Originalité du poète chrétien. — Pietro di Dante
Et qiwd dicit Sordellus, qnod post recessum solis impossibile est ibi ascendere sed descendere erràndo, figiirahw quod sine sole divinx gratix a quo illuminamur , ad recta, dum lucet in nostra mente, debemus et possumus ascendere; sed secus dum non lucet , quia tune nos movendo, errando et in nocte iremus.
25. — Imitation des champs Élysées de Virgile. Cette aimable peinture sollicite l'imagination de Dante, il y revient à plusieurs reprises dans l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Il aime à peindre le repos, la sérénité. — Objection de YOttimo comment o, pourquoi rendre le vestibule (]u purgatoire si enchanteur? Pour rendre le ciel encore plus désirable
L'histoire anime la scène. Tous les vieux peintres animent aitisi
leur- lahleaui par des portraits contemporains. Orcagna dans les fresques du Campo Santo juge les rois.
«V2. -- Rodolphe de Habsburg. C'est, lui qui, par un acte auquel adhérèrent les électeurs, abandonna pour toujours l'Exarchat et la Pentapole. Il avait des mœurs simples et parcimonieuses, et portait un pourpoint gris auquel il mettait des pièces aux coudes. Il reçut le roi de Bohême mal vêtu, assis sur une mauvaise chaise dans un grand chemin. Plainte des poëtes allemands à ce sujet.
55 et 54. — Philippe III, roi de Fiance, et Henri de Navarre. G. A. H.
56. — Pierre III, roi d'Aragon. Cette corde dont parle ici Dante est ou une allusion au cordon des Frères Mineurs, ou une imitation de la parole de Salomon : Accinxit in fortitudine lumbos snos.— Col ni dal maschio naso désigne Charles Ier de Pouille, roi de Naples et comte de Provence. G. A. H.
41. — Constance, femme de Pierre Iil. — Sur l'histoire de Raymond Bérenger, comte de Provence, et du mariage de ses quatre filles, V.Villani, liv. VI, c. 92.
42. — Le roi d'Angleterre Henri III, fils de Jeau-sans-Terre, et non de Richard Cœur-de-lion, comme l'ont répété quelques comm ntaires d'après Villani.
45. — Guillaume, marquis de Montl'errat. Ses fils firent la guerre aux habitants d'Alexnndiie. G. A. H.
CAiNTO-VIll
Era già 1' ora che volge il disio Ai naviganti e intenerisce il core, Lo di' c han detto a' dolci amici addio :
E che lo novo peregrin d' amore Punge, seodesquiila di lontano, Che paia il giorno pianger che si muore ;
Quand' io incominciai a render vano L' udire, ed a mirare una dell' aime Surta, che Y ascoltar chiedea con mano.
Ella giunse e levô ambo le palme, Ficcando gli occhi verso Y oriente, Como dicesse a Dio : D' altro non calme.
Te lacis ante si divota mente Le usci di bocca, e con si dolci note, Che fece me a me uscir di mente.
E Y altre poi dolcemente e divote Seguilarlei per tutto 1' inno intero, Àvendo gli occhi aile superne ruote.
Déjà c'était l'heure qui tourne vers la terre les regrets des navigateurs, et qui attendrit leurs cœurs à la pensée du moment où ils dirent adieu à leurs doux amis;
L'heure qui blesse d'amour le nouveau pèlerin, s'il entend de loin la cloche qui semble pleurer le jour près de mourir ;
Quand je commençai à ne plus rien entendre, et à regarder une âme debout, et qui d'un signe de la main demandait qu'on l'écoutàt.
Elle joignit les mains et les leva, fixant les yeux vers l'Orient, comme si elle disait à Dieu : « Le reste ne m'est plus rien. »
L'hymne Te hicis ante s'échappa, de sa bouche avec tant de dévotion, et avec des modulations si douces, qu'elle me fit oublier à moi-même.
Puis les autres dévotement et doucement l'accompagnèrent jusqu'au bout de l'hymne, ayant les yeux fixés sur les sphères éternelles.
1 io DEL PURGAT01U0.
7 Àguzzaqui, lettor, ben gli occhi al vero,
Chè il vélo è ora ben tanto sottile, Cerlo, che '1 trapassar denlro è leggiero.
8 I' vidi quello esercilo gentile
Tacito poscia riguardar in sue, Quasi aspettando pallido ed umile :
9 E vidi uscir dell' alto, e scender giue
Due angeli con duo spade affocate, Tronche e private délie punte sue.
io Verdi, corne foglielte pur mo nate,
Erano in veste, che da verdi penne Percosse traén dietro e veniilate.
n L' un poco sovr1 a noi a star si venne, E 1' altro scese nell' opposta sponda, Si che la gente in mezzo si contenne.
12 Ben discerneva in lor la testa bionda ; Ma nelle facce Tocchio si smarria, Corne virtù ch' a troppo si confonda.
15 Ambo vegnon del grembo di Maria.,
Disse Sordello, a guardia délia valle, Per lo serpente che verra via via.
14 Ond' io che non sapeva per quai calle,
Mi volsi inlorno, e stretlo m' accostai Tutto gelalo aile fidate spalle.
15 E Sordello anche : Ora avvalliamo ornai
Tra le grandi ombre, cparleremo ad esse : Grazioso fia lorvedervi assai.
io Solo tre passi credo ch' io scendesse, E fui di sotto, e vidi un che mirava Pur me, corne conoscer mi vôlesse.
CH\NT VIII i il
Ici, lecteur, aiguise ton regard, el fais-le pénétrer jusqu'à la vérité, car le voile a une trame si subtile, qu'il est certes facile de passer au travers.
Je vis ensuite celte généreuse armée regarder en silence vers le ciel ; elle demeurait comme dans l'attente, humble et pale.
Et je vis sortir d'en haut, et descendre sur la terre, deux anges avec deux épées flamboyantes, émoussées et privées de leurs pointes.
Vertes comme des feuilles qui viennent seulement de naître, étaient leurs robes qui, agitées par les plumes vertes de leurs ailes, flottaient derrière eux au gré du vent.
L'un vint se poser un peu au-dessus de nous, et l'autre descendit sur le bord opposé, de sorte que le peuple des âmes se trouva au milieu.
Je distinguais bien leur blonde tête; mais mon œil ne supportait pas l'éclat de leur face, comme toute faculté se trouble en présence d'un objet trop grand.
« Tous deux viennent du giron de Marie, dit alors Sordello, commis à la garde de la vallée, à cause du serpent qui viendra tout à l'heure.»
Et moi qui ne savais pas par quel chemin il viendrait, je regardai autour de moi, et, tout glacé, je me serrai contre les épaules de mon fidèle guide.
Et Sordello reprenant : «Maintenant, dit-il, descendons près des ombres illustres, et nous parlerons avec elles. Il leur sera très-doux de vous voir. »
Je crois que je descendis trois pas seulement, et je me trouvai au milieu des âmes, et j'en vis une qui ne regardait que moi, comme si elleavait voulu méconnaître.
142 DEL PUHGATORIO.
17 Tempo era già che V aer s' annerava,
Ma non si, che tra gli occhi suoi e' miei Non dichiarasse ciô che pria serra va.
18 Yer me si fece, ed io lui mi fei :
Giudice Nin gentil, quanlo mi piacque, Quando ti vidi non esser tra' rei !
19 Nullo bel salutar tra noi si tacque :
Poi dimando : Quant' è che tu venisti Appiè del monte per le lontane acque?
20 Oh ! dissi lui, per entro i luoghi tristi
Venni stamane, e sono in prima vita, Ancor che 1' al tra si andando acquisti.
21 E corne fu la mia risposta udita,
Sordello ed egli indietro si raccolse, Corne gente di subilo smarrita.
22 L' uno aVirgilio, e 1' altro ad un si volse
Che sedea li, gridando : Su, Currado, Yieni à veder che Dio per grazia volse.
23 Poi volto a me: Per quel singular grado,
Che tu dèi a colui, che si nasconde
Lo suo primo perché, che non gli è guado,
24 Quando sarai di là dalle larghe onde,
Di a Giovanna mia, che per me chiami Là dove agi' innocenti si risponde.
25 Non credo che la sua madré più m' ami,
Poscia che trasmutô le bianche bende, Le quai convien che misera ancor brami.
26 Per lei assai di lieve si comprende,
C'était déjà le moment où l'air s'obscurcissait, mais non point si fort qu'il n'éclairât entre les yeux du mort et les miens ce que d'abord il nous cachait.
Le mort vint à moi eL j'allai à lui. Nina, le noble juge, qu'il me fut doux de voir que tu n'étais point parmi les condamnés!
Nous n'oubliâmes rien de ce qui fait un courtois accueil: puis il demanda : «Depuis quand es-tu arrivé au pied de la montagne à travers les ondes lointaines?»
ce Oh î lui dis-je, c'est parle triste séjour que je suis \enu ce matin. Je vis de la première vie, bien que je gagne la seconde à ce voyage. »
Et aussitôt que fut entendue ma réponse, Sordello et lui se retirèrent en arrière, comme une troupe soudainement étonnée.
L'un se tourna vers Virgile et l'autre vers une âme assise au même endroit, et il criait: « Lève-toi, Conrad, et viens voir ce que Dieu par sa grâce a voulu l'aire. »
Puis se retournant vers moi : « Au nom de la reconnaissance que tu dois à celui qui cache si profondément sa première raison d'agir qu'il n'est point de gué pour y arriver.
« Quand tu seras au delà des larges ondes, dis à Jeanne, ma fille, d'intercéder pour moi là où l'on répond aux innocents.
« Je ne crois pas que sa mère m'aime plus, puis* qu'elle a quitté les bandeaux blancs que la malheureuse doit regretter un jour.
« Par son exemple, on voit trop facilement combien
IU DEL PURGATOKIO.
Quanto in femmina fuoco d' amor dura, Se T occliio o il tatlo spesso nol raccende
27 Non le farà si bella scpoltura
La vipora che il Melaneseaccampa, Corn' avria fatto il gallo di Gallura.
28 Cosi dicea, segnalo délia stampa
Nel suo aspetto di quel dritto zelo, Che misuratamente in core avvampa.
29 Gli occhi miei ghiolti andavan pureal cielo,
Pur là dove le slelle son più tarde, Si come ruota piûpresso allostelo.
30^ E il Duca mio : Figliuol, che lassù guarde? Ed io a lui : À quelle Ire facelle, Di che il polo di quatutto quanto arde.
31 Ed egli a me : Le qualtro chiare stelle
Che vedevi staman, son di là basse, E queste son salite ov' eran quelle.
32 Corn' ei parlava, e Sordello a se '1 trasse
Dicendo : Vedi là '1 nostro avversaro ; E drizzo 'ldito, perché in là guatasse.
33 Da quella parte, onde non ha riparo
La picciola vallea, era una biscia, Forse quai diede ad Eva il cibo amaro.
34 Tra 1' erba e i fior vcnia la mala slriscia,
Volgendo ad or ad or la testa, e il dosso Leccando come bestia che si liscia.
35 Io nol vidi, e pero dicer nol posso,
Come mosser gli astor celestiali,
Ma vidi bene e 1' uno e Y altro mosso.
36 Senlendo fender 1' aère aile verdi ali,
CHANT VIII. l'K>
dure dans une femme le feu d'amour si les yeux et les embrass< ments souvent ne le rallument.
