‹ Œuvres chooises de A.-J. LetronneChapitre 35 sur 43 · SUR LE PÉRIPLE DE MARCIEN D'HÉRACLÉE · texte numérisé non relu

SUR LE PÉRIPLE DE MARCIEN D'HÉRACLÉE

John Hudson qui entreprit une collection des petits géographes, dont il a paru quatre volumes à Oxford, entre les années 1698 et 1712. Celte édition ne remplit pas toute l'attente des savants ; Iludson y lit entrer plusieurs morceaux étrangers à son plan, qui occupent presque tout le troisième volume ; tandis qu'il négligea d'y en admettre d'autres qui auraient dû en faire partie. Néanmoins, comme l'édition est élégante et commode, elle fut très recherchée : aussi, depuis assez longtemps, les exemplaires en sont devenus très rares et d'une cherté excessive. On a souvent senti le besoin d'une collection nouvelle, plus complète. A la fin du dernier siècle, et depuis, quelques savants s'en étaient occupés ; mais une sorte de fatalité semble avoir empêché une telle entreprise de se réaliser entièrement. Le baron de Sainte-Croix en est resté au projet très bien conçu qu'il a exposé dans le Journal des Savants du mois d'avril 1789. Bredow n'a guère été au delà du plan qu'il a présenté dans les Epistolx Parisiemes. On n'a plus entendu parler des éditions annoncées de Pcnzel et de Friesomann (1). Celle de M. Bernhardy paraît abandonnée ; il n'en a paru qu'un énorme premier volume (Lips., 1828) de IjtOO pages, qui ne contient que Denys le Périégète avec le Commentaire d'Eustathe, des scolies, une paraphrase et des commentaires. C'est notre compatriote M. J.-F. Gail qui, jusqu'ici, a le plus avancé Texécution d'une édition nouvelle des Petits géographes. Il a commencé en 1826 une réimpression de la collection d'Oxford, avec des additions et des commentaires fort étendus. Trois volumes- seulement ont été publiés, contenant les Périples d!Hannon et de Scylax ; Dicéarque, Scymntts de Chio^ le Stadiasme du bassin de la Méditerranée, le Périple d'Arrien et les deux Périples anonymes du Pont

D'après une phrase de la préface de Jacques Godcfroy, eu tôte du Velus orbis descn'pUa, il parait que Liadenbrog avait eu la môme idée à la môme époque. (1} Quant à. celle de Fricsemann, Bredow doute môme que ce savant y ait pensé sérieusement (EpUi. Paris., p. 33). Je ne compte pas l'édition grecque publiée à Vienne eu 1807, en 2 vol. in-8o, parce que ce n'est qu'une mauvaise réimpression d^ l'édition d'Oxford, avec une partie des notes traduites en grec.

Ruxin. Le dernior volume a été publié en 1831. Depuis celle époque, rédîlîon semble arrêtée. On a lîcu de craindre que le courag^e du savant éditeur ne se soit lassé , et qu il n'ait renoncé à son utile entreprise.

L'auteur du volume que nous annonçons ne s'est pas proposé un travail aussi long ni aussi pénible qu'une édition complète des Petits géographes. Son plan est bien plus restreint et sa prétention plus modeste. Il a voulu seulement donner un supplément aux éditions précédentes, en faisant connaître tous les secours qu'a fournis un manuscrit excellent, inconnu aux éditeurs, pour améliorer le texte de quelques-unes des pièces qui sont entrées dans leurs collections. Il en a tiré une foule de détails neufs et importants pour la géographie ancienne et la paléographie grecque. Ce volume est donc, en effet, un très utile supplément aux éditions d'Hudson et de M. Gail. Il en devient désormais inséparable, puisqu'il les complète dans plusieurs de leurs parties les plus essentielles.

Le manuscrit précieux dont il s'agit est un volume de format très petit in-4*» de 1 43 pages, écrit sur parchemin, et qui ne peut être plus récent que le commencement du xni« siècle . Il contient précisément les mêmes pièces que celles qui ont él^ publiées par Hœschel. Il a été acquis en 1837 par la Bibliothèque Royale, à la vente de la bibliothèque de M""* la duchesse de Berry, ainsi que le fameux manuscrit du code Théodosien.

On s'étonnerait peut-être de trouver des manuscrits grecs et latins dans une collection principalement formée de livres de luxe, si l'on ne savait que M. le marquis de Rosambo avait obtenu la permission de joindre à cette vente plusieurs manuscrits de sa bibliothèque. Ces manuscrits se trouvaient dans la famille des Lepelletier de Rosambo, par suite du mariag:e de Marie TEschassier, petite-fille de Pierre Pithou, petite-nièce de François Pithou, avec Louis Lepelletier, secrétaire du roi, père de Claude Lepelletier, qui fut contrôleur général des finances après le grand Colbert (1).

(1) Voyez la préface de M. Berger deXivrey, en tète de son édition des FaUes de Phèdre d'après le manuscrit de Pithou, p. 30, 31.

DE MARCrEN D4IÉRACLÉE. 443

L'administration do la Bibliothèque Royale ne pouvait laisser échapper une telle occasion d'accroître la collection déjà si riche de manuscrits grecs que cet établissement possède. Elle doit s'applaudir d'autant plus de cette acquisition, qu'un examen ultérieur a démontré que le manuscrit de Pithou a bien plus d'importance qu'on ne l'avait soupçonné d'abord.

M. Miller, jeune helléniste employé au département dos manuscrits, ayant fait une étude particulière du manuscrit de Pithou, se proposa d'abord d'en donner une description sommaire, destinée aux Notices des manuscrits ; mais il a pensé depuis, et avec raison, que ce précieux monument méritait plus qu'une notice succincte ; il a préféré d'en faire l'objet d'une publication spéciale et la matière d'un volume séparé, où il consignerait tous les détails, toutes les observations qui lui paraîtraient nécessaires.

Ce plan arrêté, il pouvait publier de nouveau les six pièces que le manuscrit contient, ou bien n'en donner que les variantes, ou enfin publier les unes en entier, et seulement les variantes des autres. C'est à ce dernier parti que M. Miller s'est arrêté, en vue de l'édition de M. Gail, qu'il a supposé devoir être dans les mains de ses lecteurs. Comme trois dos six pièces du manuscrit existent dans cette édition, à savoir le Périple de ScylaXj Dicéarque et Scymmis de Chio^ il n'a donné le texte entier que du Périple deMarcien d'Héraclée, de V Épitome d'Artémidore et d'Isidore de Charax; il s'est contenté, pour les trois autres, d'en collationner avec soin les variantes, qu'il a mises en regard des leçons de l'édition de M. Gail, en discutant quelques-unes d'entre elles, et en exposant les motifs qu'on peut avoir de les rejeter ou de les admettre.

Je regrette qu'il ait adopté ce dernier parti, surtout pour les fragments de Dicéarque et de Scymnus de Chio, dont il pouvait donner, à l'aide du manuscrit de Pithou, une recension nouvelle qui aurait fait loi par la suite. Je n'ai cependant ni le droit ni la volonté de lui en faire un reproche, s'il a été aiTêté par la crainte d'augmenter les frais de la publication, encore moins si le parti qu'il a pris tient à la défiance de ses forces.

444 SLR LE PÉRIPLE

Cctle niodostie est un mérite assez rare pour qu'on doive Ton féliciter. Quand on sait tout ce qu'a de difficile, tout ce qu'exige de sagacité un travail critique sur des fragments tels que ceux de Dicéarque et de Scymnus de Chio, on conçoit qu'un jeune homme modeste, au début de sa carrière, craigne de se jeter au milieu de difficultés capables d'arrêter les plus habiles. Si donc j'exprime ce regret, c'est principalement dans l'intérêt de l'avenir scientifique du jeune éditeur. Les conseils éclairés et bienveillants ne lui auraient pas manqué. Son excellent maître, M. Hase, ainsi que M. Boissonade, au mérite desquels il rend, dans sa préface, un si juste hommage, auraient soutenu ses pas dans cette camëre épineuse ; ils lui auraient ouvert avec libéralité le trésor de leur érudition et de leur expérience. La philologie grecque et latine est une mine qui, depuis trois siècles, a été fouillée par tant de critiques éminents, qu'il est bien rare d'y découvrir un nouveau filon. Lorsqu'on est assez heureux pour en rencontrer un qui annonce quelque richesse, il faut se hâter de le suivre jusqu'au bout. L'acquisition du manuscrit de Pithou fournissait à M. Miller une de ces occasions qu'on trouve difficilement deux fois. Il l'a, je crois, laissée échapper en partie ; mais il est encore temps pour lui de la ressaisir avant qu'on ne la lui enlève sans retour. Je l'invite à nous donner d'ici à peu de temps une édition des fragments de Scymnus et de Dicéarque qui mette en lumière son sentiment critique, et sa connaissance dans la langue et la littérature grecques. Je désire que les observalions contenues dans cet article et le suivant lui montrent au moins la route.

L'importance et la nouveauté du sujet, un goût prononcé pour les monuments originaux de la géographie ancienne, dont l'étude a marqué mes premiers pas dans la carrière scientifique, m'ont fait lire avec un extrême intérêt le volume de M. Miller. Par le nombre et la nature des observations que m'a suggérées une lecture nécessairement rapide, au milieu d'autres travaux d'un genre bien différent, il pourra juger des résultats qui doivent couronner ses efforts, quand il étudiera

DE MARCIEN D'HÉHACLÉE. 443

de nouveau, avec tout le soin dont il est capable, le précieux monument qu'un heureux hasard a mis à sa disposition.

