‹ Œuvres chooises de A.-J. LetronneChapitre 5 sur 43 · RÉSUMÉ ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSION

Laissant donc maintenant cette partie de la question, je reviens au but principal de ce mémoire, qui est d'établir que les figures qui, sur les quatre représentations zodiacales de Dendéra et d'Esnë, accompagnent les signes, ne sont pas des astérîsmcs; et je résume, en peu de mots, l'objet et la marche de ce mémoire.

Notre savant confrère, en venant exposer de nouveau le

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système qull a développé en 1823, a regretté que je n'eusse point exposé les motifs qui, dès lors, ne m'avaient pas permis de l'adopter. Je n^ai pas cru pouvoir me dispenser de répondre à cet appel, et de développer les raisons qu'on m'ia^tait à produire.

Pour fixer au juste le point de notre dissentiment, j'ai dû présenter sommairement l'ensemble de mes idées sur ce sujet et montrer que ce dissentiment consiste à savoir, non pas si le zodiaque circulaire de Dendéra a été ou non soumis à une projection, question qui ne touche en rien aux résultats que j'avais obtenus, mais si l'on peut conclure de cette projection une époque remontant à sept ou huit cents ans avant notre ère. A cet égard, j'ai fait voir, avant tout examen, que, comme tous ces monuments ont été sculptés à l'époque impériale, il faudrait reconnaître qu'ils représentent un type ou thème astronomique, calculé a posteriori, ou bien reproduit longtemps après l'époque à laquelle il appartient : deux conséquences peu vraisemblables en elles-mêmes, d'ailleurs historiquement inadmissibles.

Ensuite, passant en revue les diverses explications proposées pour ces monuments, j'ai fait voir qu'à l'exception de trois faits qui ressortent de leur examen, tous les autres, sur lesquels on avait raisonné, sont purement hypothétiques, et que les conséquences qui en ont été déduites se détruisent les unes les autres ; qu'avant toute explication il serait nécessaire d'être fixé sur cette question principale : les figures autres que celles du zodiaque sont-elles des astérismes ? ce que, jusqu'ici, personne n'avait mis en doute, parce que personne n'avait pris la peine d'analyser les preuves d'une opinion qui, au premier abord, devait paridtre la plus vraisemblable. J'ai montré, par une analyse toute nouvelle de ces monuments, que les quatre représentations de Dendéra et d'Esné ne peuvent avoir aucun caractère proprement astronomique ; que les figures qui s'y trouvent liées avec les signes du zodiaque n'expriment pas des astérismes, mais sont des figures qui concourent à l'expression des scènes religieuses représentées dans ces ta-

bleaux. Or ceci n'est poînt une simple opinion individuelle; c'est un fait qui ressort d'observations indépendantes les unes des autres, dont chacune concourt à l'établir. Ce sont :

1° La direction dans le même sens de toutes ces figures, qui marchent vers le même point, comme dans toutes les scènes religieuses que nous offrent les monuments égyptiens, composées de processions plus ou moins nombreuses ; caractère absolument incompatible avec l'idée que ces figures seraient des constellations du ciel ;

2"" L'identité des signes du zodiaque avec ceux de la sphère gi'ecque, et la différence complète des autres figures avec celles de cette même sphère ;

S'' La rareté des étoiles sculptées dans la partie centrale du médaillon, où elles ne sont qu'au nombre de quatre, accompa* gnant des légendes hiéroglyphiques; tandis que, dans la bande extrême des figures, on en compte cent quarante-quatre; les unes isolées, accompagnant aussi des légendes; les autres formant des groupes plus ou moins nombreux, sans aucune analogie avec ce qui se voit dans le ciel ;

4" La comparaison des quatre tableaux entre eux.

Et d abord, celle des deux zodiaques de Dendéra, d'où il résulte qu'un très petit nombre des figures du circulaire se trouvent dans le rectangulaire ; et que le peu de figures qui leur sont communes occupent des places bien différentes par rapport aux signes ; ce qui exclut l'idée qu'elles soient des astérismes.

Ensuite, la comparaison des^ zodiaques de Dendéra avec ceux d'Esné, d'où il résulte que ces deux derniers ont entre eux un certain nombre de coïncidences, mais qu'ils en ont infiniment peu avec ceux de Dendéra; encore, les quatre ou cinq figures qui leur sont communes arrivent-elles en des points différents. Toutes circonstances qui, en excluant formellement l'idée de figures et de représentations astronomiques, montrent que ces tableaux n'expriment point la sphère égyptienne ; qu'ils n'avaient qu'une signification allégorique on symbolique ; qu'ils ont été choisis ou placés conformément aux exigences

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du culte local, ou d'après la scène particulière qu'on voulait peindre ; ce qui est rendu évident par les autres zodiaques représentés dans les caisses de momies et les grottes sépulcrales de Tépoque romaine : en sorte que tous les calculs dont le zodiaque circulaire a été l'objet, sont de la science mathématique employée en pure perte.