« la vipère, aui marque l'écusson du Milanais, n'ornera pas si bien sa sépulture que n'aurait fait le coq de G a 11 ura. »
Ainsi disait-il, marqué au visage de l'empreinte de cetle juste jalousie qui brûle avec mesure dans le cœur.
Mes yeux avides ne se tournaient plus que vers le ciel et vers l'endroit seulement où les étoiles sont plus lentes, comme une roue plus près de son essieu.
El mon guide : « Mon fils, dit-il, que regardes-tu làliaut ? » Et je lui répondis : « Je considère ces trois flambeaux qui embrasent tout le pôle. »
Et lui ; « Les quatre étoiles brillantes que tu voyais ce matin, reprit-il, sont maintenant couchées là-bas, et celles-ci sont montées à leur place. »
Comme il parlait, Sordello l'attira vers lui en disant : o Voilà notre ennemi, » et il étendit le doigt pour que Virgile regardât de ce côté.
Du côté où la petite vallée n'a pas de rempart, on voyait un serpent, tel peut-être que celui qui fît prendre i Eve le fruit amer.
Entre l'herbe et les fleurs se glissait le reptile pervers, retournant de temps à autre la tête, et se léchant le dos l'iiinrae une bête qui lisse son poil.
Je ne vis point, et pourtant je ne puis dire comment les deux célestes autours prirent leur vol ; mais je les vis bien volant tous deux.
Au bruit de l'air qui se fendait sous leurs ailes ver-
Fuggio i serpente, e gli Angeli dier volta Suso aile poste rivolando iguali.
57 L' ombra che s' era al giudice raecolta,
Quando chiamo, per tutto quell' assalto Punlonon fu da meguardare sciolta.
38 Se la lucerna che ti mena in alto
Trovi nel tuo arbitrio tanta cera,
Quant' è mestiero infino al sommo smalto,
59 Comincio ella, se novella vera
Di Valdimagra; o di parte vicina
s Sai, dilla a me, che già grande là era.
40 Ghiamato fui Currado Malaspina :
Non son 1 antico, ma di lui discesi : A' miei portai 1' amor che qui raffina.
41 0 ! dissi lui, per li vostri paesi
Giammai non fui ; ma dove si dimora Per tutta Europa, ch' ei non sien palesi?
42 La fama che la vostra casa onora,
Grida i signori, e grida la contrada, Si che ne sa chi non vi fu ancora.
43 Ed io vi giuro, s' io di sopra vada,
Che vostra gente onrata non si sfregia Del pregio délia borsa e délia spada.
44 Uso e nalura si la privilégia,
Ghe, perche il capo reo lo mondo torca, Sola va dritta, e il mal cammin dispregia.
45 Ed egli : Or va, chè il Sol non si ricorca
tes, leserpeiil s'enfuit, et les anges retournèrent à leur poste, en s'élevani d'un vol égal.
L'ombre <|iii s'était rapprochée du juge quand il l'appela; ne laissa pas un moment de me regarder tant que dura l'assaut.
« Ainsi puisse la lumière qui le mène en haut Irouver dans ton libre arbitre assez de cire pour te conduire à la volonté d'azur!»
C'esl en ces mois que l'ombre commença : «Si tu sais quelque nouvelle véritable de Valdimagra ou de quelque endroit voisin, dis-la-moi, car je fus grand dans
ce lieu.
«On m'appela Conrad Malaspina. Je ne suis pas l'ancien de ce nom, mais j'en suis descendu. Je portai à ceux de mon sang l'amour qui se purifie ici. »
c< Oh ! lui répondis-je, jamais je ne visitai vos pays; mais où peut-on demeurer dans loute l'Europe que leur nom n'y soit connu ?
« La renommée qui honore votre maison publie les louanges des seigneurs, publie celle de la contrée, tant que celui-là même la connaît qui ne l'a pas visitée encore.
o Et je vous jure, ainsi puissé-je arriver là-haut! qui; votre famille honorée ne perd ni la gloire de la richesse, ni celle de l'épée.
« La tradition et la nature l'ont douée d'une manière m privilégiée, qu'en vain le monde détourne sa tête coupable ; elle seule marchedroitet méprise le mauvais chemin. »
El lui : « Va maintenant; car le soleil ne se couchera
Sette volte nel letto che il Montone
Con tutti e quattro i piè copre ed inforca ,
46 Che cotesta cortese opinione
Ti fia chiavata in mezzo délia testa
Con maggior chiovi che d' altrui sermone
47 Se corso di giudicio non s' arresta.
pas sept fois dans le lit que le bélier couvre et enfourche de ses quatre pieds,
<< Avant que cette opinion courtoise te soit clouée dans la tète avec des plus grands clous que le discours d'autrui,
« Si le cours des jugements célestes ne s'arrête point. »
Ce chant est un de ceux où Dante a répandu le plus de ces beauté? mélancoliques si bien faites pour la peinture du Purgatoire. L'heure du soir et les pensées qu'elle réveille. La prière des âmes. Les anges. L'entretien du juge de Gallaur, ce pauvre mort oublié par sa veuve.
Terc. 18. ■ — Nino juge de Gallura, pendant que la Sardaigne était sous le joug desPisans. Beatrix d'Esté, veuve de Nino, épousa Galeazzo Yisconti, chassé de Milan par la famille délia Torre.
6, 7, 54, 35. - V Allégorie.— Dante rappelle le IXe ch. de YEnfer. 0 voi dCavete gl'inielleiti sani. Explication de Pietro di Dante. — En disant que ces esprits silencieux, humbles et pâles regardent vers le ciel, il veut dire que le devoir des hommes vertueux est de prier, selon cette parole de saint Jean Damascène : que la prière est l'ascension de l'esprit vers Dieu. L'heure du soi)', c'est celle où l'Église l'ait sonner trois fois en commémoration delà Vierge, reine des anges, afin qu'elle envoie un ange à notre secours contre le serpent, c'est-a-dire contre la tentation. — Deux anges avec deux épées. La première est ce premier effet de la prière qui lait éviter lu tentation. Saint Augustin : Oratio oranti prœsidium, adversario incendium. Voilà pourquoi l'épée est flamboyante. La seconde est le deuxième effet de la prière, «l'embraser l'Es; érance et la Charité. La vallée, symbole de la vallée des larmes : Super muras tuos, Jérusalem, constitui custodes, (isaïe.) L'ange garde l'Éden avec l'épée de feu; les épées sont émoussées parce qu'il leur est donné de mettre, en fuite, mais non de tuer le serpent. La couleur verte signifie l'espérance. Les deux anges viennent du giron de Marie, parce que tout secours vient du Christ. Les anges se tiennent aux deux extrémités, parce que les extrémités sont périlleuses et que toute vertu est placée entre deux excès. Le serpent rampe comme la tentation se glisse dans le cœur.
Hohparaiso» avec Milïok, Paradis perdu, chant IV. — n La nuit ai i' sure de son rouis ténébreux la moitié de sîi route sous li voùle sublunaire, quand les clicrubins, sortant à l'heure accoutumée do leur porte d'ivoire, se rangèrent armés en parade guerrière pour la vrille nocturne, lorsque Gabiiel, s'adressant à ceux qui rapprochaient le plus en pouvoir, leur parla ainsi :
s - ldiiielei Sapher, cherchez rapidement àtravers le jardin, ne laissez pas un lieu qui ne soit visité; niais surtout celui où les deux belles créatures habitent, où elles dorment peut-être sans crainte et - - al irme. Ce soir, du lieu où le soleil se couche est venu un messager qui assure avoir vu un esprit infernal échappé des portes de la mort, engagé dans un voyage mauvais sans doute. Si vous le trouvez, assurez-vous de lui et me l'amenez. ))
i En disant ainsi il passa en revue leurs iiles resplendissantes ; ux clartés de la lune. Les deux autres se portèrent à la recherche de celui qu'ils poursuivaient. Ils le trouvèrent rampant comme unrepà roreille même d'Eve. »
Chaut IX. — « Le serpent dirige sa course vers Eve, non pas sur le sol n rampant comme il l'a fait depuis, mais pesé sur sa croupe lèvent plusieurs cercles, amoncelant contours sur contours, plis surplis; labyrinthe mouvant, il se dresse comme une tour Sa tète haute se couronne d'une crête superbe, ses yeux étincellcnt comme l'escarboucle, et son cou, resplendissant d'un or aux verts reflets, se dresse au centre des anneaux de son corps, dont une partie s'élève en spirale pendant que l'autre en flottant rebondit sur l'herbe. Jamais serpent ne fut plus beau; ni le serpent d'Illyrie, où s'enveloppèrent Hermonie et Cadmus, ni celui qui prêta sa figure au dieu d'Epicure, ni les serpents qui recelèrent Jupiter Ammon et le Jupiter du Capitale. »
Terc. 40. — Conrad, l'ancien seigneur de Lunigiane, au commencement du treizième siècle. Conrad II son petit-fils.
En 1506, on a un acte authentique par lequel le seigneur Frani eschino Malaspina charge Dante de faire la paix entre lui, Moroello et Conradin, marquis Malaspina d'une part, et D. Antoine, évoque <\r Luni, d'autre part. Acte de cette paix, 6 octobre. — Boccace rapporte '[ne liante était chez Moroello, lorsqu'on 1507 on lui envoie dess ; i premiers chants de son poème. Il y avait un autre
Moroello Malaspina auquel Dante fait allusion, Inf. XXIV, dans la prédiction de Vanni Fucci. C'est probablement au premier que fut dédié le Purgatoire.
Je remonte dans cette chaire pour continuer l'explication de la Divine Comédie , et à la suite de Dante, je me vois entouré de votre nombreux et, fraternel concours. J'admire, messieurs, comment cet ancien, cet étranger, cet homme nourri de pensées si différentes des nôtres, vous retient cependant à la lecture de ses vers ; quand nous sommes si loin de ces années paisibles qui avaient des loisirs pour toutes les littératures, quand le moment présent a pour vous tant de grands spectacles, tant de menaces, tant d'espoir. C'est qu'en effet le poëte italien est aussi celui de toute la chrétienté, et qu'il a mis la main, non sur les antiquités de son pays seulement, mais sur tout ce moyen âge ou nous avons nos pères, auquel nous tenons malgré nous, auquel reviennent, après les dédains du dix-huitième siècle, les études du dix-neuvième. C'est que ce poëte de l'éternité est aussi celui de tous les temps, mais surtout des temps orageux. Ce génie sorti des tempèles politiques est fait pour la consolation et pour l'enseignement des hommes qui vivent dans des jours comme les siens. Pour leur consolation, puisqu'il fait voir qu'il n'y a pas dans l'histoire de saison si mauvaise où ne puisse fleurir cette plante si vivace de la poésie; pour leur enseignement, puisqu'il n'y a guère de question qui n'ait
sollicité ce grand esprit, de passion qui n'ait trouble son repos, et qu'il est capable de vous instruire à la fois par ses jugements et par ses erreurs.