Je ne m'arrêterai pas à la partie de sa préface où il donne des renseignements sur le manuscrit de Pithou et son contenu, où il fait des observations judicieuses sur les diverses causes des erreurs qui défigurent les manuscrits anciens, et en signale plusieurs, principalement relatives aux noms propres (1). Je me hâte d'arriver à la discussion de deux points curieux qui n'ont pas échappé à son attention, mais qu'il n'a pas présentés d'une manière complète, ni entièrement satisfaisante. A mon avis, ils sont au nombre des plus intéressants que puisse maintenant offrir Texamen d'un manuscrit grec : c'est ce qui m'engage à leur donner quelque attention.

M. Miller avance que le manuscrit de Pithou « est l'original qui a servi aux copies d'après lesquelles ont été faites les éditions de Scf/lax et de Scymnus de Chio (préf., p. xvi) ». Cette opinion me parait incontestable ; mais je l'étends à Marcien d'Héracléc et à Dicéarque (2). On sent déjà quelle importance et quelle valeur celte opinion donne à notre manuscrit ; car il en résulte que ce serait à ce manuscrit s^w/que nous devrions

(1) A l'occasion des mots Sxjtivo; ô Xîo;, dans un passage d'Apollonius Dyscole (c. 15), M. Miller dit : « Je serais porté à croire qu'il faut lire Sxviivoç ô Xio; (préf., p. ix) ». La correction est en effet évidente, et M. Miller pouvait la proposer avec moins d'hésitation, en s'appuyant sur d'importantes autorités, puisqu'elle appartient à Meursius, le premier éditeur d'Apollonins Dyscole, et que personne depuis n'en a jamais mis en doute la certitude. Fabricius {BiOL yr., t. IV, p. 6i3, Harl.) et, avant lui, G, V. Vossius {Hist. gr,j p. 412, ou p. 49S, éd. Westerm.) la citent déjà comme incontestable. — Une autre observation : on connaît les vers énigmatiques attribués à Hésiode par Plutarque (De orac. def., p. 415 C) et Pline (VU, 4S) sur la longue vie des uympbes. Le Grand Élyuiologiste, qui en rapporte un passage (V. «Ypot', p. 13, 33, Sylb.), les considère comme appartenant à un oracle (to; 6 xpn<^t^o« dy)>ot}, et ils en sont dignes par leur obscurité. M. Miller ayant trouvé dans un manuscrit *xP^i<nfC7co;, au lieu de •/{>r,«i|i6«, ne doute pas qu'il ne faille lire Xp*j<nitito;. Je crois que Chrysippe n'a rien à démêler avec ce logogripbe, qui date de fort loin ; car, s'il n'est pas d'Hésiode, il est fort ancien, puisque Aristophane y fait allusion dans les Oiseaux (v. 610}. La faute est donc dans la leçon -/pT^i'iiicTto;, et non dans -/p/îTtJié;, qu'en bonne critique il fout laisser au Grand Étymologiste.

(2) J'excepte Isidore de Gharax, dont la Bibliothèque Royale possède un manuscrit, et Dicéarque, dont H. Estienne a donné une édition incomplète, d'après une copie que Mathieu Budé, fils de Guillaume, lui avait rapportée d'Italie.

446 SUR LE PERIPLE

la connaissance de plusieurs morceaux qui sont au nombre des plus précieux débris de Tantiquité.

Les raisons convaincantes que M. Miller allègue à legard de Scylax peuvent s'appliquer aux autres pièces, ce que je vais démontrer.

La première et principale preuve, c'est que notre manuscrit, qui est défectueux en plusieurs endroits, Test justement là où les éditions sont elles-mêmes défectueuses :

1" Pour le périple de Marcien d'Héraclée, le manuscrit finil justement où les éditions finissent, au mot cuTiy-sO, qui appartient à une phrase non terminée ;

2° La même observation s'applique à Tépilome d'Artémidore ;

S'» Dans le périple de Scylax, le feuillet formant Icîs p. 93 et 94 est coupé diagonalement, de manière qu'il n'en R»sle guère que le tiers, à peu près ainsi :

— - ; Les textes imprimés donnent précisément tous

/ ! les mots, et les seuls qui sont restés dans celte

/ ! page; preuve certaine et sans réplique que le

Scylax des éditions a été tiré de notre manuscrit.

j II est vrai que les éditions ne contiennent rien de

la p. 94, parce que le copiste aura oublié le verso:

4o Le fait est encore évident pour le grand morceau de Scymnus de Chio. Lcsëditions, comme on sait, présentent une lacune d'environ huit vers, entre les vers 120 et 128; on ne voit plus en cet endroit que quelques vestiges de lettres. L'état du manuscrit nous en explique la cause, car, en cet endroit même, le parchemin est tellement usé qu'on n'y distingue presque rien. C'est en vain qu'on a essayé des procédés chimiques; à peine est-il sorti quelques lettres, et un mot ou deux qui ne se trouvent pas dans les éditions (1). Le passage est donc, à très peu près, dans le même état de mutilation où il

(1) Le iiidt 'KoUtr^i, que M; M. n'a pas déchiffré, 9 y aperçoit encore. Au vers 120, il faut lire Tr,v xr,; sans aucune s«''paration. Eu général, j'aurais désip* qu'il eut marqué exactement la grandeur des lacunes, ainsi que M. Hase la fait pour les fragments do Lydus,

DE M\RC[EN D'HÉRACLÉE. 4i7

avait élé trouvé il y a environ trois siècles. A ces indications on peut encore joindre celles qui résultent de Texamen des sources d'où ont été tirées les diverses éditions des pièces contenues dans notre manuscrit. J'en dirai en passant quelques mots, ce point ayant été négligé par M. Miller.

La première édition des six morceaux, donnée par Hœschel, le fut d'après plusieurs manuscrits qu'il indique ; la Pénégèse d'après le manuscrit Palatin et celui de Casaubon; les autres morceaux étaient tirés tant de ces manuscrits que de ceux de Georges Hervort (1). Celui que Casaubon envoya à Welser, qui le fit connaître à Hœschel, avait été copie sur celui de Pithou ; il en est de même du manuscrit que Scaliger copia, et dont il envoya un exemplaire à cet éditeur (2). Déjà ce manuscrit avait été auparavant copié plusieurs fois, et tout annonce que ceux qu'a cités Hœschel proviennent de cette source unique, puisque, selon Scaliger, le manuscrit dont cet éditeur lui donnait la description ne différait en rien de ce qu'il trouvait lui-même dans celui qu'il avait sous les yeux, appartenant alors à Claude Dupuy ; les vers y étaient également écrits bout à bout, comme de la prose ; Scaliger les avait, dit Hœschel, distingués et séparés ainsi qu'ils devaient l'être, et il annonce qu'il les a imprimés tels que les avait disposés ce grand critique (3).

Maintenant il est certain que, pour les éditions postérieures, il n'y a point eu de collation nouvelle. Morel et Vinding ne citent que les variantes indiquées par Hœschel ; il en est de

(1} « Marciaul PeHegesis e mes. Codd. Pal. Ëlect. et Isaaci Casauboni. Reliqua partim e Palat., partim ex Jo.. Georgii Hervorti libris manu exaratis » (Hœsch., ^^wfl'.j p. ï, ▼"); et « Hajus Periegeseos copiam primus... Veissero nostro fecit Is. Casauboans. » (Hœsch., Not^^ p. 190.)

(2) « De Dicsearcho et aliis, quœ scribis, scito, quantum ex tuis litteris colligere possum, nihil tua ab illis quse habemus» discrepare. Habuimus autctu illa ex vetuetissiinis et optimce uotœ pagellis... Cl. Puteoui. » {Exe. ex litt% J. Scalig, ad D. Uœschelium), Un exemplaire, de la main de Scaliger, existe à Oxford; ce qui résulte de cette note de Casaubon, en marge du mss., commu'niquée à M. M. par M. Cramer : « Inccrti auctoris sua manu descripsit Scaliger e^ longe vetustissimo cod. ms. Pithoci. »

(3} «... Qttos versus ut maguus ille Jos. Scaliger distinxit, imprimi curavimus. » (D. Hœschel, A'o/a?, p. 190.)

448 SLR LE PÉRIPLE

môme de Vossius, de Gronovius cl d'Hudson, qui s'en réfèrent aux seuls manuscrits que le premier éditeur a indiqués, et ne citent aucune variante nouvelle. Le manuscrit de Pilhou est donc bien réellement la source unique d'où dérivent ceux qui ont sersû à la première édition, laquelle est la base de toutes les autres.

Cette observation donne une grande valeur à ce manuscrit. Il devient la seule et unique autorité qu'on doive invoquer maintenant pour constituer le texte de quatre, au moins, des six morceaux qu'il contient. II importe donc beaucoup de ne laisser subsister sur ce point aucune incertitude. Or, en lisant le livre de M. M. , sans avoir le manuscrit sous les yeux, j'avais remarqué plusieurs circonstances qui, si elles eussent été exactes, auraient démontré qu'IIœschel a consulté au moins un manuscrit qui n'aurait pas été copié sur le nôtre, et provenait d une autre source. Les difficultés qui résultaient de ces diverses circonstances n'ont été résolues pour moi qu'après rinspection du manuscrit même.

