révolution, n'eût-il pas été royaliste. Il ne le fut jamais dans le sens de l'orthodoxie intolérante et de l'aveugle crédulité. Il était incapable de suptntftion et de fanatisme. Il voulait certainement amélU^ fer ce qui existait, mais il ne voulait pas It détruire. Il fut donc conservateur, surtout pour ne pas être révolutionnaire. Il aimait mieux être seul de son avis que de l'avis de tout le monde, et il s'applaudissait d'une détermination qu'il croyait dictée par la raison, et qiù l'était encore plus par le mépris, quand il voyait dans le câté adverse tous ceux dont il n'aimait pas la littérature et dont il ne pouvait s( résoudre à suivre la politique : Necker, Mirabeau, La Fayette, Condorcet, Joseph Chénitr, Chamfort, La Harpe, Brissot, Ctrutti. Kivarol, d'ailleurs, qui avait toujours vécu avec les grands seigneurs, qui l'était lui-même, au moins par l'esprit et h courage, qui avait été, avec
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un iclat digne d< Itur^ plut beaux temps, U dernier héros de salon avant 1789, gui avait si éloquemmtnt ciUbri i'tmpire de la tangue française, enfin qui avait si inexorablement exerci la critique et vengé les injures du goût, ne pouvait être parmi les détracteurs et les destructeurs de l'ancitnnt monarchie et de l'anciennt société.
Il y a lieu de tenir compte de e« sentiments dans l'appréciation de ce tableau des six premiers mois de la- Révolution française, de ce fameux Journal POLITIQUE NATiON&Lj OU Burkc devait puiser les principaux arguments et beaucoup de l'éloquence de son réquisitoire contre le mouvement parisien, qui menaçait de devenir européen. Nous le réimprimons aujourd'hui, pour la première fois, avec sa véritable et complète physionomie.
Dès le commencement de 1 790, lorsque, comme il le dit, a tous les grands coups eurent été portés », cl que R.ivarol put craindre non seulement de n'être pas écouté, mais même de n'être pas entendu, H abandonna cette discussion méthodique et relativement modérée, qui contrastait par trop avec l'exaltation universelle. Il renonça à ce rôle, plus dangereux qu'utile, de médiateur impartial entre ta nation et te roi, que tes exaspérations, el on peut dire les fatalités de la lutte, poussaient également à traiter tout ami sage en ami indifférent, bientôt en ennemi. Mais se taire était impossible à cette généreuse et
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txpaixiivt nature. Lts eollrei de l'nprit et du bon sem eussent étouffé R.ivarol s'il n'eût déchargé sa bile tour à tour dans la Galerie des États généraux et DES Dames françaises, à laquelle il participa daru ane proportion aujourd'hui difficile à préciser, dans le Petit Almanach des Grands Hommes de la RÉVOLUTION, qui porte tout entier la marque de sa griffe, enfin dans sa collaboration aux Actes des Apôtres.
C'est dan$ ce pamphlet périodique de la contrerévolution, dont la plupart des rédacteurs, notam~ mtntSuleau, devaient payer leurs railleries de la liberté ou de la vit, que Kivarol trouva à propos un exutoire pour ses colires. C'est là qu'il vengea ses déceptions publiques et privées, et fit en épigrammtt sa campagne de Vendée.
Malheureusement pour lui, il s'y trouva en société fort mêlée, et lui-même n'y donna pas le meilleur de son esprit. Toutes les occasions ne sont pas des bonnes fortunes, el la hâte de l'improvisation, l'impatience du dégoût, l'acharnement d'une lutte à outrance, ne servirent pas toujours favorablement une inspiration languissante et une verve découragée. Il ne faut pca chercher là les meilleures flèches de son carquois. Plus d'une est tombée rebouchée. Il fst à remarquer que, durant les temps de commotion politique et sociale, les plus fins tireurs visenl beaucoup moins juste, parce que la main leur tremble, et que, d'un autre côté, It
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goût public s'y ^mousse Urriblemtnt, dt tcllt sorte que U ridicule n'y tut plus, et même y blesse rartmtnt.