Les grandes questions qui tourmentent l'humanité changent moins qu'on ne pense. Non que je croie au cercle éternel deVico; il faut croire au progrès, mais en même temps à la permanence de tous les besoins, de tous les instincts, de toutes les tentations de la nature humaine. Pénétrez au treizième siècle : tous les problèmes sont posés. On agite dans les écoles quelle est la meilleure forme de gouvernement, et les esprits se partagent entre la démocratie et la royauté tempérée par des formes démocratiques, — - le droit d'insurrection, — la propriété. — Dante est poursuivi de ces problèmes. Il nous donne cette leçon première d'en chercher la solution, non dans les faits, mais dans les doctrines, dans la métaphysique. Sa politique est spiritualîste. Il remue toute l'histoire, l'humanité entière passe devant lui, il s'éclaire des lumières de toute l'antiquité, il ne rompt point avec le passé, il marche sous la conduite de Virgile. Sa politique est traditionnelle. Enfin, sa politique est celle de la liberté, le pouvoir servileur de tous; de l'égalité, protestation contre l'hérédité des charges; de la fraternité, cet admirable sixième cbantdu Purgatoire et l'inveclive contre ces haines, qui devaient faire alors, qui font encore, etqui^feronl toujours la désunion de l'Italie et le péril des Étals libres, il ne veut point de cette liberté qui serait l'oppression d'autrui, de cette égalité qui serait l'abaissement d'autrui, de cette fraternité qui serait la spoliation d'autrui. Il mit Fra
Dolcino (il enfer. Sa politique est celle de la démocratie chrétienne.
L'année dernière j'ouvrais ce cours de littérature italienne sous de meilleurs auspices. Je revenais d'Italie. J'avais vu sous le balcon du Quirinal Rome entière, la réconciliation de l'Eglise et de la société moderne : j'avais assisté à ces premières joies de la renaissance ; ces peuples allant à la liberté par des chemins semés de fleurs; les hommes sages, commençant celte éducation politique et militaire qui au bout de plusieurs années devait mettre l'Italie en possession d'elle-même.
Aujourd'hui, la cause de i indépendance est écrasée en Lombardie par les gros bataillons ; la cause de la liberté désbonorée à Rome par l'ingratitude et par l'assassinat; le peuple se détache d'une faction qui veut lui infliger la responsabilité de ses crimes. L'exil de Gaètc, l'ostracisme, et tout ce qui rappelle les vieilles injustices de ces patries ingrates où les grands citoyens n'ont pas eu leur tombeau, depuis Scipion jusqu'à Grégoire Vil et Dante,
Queiri gcnuit parvi Florentin mafer amoris.
Une seule consolation nous reste, messieurs. Venise si courageuse devant l'ennemi, si calme dans l'usage de ses libertés, la seule qui ait protesté contre la grande iniquité romaine, et qui ait offert au nouvel Alexandre III un asile dans ses lagunes, Venise a donné la sépulture à Dante dans Ravenne; elle lui a élevé un monument dans l'édition de Zatta, elle lui a donné un commentateur, Tommaseo, qui est venu tendre la main pour elle. Inau-
COMMENTAIRE DU CHANT Vil . 155
unions par une bonne action ce cours et cette année. Une souscription est ouverte en Italie et dans tonte l'Eu rope pour la ville de Venise. Cette héroïque cité a recueilli (ont ce qui reste des espérances de la liberté italienne; elle n<' lui a marchandé ni l'or ni le sang de ses enfants. Longtemps l'injustice d'une presse rivale a laisse ignorer tes sacrifices des Vénitiens : aujourd'hui le monde les connaît. Mais il faut qu'il connaisse en même temps l'épuisement de leurs ressources, qui ne peuvent plus suffire aux besoins d'une guerre si longue et si inégale; l'armistice même, en prolongeant le blocus des lagunes et en achevant la ruine du commerce, réduit ce peuple à la détresse. La ville de Saint-Marc tend maintenant la main* aux nations. Beaucoup lui donneront, à cause des vieilles gloires, et beaucoup à cause de l'intérêt moderne qu'elle représente. Nous nous souviendrons aussi de sa grandeur chrétienne, des morts héroïques qu'elle a laissés sur toutes les plages de l'Archipel pour sauver l'Europe de l'A I corail. Les besoins de la France sont immenses, mais elle n'est pas plus pauvre que la veuve de l'Évangile : elle ne refusera pas son obole à qui la lui demande au nom de Dieu et de la fraternité '.
1 Cet appel, prononce' à In reprise du cours du mois île janvier 5849 et reproduit par l'Ere nouvelle, fut à j eu ; ros le seul qui s'éleva alors en faveur de Yenisi M. Bfunin, piéVhiént de la république de Venise, remercia
publiqueoK ni M. Ozanam dans la Gcr'zette officielle au nom de cette cité héroïque et abandonnée.
La concubina di Titone antico
Già s' imbiancava al balzo d' oriente, Fuor délie braccia del suo dolce amico :
Di gemme la sua fronte era lucente, Poste in figura del freddo animale, Che con la coda percuote la gente :
E la notte de' passi, con che sale, Fatti avea duo nel loco ov' eravamo, E il terzo già chinava in giuso 1' aie ;
Quand' io che meco avea di quel d' Adamo, Vinto dal sonno, in su 1' herba inchinai Là 've già tutti e cinque sedevamo.
NelT ora che comincia i tristi lai La rondinella presso alla mattina, Forse a memoria de' suoi primi guai,
E che la mente nostra pellegrina
Più dalla carne, e men da' pensier presa Aile sue vision quasi è divina ;
La concubine de l'antique Titon, sortant des bras de son doux ami, se montrait déjà blanche au bord de l'Orient.
Son front portait, comme autant de pierreries, les étoiles du froid animal qui frappe avec sa queue.
Et la nuit, au lieu où nous étions^ n'avait achevé que deux des pas dont elle marche, et le troisième faisait déjà pencher ses ailes.
Quand moi, qui n'étais pas dépouillé de ce qui nous vient d'Adam, vaincu par le sommeil, je m'étendis sur l'herbe, où déjà tous les cinq nous étions assis ;
A l'heure voisine du matin, où l'hirondelle commence ses tristes chansons, peut-être en souvenir de ses premières douleurs;
Quand notre esprit plus exilé de la chair et moins assiégé de pensées porte un regard prophétique dans ses visions;
158 DKL PURGATORIO.
7 In sogno mi parea veder sospesa
Un' aquila nel ciel con penne d' oro, Con 1' aie aperte, ed a calare intesa :
8 Ed esser mi parea là dove foro
Abbandonati i suoi da Ganimede, Ouando fu ralto al sommo concistoro.
9 Fra me pensava : forse questa fîede
Pur qui per uso, e forse d' allro loco Disdegna di portarne suso in piede.
10 Poi mi parea che, più rotata un poco, Terribil corne folgor discendesse, E me rapisse suso infmoal foco.
il Ivi pareva ch' ella ed io ardesse,
E si l 'incendio immaginato cosse, Che convenne che il sonno si rompesse.
12 Non altrimente Achille si riscosse,
Gli occhi svegliaii rivolgendo in giro, E non sapendo là dove si fosse,
13 Quando Ja madré da Chirone a Schiro
Trafugô lui dormendo in le sue braccia, Là onde poi gli Grecril diparliro ; u Che mi scoss' io, si corne dalla faceia
Mi fuggi '1 sonno, e diventai smorto, Corne fa 1' uom che spaventato agghiaccia
15 Da lato m' era solo il mio Conforto,
E il Sole er' alto già più di due ore, E il viso m' era alla marina torto.
16 Non a ver tema, disse il mio Signore :
CHANT l\. 159
li me sembla voir en songe, suspendu dans le ciel, an aigle au plumage d'or, les ailes ouvertes et menaçanl de fondre sur moi.
El je croyais être au lieu où Ganymède abandonna les siens quand il l'ut emporté au conseil des dieux.
Je pensais en moi-même : «Peut-être cet aigle a-t-il coutume de ne chasser qu'en ce lieu, et peut-être dédaigne-t-)l de chercher ailleurs la proie qu'il enlève dans ses serres. »
Puis il me sembla qu'ayanl encore un peu tournoyé, l'oiseau descendait terrible comme la foudre, et m'enlevait jusqu'à la sphère du feu.
Là je croyais brûler avec lui, et lembrassement rêvé devint si douloureux, qu'il fallut que mon sommeil se rompit'.
Ainsi tressaillit Achille, promenant autour de lui ses yeux qui venaient de s'ouvrir, et ne sachant où il était,
Quand sa mère l'enlevait à Chiron, et, endormi dans ses bras, alla le cacher à Scyros, d'où plus tard l'arrachèrent les Grées.
Ainsi je tressaillis moi-même quand le sommeil quitta mon visage, et je devins pâle comme l'homme que l'épouvante a glacé.
Mon consolateur était seul à mes côtés, et le soleil était déjà monté déplus de deux heures, et j'avais la face tournée vers la plage.
« Ne crains pas, dit mon maître, rassure-toi, puisque
ICO DEL PURGATOMO.
Fatti sieur, che noi siamo a buon punto : Non stringer ma rallarga ogni vigore.
n Tu se' ornai al Purgatorio giunto :
Vedi là '1 balzo cheil chiude d' intorno; Vedi Y entrata là 've par disgiunto.
18 Dianzi, nell' alba che précède al giorno,
Quando Y anima tua dentro dormia Sopra li fiori, onde laggiù è adorno,
19 Venne una donna, e disse : V son Lucia ;
Lasciatemi pigliar costui che dorme, Si 1' agevolerô per la sua via.
20 Sordel rimasse, e 1' altre gentil forme :
Ella li toise, e corne il di' fu chiaro, Sen venne suso, ed io per le sue orme.
21 Qui ti posé : e pria mi dimostraro
Gli occhi suoi belli quelP entrata aperta ; Poi ella e il sonno ad una se n' andaro. n A guisa d' uom che in dubbio si raccerta, E che muti in conforto sua paura, Poi che la verità gli è discoverta,
23 Mi cambia' io : e corne senza cura
Videmi il Duca mio, su per lo balzo Si mosse, ed io diretro in ver Y altura.
24 Lettor, tu vedi ben com' io innalzo
La mia materia, e perô con più arte Non ti maravigliar s' io la rincalzo.
'25 Noi ci appressammo, ed eravamo in parte, Che là, dove pareami in prima un rotto, Pur com' un fesso che muro diparte,
26 Vidi una porta, e Ire gradi di sotto,
nous sommes à bon port; il est temps non de resserrer, mais de dilater ton cœur et toutes ses forces.
(( Te voilà désormais arrivé au purgatoire. Vois l'enceinte qui renferme; vois l'entrée au lieu où le mur semble s'entrouvrir.
« Ton! à l'heure et durant l'aube qui précède le jour, quand (on âme sommeillait en toi là-bas sur les fleurs dont ce lieu est émaillé,
« Une femme est venue; elle a dit : « Je suis Lucie, laissez-moi prendre celui-ci qui dort. Ainsi je lui faciliterai la roule. »
u Sordello est resté et avec lui les autres âmes généreuses. Mais elle t'a pris, et, quand le jour fut clair, elle s'en est venue, montant jusqu'ici, et j'ai suivi ses traces.
« C'est ici qu'elle t'a posé, et d'abord ses beaux yeux m'ont montré cette porte ouverte. Puis Lucie et le soleil s'en sont allés ensemble. »
Comme un homme dans le doute qui se rassure, et qui change sa crainte en confiance lorsque la vérité lui est d (''couverte,
Ainsi je changeai, et, dès que mon guide me vit sans inquiétude, il se mit en route sur le bord escarpé, et je le suivis vers la montagne.