La première difficulté résulte d'un oubli qu'a fait M. M. Il déclare (préf., p. xviu) que les Stathmes Parthiques d Isidore de Charax « sont attribués faussement à Athénée dans notre manuscrit. » En effet, d'après l'indication qu'il donne (p. 237), cet opuscule est uniquement précédé des mots 'A6r|Va(cy i:i\im cry.(i)|jLji.aTa, y.al blo\ xal 'KepfarXou;, formant une espèce de titre. Ce titre étant le seul que, selon M. M., on trouve dans le manuscrit, on devrait nécessairement être fort embarrassé pour savoir d'où Hœschel a tiré le titre 'IciSwpsu XapaxriVsO 2txO:jlc1 riapOao(, qu'il a mis en tête de son édition de ce morceau. Il n'a pu le prendre que dans son manuscrit ; autrement il en aurait averti, comme il fait toujours quand il change ou ajoute quelque chose ; et ici, il s'agissait d'une indication des plus importantes. Je suis étonné que M. M. n'ait pas senti quelle grave présomption il en résultait en faveur de l'idée que cet éditeur a eu sous les yeux des manuscrits qui ne provenaient pas du nôtre. Cette difficulté, si elle se fût présentée à lui, l'aurait engagé à chercher mieux ; et à la fin des Stathmes

DE MARCÏEN D'HÉRACLÉE. 449

(p. H 1 du manuscrit, 1. 9), il aurait lu ces mots qui s y montrent fort distincts : 'Icj'.Swpsj Xapx/,T;v5u (r:aO{i.3l nap6'.)ts(, formant précisément le titre qu'Hœschel a imprimé. Le copiste a mis le titre à la fin, comme il Ta fait pour Dicéarque (p. 124 fin.), Acxaiap^^ou x^oYpaçT; Tfjç 'EWizoq; pour Scylax (p. 106, 1. 10), SxuXoko; KapavB£(i)ç îrepiTTAcuç tîJç oly.cu{i.ivr|Ç, titre placé aussi au commencement (p. 62) ; et comme il l'avait fait sans doute pour le poème de Scymnus de Chio, dont le manuscrit ne nous donne que les 741 premiers vers. Le poème n'a pas de titre dans notre manuscrit, parce que ce titre était à la fin. C'est là une observation dont je ne trouve nulle trace dans le livre de M. Miller.

Quant aux mots 'AÔYjvatou zoXswv c'Xii|ji.;jLaTa, xal, xal TrepteXouç, placés p. 106 de notre manuscrit, entre Sy.jXay.c;... t*;^ oixou{i.ivr^;, et le commencement des Stathmes Parthiques, j'avoue que je ne les comprends pas ; et l'on peut croire que les copistes intelligents des manuscrits d'Hœschel n'ont pas été plus avancés que moi, puisqu'ils les avaient omis, de manière qu'ils sont restés inconnus à cet éditeur. Je passe aux autres difficultés.

On sait que dans l'édition d'Hœschel, comme dans les suivantes, faites toutes sur la sienne, l'épitome d'Artémidore porte le nom de Mai^cien d'Héraclée, quoique rien dans ce fragment n'indique qu'il en soit l'auteur. Il faut donc que son manuscrit portât en cet endroit une indication qui devait manquer au nôtre, puisque je ne le trouvais pas dans l'édition de M. Miller. D'un autre côté, au lieu de ce titre, je ne trouvais dans cette édition que les mots 'AiAçiOaXiw su irpdcrcÊSv, espèce de dédicace, qu'Hœschel n'a pas donnée. Enfin, cet éditeur met en tête du fragment ces mots, qu'on chercherait vainement dans notre manuscrit : T£;x3r/î5v (fragment) -rij; kT.r.o)^f^^ twv ta

H'.6X{(0V 'ApT£[J.l5(ipOU *E<p£7{0U.

Ces trois circonstances réunies font à coup sûr une difficulté grave et embarrassante, d'après les preuves d'ailleurs si fortes de l'origine commune des manuscrits qu'Hœschel a consultés. J'étais donc fort empressé de consulter le manuscrit même, quoique conservant peu d*espoir d'y trouver rien qui me tirât

450 SLR LE PERIPLE

de cette perplexité. Heureusement ma crainte ne's'est point réalisée.

Les trois mots de dédicace copiés par M. M. sont prér ùdés de trois autres, qui lui sont échappés (1). Le titre entier csl: Mapy-iavo^ T(o èTaipo) '\[xç*Mx\iM su Trparrsjv, « Marcicn à son ami Amphithalius, salut. » Ceci lève toute difficulté : on voitmaiQtenant pourquoi Ilœschel n'a point hésité à donner le fragment à Marcien. Le nom de Marcien était certainement dans son manuscrit comme dans le nôtre ; et s'il n'a point publié cette ligne, ce sera par suite d'une de ces inadvertances que n'évitent pas les éditeurs les plus attentifs.

Quant au titre 'ïi]xir/\zt TiJ; l^iT5i;.f;ç y,, t. X., il manque, à la vérité, dans notre manuscrit, mais ce titre peut fort bien èlie, et je suis convaincu qu'il est en effet une addition d'un des copistes, comme cela est arrivé tant de fois.

Je viens maintenant à l'autre objection, qui n'est pas moins grave que la précédente, et que je vais résoudre à l'aide da manuscrit. Hœschcl attribua le grand fragment de Scyinniis de Chio à Marcien dlléraclée. Cette indication, qu'on retrouve dans les éditions postérieures de Fréd. Morel (Lut. Par., 1606. et d'Krasnie Vinding (Hafn., 1662), et que Scaliger ainsi que Çasaubon ont crue véritable, est déjà qualifiée d'inepte {)ar L. Holstenius en 1628, bien qu'il ne put dire alors quel élait l'auteur du fragment (2); mais, dans une autre lettre à Piiresc, postérieure de trois ans (9 juillet 1631), il nomme formellement Scymnus de Chio (3) ; de même qu'Isaac Vossius, dans son édition de 1639.

Hœschel déclare que dans le manuscrit palatin la Périégèsp est attribuée à Marcien d'Héraclée {Manùino aiitem HeracUota-

(1) J'avais lu dans sa préface (p. xiv) ces mots : « Il n'y a qu'uue dédica'*e à uu certain Amphithalius que Marcicu d'Héraclée appelle sou ami *>. 11 luébiit iiupossiblc de comprendre ces paroles, puisque je n'apercevais dans le tPïtf même rien qui se rapportât à Marcien, L'inspection du ms. m'a tout expliqa»'- M. M. avait lu les mots Mocpxiavb; t(o ÉTsipcp; mais, par inadvertance, il li"^ «> oubliés à rimpres>8iou. De là une contradiction manifeste entre sa préfacent le texte môme de Marcicu d'Héraclée.

(2) Luc. Holsteu. Epistolœ^ p. 57»

(3) Les mêmes p. 226.

DE MARCÏEN D'HÉRACLÈE. 451

illa in cod. Palat. adscribitur. P. 190 de ses Geographica), Cependant, selon M. M. , notre manuscrit ne porte pas de titre ; il pense même que Y erreur d'Hœschel est expliquée par cette absence du titre (préf., p. xvin). Cette absence expliquerait bien sans doute que cet éditeur n'eût pas donné de titre du tout, mais non qu'il eût donné un faux titre. Et, comme il n'a rien mis du sien, puisque son manuscrit portait, ainsi qu'il l'assure, le nom de Marcien, il y avait donc dans ce manuscrit quelque chose qui manque au nôtre. Celui-ci n'en est donc point Toriginal.

L'inspection du manuscrit de Pithou lève encore cette seconde difficulté, et explique la vraie cause de Terreur. Car, au haut de la p. 125 et avant le 1^' vers, r^rn' xixjf,^\ii:xzz^ y,, t. X., je trouve les mots sjTU)rôç Mapxiav<o, qui ont été négligés par M. M. Que ces mots soient pour ejrx/sTv Mapxtavw (ou plutôt Map.tavw ejTJxeTv), et expriment un salut ou un bonjour donné par un copiste, peut-être fort ancien, qui destinait sa copie à un certain Marcianus, c'est là ce qui me paraît fort probable. Quoi qu'il en soit, ces mots, qu'aura mal lus le copiste du manuscrit palatin, ou mal entendus Hœschel, expliquent comment il a pu attribuer les vers de Scymnus à Marcien d'Héraclée.

Il existe enfin une troisième difficulté analogue. Dans l'édition d'Hœschel, le grand fi^agment de Scymnus finit par ce vers qui exprime la date de la fondation de Mesembria : « Lorsque Darius fit une expédition contre les Scythes, » 'i-' m SxJOac AapsTs? ercpaTcùffaTo. Dans notre manuscrit ce vers termine aussi la dernière ligne de la p. 43, qui est le recto du dernier feuillet, dont le verso, dit M. M., est resté en blanc; cette dernière ligne est terminée par le mot Aîiao;, commençant un autre vers, dont le reste devait se trouver demère. On peut donc encore objecter que, si le copiste du manuscrit d'Hœschel avait eu le nôtre pour original, il n'aurait pas omis ce mot Av^^. Mais cet oubli s'explique par rinsignifianco d'un mot isolé, ne se rattachant à rien. Le sens étant complet avec ercpa-reJcaTo, le mot AVo; n'avait nulle importance, et il était impossible d'en rien faire : l'objection n'a donc réellement aucune valeur (1).

(1) LeUre critique à M. Boissonade, p. 10.

452 SLÏi LE PÉRIPLE

Au reste, si ce mot unique devait être fort indifférent poar les copistes, il n'en est pas de même pour nous. M. M. remarque fort à propos que ce mot est justement le premier d'un fragment de cinq vers insérés dans le périple anonyme du PontEuxin, qui avaient échappé à Lucas Holstenius, et que Vossius a le premier reconnus et signalés. Ce fragment» dont les vers s'arrangent sans aucune peine et sans qu'on soit obligé d'y faire aucune correction, commence par ATjxo^ ixiYiîrsv eTctv bizlp auTT^v cpcç | tw KOsIxj Tccjptù to [Lb^e^o^ T:p07e\iJfê,p¥,q x. x. X. On sait que l'auteur de ce périple a mêlé et confondu avec sa prose géographique les 161 premiers vers des petits fragments que Lucas Holstenius y a découverts et en a retirés, et que les 75 autres vers se sont retrouvés dans un autre périple anonyme publié en 1711, Jusqu'ici on n'avait pas encore reconnu dans ces deux périples un seul vers appartenant au grand fragment ; ce n'était donc que par une conjecture, fort probable, il est vrai, qu'on avait regardé le tout comme ayant appartenu au même ouvrage. Cette conjecture est maintenant changée en certitude par la présence du mot AT{jlo^, commençant un vers qui se retrouve entier dans le périple.