Rivarol enfui donc pour its ipîgrammes de 1790, comme 1/ tn avait été piSar ses raisonnements de 1789, comme il devait en être pour ses conseils de 1791, car ce fut là sa dernière incarnation. Avocat consultant in extremis, (7 avait, sur un ordre du roi, justement offusqué du scandale que les Acns des Afotres jetaient sàr l'agonie dé la monarchie, abandonné celte guerre de buisson du journalisme satirique, dont la frivolité jurait par trop avec la gravité des circonslances, ri entrepris, soas forme de mémoires transmis à leur auguste adresse par M. de La Porte, intendant dt la liste civile, de donner en particulier son avis sur les affaires publiques. Mais ces remèdes tardifs n'ont jamais sauvé (ts gouvernements malades, parce qu'ils n'ont plus la force ni le courage de les prendre. BJvarot ne gagna donc à son ■lèle que de prendre place parmi ces médecins politiques que nous trouverons, au chevet de la royauté, jusqu'à son dernier soupir, depuis Mirabeau jusqu'à Barnave, depuis Malouet jusqu'à Fersen. Une autre conséquence plus térieuse de son dévouement fut qu'il achevait de le dénoncer et de le désigner à ta haine, impatiente de vengeance, de ses ennemis politiques et de ses ennemis littéraires.
Cestle 10 juin 1791 queRjvarol, n'ayant plus rien
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à faire en France qu'à y pirir, et pouvant vi»re à t'élrangirplus uliltment pour sa eause^ prit le parti de se dirobtr au sorf réservé à Champcfnriz, à Suleau, à Du Rosoj. /( savait que la plupart des médiocrités lilléraires qu'il avait radiées étaîtnt devenues, comme il arrive fréquemment, dis puissances politiques, et il savait aussi que la haine littéraire ne pardonne pas, non plus que la haine poliliijue. Il l'a dit plu3 tard lui-mime, avec son habituelle ironie : « Si la Kévolution s'était faite sous Louis XIV, Cotin eût fait guillotiner Boileau, et Pradon n'eâl pas manqué Racine. En émigranl, j'échappai à quelques jacobins de mon Almanach des Grands Hommes. «
Peu de temps après ce départ pour un exH OÙ la bénéfices de sa campagne de journaliste lui fournissaient les moyens de vivre à l'aise et mime de secourir des compagnons d'exode plus malheureux que lui, et oit son talent et ses services lui assuraient le meilleur accueil des salons et des cours, un décret de la Convenlion, de décembre 1 79^, motivi par la découverte des fameux papiers de l'armoire de fer, et qui le désignait nominativement à la vindicte nationale, justifia sa précaution d'avoir mis la frontière entre les proscripteurs et lui. Un détail qui achève de peindre l'homme et le temps, et qu'à cause de cela il ne nous est pas permis de passer sous silence, c'est que Rivarol ne partit pas seul pour l'exil au prix duquel il achetait le salut. Il était accompagné d'une
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ftmmt qui a joué un certain réle dans son acistenct intime, tt à laquellt il a adrtssé Us jolis vtn A Manette. Cette femme, que d'ailleurs il n'avait enlevée à personne, n'était cependant pas la stenne. Nom n'en dirons pas davantage à cette place, oii il était impossible de ne pas noter, en passant, ce trait fôchtux de maurs et de caractère.