Lecteur, tu vois bien comme je relève mon sujet, et oe félonne point si je le rehausse de plus d'art.
Nous approchâmes, et déjà nous étions dans un lieu d'où je pus voira l'endroit de l'ouverture, qui ne m'avail d'abord paru qu'une fente dans la muraille,
Une porte, et au-dessous pour y monter trois marches
Per gire ad essa, di color diversi,
Ed un portier che ancor non facea motto,
27 E corne Y occhio più e più v' apersi,
Vidil seder sopra '1 grado soprano, Tal nella faccia, ch' io non lo soffersi :
28 Ed una spada nuda aveva in mano
Ghe rifletteva i raggi si ver noi,
Ch' io dirizzava spesso il viso invano.
20 Ditel costinci : che voleté voi?
Cominciô egli a dire : ov' è la scorta? Guardate che '1 venir su non vi nôi.
50 Donna del Ciel, di queste cose accorta,
Rispose il mio Maestro a liri, pur dianzi Ne disse : Andate là, quivi è la porta.
31 Ed ella i passi vostri in bene avanzi,
Ricomincio il cortese portinaio :
Yenite dunquea' nostri gradi innanzi.
32 Là nevenimmo; e lo scaglion primaio
Bianco marmo era si pulito e terso,
Ch' io mi specchiava in esso quale i' paio.
33 Era il second o, tinto più che perso,
D' una pétri na ru vida ed arsiccia, Grepata per lo lungo e per traverso.
34 Lo terzo che di sopra s' ammassiccia,
Porfido mi parea si fiammeggiante, Corne sangue che fuor di vena spiccia.
35 Sopra questo teneva ambo le piante
L' Angel diDio, sedendo in su la soglia, Che mi sembiava pietra di diamante.
36 Per li tre gradi su di buona voglia
de couleurs différentes, el un portier qui encore ne disait mot.
Ft à mesure que mes yeux s'ouvrirent davantage, je le vis assis sur la plus haute marche, et le visage si éclatant, que je ne pus en soutenir l'aspect.
Il avait à la main une épée nue qui réfléchissait vers nous ses rayons, de telle sorte que vainement j'essayai plusieurs fois de diriger ma vue de ce côté.
a N'avancez pas et parlez; que prétendez-vous? commença-t-il ; où est votre guide? Prenez garde que vous ne vous repentiez d'être venus si haut? »
a Une dame du ciel, instruite de ces choses, répondit mon maître, vient de nous dire lout-à-1'heure : « Allez, « la porte est là. »
« Et puisse-t-elle conduire vos pas à bonne fin, reprit le portier courtois; venez donc au pied de nos trois marches. »
Nous avançâmes : le premier degré était de marbre blanc, si poli et si bien lavé, que je me voyais dedans tel qu'on me voit.
Le second était d'une couleur plus sombre que le pers, et d'une pierre raboteuse, calcinée, crevassée en long et en travers.
Le troisième qui se superpose me parut d'un porphyre aussi éclatant que ce sang qui jaillit de la veine.
Sur cette marche reposaient les deux pieds de l'ange assis sur le seuil, qui me semblait de diamant.
Mon guide m'entraîna par les trois marches, où je le
Mi trasse il Duca mio, dicendo : Chiédi Umilemente che '1 sèrrame scioglia.
37 Divoto mi gittai a' santi piedi :
Misericordia chiesi, e ch' ei m' aprisse; Ma pria nel petlo tre fiate mi diedi.
58 Sette P nella fronte mi descrisse
Col punton délia spada, e : Fa ehe lavi, Quando se' dentro, queste piaghe, disse.
39 Cenere o terra che secca si cavi,
D' un color fora col suo vestimento, E di sotto da quel trasse duo chiavi.
w V una era d'oro, et V altra era d'argento : Pria con la bianca, e poscia con la gialla Fece alla porta si ch' io fui contento.
41 Quandunque Y una d' este chiavi falla,
Che non si volga dritta per la toppa, Diss' egli a noi, non s' âpre questa calla.
42 Più cara è 1' una ; ma 1' altra vuol troppa
D' arte e d7 ingegno avanti che disserri, Perch' ell' è quella che il nodo disgroppa. 45 Da Pier le tengo ; e dissemi, ch' io erri Ànzi ad aprir, ch' a tenerla serrata, Pur che la gentea' piedi mi s' atterri.
U Poi pinse ï uscio alla porta sacrata,
Dicendo : Intrate; ma facciovi accorti Che di fuor torna chi indietro si guata.
m E quando fur ne' cardini distorli
Gli spigoli di quella regge sacra, Che di métallo son sonanti e forti,
suivis de bon gré : «Demande humblement, dit-il, que l'ange t'ouvre la serrure. »
Je me jetai dévotement à ses pieds sacrés, demandant qu'il m'ouvrît par miséricorde; mais auparavant je me frappai trois fois la poitrine.
De la pointe de son épée il écrivit sept fois sur mon fronl la lettre P, et ((quand tu seras entré, dit-il, fais en sorte d'effacer ces taches. »
La cendre ou la terre sèche qu'on vient de creuser seraient de la même couleur que le vêtement de Fange, et il en tira deux clefs.
L'une était d'or et l'autre d'argent; d'abord avec la blanche, ensuite avec la jaune, il lit si bien qu'il me contenta.
« Quand une de ces clefs fait défaut et ne tourne pas exactement dans la serrure, nous dit-il, cette entrée ne s'ouvre pas.
« L'une est plus précieuse,* mais l'autre veut beaucoup d'art et d'intelligence avant d'ouvrir, car c'est •■Ile qui démêle le nœud.
«Je les tiens de Pierre, et il m'a recommandé de me tromper plutôt en ouvrant trop aisément la porte, qu'en la tenant fermée, pourvu que le pécbeur se jette à mes pieds. »
. Puis il poussa la porte du côté de l'enceinte sacrée, et il dit: «Entrez; mais je vous avertis que celui-là retourne dehors qui regarde en arrière. »
Et (juand roulèrent sur leurs gonds les battants de cette porte sacrée, qui sont d'un métal solide et retentissant,
46 Non ruggio si, ne si mostrô si acra
Tarpeia, corne tolto le fu il buono Metello, per cbe poi rimase macra.
47 Io mi rivolsi attenta al primo tuono,
E, Te Deum laudamus, mi parea Udir in voce mista al dolce suono.
48 Taie imagine appunto mi rendea
Ciô ch' i' udiva, quai prender si suole Quando a cantar con organi si stea :
49 Ch' or si or no s' intendon le parole.
CtfANT IX. 107
La roche Tnrpéïenne ne rugit pas si fort ni d'un bruit >i criant, lorsqu'on lui enleva le fidèle Métellus pour le dépouiller de son trésor.
Je me retournai attentif au premier bruit, et je crus entendre le chant du Te Deuni laudamus mêlé à de doux accords.
Ce qui frappait mon oreille me rappelait ce qu'on éprouve quand le chant se marie à l'orgue, et que tantôt on entend les paroles, tantôt on ne les entend plus.
La. porte du purgatoire. — Nous trouvons ici une de ces belles allégories aimées du moyen âge. Ces siècles si simples sont en même temps passionnés pour l'allégorie. Ils la cherchent dans l'interprétation de l'Écriture, ils la veulent dans les monuments1. Us ne comprennent pas de poésie sans une pensée allégorique. C'est ainsi qu'ils expliquent Virgile et Ovide : c'est l'âme de tout le poëme du Sàint-Graal qui symbolise toutes les lois de la chevalerie.
Terc. 24. — Lettor tu vedi ben. Toute la distribution du purgatoire représente l'économie de l'expiation chrétienne. La porte, c'est le sacrement de Pénitence. Le péché se commet de trois manières, pensée, parole, action : à quoi correspondent les trois degrés de la pénitence, contrition, confession, satisfaction. Le marbre poli, la confession ; la pierre fendue et tourmentée, la contrition; le porphyre, la satisfaction. L'ange est le juge spirituel « in forma di sacerdote. » Assis sur le diamant, symbole de réconciliation et de charité. Le vêtement couleur de cendre, humilité et mortification. La clef d'argent, la science. La clef d'or c^t l'autorité. Le retour en arrière, c'est la rechute dans le péché, et le bruit de la porte montre la grande difficulté d'une conversion sérieuse.
La poésie de Dante est tout allégorique, mais elle est aussi toute personnelle. La pénitence dont il donne le spectacle, c'est bien celle de l'humanité coupable, mais c'est aussi la sienne. Quand il se montre à l'entrée de l'enfer, son fils Jacopo le commente ainsi : '.( Vuol dire Vautore che in quel tempo ch' egli comincio questo trâttato era peccatore e vizioso, e era quasi in ima selva divizi e d' ignorenza, sicche délia via di virtude e di veritade errava. » " 11 insiste, et quand, au deuxième chant, Dante parle de la louve, (( avarizia per la quale egli lascio lo studio délia scienza che
1 Tout le Spéculum do Vincent de Beauvais est dans les sculptures delà ca» thi'drale de Chartres.
comminciato aveu nel tempo délia ijiovineiia . » Quand il sera au sommet du purgatoire, il avouera ses torts envers Béatrix. Si c'est Bon péché qu'il décrit, il décrit aussi sa pénitence.
On est au quatrième jour du pèlerinage. Dante, entré en enter Je i avril, lundi saint, se trouve an pied de l'ange le jeudi saint 7 avril au matin, au moment de l'absolution générale des pécheurs. Virgile, c'est-à-dire la raison, entraine Dante sur les marches du tribunal. Jl trappe sa poitrine.
L'ange tient les clefs de saint Pierre, exercice de la prérogative papale, et la porte sainte est un souvenir du Jubilé.
Nous avons étudié un passage trop peu connu de la Divine Comédie, et dans la scène qui retient le poëte à la porte du purgatoire, nous avons retrouvé le souvenir d'une grande époque de sa vie, son pèlerinage au jubilé de Rome en 1300, la grande révolution qui se fit dan< son aine, et des larmes de cette glorieuse pénitence nous avons vu soi tir un poc'me immortel.
i Poi fummo dentro al soglio délia porta Ghc il malo arnor dell' anime disusa, Perché fa parer dritta la via torta,
2 Sonando la senti1 esser richiusa :
Es' io avessi gli occbi volti ad essa, Quai fora stata al f;illo degna scusa?
3 Noi salivam per una pietra fessa,
Che si moveva d' una e d' altra parte, Si corne Y onda che fugge e s' appressa.
4 Qui si conviene usare un poco d' arte,
Gominciô 'l Duca mio, in accostarsi Or quinci or quindi al lato che si parte.
5 E ciô fece li nostri passi scarsi
Tanto, che pria lo scemo délia luna Rigiunse al letto suo per ricorcarsi,
6 Che noi fossimo fuor di quella cruna.
Ma quando fummo liberi ed aperti Su dove 'l monte indietro si rauna,
Quand nous eûmes franchi le seuil de la porte qui s'ouvre si rarement, parce qne le mauvais penchant des Ames leur fait paraître droit le chemin tortueux,
Au bruit qu'elle fît je connus qu'elle s'était fermée et si'j'avais détourné les yeux vers elle, quelle excuse eût été digne de ma faute ?