Au reste, si l'on venait à objecter que ce mot ATjjlo;, auquel j'attache ici tant de valeur, n'appartenait pas au vers du périple et n'était peut-être pas suivi des mots ixl^irrov irriv ûzi^ X. T. X. (1), Tobjection serait détruite par une découverte assez curieuse que je viens de faire dans le manuscrit dePithou.On a vu plus haut que, selon M. M., le verso du dernier feuillet est resté en blanc ; il résultait de cette observation que le copiste aurait passé ce verso pour continuer le vers sur le recto du feuillet suivant, ce qui me paraissait fort peu probable. J'ai donc été curieux de vérifier si le verso était en effet resté en blanc. Le soupçon que j avais conçu m'y a fait regarder de plus près ; et j'ai découvert, à ma grande satisfaction, que

(1) Cornue la phrase est finie après EorpaTEuasc-ro, le mot A^iaoc en coinmeiic^" nne autre. La présence de dé eut nécessaire après Af|io;, ou- après ^\(nvr. AiVo; Ôe (léyiatôv eaxiv, ou A?|io« (téyi<rTov ô' è<rTiv. Le vers s'arrange égaleuienl bien des deux leçons.

DE MARCÏEN D'HÉRACLÉE. 453

cette page a été écrite comme les autres. L'écriture, presque eiïacée, ne Test pourtaut pas au point qu'on ne distingue les traces de toutes les lignes, au nombre de 25, qui est celui des lignes des autres pages (de 23 à 27) ; selon la proportion de ces pages, les 23 lignes doivent avoir contenu de 40 à 44 vers qui manquent à toutes les éditions. C'est un fragment assez considérable qu'il serait bien utile de déchiffrer. Mais on ne pourrait espérer d'y réussir que si l'application judicieuse des procédés chimiques parvenait à faire un peu ressortir l'écriture. Malheureusement les essais qui viennent d'être tentés par M. Chevreul n'ont point eu de succès.

Je puis cependant annoncer que le premier mot do celte page, dont on discerne encore quelques lettres, est inconteslablement ixsysttov; à la suite, je crois encore distinguer tw KiXîxj, mais je n'en suis pas sur. Je me contente donc de m'atlacher au mot certain ia^ykitcv ; or, c'est précisément cet adjectif qui suit ÂTpLct; dans le fragment du périple cité plus haut ; il est donc hors de doute que les cinq vers copiés par l'auteur de ce périple étaient placés dans cet endroit de la Périégèse. Ce sont jusqu'ici les seuls qui se retrouvent dans le grand fragment. Ceux-ci, comme tous les autres, faisaient également partie de ce poème géographique, qui était sans doute tout entier sous les yeux des deux compilateurs anonymes.

Or cette dernière circonstance, que les éditions de Scymnus s'arrêtent toutes là où commence la dernière page effacée de notre manuscrit, serait à elle seule une preuve certaine que ce manuscrit est l'original de ceux qui ont sei'vi à ces éditions. (iC fait, constaté par tant de preuves décisives, et contre lequel désormais aucun argument ne peut plus être élevé, donne, ainsi que je l'ai dit, une grande importance à notre manuscrit ; et il en résulte un point de vue de critique tout nouveau pour l'établissement du texte de quatre des six ouvrages qu'il contient.

Il est de toute évidence en effet que les leçons diverses des éditions ne sont pas, à proprement parler, des variantes ; ce sont nécessairement, ou des ei^reurs de plume ou des cofrec-

tions ex ingenio^ plus ou moins heureuses, selon le mérite de ceux qui les ont faites ou le degré d attention qu'ils y ont mis. Mais il ne peut manquer de s'en trouver de bonnes dans le nombre, puisque, parmi les copistes auxquels ces corrections sont dues, on compte Scaliger et peut-être Casaubon. En effet, beaucoup de ces leçons sont excellentes et méritent, sans contredit, la préférence sur celles du manuscrit de Pithou; il en est d'autres qui sont inutiles ou même fausses, ainsi qu'on le ven^a par la suite ; mais, en général, le texte que donne le manuscrit de Pithou se distingue de celui des manuscrits consultés par Hœschel en ce point, qu a côté d'excellentes leçons, il présente beaucoup de ces fautes grossières et absurdes dont bien peu de manuscrits, et même des meilleurs, sont tout à fait exempts. Ces fautes proviennent de la négligence ou de l'ignorance de scribes gagés ou de moines inattentifs, écrivant tantôt sous la dictée, tantôt d'après un original, et se laissant tromper par les ressemblances dans la prononciation ou la forme des lettres (1). Il est à remarquer qu'on ne trouve presque jamais de fautes de ce genre parmi les variantes d'Uœschel ; c'est qu'elles avaient été corrigées par les copistes des manuscrits d'où cet éditeur les a tirées. Celles qu'on y retrouve encore sont le plus souvent de ces fautes que j'appellerais savantes, étant l'œuvre d'un copiste instruit qui corrige, au bout do la plume, les leçons qu'il ne comprend pas, mais que souvent il aurait entendues, s'il s'était donné le temps de la réflexion.

Je me contenterai d'en citer un exemple qui expliquera ma pensée.

Aux vers 92 et 93, Scymnus, parlant des avantages de son poème, dit, d'après la leçon du manuscrit de Pithou : \; :

(jTsv, |i.xO(ov I y.. T. A. L'auteur du manuscrit d'Uœschel, ne com-

(1) P. ex. Tuppivîot; pour Tuppïivtaç, et mille autres erreurs causées par liotacisnin; KJpo'j pour Kypvou; presque perpétuellement iwAayou pour ireXarw;- 6V TT) K'jpTE pour 'Avnxvpa; TjyTxv8pou|iévyj pour t' e'javôpovjiïv/) : naXtvoi vôiptoi pour iidtMv OtvcdTptoi, etc., etc.

DE MARCfKN D'HÉRACLKR. /i55

prenant pas cet zr^zi'sii', qui en effet no signifie rien, a lu azs'.?'. Hœschel a lu à-a7'.v. Cette leçon a passé dans toutes les éditions, quoiqu'elle ne convienne nullement à la grammaire, qui exige un verbe dont (\ioi\zixt soit le régime, [j.xOo)v ayant son complément dans le reste de la phrase. Morel a proposé de lire a-cisjv, leçon qui n*a que le mérite d'ajouter la syllabe manquante. Si les uns et les autres avaient eu sous les yeux la leçon originale izibi-:', ils auraient certainement deviné (ce que j'ai trouvé moi-même à la première vue) qu'on obtient la vraie leçon par le changement d'une seule lettre, en lisant i:o(j£T' (pour irstie-ra:), leçon qui répond au Tep^OifiTSTa». du vers précédent (1). 'QsiXsiav Z7:cf^ipt7^x\ £>/pr,r:5v [retirer wi grand avantage) est une excellente locution, les Grecs ayant employé ce verbe dans le sens de i::oXa;A6x/siv, retirer, obtenir, gagner; comme les Latins anfefre \auferre responsinn, decretum, fainarHy etc.). Les deux vers se traduiraient en latin : Quâ, qui audiven'tj non solum delectabitur, at simul fructiim perutilem nu for et (2).

Ces prétendues vaillantes n'étant que des erreurs ou des corrections, doivent être jugées uniquement par leur valeur intrinsèque, car elles ne sauraient avoir cette autorité qui s'attache aux leçons d'un manuscrit. Elles ne doivent donc être admises que lorsqu'on ne peut absolument s'en passer. Ainsi, il n'y a réellement qiiim 5^w/ manuscrit et qu'?m seul texte des quatre traités : c'est le manuscrit de Pilhou ; les autres disparaissent devant celte autorité unique. Il faut le prendre 5^?// pour base d'une édition nouvelle, et ne se servir des leçons diverses admises par les éditeurs que comme de renseignements, d'indications, que l'éditeur ne suivra que quand il le jugera nécessaire.

(1) OtVeTo» et eÎCTÊTat ont été souvent confondus (Blomf. ad JEsch. S,c, T. 247.) — Boisson, ad .€sch, Suppl., 245; ad Eurip. Ion., 695).

(2) Dans le premier vers, r,; o xaTaxo'j<xa; x. x. >., Hœsclicl et, d'après lui, tous les édileurs ont cliang»'; la leron r,; en ofç, se rapportant à atr/oi du vers précédent (xai ty.v oXr.v irspîoôov èv o>.tvoi; (rrr/ot;). Il n'y a rien ù changer : f,; se rapporte à irsptoSo;; et comme les Grecs ont dit xêp^eaQaî tivo;, aussi bien que T£ptce(yOat xivt, le poète a préféré le génitif, parce qu'il obtenait un régime qai convenait à la fois aux deux verbes xépiceejOai et àiroçlpEdOai. (N. add, 'H; dépend de xaxotxojça; plutôt que des verbes suivants.)

Si ce point do Mic critique, qui ressort si naturellement do preuves certaines, avait été présent à la pensée de M. M., il aurait donné plus d'attention aux leçons de son manuscrit et beaucoup moins à celles qu'Hœschel a citées. Son travail eût été fort simplifié, car que nous importe maintenant, que telle leçon se trouve ou non dans le codex Palatimis, le codex Hervortianus ou tout autre ? Peut-on penser k les mettre sur la même ligne que celles du manuscrit de Pithou, d'après lequel ils ont tous été copiés? Pénétré de cette idée, M. M. aurait, sans aucune peine, ainsi que je le montrerai, rétabli le teste en beaucoup d'endroits où il a laissé subsister la mauvaise leçon des éditeurs, à laquelle il a donné trop d'importance. Il est clair en effet que toutes les fois que celles de noti'c manuscrit peuvent convenir au sens et sont conformes aux règles de la langue et de la versification, il faut à l'instant les introduire dans le texte et abandonner sans regret les leçons des imprimés, lesquelles n'ont aucun droit à la préférence, puisque, au fond, elles n'ont aucune autorité.