Kivarol se réfugia d'abord à Bruxelles, où (7 prit part de conseiller tt au besoin de rédacteur dans la plupart des affaires et des manifestes de l'émigration. Ce n'est pas ici le lieu de préciser davantage; mais, sans prendre la peine inutile de suhre en tous ses détails son r6le dans la tragi-comédie de la contrerévolution, nous pouvons en marquer le trait caractéristique, qui fut celui d'une modération et d'une prudence relatives. Il était trop sagace tt trop prévoyant pour se faire illusion sur les forces et les moytns dt la résistance organisée à l'étranger; il ne crut ni au succès des intrigues de l'émigration politique, dissimulées sous le nom, qu'elles ne méritaient pas, de négociations j ru à celui de l'intervention armée; il ne fut ni des enragés ni des utopistes; U désapprouva , notamment, le manifeste rédigé par M. de Limon pour le duc de Brunswick, et il en ridiculisa l'auteur dans unt de ces brochures de circonstance, aujourd'hui aiasi difficiles à retrouva qu'une feuille emportée par la tempête : ludibrîa
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Nous trouvons tract de ce passage de Fiivarol à Bruxelles dans les Mémoires d'Outre-Tombe de Chateaubriand, qui le vil d'un ail dt mécontent et le rangea à tort parmi les oracles de cetie émigration fate qui lui était odieuse, et dans la Correspondancb récemment publiée du comte de Ftrsen avec la reint. Ce dernier, fout en convenant volontitrs de la séduc lion dt l'homme tl du causeur, et en n'échappant pas au charme, ne paraît pas s'être rendu compte non plus de la véritable physionomie de R.ivarol, qtd mail trop d'idées tt Us exprimait avec trop de nivacili et d'éloquence pour ne pas être un peu suspect, comme tout homme d'esprit hors de sa sphère. Le circonspect et hiérarchique diplomate suédois, qui considérait évidemment le salul du rai, de la reine, comme affaire d'essence aristocratique, ne put s'empêcher sans doute dt trouver impertinente en semblable matière l'ingérence (fun simple gentilhomme de lettres.
Mais, si la carrière politique de Kivarol à l'étranger fut, en somme, obscure et stérile, si elle se borna, comme celle de tous les hommes relativement sages et modérés qui s'occupèrent des affaires de l'émigration, à des conseils inutiles ou à d'Impuissants reproches, la littérature du moins profita de ces déceptions et de tes dégoûts, qui lui rendirent à peu pris exclushiement un écrivain capable de lui faire honneur. RSvarol, grâce aux circonstances.
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va it montrer à nota tout un nouvel euptcl, appliquant à la philosophie des idies, du langage et des principes politiques tes rares facultés d'un esprit aiguisé et tempiri par l'expérience de l'art et celle des révolutions.
De Bruxelles, Rivarol passa à Londres, oà il fut tris honorablement accueilli par Pitt tl par Burke, qui s'était si chaudement déclaré son admirateur en 1791 et l'avait appelé U Tacite de la Révolution. Ni l'un ni l'autre dt ces deux protecteurs ne fit eeptndant de grands efforts pour retenir Rivarol, dont le langage était parfois d'une franchise compromettante, et dont l'observation était d'une pénétration indiscrète. Rivorof ne plut donc que médiocrement à Londres, et it ne s'y plut pas du tout. Il éprouva de ee séjour la mime déception et le mime ennui que, quttqua années auparavant, avaient ressenti et exprima si inergiquement Mirabeau et André Chénier.