Par le fait, nous ne savons point, quant à présent, de quelles figures se composait la sphère égyptienne ; aussi M. Idelor, admettant mes vues, qu'il ne connaissait pourtant que par leur expression générale, en a déduit, comme conséquence, ce que j'en avais déduit moi-même, à savoir qu'on ignore par quelles figures les Égyptiens représentaient les constellations ; et même que leurs constellations, à nous maintenant inconnues, ont pu être difficilement autre chose que de simples noms, sans figures qui leur soient propres, comme celles des Chaldéens, des Chinois, des Japonais et des Mongols (1).

A présent qu'il n'y a plus aucune raison pour chercher une époque plus ou moins reculée au sujet quelconque que ces représentations zodiacales expriment, et qu'elles doivent se rapporter à l'époque bien connue de leur exécution, qui est celle des premiers empereurs, on peut en essayer l'examen archéologique, c'est-à-dire que, les plaçant dans l'époque historique à laquelle elles appartiennent, on peut aborder les difficultés ou résoudre les objections qui naissent de ces résultats nouveaux; rechercher, par exemple, pourquoi les tableaux de Dendéra et d'Esné n'ont d'astronomique que les signes du zodiaque ; pourquoi ils commencent par un signe différent ; quel est le véritable rôle que joue le zodiaque dans ces représentations; deviner, enfin, sinon le sens particulier de chacun des emblèmes, au moins l'intention générale à laquelle ils se rattachent. Mais, pour y réussir, il est nécessaire de rechercher les exemples des mêmes figures dans les autres monuments égyptiens, ce qu'on n'a jamais fait d'une manière un peu suivie. On n'a point encore essayé, non plus, de comparer les deux

(!) Ueber dm Ursprung des Thierkreisesj S. 8 et 9.

bandes extrêmes du zodiaque rectangulaire de Dendéra, avec les quatre bandes parallèles qui existent aussi dans le pronaos, couvertes de figures nombreuses qui, marchant dans la même direction que celles des deux bandes zodiacales, s'y rattachent évidemment par leur sujet, et ne peuvent en être séparées (v. pi. II) ; car le défaut commun à toutes les explications qu'on a données des zodiaques d'Egypte, a été de les considérer isolément, et de vouloir atteindre directement la signification particulière de chaque symbole ou emblème, sans se demander d'abord si ces emblèmes ne se trouvaient que là, s'ils ne se rencontraient pas ailleurs, employés dans des représentations étrangères à l'astronomie ; sans chercher, en un mot, des points de comparaison qui, pouvant être connus avec certitude, éclairciraient probablement quelques-uns des symboles les plus obscurs.

Or, cette nouvelle recherche, qui est spécialement du domaine do V archéologie^ sera l'objet d'un second travail, que j'appellerai Analyse archéologique des bas-reliefs égyptiens dits astronomiques, laquelle, dirigée de la même manière que cette analyse critique, doit conduire aux seuls résultats positifs qu'il soit possible maintenant d'atteindre. C'est au moyen de cette nouvelle analyse qu'on pourra établir, d'une manière régulière et certaine, s'il est waî, comme cela résulte de plusieurs indications signalées dans ce premier mémoire, que leur expression est principalenient, ou même uniquement funéraire.

Quand ce second pas aura été fait, quand on aura reconnu quelle est au moins leur expression générale, il restera à rechercher ce que signifie, en particulier, chacun des emblèmes ou des symboles qui s'y trouvent; mais c'est ce qui ne pourra probablement se faire, avec quelque espoir de succès, que lorsqu'on sera plus avancé dans la lecture des caractères hiéroglyphiques ; ce sera finir, comme on voit, par où, jusqu'ici, tout le monde a commencé.

L'avantage d'une pareille méthode est évident, car on assure chaque pas, sans avoir besoin de celui qui doit le

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suivre ; en sorte que, si le second ou le troisième ne menait pas à un résultat certain, celui qui précède Tun ou Tautre n^en resterait pas moins bien établi. Je crois cette méthode applicable & un grand nombre d'autres questions archéologiques, qu'on a voulu aborder directement par Texplication hypothétique de S3^boles, dont le vrai sens ne peut être connu qu'au moyen d'une comparaison délicate avec d'autres analogues.

Cette manière réservée, ou, si l'on veut, timide, de traiter une question d'archéologie, n'est peut-être pas du goût de tout le monde. Il y a là un luxe de précautions qui peuvent sembler superflues. Je comprends même qu'elles paraissent gênantes, parce qu'elles.sont autant d'entraves au libre exercice de l'imagination et de la fantaisie, dont il coûte toujours un peu, même aux meilleurs esprits, de repousser les conseils séduisants, mais trompeurs. Elles sont pourtant nécessaires quand on cherche dans l'étude de l'antiquité, non une occasion de montrer de l'esprit, de la sagacité ou du savoir; mais un moyen de découvrir une vérité qui peut réellement accroître le domaine de la science.

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