Avant d'aborder l'application de ce principe à la restitution des textes, je dois toucher un point d'histoire littéraire qui, s'il était établi dans le sens qu'a présenté M. M., augmenterait encore l'importance déjà si grande de notre manuscrit. Ici, je ne puis partager sa manière de voir, ni admettre comme juste la critique sévère qu'il a faite d'une opinion émise par le savant Bast dans sa lettre à M. Boissonade.

Il dit : « Je dois relever une erreur commise par M. Bast. Ce savant... prétend que les vers publiés sous le nom de Scymuus de Chio ont été fabriqués par Ilœschel et Holstcnius... il conclut en disant : Holstenius a donc fait pour les petits fragments ce qiiHœschel avait fait pour le grand morceau ; et tout ce quon peut trouver de blâmable dans leur procédé^ c'est peut-être d'avoir composé une foule de mauvais vers... L'assertion est détruite par le fait de Texistence seule de notre manuscrit, quant à ce qui regarde le grand morceau attribué k Hœschel ; si nous raisonnons par induction, le reproche de M. Bast n'est sans doute pas plus fondé pour Hol-

stenius que pour Hœschol. Ces vers, quelle qu'en soit la mauvaise facture, reviennetit de droit à Scymnus de Chio^ et aucun des deux éditeurs n'est coupable de falsification. » (Préf.,p.xix.)

Je crois que M. M. prête à Bast une opinion qu'il n'a jamais eue et qu'il ne pouvait avoir. Cet habile critique n'a pas attjnbue' le grand morceau à Hœschel ; l'existence de notre manuscrit ne fait rien à son opinion ; il n'a pas non plus accusé ni Hœschel ni Holstenius de falsification; et quand il avance qu'ils ont composé de mauvais vers, il ne veut pas dire qu'ils les aienlfabnqués, ni qu'ils se soient rendus coupables de faldfication, accusation bien grave, surtout à l'égard de L. Holstenius, dont la sincérité est connue. Voici, à mon avis, ce que Bast a voulu dire; le point mérite d'être expliqué clairement.

Les fragments de Scymnus de Chio se composent, comme je l'ai dit, 1*^ du grand morceau de 741 vers, publié par Hœschel; 2* des petits fragments découverts par Holstenius.

Quant au premier, Bast n'a jamais pu penser à l'attribuer à Hœschel. Il savait très bien que cet éditeur l'avait donné d'après des manuscrits dont l'existence est attestée, indépendamment du témoignage d'Hœschel, par celui de Scaliger et de Casaubon. Aucun mot, dans sa lettre, n'a trait à une falsification de cet éditeur. Rien de plus clair même que ces paroles : « On sait, dit-il, que la Trepir^Yr^aiç donnée par Hœschel et réimprimée par Érasme Vinding, n'était pas originairement en vers.,. Elle était attribuée, dans le manuscrit d'où Hœschel Ta publiée, à Marcien d'Héracléc » (p. 8 et 9). H n'y a pas là la moindre trace d*un reproche de falsification. L'existence de notre manuscrit ne détruit donc pas, par le fait, l'opinion de Bast, puisqu'il a toujours reconnu qu'Hœschel avait tiré le morceau d'un inanuscnt. Que le nôtre soit plus ou moins ancien que celui de cet éditeur, cela n'importe en rien à la question. Reste donc le mot de Bast, qn' Hœschel, comme Holstenius, a COMPOSÉ de mauvais vers; c'est cette expression qui paraît avoir trompé M. M. ; mais elle n'a ni le sens ni la portée qu'il lui donne. En voici la preuve :

Les 236 vers qui forment les petits fragments se trouvent

dans les deux périples anonymes du Pont Euxin; les 161 premiers vers dans Tun, les 73 derniers dans l'autre, publié plus lard en 1711. Les deux compilateurs ont emprunté les vers de Scymnus pour embellir leur exposition géographique, ou pour en diminuer la sécheresse, au moyen de détails historiques élégamment exprimés. Quand M. M. (préf., p. xix) assimila cette opération aux paraphrases (Touvrages poétiques si communes dans le moyen âge, telles que celles dHomère, de Lycophron ou de Denis le Périégète, il compare, si je ne me trompo, deux choses tout à fait distinctes. Ces paraphrases^ où les vers originaux sont délayés dans une prose lâche, traînante, mais claire, avaient pour principal objet de faciliter Tintelligenco dos anciens poètes; elles sont tout à fait analogues à celles qui, dans les éditions ad usum Delphini, par exemple, accompagnent le texte des poètes latins. Mais les auteurs des deux périples n'ont point fait de paraphi^ases; ils ont transcrit, presque toujours avec des changements très faibles, quelquefois sans aucun changement, les vers de Scymnus. S'ils les ont placés bout à bout, ce n'était pas parce qu'ils voulaient les ynettre en prose, ce qu'assurément ils n'ont pas fait; c'élail pour ménager la place, ainsi qu'on le voit par tant de manuscrits où les vers sont ainsi disposés, entre autres par notre manuscrit de Pithou, pour les fragments de Dicéarqiie et de Scymnus. C'est un point dont il importe de se bien pénétrer quand on essaye de les rétablir.

Jacques Gronovius jugea que L. Holstenius n'avait pas trouvé ces vers dans un manuscrit particulier, mais qu'ils provenaient uniquement du périple, où ils ont été fondus avec la narration. A son avis, Holstenius les en avait retirés, puis séparés et restaurés. Dodwell voulut prouver, au contraire, que ce savant avait bien réellement consulté un manuscrit où ces vers se trouvaient tels qu'il les a donnés. Or, c'est la thèse de Gronovius que M. Bast a reprise, et, à mon avis, parfaitement démontrée, en discutant les raisons alléguées par Dodwell. Le principal argument de celui-ci, c'était que les 75 derniers vers ne se trouvent pus dans le périple anonyme ; il se

demandait, avec beaucoup de raison, d'où Holstenius pouvait les avoir pris, sinon d*un manuscrit différent de celui du périple. Cet argument n'avait de force que parce que Dodwell ignorait alors l'existence du second périple anonyme, publié après sa mort, qu'Holstenius a eu sous les yeux, et où se trouvent en effet les 73 derniers vers des petits fragments. D'ailleurs celui-ci n'annonce nulle part qu'il ait consulté un manuscrit, tandis qu'il dit formellement qu'il a tiré ces vers du périple anonyme (i). La thèse de Gronovius et de Bast me semble donc de toute certitude, prise dans les termes où ce dernier Fa posée.

Mais, enfin, que signifient ces expressions de Bast, L. HolsietiwSy comme Hœschel^ a composé de mauvais vprs.^Emporlent-elles l'idée de falsification? S'ensuit-il qu'il ait attribué le grand morceau de Scymnus à Hœschel, comme le croit M. M. ? Nullement.

Bast ne pouvait soupçonner Holstenius de falsification; cela est évident. Il savait parfaitement que tous les 236 vers des petits fragments se retrouvent dans l'un ou dans l'autre des deux périples, et le plus souvent tels à peu près que ce critique les a donnés, ou avec de bien faibles changements nécessités par le besoin de la mesure. Bast s'élait donc parfaitement convaincu qu'il n'en a pas ajouté un seul, non plus qulsaac Vossius; et nous avons vu, au contraire, qu'il en avait laissé échapper cinq, que Vossius y a depuis retrouvés. Qu'a donc voulu dire ce savant par ces mots, qu' Holstenius a composé une foule de mauvais vers? Rien autre chose, sinon que L. Holstenius a été fort fiégliffent dans l'opération de rétablir les vers estropiés par l'auteur du périple ; et, que n'ayant pas toujours eu égard aux lois du mètre, il est résulté de ses restitutions beaucoup de vers faux, qu'avec un peu plus d'attention il pouvait facilement rendre meilleurs. Voilà ce qu'on peut lui reprocher, ainsi qu'à Vossius, et tout ce que Bast trouvait de blâmable dans S07i procédé. Ce jugement revient, en d'autres

(i) L. HoUt. Ephtolx, p. 43, 57. 65.

460 SLR LK PÉRIPLE

termes, à celui qu'a porté M. Boîssonade à propos de ces mêmes fragments : qucC Lucas H oh tennis indiligentissime receiisuit {Anecd, gr., Il, p. 234). Le terme recemuit prouve qu'aux yeux de cet excellent crilique, comme à ceux de son ami, Holstenius n'a donné qu'une recension de ces fragments métriques, ayant péché uniquement par défaut d'attention el de soin.

Le reproche adressé par Bast à L. Holstenius s'applique, dans les même termes et dans le même sens, à Hœschel, premier éditeur du grand fragment, dans lequel il a également introduit ou laissé beaucoup de mauvais vers; cela ne veut pas dire qu'il les ait inventés ni falsifiés. J'ajoute (ce qui paraît avoir échappé à Bast, et je m'en étonne), que plusieurs de ces mauvais vers, sinon tous, doivent probablement être mis sur le compte de Scaliger lui-même ; car nous avons vu que, de son propre aveu, Hœschel a imprimé les vers tels que cet illustre critique les avait séparés ; quos ut magnus ille Jos. Scaliger distinooity impmni curavimus, Morel dit non moins expressément : Scaliger.., quiprimus...hujus,.. iambographt senarios... adeo pulchre distinxit, correxit^ recentavit ut pauca reliquerii^ quitus medica manus adhibenda fuerit (p. 64). Ainsi, Isl falsification (s'il pouvait y en avoir une) serait plutôt l'œuvre de Scaliger ; mais comment cela pourrait-il être, puisque Scaliger n'a fait que transcrire le manuscrit de Pithou? De toute manière, il ne peut être question ici d'aucune fraude, et Bast a été certainement bien loin d'y songer. On voit que ni Hœschel, ni L. Holstenius n'avaient besoin de l'existence de notre manuscrit pour être justifiés d'un tort grave, d*un abus coupable dont réellement personne ne les accuse.