Renonçant volontiers à ta curiosité stérile et à Cestime indifférente dont il était l'objet à Londres, Rivarol se mit en quête d'un asile où [( trouverait non des hommages illusoires, mais des lecteurs dévoués, des amis français et des libfaires hardis et entreprenanls comme lui. Il trouva tout cela à Hambourg, oit sa saur, la baronne d'Angel, qu'il avait déjà rencontrée à Bruxelles, venait d'accompagner, dans un exil moins irréprochable que le
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sitn, Dumoaritz tt ta foiiunt. Kivarol parvint à Hablir là un ctnlrt de société, d'aUiitr Ulléraire. Tout et qui patsait de distingué à Hambourg st prasait autour de lai. On peut dire qu'il y trônait, a écrit un contemporain. C'est à Hambourg, « oii %'é\aient réfugiés, disait-il, tes esprits animaux de l'émigration t, à Hambourg, devenu le lieu d'asile et If rendet-vous de prédilection des proscrits de l'Europe, que Kivarol brilla d'un suprême éclat. Il y trouva à point le libraire Fauche pour l'entretenir d'une rente escomptée sur les bénéfices futurs de son nouveau Dictionnaire de la langue française, — monument original dont la mort ne devait laisser à i'auteur que le temps d'achever le péristyle, — le Spectateur du Nors pour Je prôner, et, pour le goûter et l'applaudir, les derniers salons de Paris, transportés en Allemagne par les vicissitudes révolutionnaires. Après avoir tiré quelques fusées de son esprit dans It journal fondé par M. de Baudus, pendant les années 1797 et 1798, qui furent telles de sa plus grande valeur et de son plus grand succis, Rivarol st consacra exclusivement à un travail fait pour l'absorber tout entier, mais en gardant, malgré son abstention, une grande influence dcms cette feuille, qui avait pris la direction philosophique et littéraire, sinon politique^ de l'émigration.
Pierre-François Fauche, en effet, était un des libraires les plus entreprenants et les plus industrieux du temps. D'une activité infatigable et que les succis
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ou les revers ne faisaient qu'animtr, il avait mulUplié ses établissements et enveloppé l'Allemagne et la France du riseatx de ses affaires. Il avait une in\primerie à Harnbourg et une à Brunswici, des magasint à Ltipsick, à Londres el à Paris. C'était le digne frire dt ce Fauche-Borel que ses intrigues téméraires ont rendu fameux, et qui, de libraire' imprimeur du roi à Neufchâtel (Suisse), s'était fait tt quelque peu improvisé le messager secret, le courtier audacieux des conspirations et des corruptions contre-révolutionnaires. Fauche, de Hambourg, accapara avidement R.ivarol dis les premiers temps de son sijour et le consacra au service d'une entreprise malheureusement avortée, mais d'une haute importance littéraire, et dont le succès devait être favorisé par l'emploi des combinaisons Us plus ingénieuses et lea plut noavelles de la publieilé. Rivarol, qui travaillait au NouTEAU Dictionnaire de ia Langue FRANÇAISE à raison de 1,000 francs par mois, évaluait le profit qu'il devait retirer de l'ouvrage à 100,000 francs; le bénéfice de l'éditeur devait atteindre au.million.
La publication de la premiire partie du Discours PRÉLIMINAIRE, véritable traité de la philosophie du langage, s'était faite en 1797 avec un succès qui permettait les plus ambitieuses espérances. Tout en préparant la seconde partie de cette Préface, véritable livre qui ouvrait aux études philologiques
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de naiatUes persptctives tt faâait data la ptûsibUs régions de la grammairt générale loufe une révolution, PJuarol procédait, par aeeH intermittenii, à cea rtchtrches mînulitases que la méditatiort interrompait plus qu'elle ne Us fécondait. Il employaii à ce travail ingrat et charmant tout le temps qu'il pomail dérober aux promtnadts saus les ombragea, dans cette beltt résidence de Ham, qu'il avait louée, tt à ces longs soupers sort chez. M"' de Saint-Cha~ mond ou toute autre belle et hospitalière émigrée,soit chez le riche négociant juif David Cappadoce.