Nous montions à travers la fente d'un rocher dont les parois alternativement avançaient et reculaient, comme l'onde qui fuit et revient.
« Ici, commença mon guide, il faut user d'un peu d'art, pour côtoyer tantôt par ici, tantôt parla, le flanc du rocher qui se creuse. »
Kl ce soin rendit mes pas si lents, que le disque décroissant de la lune rejoignit son lit pour se coucher
Avant que nous fussions sortis de cet étroit passage. Mais, quand nous nous trouvâmes libres et à découverte l'endroit où la montagne se retire en arrière,
7 Io slancato, ed ambedue incerti
Di nostravin, ristemmo su in un piano Solingo più che strade per diserti.
s Dalla sua sponda, ove confina il vano, Appiè dell' alla ripa, che pur sale, Misurrebbe in tre vol te un corpo umano :
*> E quanto Y occhio mio potea trar d' aie Or dal sinistro ed or dal destro fianco, Questa cornice mi parea cotale., 10 Lassù non eran mossi i piè nostri anco, Quand' io conobbi quella ripa inlorno, Che dritto di salita aveva manco, il Esser di marrno candido e adorno
D'intagli si, che non pur Policleto,.
Ma la natura gli avère bbe scorno.
12 L'angel che venne in terra col decreto
Délia molt' anni lagrimata pace,
G h' aperse il Ciel dal suo lungo divieto,
13 Dinanzi a noi pareva si verace
Quivi intagliato in un atto soave, Che non sembiava imagine che tace.
li Giurato si saria ch'ei dicess' Ave;
Perché quivi era immaginala Quella, Ch' ad aprir 1' alto arnor volse la chiave.
15 Ed avea in atto impressa esta favella, Ecce ancillalkii si propriamente, Corne figqra in cera si suggella.
10 Non tener pure ad un luogo la mente, Disse il dolce Maestro, che m' avea Da quella parte, onde il core a ha génie :
CIIfNT X. 173
Moi fatigué, el tous deux incertains de noire roule, nous nous arrêtâmes sur une terrasse aplanie et plus solitaire qu'un chemin dans le désert.
Du bord où commence l'abîme jusqu'à l'escarpement qui continue la montagne, la distance mesurerait par trois, fois la longuer du corps bumain.
Et aussi loin que pouvaient planer mes regards, tantôt du côté gauche et tantôt du côté droit, cette corniche me paraissait de la même largeur.
Nos pieds n'avaient pas encore fait un pas sur ce chemin, quand je reconnus que le mur vertical qui faisait le tour, et qu'on ne pouvait gravir,
Était de marbre blanc et tout orné de sculptures telles, qu'elles eussent fait honte je ne dis pas à Polyclète, mais à la nature.
L'ange qui vint sur la terre avec le décret de la paix, appelée avec larmes depuis tant d'années, pour ouvrir le ciel si longtemps fermé,
Paraissait devant nous si vivant, sculpté avec une expression si suave, qu'on ne pouvait le prendre pour une image qui se tait.
On eût juré qu'il disait Ave: car là aussi était représentée celle qui tint la clef, quand s'ouvrit la porte du divin amour.
Et toute l'expression de sa personne rendait cette parole: « Voici la servante du Seigneur,»* aussi fidèlement que la cire rend la figure qu'on y empreint.
« N'arrête pas ton esprit sur un seul point, »dit alors mon doux maître, qui m'avait près de lui, du côté ou les hommes ont le cœur.
174 DEL PIÎRGÀTORIO.
17 Per ch' io mi volsi col viso, e vedea
Diretro da Maria, per quella costa, Onde m' era colui che mi movea,
18 Un' altra istoria nella roccia imposta :
Per ch' io varcai Yirgilio, e fe' mi presso, Àcciocchè fosse agli occbi miei disposta.
19 Era intagliato li nel marmo stesso
Lo carro e i buoi traendo Y arca santa, Per che si terne ufficio non commesso.
20 Dinanzi parea gente ; e tutta quanta,
Partita in sette cori, a duo miei sensi Facea dicer l'un. No, Y altro Si canta,
21 Similemente al fumo degl' incensi,
Che v' era immaginato, e gli occhi e il naso Ed al si ed al no discordi fensi.
22 Li precedeva al benedetlo vaso,
Trescando alzato, Fumile Salmista, E più e men che re era in quel caso. 25 Di contra effigiata, ad una vista
D' un gran palazzo, Micol ammirava, Si corne donna dispettosa e trista.
24 Io mossi i piè del loco dov' io stava,
Per avvisar da presso un' altra storia Che diretro a Micol mi biancheggiava. §
25 Quivi era sloriata Y alta gioria
x Del roman prince, lo cui gran valore Mosse Gregorio alla sua gran vittoria : 2G Io dico di Traiano imperadore :
Ed una vedovella gli era al freno, Di lagrimeatteggiata e di dolore.
Je portai donc plus loin mes regards, et je vis derrière la ligure de Marie, et du coté de celui qui me conduisait,
Une autre histoire sculptée sur le rocher. C'est pourquoi je passai à la droite de Virgile et je m'approchai pour que l'image fut à portée de mes yeux.
Là étaient taillés dans le marbre vif le char et les bœufs traînant l'arche sainte qui apprit aux hommes à craindre l'office qui ne leur est pas commis.
Devant on voyait une foule nombreuse et divisée en sept chœurs, elle faisait dire à deux de mes sens alternativement: Ces gens chantent, ils ne chantent pas.
Semhlahlement la fumée de l'encens y était figurée, si bien que la vue et l'odorat ne pouvaient s'accorder ni au oui ni au non.
Là, devant l'arche bénie, marchait en dansant et suspendu en l'air l'humble psalmiste; et dans cette action, il se montrait plus et moins qu'un roi.
Vis-à-vis, et représentée à la fenêtre d'un grand palais, Michol étonnée regardait de l'air d'une femme dédaigneuse et irritée.
Je m'arrachai du lieu où j'étais pour considérer de près une autre histoire sculptée derrière la figure de Michol, et dans le marbre blanchissant.
Là était représenté le haut fait du guerrier romain dont la grande vertu excita le pape Grégoire à sa grande victoire.
• Je parle de l'empereur Trajan : une pauvre veuve saisissait le frein de son cheval, tout en larmes et dans le désordre de la douleur.
170 DEL PUKGATOIUO.
21 Dintorno a lui parea calcato e pieno Di cavalieri, e Y aquile dell' oro Sovresso in vista al vento si movieno.
28 La miserella infra tutti costoro
Parea dicer : Signor, fammi vendetta
Del mio fîgliuol ch' è morto, ond' io m' accoro,
29 Ed egli a lei rispo dere: Ora aspetta
Tanto ch' io torni. Ed ella : Signor mio, Come persona in cui dolor s' affretta, 50 Se tu non torni? Ed ei ; Chi fia dov' io, La ti farà. Ed ella : L' altrui bcne A te che fia, se '1. tuo metti in obblio?
->r Ond' egli : Or ti conforta, chè conviene
Ch' io solva il mio dovere, anzi ch' io muova : Giuslizia vuole, e pielà mi ritiene.
32 Golui, che mai non vide cosa nuova, Produsse esto visibile parlare Novello a noi, perché qui non si truova.
53 Mentr' io mi dileltava di guardare
Le immagimini di tante umilitadi, E per lo Fabro loro a veder care ;
54 Ecco di qua, ma fanno i passi radi,
Mormorava il Poeta, moite genti :
Qucsti ne invieranno asdi alt.i gradi.
55 Gli occhi rniei ch' a mirar erano intenti,
Per veder novitadi, onde son vaghi,
Voïgendosi ver lui non furon lcnti.
36 Non vo'pero, lettor, che tu ti smaghi
autour de lui paraissait une foule pressée de cavaliers, el au-dessus d'eux on croyait voiries aigles d'or
icr au gré du vent.
La pauvrette, ail milieu de tant de monde, semblail dire: ce Seigneur donne-moi vengeance pour mon fils qu'on a tué, au désespoir de mon cœur.»
El Trajan semblait répondre: « Attends que je revienne;)) mais elle, comme une personne dont la douleur est impatiente : «Mon seigneur, dit elle :
« Et si tu ne reviens pas? » Etlui : «Celui qui tiendra ma place te fera justice. » Et elle : « Que te servira qu'un autre ait fait le bien, si tu mets en oubli celui que tu dois faire?»
Sur quoi Trajan repartit: « Console-toi donc, car il faut que je fosse mon devoir avant de sortir d'ici; là justice le veut et la pitié me retient.»
Dieu, pour qui rien n'est nouveau, produisit ce langage visible, nouveau pour nous, puisqu'on ne le connaît point sur la terre.
Tandis que je prenais plaisir à regarder ces grands exemples d'humilité, précieux à voir à cause de l'Ouvrier qui les traça:
« Voici de ce coté beaucoup d'ames, murmura le poète, mais elles viennent à pas lents ; elles nous mettront sur le chemin des degrés supérieurs. »
Mes yeux, attentifs à considérer les nouveautés-don! ils sont avides, ne furent pas lents à se tourner vers lui
.!< ne veux pourtant point, lecteur, que tu renonces à
Di buon proponimento, per udire Corne Dio vuol che il debito si paghï.
37 Non atlender la forma del martire :
Pensa la succession ; pensa che, a peggio, Oltre la gran sentenzia non puô ire.
38 F cominciai : Maestro, quel ch' io,veggio
Muovere a noi, non mi sembran persone, E non so che : si nel veder vaneggio.
39 Ed egli a me: La grave condizione
Di lor tormento a terra gli rannicchia
Si, che i miei occhi pria n' ebber tenzione.
40 Ma guarda fiso là,, e disviticchia
Col viso quel che vien sotto a quei sassi : Già scorger puoi corne ciascun si picchia.
M 0 superbi Cristian miseri lassi,
Che, délia vista délia mente infermi, Fidanza avete ne' ritrosi passi ;
n Non v' accorgete voi, che noi siam vermi Nati a formar V angelica farfalla, Che vola alla giustizia senza schermi?
43 Di che 1' animo vostro in alto galla? Voi siete quasi entomata in difetto, Si corne verme, in cui formazion falla.
41 Corne, per sostentar solaio o tetto,
Per mensola talvolta una figura Si vede giunger le ginocchia al petto, 45 La quai fa del non ver vera rancura Nascere a chi la vede ; cosi falti Vid' io color, quando posi ben cura.
CHANT X. i7*J
ton bon propos pour avoir entendu comment Dieu veut que la dette se paye.
Ne t'arrête point à la vue des suppliées, songe à ce qui doit venir après, songe qu'au pire il ne peut aller au delà du grand Jugement.
Je commençai : « Maître, ce que je vois venir vers nous n'a point la forme de personnes humaines, et je ne sais ce que je vois, tant mon regard s'y perd.»
Et lui : « La pesante condition de leur tourment les replie vers la terre, si bien que mes yeux d'abord en on! disputé.»
« Mais fixe ta vue de ce côté et démêle du regard la figure qui vient courbée sous ces pierres. Déjà tu peux juger de quelle peine ils sont frappés. »
0 chrétiens orgueilleux, misérables et faibles, qui, malades des yeux de l'esprit, mettez votre confiance dans les pas que vous faites en arrière,
Ne vous apercevez-vous pas que nous sommes des vers nés pour former le papillon angélique qui vole sans obstacle vers la justice de Dieu ?