Je termine par une remarque liée aux observations précédentes et qui intéresse la critique du texte de Scymnus. Selon M. M., les mauvais vers du grand et des petits fragments reviennent de droit à Scymnus de Chio (préf., p. xîx). Ce jugement est sévère pour cet auteur, pour un homme écrivant dans sa langue maternelle ; il n'est juste qu'en partie, car on doit établir une distinction importante entre iG^-mauvais vers qu'on

peut trouver dans ces fragments : les uns reviennent probablement à Scymnus, et il n'y faut rien changer ; les autres n'ont pu être altérés que par les éditeurs ; ceux-ci, il faut tâcher de les rendre à leur première pureté. Mais quelle règle sûre nous fera distinguer les uns des autres? La voici, selon moi.

Le nom de Scymnus de Chio ne nous est connu que par les citations qu'Apollonius Dyscolc, Etienne de Byzance, le scholiaste d'Apollonius de Rhodes, J^lius Ilerodianus, ont faites de sa Périégèse. Son époque n'est connue que par les premiers vers de son ouvrage. Nous ne savons rien de sa vie, et il n'a jamais été cité comme poète. 11 a écrit son ouvrage en vers iambiques comiques, à l'imitation d*Apollodore, afin, dit-il, qu on put le retenir plus facilement. C'était donc, à vi'ai dire, un livre élémentaire, qui a dû principalement servir dans les écoles. Les vers qu'il contient ont souvent le caractère de vers mnémoniques. Hérissés de noms propres, quelquefois rebelles à la mesure, comment auraient-ils pu toujours être de bons vers, même quand Scymnus eût été un bon poète, ce que nous ignorons parfaitement? Si donc un critique moderne s'obstinait à n'admettre, comme étant de Scymnus, que de bons vers, c'est-à-dire des vers non pas seulement exacts quant à la ' mesure et corrects quant au style, mais encore remarquables par l'élégance de la phrase ou l'excellence du rythme, il se montrerait trop exigeant et risquerait, par des restitutions hors de propos, de prêter à Scymnus beaucoup de vers qu'il n'a point faits.

Mais il est certaines conditions auxquelles, dans le premier siècle avant notre ère, un poète grec, quelque mauvais qu'on le suppose, sera toujours demeuré fidèle : ce sont la correction grammaticale, l'exactitude de la prosodie, alors irrévocablement fixée par la langue parlée, et les règles admises pour le genre des vers qu'il a employés. Le vers iarabique comique, adopté par Scymnus, jouissait de grandes licences. Attendonsnous que ce poète les aura toutes prises au besoin, mais qu'il n'aura point été au delà. Si l'on trouve des vers grammaticalement exacts, qui ne violent pas ces règles, on pourra les

462 SLR LK PÉRIPLE

admettre comme étant de Scymnus, bien qu'ils ne soient pas fort élégants ; mais des vers qui pécheraient contre la prosodie et contre les règles essentielles du mètre ; qui offriraient par exemple des pyrrhiqnes autre part qu'au dernier pied, des trochées à un pied quelconque, des spondées ou des dactyles aux pieds pairs ; ces vers, dis-je, seraient faux^ et il faudrait les corriger ; car bien certainement ils ne sont pas sortis en cet état de la main de Scymnus ou de Dicéarque.

Mais, dans ce cas même, la main du critique doit agir avec douceur et prudence. Pour un helléniste, rien de plus facile que de refaire des vers grecs; mais c'est là une opération puérile, sans aucun fruit pour la science ; ce qu'il y a de réellement utile, c'est de les rétablir, c'est-à-dire, en suivant toulcs les conditions du texte original, de les retrouver tels qu'ils onl dû sortir de la plume de l'auteur.

Or, la manière dont nous sont parvenus ceux de Scymnus. par exemple, nous indique assez le genre de fautes qui onl pu s'y introduire. Ainsi, les vers du grand fragment ont été mis bout à bout comme de la prose ; ceux des petits fragments ont été fourrés dans des périples dont les auteurs s'inquiétaient beaucoup du sens et fort peu de la mesure ou de la couleur poétique, mais qui pourtant n'ont rien changé avec intention. De là vient qu'ils ont laissé des tirades de 20, 2-i et jusqu'à 40 vers qui sortent, pour ainsi dire, tout faits, sans qu'on soit obligé d'y rien changer ; et l'on remet la plupart des autres sur leurs pieds sans autre changement qu'une transposition de mots, l'addition d'une copulative, la suppression d'un hiatus, etc.

Chaque fois donc que l'application de ces légers remèdes pourra guérir un pauvre vers estropié, il faudra les employer sans scrupule. C'est d'après ces principes que mon savant ami Boissonade a plusieurs fois heureusement rétabli des vers de Scymnus (1), avec cette critique fine, réservée et sûre qui le dislingue si fort entre nous tous. Tels sont ceux que j'essayerai

(i) Priucipalement dans ses Anecdota graca.

DK MARCIEN D'HÉRACLÉE. 463

do mettre en pratique dans l'article suivant, où je présenterai la restitulion des vers les plus altérés des fragments de Scymnus et de Dicéarque, principalement à Taidades variantes du manuscrit de Pithou. M. M. y trouvera, je pense, d'utiles indications pour une édition nouvelle de ces restes précieux de Fantiquité.

Il s'agit maintenant d'appliquer les principes posés dans Tarticle précédent à la restitution des fragments du poème de Scymaus et des fragments métriques attribués à Dicéarque. J'indiquerai ensuite la correction de quelques passages des autres morceaux géographiques que contient le manuscrit de Pithou, qui a été l'objet du travail si utile qu'a exécuté M. M. La publication de ce volume, j'aime à le répéter, est un service éminent rendu à la littérature grecque. J'espère que les observations suivantes en donneront la preuve.

1° Périégcse de Scijmnus,

Cet ouvrage, comme l'annonce l'auteur lui-même, était une description de toute la terre habitable, contenant l'indication des lieux importants, avec des notions sur la situation et l'origine des villes (v. 73 et s.). Il l'avait rédigé en vers, à l'imitation de la chronologie d'Apollodore, parce que, dit-il, les vers sont plus faciles à retenir. C'était donc un poème didactique, cil les détails historiques se trouvaient mêlés à la description des pays, comme le montrent les parties qui en ont été conservées.

Ces parties consistent : 1" Dans les 741 premiers vers du grand fragment, qui comprend l'introduction du poème et la description de l'Europe, depuis les colonnes d'Hercule jusqu'à l'entrée du Pont Euxin. C'est ce grand fragment qui a été imprimé par Ilœscbel, d'après des manuscrits copiés tou^ sur celui de Pithou. 2» Dans les 236 vers relatifs à la description des côtes du Pont Euxin, que L. Uolslenius a retirés des deux

périples anonymes de cette mer. Si nous admettons, ce qui est probable, que Scymnus avait exécuté le reste de son ouvrage sur le même plan et avec les mêmes détails, nous pouvons croire que nous ne possédons plus qu'un tiers environ du poème entier, qui devait avoir bien près de 3,000 vers.

Scymnus avait consulté, pour la composition de son poème, les meilleurs historiens ou géographes. Il cite Hérodote, Éphore, Ératosthène, Denys de Chalcis, Démétrius de Calatis, Cléon de Sicile, Timosthène, Callisthène, Timée, Théopompe, Hécatée d'Érétrie ; aussi, à côté des indications géographiques, se trouvent partout, dans ces fragments, des détails d'un haut intérêt sur l'histoire des villes comme sur l'origine des colonies le long de la Méditerranée et du Pont Euxin.

Ces fragments, qui forment un total de près de i,000 vers. outre l'intérêt littéraire qu'excite toute production des Grec.«i, présentent donc une assez grande importance historique. Sous ce rapport, ils sont plus instructifs que la Périégèse de Denys. qui ne contient qu'une élégante exposition, en vers héroïques, de la géographie d'Ératosthène, mais qui ne nous apprend presque rien que nous ne sachions par d'autres auteurs. Aussi la perte des deux tiers du poème de Scymnus est-elle au nombre des plus regrettables qu'aient faites la littérature, l'histoire et la géographie.

C'est un motif de plus pour nous attacher au tiers qui reste, et pour essayer de rétablir ces fragments tels qu'ils étaient en sortant des mains de leur auteur. Si Ton parvient'à faire disparaître la rouille dont les siècles les ont couverts, on ne rendra pas seulement à la pensée d'un auteur ancien tout son éclat, toute sa fraîcheur première, mais on pourra faire sortir des indications et des renseignements historiques qui n'existent pas ailleurs. La critique alors s'élèvera au but le plus noble qu'elle puisse atteindre, qui est de servir à la fois les intérêts de la littérature et ceux de la science.

Le grand fragment, qui contient une exposition continue, sauf une seule lacune, mérite surtout notre attention. Malheureusement le texte nous est parvenu dans un fâcheux état

DE MARCIEiN D'HÉRACLÉË. 465

d altération. J'ai indiqué dans le premier article les causes des fautes qui défigurent la première édition d'Hœschel, répétée par les éditions postérieures, sans collation nouvelle de manuscrits. Si quelques excellentes corrections de Scaliger, deCasaubon, d'Hœschel, de Dodwell, de L. Holstenius, d'Hudson, Tout un peu amélioré, d'autres corrections moins heureuses en ont encore augmenté l'altération. Bon nombre de passages sont restés inintelligibles, ou bien ne nous oiïrent plus que des leçons douteuses ou erronées, contenant des phrases incorrectes, des vers faux, des détails et des faits sur lesquels on regrette de ne pouvoir compter : car on devine que plus d'un renseignement historique important reste caché ou méconnaissable dans les phrases corrompues qui servent à l'exprimer.

