‹ Œuvres chooises de A.-J. LetronneChapitre 31 sur 43 · PAR E. COU S I NÉ R Y · texte numérisé non relu

PAR E. COU S I NÉ R Y

sin de la Bisaltique, L'objection principale qu'on tire de ce qu'aucun auteur n'a parlé ni de celte ville ni de ce peuple perd beaucoup de sa force, depuis qu'on a trouvé également dans cette région des médailles de bronze et d'argent portant les lettres TPAIA ou TPAIAION, dénomination géographique parfaitement inconnue. Il en a pu être de même do ces Orescii ou de cette Orescia. Mais comment une ville qui a frappé tant et de si belles monnaies n'est-elle nommée par aucun auleurancien? voilà la difficulté. L'identité de type et surtout de fabrication pour les médailles des divers peuples de cette partie de la Macédoine ferait présumer qu'elles étaient toutes fabriquées dans le lieu même de l'exploitation des mines, et qu'on n'y changeait que la légende, selon le peuple qui les faisait frapper.

Quant à la localité désignée pai- le mot TPAIAION sur les médailles dont on vient de parler, M. Cousinéry croit pouvoir en fixer l'emplacement à Nigrita, un peu au sud de l'extrémité du lac de Cercine. Ce n'est qu'une conjecture fondée sur ce que plusieurs exemplaires de cette médaille ont été trouvés dans ce lieu. Cette raison, sans être déterminante, n'est pourtant pas à négliger, dans l'absence de tout autre renseignement; car nul auteur ancien ne pai'le de ce lieu. D' Anville, dans sa carte de Grèce, place en Macédoine une ville de Triullum dont le nom a de l'analogie avec celui que porte la médaille. J'avoue n'avoir pu découvrir d'où ce grand géographe a tiré ce nom. Il faut pourtant qu'il l'ait trouvé quelque part.

La troisième et dernière dissertation est relative aux monnaies des rois de Macédoine, et principalement à celles que M. Cousinéry suppose avoir été frappées par des rois de la Bùaltique et de la Crestonie. Hérodote et Thucydide disent que les Bisaltes, les Crestoniens, les Ëdoniens et les Odomantes étaient gouvernés par des rois. M, Cousinéry part de ce fait pour attribuer à deux rois de ce pays, nommés l'un Alexandre y l'autre MosseOy deux médailles auxquelles on a donné une at^ Irîbution différente. Tune ayant été rapportée à Alexandre I'^'',

lautre à la ville d'Ossa, dans la Bisaltique. M. Cousinéry a rétracté dans une addition son opinion relativement à la médaille d'Alexandre : ce n'est plus un roi des Bisaltcs, c'est Alexandre II, roi de Macédoine. La similitude du type de cette médaille avec celle qui porte BI2AATIK0N rend assez probable qu'elle a été frappée dans le même pays : dans Thypothèse indiquée plus haut, ce fait ne serait pas contraire à Tidée que le nom AAESANAPOS désigne Alexandre P*", qui a pu y faire mettre son nom par les artistes chargés de la fabrication. Quant à l'autre médaille, il persiste h l'attribuer à un roi de la Bisaltique. Il s'agit de celle qui porte une légende do six lettres que l'on arrange et qu'on lit de trois manières: MÛS2E0, 2IÛM02, 022EÛM (i). Déjà Pacciaudi avait reconnu cette dernière leçon et l'attribution qui en résulte, laquelle parut douteuse à Eckhel (2). La comparaison de plusieurs exemplaires a conduit M. Millingen (3) à démontrer la conjecture de Pacciaudi. M. Cousinéry lit MQ22EÛ, ce qui lui paraît être le nom d'un roi inconnu de la Bisaltique. Mais, sur les médailles, il n'y a qu'un seul oméga. Contre la leçon OSSEQM, on objecte que c'est un N, non un M, qui termine le génitif : cette difficulté semble résolue d'une manière satisfaisante par M. Millingen, au moyen du dorisme ou éolisme qui se trouve sur d'autres médailles, telles que celles des Mamcrtins (MAMEPTINOTM), des Lucaniens (AOYKANOM); il est vrai que cette finale ne se trouve que sur les médailles d'Italie. Mais pourquoi cette forme n'auraitelle pas été adoptée dans d'autres localités doriennes? Je crois que jusqu'ici la seule médaille que l'on connaisse d'un roi de ces peuples Thraces est celle que M. Millingen doit publier bientôt; elle est d'un roi des Édoniens, nommé Gétas. Un des exemplaires porte TETAS BASIAETS HAONEON; l'autre, TETA BASIAEÛS HAÛNAN. Ces différences de forme et

(1) Sur un exemplaire du cabinet des Antiques, le M final a été In comme un S; mais la leçon OSSEÛM est la seule véritable.

(2) Do"^r. ni/m., 11,71. •

(3) Ancient coins, etc., p. 39.

PAR E. COUSINÉRY. 405

d'orthographe dans la légende sont d'autant plus à remarquer que le type des deux médailles est le même.

D'après cette analyse, on voit que l'ouvrage de M. Cousinéry est principalement, pour ne pas dire exclusivement, géographique et numismatique. Le voyageur va toujours à la recherche des anciennes villes et des monnaies qu'on peut découvrir sur leur emplacement. La description des lieux est le plus souvent accompagnée de dissertations sur les dénominations qu'ils ont portées anciennement, et sur la classifica* tion des médailles antiques qu'on y découvres. A chaque instant le savent voyageur se trouve au milieu de grandes difficultés; car la géographie ancienne de la Macédoine est encore peu connue ; du moins la position exacte d'uiie partie des villes qu'elle possédait est très incertaine ; et quelquesunes de ses nombreuses monnaies présentent des problèmes que les plus habiles numismatistes n'ont point encore résolus. M. Cousinéry, dans son zèle pour la science, a fait les plus grands et les plus louables efforts pour venir à bout de toutes ces difficultés ; à défaut de solutions certaines, qu'il n'est peut-êtro au pouvoir de personne de donner en ce moment, il n'épargne point les conjectures ; elles ne sont pas toujours heureuses, je veux dire fondées sur une juste appréciation des éléments qu'il y fait entrer; et il s'y complaît quelquefois dans certaines idées de prédilection qui seront difficilement admises; mais son livre n'en contient pas moins de très bons matériaux et un grand nombre de faits curieux ; accompagné d'une bonne carte, de quelques vues bien choisies, de planches de médailles bien exécutées, il est un utile complément aux voyages en Grèce que Ton possède; et il tiendra une place honorable dans la bibliothèque de l'antiquaire et du géographe.

■ "•'«.'WJWSW^s;

Page 1