D'où vient que votre cœur se dresse en haut? Vous êtes comme des insectes défectueux, comme le ver en qui l'organisation manque.
Comme pour soutenir un lambri ou un toit souvent on voit, en guise de console, une figure repliant les genoux contre la poitrine,
Qui d'un supplice imaginaire fait naître une vraie Iristesse dans l'ame du spectateur, ainsi me parurenl -unes quand je les considérai avec soin.
40 Ver è che più e meno eran contratti,
Secondo ch' avean più e meno addosso ; E quai più pazienza avea negli atti,
47 Piangendo parea dicer : Più non posso.
11 est vrai qu'on les voyait plus ou moins contractées, -clou qu'elles portaient un fardeau plus ou moins lourd, et celles qui montraient le plus de patience,
Semblaient dire enpleurant: «Je n'en- puis plus. »
0 Padre nostro, che ne' cieli stai, Non circonscritto, ma per più amore Ch' a' primi effecti di lassù tu hai,
Laudato sia il tuo nome e il tuo valore Da ogni erealura, corn' è degno Di render grazie al tuo dolce vapore.
Vegna ver noi la pace del tuo,regno, Chè noi ad essanon potem da noi, S' ella non vien, contutto nostro ingegno.
Corne del suo voler gli angeli luoi Fan sacrificio a te, eantando Osanna, Cosi facciano gli uomini de' suoi.
Dà oggi a noi la cotidiana mannav Senza la quai per questo aspro diserto A rétro va chi più di gir s' affanna.
E corne noi lo mal ch' avem sofferto Perdoniamo a ciascuno, e tu perdona Benigno, e non guardare al nostro mcrlo,
« 0 notre Père, qui es auxcieux, non que tu souffres des bornes, mais parce que tu portes plus d'amour à tes premiers ouvrages qui sont là-haut,
« Loués soient ton nom et ton pouvoir par toute créature, comme il est juste de rendre grâces à ta souveraine sagesse.
« Que la paix de ton règne nous arrive, car de nousmêmes, et avec tout l'effort de notre esprit, nous ne pouvons aller à elle, si elle ne vient à nous.
«Comme tes anges qui te chantent : «Hosanna, » le font le sacrifice de leur volonté, qu'ainsi les hommes te sacrilient la leur.
« Donne-nous aujourd'hui la manne de chaque jour, sans laquelle dans cet âpre désert celui-là va en arrière qui a plus hâte d'avancer.
a Et comme nous pardonnons à chacun le mal que nous avons souffert, ainsi pardonne-nous dans ta clémence, et ne considère point notre mérite.
7 Nostra virtù clie di leggier s' adona,
Non spermentar con l'antico avversaro, Ma libéra da lui, che si la sprona.
s Ouest' ultima preghiera, Signor caro,
Gia non si fa per noi, chè non bisogna, Ma per color che dietro a noi restaro.
g Cosi a se e a noi buona ramogna
Quell' ombre orando, andavan solto il pondo, Simile a quel che talvolla si sogna,
10 Disparmente angosciate tutte a tondo, E lasse su per la prima comice, Purgando le caligini del mondo.
il Se di là sempre ben per noi si dice,
Di qua che direp, far per lor si puote Da quei, c'hanno al voler buona radice?
12 Ben si dee loro aitar lavar le note,
Che portar quinci, si che mondi e lievi Possano uscire aile slellate rote.
13 Deh ! se giustizia e pietà vi disgrevi
Tosto, si che possiate mover 1' ala, Che secondo il disio vostro vi levi,
H Moslrate da quai mano in ver la scala
Si va più corto ; e se c' è più d' un varco, Quel ne insegnate che men erto cala ;
15 Chè questi che vien meco, per Y incarco Délia carne d' Adamo, onde si veste, Al montar su, contra sua voglia, è parco.
ir> Le lor parole, che rendero a queste, Che dette avea colui eu' io seguiva, Non fur da cuivenisser manifeste;
CHANT \r. 183
«Notre vertu se laisse facilement abattre; ne réprouve point contre l'antique adversaire, mais délivrela de lui, qui la pousse si opiniâtrement au mal.
«Celte dernière prière, Seigneur bien-aimé, n'est déjà plus pour nous qui n'en avons plus besoin, mais pour ceux qui sont restés derrière nous. »
Ainsi, faisant des vœux pour leur voyage et pour le nôtre, allaient ces âmes courbées sous des fardeaux, tels que parfois on croit en porter quand on rêve.
Inégalement tourmentées, toutes cbeminaient autour de la montagne, le long de la première cornicbe, lasses , el se purifiant de la fumée du monde.
Si dans ce lieu on a toujours des bénédictions pour nous, ici-bas que ne doivent pas dire et faire pour le repos de ces âmes ceux dont la volonté a de bonnes racines?
Certes il faut les aider à laver les taches qu'elles emporteront d'ici, de sorte que, pures et légères, elles puissent s'élever aux sphères étoilées.
a Ah ! qu'ainsi veuillent la justice et la miséricorde bientôt vous décharger, et permettre à vos ailes de vous enlever selon votre désir!
« Montrez-nous de quel côté le chemin le plus court mène vers l'escalier, et s'il y, a plus d'un passage, enseignez-nous le moins escarpé,
a Car celui qui vient avec moi, chargé de la chair d'Adam comme d'un vêlement trop lourd, est avare de ses pas, malgré son bon vouloir, quand il faut monter. »
Les paroles qu'ils répondirent à celles-ci prononcées par mon guide, je ne vis point d'où elles vinrent ;
17 Ma fu detlo : À man destra per la riva
Con noi venite, e troverele il passo Possibile a salir persona viva.
18 E s' io non fossi impedito dal sasso,
Che la cervice mia superba doma, Onde portar conviemmi ilviso basso,
19 Gotesti che ancor vive, e non si noma,
Guardere' io, per veder s' io M conosco, E per farlo pietoso a quesla soma.
20 F fui Latino, e nato d' un gran Tosco :
Guglielmo Aldobrandesclii fu mio padre : Non so se '1 nome suo giammai fu vosco.
21 L'antico sangue e Y opère leggiadre
De' miei maggior mi fer si arrogante, Che non pensando alla comune madré,
22 Ogni uomo ebbi in dispetto tanto avante,
Ch' io ne mori', corne i Senesi sanno, E sallo in Campagnatico ogni fante.
23 Io sono Omberto: e non pure a me danno
Superbia fe, chè tutti i miei consorti Ha ella tratti seco nel malanno.
24 E qui convien che questo peso porti
Per lei. tanto ch' a Dio si soddisfaccia, Poi ch' io nol fei tra' vivi, qui tra'morti.
25 Ascoltando, chinai in giù la fascia ;
Ed un di lor (non questi che parlava) Si torse sotto '1 peso che lo impaccia : 20 E videmi e conobbemi, e chiamava, Tenendo gli occhi con fatica fisi A me che tutto chin con loro andava.
Mais une voix nous dit: a Prenez à main droite et suivez le bord avec nous, et vous trouverez le passage où peut monter un vivant.
« Et si je n'étais empêché par cette pierre qui fait fléchir mon front orgueilleux, et me force à porter les yeux bas,
« Je regarderais celui de vous qui vit encore et qui ne se nomme point, pour voir si je le connais, et pour l'attendrir sur mon supplice.
« Je fus Latin et fils d'un illustre Toscan ; Guillaume Aldobrandeschi était mon père ; je ne sais si son nom est jamais arrivé jusqu'à vous.
« Le vieux sang de mes ancêtres et leurs actions glorieuses me rendirent si arrogant, qu'oubliant la mère commune,
« J'eus tout honneur en mépris, jusqu'à ce point que j'en mourus, comme les Siennois le savent, et comme dansleCampagnatico lésait toutenfantcapable déparier.
« Je suis Omberto, et ce n'est pas à moi seul que l'orgueil a nui, mais à tous ceux de ma race, qu'il a entraînés dans le même malheur.
« Et c'est pourquoi il faut qu'ici je porte ce poids jusqu'à ce que j'aie satisfait à la justice de Dieu, faute de l'avoir fait chez les vivants, du moins parmi les morts. »
En l'écoutant je baissai le front, et l'une des âmes, non celle qui me parlait, se tourna la tête sous le fardeau dont elle était chargée ;
Elle me vit, me reconnut, elle m'appela, tenantavec effort ses yeux fixés sur moi, qui, tout penché, marchais en leur compagnie.
188 DEL PURGAffORIO.
*27 0, dissi lui, non se tu' Oderisi,
L' onor d' Agubbio, e 1' onor di quell' arte Che alluminare è chiamata in Parisi?
28 F rate, diss' egli, più ridon le carte
Che pennelleggia Franco Bolognese :
L' onore è tutlo or suo, e mio in parte.
29 Ben non sare' io stato si cortese
Mentre ch' io vissi, per lo gran disio Dell' eccellenza, ove mio core intese.
50 Di tal superbia qui si paga il fio :
Ed ancor non sarei qui, se non fosse Che, possendo peccar, mi volsi a Dio.
~>i 0 vana gloria délie umane posse,
Corn' poco verde in sulla cima dura, Se non è giunta dall' etati grosse!
52 Credette Cimabue nella pintura
Tener lo campo, ed ora ha Giotto il grido, Si che la fa m a di colui oscura.
55 Cosi ha tolto Y uno ail' allro Guido
La gloria délia lingua ; e forse è nato Chi Y uno e 1' allro caccerà di nido.
54 Non è il mondan rumore altro che un fiato
Di vento, ch' or vien quinci ed or vien quindi, E mula nome, perche muta lato.
55 Che fama avrai tu più, se vecchia scindi
Da te la carne, che se fossi morto Innanzi che lascïassi il pappo eil dindi,
56 Pria che passin mill' anni? ch' è più corto
Spazio ail' eterno, che un mover di ciglia
« Oh! lui dis-jc, n'es-tu pas Oderisi, l'honneur de (.ubbio, l'honneur de cet art qu'à Paris on nomme enluminer? »
a Frère, dit-il, elles sont plus riantes que les miennes, les feuilles qui sortent du pinceau de Franco Bolcgnèse. Aujourd'hui l'honneur est tout à lui, il ne m'en reste qu'une part.
« Assurément quand je vivais, je n'aurais pas été si courtois, à cause du grand désir d'exceller qui possédait mon cœur.
ce C'est ici qu'on paye le tribut de cet orgueil, et encore n'y serais-je pas si, pouvant encore pécher, je ne m'étais tourné vers Dieu.
c<0 vaine gloire du génie humain ! Combien peu dure la verdure de son feuillage, à moins que des temps barbares ne viennent après!
« Cimabue se crut maître du champ clos de la peinture, et maintenant c'est Giotto qui a pour lui le cri public, si bien que la renommée de l'autre s'en est obscurcie.
a Ainsi le second des Guido a ravi à l'autre la gloire de la langue, et peut-être est-il né celui qui les chassera tous deux de leurs nids.
« Le bruit du monde n'est qu'un souffle qui va tantôt de ci, tantôt de là, et qui change de nom en changeant de côté.
a Quand tu ne dépouillerais qu'une chair vieillie, ta renommée en sera-t-elle plus grande que si tu fusses mort avant de quitter le doux parler des enfants?