La collation détaillée et à très peu près complète qu'a donnée M. M. du manuscrit de Pithou, a fourni des secours inattendus pour cette entreprise délicate. Elle donne le moyen de corriger un grand nombre des passages les plus corrompus ; et l'on peut ensuite rétablir la plupart des autres, au moyen des corrections que suggèrent les mauvaises leçons mêmes que l'ignorance du copiste a glissées dans ce manuscrit.

Après avoir restitué le grand fragment, je ferai quelques remarques sur les petits fragments qui nous sont parvenus plus altérés encore.

A. — Grand fragmeiNt de Scymnus.

V. 42-44, Scynmus dit que les vers se retiennent plus facilement que la prose. Tû [A^Tpw Sa 7:cpi£',XY;;x;Aivr^v (X^Çtv) | lr:i xa- ".iT/iXf Ejxdro); y.al r.irz'j/Mq, Certainement £jy.67:wç, facilement, sans peùiCy fait un très bon sens avec Trircixwç. Mais ce n'est qu'une correction ; car notre manuscrit donne eiaxéiro);, qui n'est pas moins bon. Le changement, qui n'est pas sans exemple (voy. Kayscr, ad Philost, Vit, Soph., p. 304), n'a peut-être d'autre cause que la rareté plus grande du mot si7y.d::ù)^, (ïioie manière conforme au but, qui atteint le but

?'>*fJWW.?W'

466 SLR Ltr PÉRIPLE

qiion se propose. Au lieu d'Iari, il faut lire de toute nécessilé Ij-rtv, pour éviter le trochée.

Le poète complète son idée lorsqu'il ajoute, dans les deux vers suivants : ïyei ^foLp ïzK-z^iyy^^xi h èauTij yi^\'^^ \ o-zxi Irrspir* A^;e^ llJLj;.£Tpcç rXir^r^, Le 2° vers est trop court d'une syllabe. Le manuscrit porte ÔTav b-opia y.al a^Çi; ^[A[jLcTpo^ rXb.r^, ce qui n'oflVi^ pas de construction. La correction (jTop{r/ est indispensable: et le y.al du manuscrit rend la syllabe qui manque : ctov iTrcplr* xajl Xi^iq l]i,^z':çzq ^Xéy.yj, si Ton n'aime mieux c. b-rop. f, a^:-: ejxiii-rpo); T:Aéy.Yî. La phrase lîTop{av... 7;X£y.etv est très poétique. La métaphore se tire des couronnes que Ton lissait, TzhxK^ rXéy^'.v, en latin coronam Jiectere ; de là u;jlvov, wSiç, jxéXij îtXsxïsv (Valcken. adEitrip, Phœn., v. 73).

V. 45. Le poète revient à Apollodore. Les éditions donnent ey^sTva jaIv ojv xeçaXau çuvaOpoija; )(p6vo)v. Il y a dans le manuscrit ExeTvoçcîv, sans |xiv. Un copiste ayant malencontreusement inséré un fjLév, a rendu le vers faux : pour le rajuster on a changé gy.eïvs^ en ksTva qui altère le sens. 'Ey-sivo; se rapporte à Apollodore, l'auteur de la chronique en vers.

V. 54. Au lieu de f^v x^zlq ètfpoiç yiçvt àîca-i'YÉAXstv l/w des éditions, le manuscrit donne i^v a. à. 7:aXiv ca:x^{. I. qui est la vraie leçon, sans qu'il soit peut-être nécessaire de changer v en tv', comme le voulait Morel : i^v peut se rapporter à ;reîpr* qui est plus haut.

V. 59. Tov 'A^éXXwva tcv AiSujat;, que donne le manuscrit, a été changé en Iv A'.SJîxoi^ à tort. Le seul changement à faiw est celui de AtSj[j.r^ en Atcujxfj pour AiSj[jLYja, que demandait Vos- ^ius. C'est ainsi que lit M. Lobeck {Paralip,, p. 552).

Aux V. 78, 79, deux changements légers mais nécessaires iont proposés par M. Boissonade, (oy.ijav pour wxTjffav, et •:' xjto- /Oova? pour ts ai-:, afin d'éviter l'hiatus, comme ô' dbovrwv au V. 90 {Anecd., II, p. 379; v. 397).

V. 83. La leçon gacpôapwTaToi pour PapêaptxwTaToi mérite ici toute préférence : -ijOeyi (ou plutôt lOsffi), Tpsrciç, Ipyoi^ t£ gapfiapw-riTsi.

V. 93. La correction «-«(ysT'pour i7:e{75-:' a été indiquée plus haut (p. 454).

V. 97. IIsAS(j( TE donné par le manuscrit est la véritable leçon. Ai qu'on a substitué à .e ne vaut rien ; on n'a pas saisi la marche de la phrase : ijaOo)v... oî ttot' eort y>;ç, y,iv v,t, (et non

AX* V.Sl) T5W.; TIVWV Te TziXt^i Té TZOixiq X. T. A.

V. 106. Au lieu de -zo 550 ts, ga^iXeu, 7:a7t xï;pj56'. xXsoç, le manuscrit donne TowD-rdv ts, bon pour le sens, mauvais pour la mesure ; leçon corrigée avec raison par le copiste d'Hœschel. Je crois pourtant qu'il faut lire tc jsv ts. . . xX£o;, Tadjectif possessif pour le pronom personnel ; la locution est bien meilleure. Ce n'est pas la première fois que les copistes ont confondu towDtcv et To ffcv (Bast, Lett. ont., p. 226. — Boisson . adAristaen, , p. 57 i , 597,627).

V. 118. Parmi les auteurs qui ont été consultés par Scymnus, il cite Cléon de Sicile, xal tw SasXw KXéiovt. C'est la leçon d'Hœschel. Notre manuscrit donne y,al tw SixeXtxo) KXéwv., où se trouve une syllabe de trop. Morel avait déjà lu xal SixeXtxw KX. C'est la vraie leçon, comme l'a remarqué M. Boissonade {ad Theoph. Simoc, p. 319). J'observe que dans les vers précédents Scymnus ne met pas non plus l'article devant l'adjectif ethnique ; il dit : yoùsxileX Aiovy^fw et Aigiir^TpCti) xaXa-riavw.

V. 120 à 128. C'est ici qu'existe la lacune de huit vers dont j'ai parlé (p. 446), où se trouvaient les noms des auteurs que Scymnus dit avoir consultés. Ceux d'Hérodote, d'Ératosthène, d'Éphore, de Denys, de Démétrius, de Cléon et de Timos- Ihène, s'y lisent encore; les autres étaient dans les vers 121 à 123 qui ont disparu ; là devaient se trouver ceux d'Antiochus de Syracuse et d'Héraclée d'Érétrie. Au v. 123, M. M. a distingué KaXXtîôiv, au lieu de KaXXt qui est dans les éditions, ce qui nous rend le nom de Callisthène. Il a lu aussi plus complètement la fin du passage* Les éditions ne donnent que KaXXCav Bà SixeXov tcv àx TaupopievCou. Or un vers iambique ne peut commencer par KaXX(av 8i. D'ailleurs on connaissait bien un Callias de Syracuse (cf. Voss. de Hist, grœc. , p. 103, West.), mais personne n'avait entendu parler d'un Callias de Tauroménium. Il devenait fort probable qu'il s'agit là de Timée l'historien* né, comme on sait, dans cette ville. Le manuscrit nous

donne précisément son nom dans ce passage ...âvCwv os xxl I TtîxaTov «v3pa Sr/.eXcv èx Taupc[jL6v{ou, qui offre la dernière dipo-

■j die d'un vers, et un vers tout entier (... i^im Sa xal | Tiputîsv/..

î T. X.). M. M., qui a si bien lu ce passage, n'aurait pas dû lais-

l ser à un autre l'avantage d'en faire ressortir Timporlance.

\\' V. 130. Le poète parle de ses voyages; il a vu la Grèce et

^? les villes de Sicile, y; twv xaxi S'asA(av xei(jL£v(i)v xoXiTjjLxrwv.

iV M. Boissonade, observant avec raison que ce vers est trop

ii long {Anecd., H, p. 234), propose de supprimer tûv, ce qui en

t effet régularise la mesure.

\y V. 143-144. âkiiypuGxi (vîjw.) ii:' àXXi^Xwv Tptdbcorra cyjsZh \ ni-

'^ Stoiç. Il est question de deux îles près des Colonnes d'Hercule,

3.' et quelquefois confondues avec elles (Strab., III, p. 168; Gos-

Ç sellin dans la trad. fr,,\^^, 499). La distance de 30 stades

se trouve dans Festus Avienus, stadia triginta refert has dis- ' tinere (Ora marit,^ v. 35S). Au lieu de (jTaB(ot^, le manuscrit

V de Pithou et celui d'Hœschel donnent rcx${ouç. Je ne sais pour-

îL quoi cet éditeur, et tous les autres après lui, ont admis (rra^isur.

Ils avaient oublié que St^/e'.v, comme irÀyti^, suivi de l'énoncé •^ d'une distance, veut Taccusatif .

V. 145. Une bien légère transposition fera disparaître le spondée du 4' pied : SifjXai • jjiiâéç 8à to jtwv MajjaXtw-txTÇ ; lisez simplement St. ^\ol^ toDtwv Sk.