Ce n'est donc que par intermittences et par saccades, dans des conditions qui rendent stérile l'activa fatiguée, que Kivarol poursuivit ces études, dont il avait à la fois la curiosité et le dégoût. Il s'épui~ sait à ces travaux d'analyse linguistique, durant lesquels il se comparait à un amant obligé de disséquer sa maîtresse. Malgré ses efforts et ceux de ses collaborateufs, la besogne n'avançait pas. Improvisateur prodigieux, Rivarot écrivait laborieusement et était aussi avare de sa copie que prodigue de sa pariée. Il fallut l'arracher brusquement aux délices de sa Capoue de Ham et à ces dîners dont il devait être la victime après en avoir été le héros. Il fallut le consigner, l'emprisonner et retirer ainsi feuille à feailU la copie de la seconde partie du DncouBS préuui- NAtttB, qui n'a jamais pu être achevé, comme le monument trop gigamlesqut auquel il devait servir de
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vatibule. Le R.warol du Discours FniuutNAïKE est un Kivarol noiataa, grave, profond, toujour$ éloquent, toujours spirituel, mais avec plus d'ordre et de mesure. Il y a là des pages sur Us vanités de la philosophie et les cruautés dt la Terreur qui sont d'incontestables chefs-d'auvre. Quels prodiges nou' veaux ne devait-on pas attendre de cette noble et délicate nature, que l'exil perfectionnait tomme un maître sévire, que l'isolement ramenait à la famille, que l'expérience ramenait à ia foi, et qu'une renaissance inattendue rendait enfin capable même de
Kivarol avait fini par ne plus se plaire à Hambourg, oit son cercle s'était rétréci, où son esprit ne lui avait pas fait moins d'ennemis que d'admirateurs, où It Directoire, irrité par ses épigrammes, n'épargnait rien pour l'inquiéter. Il fallut donc s'éloigner, Hambourg pouvant, à un certain moment, se trouver trop pris de la France armée qui avançait, [/n certain couranJ d'émigration se prononçait du calé de Berlin, oit R.ivarol arriva vers la fin de l'année 1800. Il y reçut dans les salons mondains et dans les cercles officiels un accueil flatteur, que justifiaient à la fois sa qualité de membre de l'Académie de Berlin et son titre d'envoyé officieux de Louis XVUl, alors à Millau.
Malheureusement, au printemps même de cetU année i8oij où Kivarol, pendant tout l'hiver, avait
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A/ k héros, le lion du Btrlin éUgant tt intelligent, et où l'amilié de la princesst Dolgorouka lui avait permis dt savourer ce que la gloire a de plus doux, il fut atltint d'un mal qui ne pardonne pas {fiiyre per~ nicieuse selon les uns, fluxion de poitrine, compliquée de fièvre intestinale, selon les autres), tl qui eut bientôt raison d'une constitution minée par les fatigues du travail et celles du plaisir. Tombé malade le S avril iSoi, BJvarol succomba h ii avril, entouré de
Kivarol n'aura pas en vain compté sur la postirilé; elle recueillera maternellement cet enfant prodigue du génit français, qui en a si heureusement et si brillamment défendu les mérites, célébré les conquêtts, étendu le prestige '.
Il n'a guirt laissé d'auvres compliles et achevétt. Sans cesse arraché à lui-mime, il a sacrifié tantôt à la frivolité, lanlâl à la fidéiilé, tantôt à la nécessité, les heures sacrées de l'inspiration. Il a perpétuellement manqué les occasions dt devenir un
1 . Nouj n'avons pu, dans cetle courte Nùtlcc, qu'«fflfuref U biogruphie de Riisiol. Noui «ppiéciont, avec des deuils curieux el nouveaux empruntât pour la plupart «ui communicatioQs da la famille de RiYarol (et c'ait ici l'occasion d'en remercier M. et Mi^o Tollin ] , le r6le littéraire et politique de Rivarol dans un ouvrage intituli : Riyarot tt ta Sociiti française ptndanl la Riaolulion tl l'Énugralian, qui ne lif' dai pas i paraître chez MM. E. Pion et C*.
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grand homme. Il ne fut que célèbrt; pourtant, si fragile qu'elle soil, sa glaire lui survivra. Il a laissé, quoi qu'on en dise, plus que des promesses tt fait plus que montrer s<s forets. Il a laissé la plus fidèle tt la plus brillante image de la conversation et de t'espril français à l'heure de leurs derniers triomphes. It a inauguré l'élude de la philosophie de notre langue, et, le premier, il a engagé contre les sophismes et la excès révolutionnaires unt lutte oii il ne s'est pas conttnté du courage, mais oit il a orné et armé d'esprit la raison,
M. DE Lescure.
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