« Sera-t-elle pi us grande avant mille ans d'ici, c'est-àdire dans un temps plus court, comparé à l'éternité, que
190 DEL rURGATOUÏO.
Al cerchio che più tardi in cielo è lorto.
37 Colui, che del cammin si poco piglia
Dinanzi a me, Toscana sono lutta, E ora appena in Siena sen pispiglia,
38 Ond' era sire, quando fu distrutta
La rabbia fiorentina, cliesuperba Fu a quel tempo, si com' ora è putta.
39 La vostra nominanza è color d'erba,
Che viene e va, equei la discolora, Per cui elT esce délia terra acerba.
40 Ed io a lui : Lo tuo ver dir m' incuora
Buona umiltà, e gran tumor m' appiani Ma chi è quei di cui tu parlavi ora?
41 Quegli è, rispose, Provenzan Salvani;
Ed è qui, perché fu presuntuoso A recar Siena tutta aile sue mani.
42 Ito è cosi, e va senza riposo,
Poi che mori : cotai moneta rende A soddisfar, chi è di là tropp' oso,
43 Ed io : Se quello spirito ch' attende,
Pria che si penta, 1' orlo délia vita, Laggiù dimora, c quassù non ascende,
44 Se buona orazion lui non aila,
Prima che passi tempo quanlo visse, Corne fu la venuta a lui kirgila?
45 Quando vivea piùglorioso, disse,
Liberamente nel campo di Siena, Ogni vergogna deposta, s' affisse :
le mouvement d'un cil comparé à la révolution du plus lent des cieux?
« Celui qui devant loi Tait si peu de chemin fit retentir de son nom toute la Toscane; c'est à peine si aujourd'hui on le murmure à Sienne,
a Où il était seigneur, quand fut vaincue la rage de Florence, aussi orgueilleuse alors qu'elle est aujourd'hui i prostituée.
« Votre renommée est de la couleur de l'herbe qui vient et passe, et le soleil qui la décolore est le même qui la fit sortir de terre dans sa fraîcheur. »
Et je lui dis : «Tes paroles véridiques m'inspirent une salutaire humilité, et tu réprimes la grande enflure de mon âme. Mais qui est celui dont tout à l'heure tu parlais? »
« C'est, répliqua-t-il, Provenzano Salvani : tu le vois ici, parce qu'il eut la présomption de réduire Sienne tout entière dans ses mains.
ail a marché de la sorte et continue de marcher sans repos depuis qu'il est mort. C'est en celte monnaie que doit payer quiconque sur la terre a trop osé. »
Et moi : « Si l'âme qui attend pour se repentir la dernière heure de la vie demeure là-bas, et ne monte point ici.
« Avant d'avoir vu s'écouler autant de temps qu'elle en a vécu, à moins qu'une prière efficace ne vienne a son aide, comment l'accès lui fut-il donné?»
«Au temps où il vivait dans toute sa gloire, répondit Oderisi, il descendit sans hésiter dans la place de Sienne, dépouillant toute honte.
19g DEL PURGATORIO.
40 E li, per Irai* l'amico suo di pena,
Che sostenca nella prigion di Carlo, Si condusse a tremar per ogni vena.
47 Più non dirô, e scuro so che parlo;
Ma poco tempo andrà che i tuoi vicini Faranno si, che tu potrai chiosarlo.
48 Quest' opéra gli toise quei confini.
«Et là, pour tirer son ami de la peine qu'il endurait dans la prison de Charles, il se conduisit de manière à trembler de tous ses membres.
« Je n'en dirai pas davantage, et je sais que mon langage est obscur. Mais avant peu tes concitoyens feront si bien que tu pourras l'interpréter.
« C'est l'œuvre qui l'exempta de cet exil. »
En franchissant la porte du purgatoire, nous entrons dans le lieu des expiations; le poëte s'engage dans une rude épreuve; il trouve peu de secours chez les anciens, il n'imite ni le Tartare, ni l'Elysée : il était réduit à la légende populaire et à son génie.
La pénitence suppose l'horreur du mal et la connaissance du bien. Voilà pourquoi il met sous les yeux de ceux qui expient les exemples des- vices dont ils furent atteints et les exemples de la vertu contraire. — Cette galerie d'images, qui peupleront le dixième et le onzième chant du Purgatoire, est un souvenir du bouclier d'Achille, du bouclier d'Énée ; mais surtout de l'art contemporain.
Nous nous sommes arrêtés devant cette galerie de bas-reliefs que Dante représente sculptés dans le marbre blanc de la montagne du purgatoire; nous avons admiré la vie qu'il a su donner aux figures de l'Ange et de la Vierge, de David devant l'arche et de Trajan. En relevant les expressions lumineuses et passionnées que le poëte emploie pour décrire la perfection de ces ouvrages, nous avons conclu qu'il avait de grands modèles sous les yeux, et que si la langue de l'art était faite au treizième siècle, il fallait que l'art même fût bien près de sa perfection.
Dante, qui vécot de trois vies, homme d'Etat, poëte, philosophe chrétien, a voulu passer tout entier dans son poème, c(, disposant du monde invisible pour y reproduire l'idéal du monde présent, il a mis la politique dansl'fn/fer, l'art dans le Purgatoire, la théologie dans le Paradis. Non qu'il ait voulu violenter la nature et faire . rentrer la réalité de gré ou de force dans le cadre qu'il traçait. Il peint les passions implacables de la guerre civile, la sérénité de la science chrétienne, et ce mélange de grandeur et de faiblesse, d'inspiration pure et de volontés impuissantes qui fait le caractère des poètes el des artistes. Voilà comment le purgatoire, déjà peuplé d'anges, se trouve peuplé de sculpteurs, de peintres, de poètes, de musiciens. C'est là que Dante a commencé l'histoire de l'art italien au moment où l'art commençait.
La sculpture au siècle de Dante. — L'Italie ne s'est jamais détachée de cet amour de la beauté plastique. — Peintures des catacombes, et des basiliques primitives. — Les mosaïques. Saint Paulin et le tombeau de saint Félix de Noie. Par la querelle des Iconoclastes tout cet enseignement est mis en cause. — Les églises italiennes sont des livres. Saint-Marc de Venise, l'Annunziata de Padoue. L'église de San Gemignano, peinte par Berna, Bartoliet Benozzo Gozzoli,etc. La sculpture chrétienne est plus ancienne qu'on ne pense. — Sculptures aux catacombes de Saint-Hippolyte et de Saint-Pierre. Bas-reliefs des sarcophages de Borne, de Bavenne, d'Arles. Bas-reliefs symboliques : le monogramme, les colombes. Bas-reliefs histoîiques : la vie du Sauveur, le passage de la mer Bouge...
Beuaissancede la sculpture à Pise. — Croisades des Pisans. — Ils avaient des comptoirs à Constantinople où l'on voyait encore la Junon de Lysippe, le Jupiter de Phidias. — Nombre infini de morceaux enlevés par eux sur les côtes d'Italie, d'Afrique, etc. Tombeaux grécoromains. Tombeau de la grande comtesse Mathilde; premières imi-
m LE PURGATOIRE.
tations des anciens. Tombeau exécuté par Biduimis à Pise. Cliasse de Méléagre au baptistère.
Nicolas de Pise, en 1*225. — Ses principaux ouvrages : Tombeau de saint Dominique à Bologne, chaire du baptistère de Pise où il imite les anciens. Chaire à Pistoia, ouvrages à Sienne, à Padoue, à Venise. — Jean de Pise, son fils : Fontaine de Pérouse, église de la Spina à Pise, chaire de Sienne, autel d'Arezzo, chaire de Pise.
Laudo Deum verum per quem sunt optima rerum, Qui dédit has puras homini formare figuras.
Portail d'Orvieto. — Ces belles églises, images du ciel, sont livrées aux mendiants et aux pauvres. Ipsorum est regnum cœlorum.
Chant XI. Terc. 27. — Alluminare. — La miniature, la passion des livres au moyen âge. Oderisi de Gubbio employé par Boniface VIII à embellir les livres de la bibliothèque du Vatican. Le même pape employa au même travail Franco Bolognese, dont nous n'avons plus rien, mais dont Vasari avait deux beaux dessins, un aigle et un lion brisant un arbre. Il ne faut pas croire que tout fût métier dans l'art des enlumineurs. Francesco forme des élèves. Vital et Laurent furent les fondateurs de la première école de Bologne, où respire le plus tendre mysticisme. Vital refusait de peindre les crucifix, disant que c'était bien assez que les juifs l'eussent crucifié une fois sans que ce supplice fût renouvelé tous les jours par les mauvais chrétiens *.
32. — Cimabue. Il ne s'agit pas de refaire ici l'histoire de la peinture. Il faut repousser cette idée fausse que Cimabue fut le premier. Avant lui florissait l'école de Pise : Giunta. Mais surtout l'école de Sienne : Duccio et Guido2.
Rien n'égale la gloire de Cimabue. Charles d'Anjou et la madone Borgo Allegri5.
1 Rio, Delà Poésie chrétienne, p. 142.
2 Me Guido de Senis diebus pinxit amaris; inscription d'un portrait.
3 Lorsque Charles d'Anjou traversa Florence, on le conduisit voir la madone que peignait alors Cimabue. L'affluence des visiteurs fut si grande que les voisins de Cimabue donnèrent à la rue qu'il habitait le nom de Borgo Allegri, qu'elle a conservé depuis. La madone achevée fut portée en triomphe à Santa M.-vria Novella. (Vasari, Vita di Cimabue.)
Épi ta plie de Cimabue :
Credidit ut Cimabus picturse castra tenere Sic tenuit vivons, mine tenet astra poli.
Orgueil de Cimabue, qui abandonnait ses ouvrages dès qu'il y apercevait un défaut.
Dante a choisi le purgatoire pour y sauver les souvenirs de cette renaissance des arts et de la poésie qui lit la gloire de l'Italie mi treizième siècle.
55. — Les deux Guido. — Le premier est Guido Guinicelli de Bologne, mort en 1276. Selon Benvenuto d'Imola, il était homme de guerre et de la noble famille des Principi, chassée de Bologne comme gibeline. Hante (Devidg. eloq.) le cite plusieurs fois; il l'appelle un noble poète, un très-grand poëte. Au XXVIe chant du Purgatoire, i\ le trouve et s'en réjouit: « Quand j'entendis nommer celui qui « fut mon père, et des autres meilleurs que moi, qui ont pratiqué « l'art doux et charmant des vers d'amour... » Et il proteste que ces doux chants dureront autant que la langue moderne. C'est le chef de cette école Bolonaise qui semble suivre l'école de Sicile et précéder celle de Toscane.
Mais les Toscans détrônent leurs prédécesseurs. Guido Cavalcanti, ami de Dante, partagea les mêmes vicissitudes politiques; exilé à Sarzane en 1500, il meurt à Florence en 1500 ou 1501. C'était un philosophe, un des meilleurs logiciens que le monde eût vu; trèsdistrait et tenant un peu aux opinions épicuriennes, d'où vient qu'on disait dans le peuple qu'il cherchait si on pourrait prouver que Dieu n'esl pas.