V. 154. La correction txjpsu^ pour Taipotç, proposée par Saumaise, parait nécessaire (... lyouja... | xpoysii^spsi; Taùpsjç it t:'-: AIy'J^tioiç). Au V. 156, lisez ::p5cr£!j7;ep(ouç S' Ai0{oT:3t^. . .

V. 158, 159. Ces deux vers, relatifs à la ville de Gadès, ont été presque entièrement refaits par le copiste du manuscrit d'Hœschel, ouparHœschel lui-même. On peut les rétablira l'aide de notre manuscrit. Les éditions donnent ... Txi'n;: 5 JvsYYuç S ' b'TiokxtoXi'sx ':^^(^/ht\. \ Tupiwv xacXatwv è[jt.i:sp<i>y dc^rocxix. H y a dans le manuscrit ...txjttjv GÙ^tt-^foç S' kiv. ^iXiç XaSoD^a Tjpiwv -n. s. axcaiav. M. M. a bien vu que cette leçon, qui offre un sens raisonnable, ne va point avec la mesure. Pom* tout arranger, il ne faut que remettre à la fin du l^' vers l'article tôv ou ti^v, absorbé par la 1*^ syllabe de TupCwv. Lisez lauTr; GrjveYyj; B' hr.

f^mg^^^^^w^T^ipy. •

DE MARCIEN D'HÉRACLÉE. àmi

zih;, Xa6oOî7a t»;v | Tuptwv x. I. omoixlTf (cf. v. 410 et 473, 1; HX'.Soç Xa6oOja T»;v àx.). Je mets txjtyj au lieu do Trj-njv, parce que l'accusatif est un solécisme. Le génitif admis par les éditeurs est généralement bon; mais Scymnus aime mieux le datif (v. 88, 319, 466). Au v. 161, on peut lire avec le manuscrit ixe-ri TXJTYjv.

V. 173. Dans ce vers,xa\ ^6i[ji6ptvwv otxcOjtv KsXtoI 8' àviT^aXiv, le mètre exige qu'on lise olxoDji. Le v paragogique a été souvent ajouté ou retranché mal à propos par des copistes fort indifférents pour la métrique. J'en citerai plus bas d'autres exemples-

V. 176. Dans l'exposition de la géographie d'Éphore, le poète revient aux Celtes pour dire qu'ils s'étendent «rç tfj; îtt]- [iispivi;^ Ts S'jt7£(i);Tf;X{ou. Ce dernier mot est une mauvaise cheville placée là par Hœschel, qui n'a su que faire de aXo; qui* lui donnait son manuscrit ; mais le copiste avait mal lu. Le manuscrit (le Pithou donne w; Xéyoç, tU dicitur. C'est encore la vraio leçon. Scymnus aime à finir les vers par ces mots (v. 197, 273, 489, 332, 583, 619).

V, 181. Le poète, continuant l'exposition de la géographie d'Éphore, oppose l'Ethiopie à la Scythie. Il dit qu'elles sont en grande partie désertes l'une et l'autre, par deux causes différentes, exprimées ainsi dans les textes d'Hœschel et erilinlson : Sii Ta y.a\ | -ci jx^v sjxxépt' eîvat piâXXsv auTwv, -ri S' Ivyyp^ ; ce vers est inintelligible. Un savant et modeste helléniste, M. Longuoville, en a rétabli le sens, au moyen de la correction IpLxup' au lieu de àpixopia; correction que notre manuscrit confirme.

Les deux vers suivants peuvent aussi être restitués au moyen de deux bonnes leçons. Il s'agit encore des Celtes : /pTïVTai lï KcXto: tôÏ; lôejtv èXXiQvtxoTç, | I>[ovt£ç oly-etiTr^Ta xpo^ rr;v 'YXkà^x.

Au premier vers il y a incorrection dans la place de Tarticle ; un Grec connaissant sa langue aurait dit toTç èXXiQvtxoT^ eO^t^ ou IOst; Tot^ àXXr^vi7.oTç, OU èXX. t. 16., ou enfin toT; 10. toTç èXX., mais difficilement tcT; lOejtv èXX. Il faudrait donc, par une légère transposition, lire le vers ainsi : i. 8. K. è'ôefft toTç àXX* si notre manuscrit ne donnait èXXr^vtxw;, qui mérite toute préférence :

Xpwrrai... toi; I0s7iv IXXYîviyii; (pour rAXr^vt{r:{) est une tournure élégante, dont le copiste du manuscrit d'Hœschel n'a pas senti le mérite ; il a cru faire merveille en écrivant èXXifîV'.y.oïç, sans se douter que l'article, en ce cas, est une grave incorrection.

Au second vers, oh.tKirr^xx brise la mesure ; mais ce n'est qu'une faute d'impression de l'édition d'Hudson, répétée par M. Gail. Toutes les éditions antérieures, comme notre manuscrit, portent ctxetcTaTa, qui donne une excellente locution (Boisson., Anecd, gr,^ II, p. 179).

V. 193. Ka* Twv svTo; etçTcv *ASp(av | "Irrpo) xa6T;xovTwv. Scymnus a dû écrire ^Tffrpov Te xoO.

V. 196-199. Ces vers, très mal coupés dans le manuscrit d'Hœschel, ont été rétablis au moyen de bonnes corrections, que cet éditeur avait proposées en marge. Le v. 199 (xpoïs/sTç* avo) To^Twv lï xsTvTat twv tstcwv), qui est irréprochable quant au sens et à la mesure, s'éloigne cependant trop de la leçon de notre manuscrit, qui porte kivw Sa -toutwv 3£. On doit lire sans nul doute ic. è::avt«) tsjtwv 3à x. t. X.

V. 203-204. Ce passage important concerne les deux villes A'Emporium et de Rhode (Ampurias et Roses), villes grecques, rSKz\<; 'EXXr^vfôeç, colonisées, dit Scymnus, par les Phocéens de Marseille, a; Maj^aXtÛTa». ^wxaeT^ à^xwav. Cette expression remarquable, les Phocéens Massaliotes (1) ou de Marseille, indique que ces colonies furent conduites par les Phocéens sortis de Marseille, peu de temps après la fondation de cette ville. Les éditions donnent les deux vers ainsi : xpwTr; ^y o-3v 'E;j.z:ptov • 'PsÎTQ $à SsuTépa. | TauTtjv [/.àv c3v o\ i:p.v xpaToDvTe^, lxTt7av| *P6Stô'.. Ils ont été tous les deux altérés par suite de l'addition inutile de la particule o5v, qui n'est point dans notre manuscrit. Dans le premier vers le manuscrit ne donne pas non plus cl après 'P5$r^; mais il est nécessaire. Il faut donc lire : rpciTij jjiiv 'E[j.7:ép'.ov 'PéÎYj lï BsuTipa.

(1) Si le poète avait écrit ^coxaet; t' à7rb)xi<rav, comme pluâ bas, v. 245, oo traduirait les Massaliotes et les Phocéens; ce qui modiflcrait faiblemeot le sens historique du passage. La mention simultanée des deux peuples auDoncera toujours imc époque voisine de la fondation de Marseille par les Phocéens.

DE MARCÏEN D'HÉRACLÉE. 47i

Quant au second, le mal est plus grand, mais non moins facile à réparer. Le manuscrit porte Taj-cYiv jjiàv rplv vxjwv %px:o^Y:tç ÏYJzx^Ti, M. M. remarque que vrjwv pour vr^wv est un régime indispensable de y-paTouv-Tcç, et que ceci doit se rapporter à la puissance maritime des Rhodiens. Celte remarque est excellente ; vawv xpaTsTv est pour ÔaXxrnf;^ xpa-rsTy, OU, comme dit Hérodote, vrjxpaTsTç eTvai ttJ^ OaXimr;; (V, 36) ou vajy-pdrrspaç sTvat (/rf., VI, 9; Thuc, VI, 18). On lira donc, avec le seul changement nécessaire de [jl£v en Se : Taj-rr^v $à xp\v vawv xpaTSJvrsç fy-TiJov, M Les Rhodiens, jadis puissants sur mer, fondèrent cotte ville ». L'idée de r.^.^^ jadis, se rapporte à l'époque de la fondation de Rhode voisine de celle de Marseille ; ce qui n'empêche pas que les Rhodiens ne fussent encore puissants sur mer lorsque Scymnus écrivait. Il ne pouvait ignorer le rôle important que la marine de ce peuple jouait encore de son temps. Je préfère vawv à vy)(ov, parce que cette forme dorique, adoptée par les poètes attiques, est plus voisine de celle du manuscrit.

Le savant historien des Colonies grecques avait conclu de divers rapprochements que Rhode devait avoir été fondée par les Rhodiens, à l'époque où ils étaient maîtres de la mer (III, p. 427). Le passage de Scymnus, dont on ne pouvait faire usage dans l'état où il se trouvait alors, confirme pleinement sa conjecture.

V. 214. Encore une leçon changée, parce que le copiste ne l'a pas comprise. Ce vers commence par IffTt [xsTa ^xj-ttî^] le manuscrit donne vr/ âv [Ls-zi. Il faut lire sItcv jxs-i t. Le copiste a eu peur du pléonasme etisuite^ api'ès. Mais Scymnus a dit j^-st' ai-cTiv sT-ca {fr. 43); et sT^a [i.s-:à Sapixaira; (/r., v. 139); le Pseudo- Dicéarque eT;a [jisTi toutcv (v. 43, 96). Cela ne doit pas plus choquer que xp{v xo-s du même Scymnus (v. 516), que xaXiv a56tç, pléonasme si commun, aîOi; olZ TcaXtv, et tant d'autres que les grammairiens ont recueillis (cf. Weiske, Pleon. gr,, p. 142). C'est faute d'y avoir fait attention que Cluverius a voulu changer [Asti ^aj-ra en [/.sti iztKe au v, 270.

Page 1