Canzone sur l'amour, commentée par Egidius Colonna. Il introduit cette poésie philosophique, savante, qui fait le cachet des Toscans et les distingue de la volupté des Siciliens et de la Jrivolité des Provençaux. Il introduit l'amour platonique qui donnera Béalrix ;'< Dante, Laure à Pétrarque et aux cœurs élevés cette leçon desavoir aimer sans jouir.
16. — Provenzano Salvani mendia sur la place de Sienne pour la rançon de son ami.
Di pari, corne buoi che vanno a giogo, M' andava io con quall' anima carca, Fin che '1 sofferse il dolce pedagogo.
Ma quando disse : Lascia lui, e varca, Chè qui è buon con la vêla e co' remi, Quantunque puô ciascun, pinger sua barca ;
Dritto si, com' andar vuolsi, rife' mi Con la persona, avvegna che i pensieri Mi rimanessero e chinati e scemi.
Io m1 era mosso, e seguia volentieri Del mio Maeslro i passi, ed ambedue Già mostravam com' eravam leggieri ;
Quando mi disse : Volgi gli occhi in giue : Buon ti sarà, per alleggiar la via, Veder lo letto délie piante tue.
Corne, perché di lor memoria sia, Sovr' a' sepolti le tombe terragne Portan segnato quel ch' elli eran pria ;
Onde li moite volte si ripiagne
Du même pas et comme des bœufs qui marchent sous le joug, cette ame chargée et moi nous cheminâmes ensemble, tant que le permit mon doux maître.
Mais quand il me dit : «Quitte ce mort et marche; car voici un endroit où chacun doit de son mieux, à force de voiles et de rames, pousser sa barque, »
Je redressai mon corps et je marchai comme il est naturel de le faire, bien que mes pensées demeurassent abattues et humiliées.
Je m'étais mis en route, et volontiers je suivais les pas de mon maître ; déjà tous deux nous montrions que nous ne portions pas de fardeaux,
Lorsqu'il me dit : «Baisse les yeux; il te 'sera bon pour faciliter la route de voir le sol où reposent tes pieds. »
Comme pour conserver la mémoire des morts, les tombes qu'on leur donne dans la terre portent leurs traits figurés tels qu'ils furent jadis,
De sorte que bien des fois on se reprend à pleurer,
Per la puntura délia rimembranza, Che solo a' pii dà délie calcagne :
8 Si vid' io li, ma di miglior sembianza,
Secondo Y artificio, figurato,
Quanlo per via di fuor dal monte avanza.
9 Vedea colui che fu nobil creato
Più d' altra creatura, giù dal cielo Folgoreggiando scendere, da un lato.
10 Vedeva Briareo, fitto dal telo
Celestial, giacerdall' altra parte, Grave alla terra per lo mortal gelo.
h Vedea Timbreo, vedea Pallade e Marte, Armati ancora, intorno al padre loro, Mirar le membra de' Giganti sparte.
12 Vedea Nembrotte appiè del gran lavoro,
Quasi smarrito, e riguardar le genti Che in Sennaar con lui superbi foro.
13 0 Niobe, con che occhi dolenti
Vedeva io te segnala in su la strada Tra sette e sette tuoi figliuoli spenti !
14 0 Saul, corne in su la propria spada
Quivi parevi morto in Gelboè,
Che poi non senti pioggia ne rugiada !
15 0 folle Àragne, si vedea io te,
Già mezza aragna, trista in su gli stracci Dell' opéra che mal per te si fe !
16 0 Roboam, già non par che minacci
Quivi il tuo segno ; ma pien di spavento Nel porta un carro prima ch' altri il cacci.
17 Mostrava ancor lo duro pavimento
le cœur perce de ce souvenir, qui n'a d'aiguillon que pour les hommes pieux;
Ainsi, mais avec plus de vérité, et selon toutes les règles de l'art, je vis sculptée toute la surface de la route qui se détache de la montagne.
Je voyais, d'un côté, celui qui fut créé plus noble que toute autre créature tomber du ciel comme l'éclair.
De l'autre coté, je voyais Briarée frappé du carreau céleste, étendu sur la terre, qui gémit sous le poids de son corps glacé.
Je voyais le dieu de Thymbrée, Pallas et Mars, encore tout armés autour de leur père, contempler les membres épars des géanls.
Je voyais Nembrod au pied de son grand ouvrage, éperdu et regardant les nations qui partagèrent son orgueil dans la plaine de Sennaar.
0 Niobé! avec quels tristes yeux je te voyais représentée sur le pavé de la route, au milieu de tes enfants expirés, sept d'un côté et sept de l'autre !
0 Saùl î comme tu m'apparus te précipitant sur ton épée, et mourant sur le Gelboé, qui depuis lors ne connut jamais ni la rosée ni la pluie !
0 folle Arachné ! je te voyais aussi déjà à demi changée en araignée sur les débris de la toile ourdie pour ton malheur!
0 Roboam ! ton image ici n'a plus rien de menaçant; mais, plein d'épouvante, un char t'emporte avant qu'on te poursuive !
Corne Almeone a sua madré fe caro Parer lo sventurato adornamento.
18 Mostrava corne i figli si gittaro
Sovra Sennaclierib dentro dal tempio, E corne morto lui quivi lasciaro.
19 Mostrava la ruina e il crudo scempio
Che fe Tamiri, quando disse a Ciro :
Sangue sitisti, ed io di sangue t' empio.
20 Mostrava corne in rotta si fuggiro
Gli Assiri, poi che fu morto Oloferne, Ed anche le reliquie del martiro.
21 Vedeva Troia in cenere e in caverne :
0 Iliôn, corne te basso e vile Mostrava il segno che li si discerne !
22 Quai di pennel fu maestro e di stile,
Che ritraesse 1' ombre e gli atti, ch' ivi Farien mirar ogni ingegno sottile ?
23 Morti li morti, e i vivi parean vivi :
Non vide me' di me chi vide il vero, Quant' io calcai fin che chinato givi.
24 Or superbite, e via col viso altiero,
Figliuoli d' Eva, e non chinate il volto, Si che veggiate il vostro mal sentiero.
25 Più era già per noi del monte volto,
E del cammin del Sole assai più speso, Che non stimava 1' animo non sciolto :
26 Quando colui che sempre innanzi atteso
Andava, comincio : Drizza la testa; Non è più tempo da gir si sospeso.
Le dur pavé monlrait encore commenl Alcméon lit payer cher à sa mère sa funeste parure.
II montrait comment les fils de Sennachérib se jetèrent sur lui dans le temple, et comment ils le laissèrent mort.
Il montrait la chute et le cruel supplice de Cyrus quand Tamyris lui dit : «Tu fus altéré de sang, je te rassasie de sang. »
Il montrait comment s'enfuirent les Assyriens en déroute, après la mort d'Holopherne, et on apercevait encore ce qui restait du meurtre.
Je voyais Troie en cendres et en ruines. 0 cité d'Ilion! combien avilie et déchue te montrait l'image qu'on voyait en ce lieu î
Ouel fut le maître dont le pinceau ou le crayon retraça les figures et les poses qui étonneraient ici le génie le plus subtil.
Les morts paraissaient morts, et les vivants semblaient vivants. Celui qui a vu la réalité n'a pas mieux v u que moi tout ce que mes pieds foulèrent tant que je marchai les yeux baissés.
Et maintenant enorgueillissez-vous, levez un visage altier, fils d'Eve, et gardez-vous de courber la tête de peur de voir le mauvais chemin où vous marchez.
Déjà nous avions plus cheminé autour de la montagne, et le soleil était plus avancé dans sa course que ne le pensait mon esprit préoccupé.
Quand celui qui allait devant moi, toujours attentif, commença : «Lève la tête, il n'est plus temps de marcher d'un pas si distrait.
27 Vedi cola un Angel che s' appresta
Per venir verso noi : vedi che torna Dal servigio del di' Y ancella sesla.
28 Di riverenza gli atti e il viso adorna,
Si che i diletti lo inviarci in suso : Pensa che questo di' mai non raggiorna:
29 lo era ben del suo ammonir uso,
Pur di non perder tempo, si che in quella Materia non potea parlarmi chiuso.
30 A noi venia la creatura bella
Bianco vestita, e nella faccia quale Par tremolando mattutina Stella, si Le braccia aperse, e indi aperse Y aie : Disse : Venite; qui son presso i gradi, Ed agevolemente ornai si sale.
32 A queslo invilo vengon molto radi :
0 gente umana, per volar su nata, Perché a poco vento cosi cadi ?
33 Menocci ove la roccia era tagliata :
Quivi mi batteo 1' aie per la fronte; Poi mi promise sicura Y andata.
34 Corne, a man destra, per salire al monte,
Dove siede la Chiesa che soggioga La ben guidata sopra Rubaconle,
55 Si rompe del montar 1' ardita foga, Per le scalee che si fero ad etade Ch' era sicuro il quaderno o la doga;
5G Cosi s' allenta la ripa che cade
«Vois de ce côté un ange qui s'apprête à venir vers nous. Vois que la sixième servante du jour vient d'achever son service.
« One ton attitude et ton visage expriment un saint respect, si bien que l'ange prenne plaisir à. nous envoyer là liant ; pense que le jour où nous sommes ne se lèvera plus. »
Je m'étais familiarisé avec celte façon de m'exhorter à ne point perdre de temps; de sorte qu'en pareille matière il ne pouvait me parler d'un langage obscur.
La belle créature venait à nous vêtue de blanc et le visage étincelant comme l'étoile du matin.
Elle ouvrit les bras, et ensuite elle ouvrit les ailes, disant : « Venez, ici près sont les marches, et désormais la montée devient facile. »
Bien peu viennent recevoir cette bonne nouvelle. 0 race humaine, née pour voler en haut, pourquoi faut-il si peu de vent pour te faire tomber.
L'ange nous mena où la roche était entaillée; là, d'un battement de ses ailes il m'effleura le front, puis il me promit un passage sans danger.
Gomme pour gravir la montagne où repose l'Église qui domine Florence la bien gouvernée, au-dessus du pont Rubaconte,
A main droite, la pente hardie de la montée s'adoucit par l'escalier qu'on y fit au temps où l'on respectait le registre et la mesure publique ;
Ainsi s'adoucit la pente qui tombe brusquement du
Quivi ben ratta dall' altro girone :
Ma quinci e quindi Y alta pietra rade. 57 Noi volgendo ivi le nostre persone, Beatipauperes spiritu, voci Cantaron si, che nol diria sermone.
38 Ahi quanto son diverse quelle foci
Dalle infernali ! chè quivi per canti S' entra, e laggiù per lamenli feroci.
39 Già montavam su per li scaglion santi,
Ed esser mi parea troppo più lieve, Che per lo pian non mi parea davanti :
40 Ond* io : Maestro, di, quai cosa grève
Levata s' è da me, chè nulla quasi Per me fatica andando si riceve?
41 Rispose : Quando i P, che son rimasi
Ancor nel volto tuo presso che stinti, Saranno, corne 1' un, del tutlo rasi,
42 Fien li tuoi piè dal buon voler si vinti,
Che non pur non fatica sentiranno, Ma fia diletto loro esser su pinti.
43 Allor fec' io corne col or che vanno
Con cosa in capo non da lor saputa,
Se non che i cenni altrui suspicar fan no ;
44 Perché la mano ad accertar s' aiuta,
E cerca e trova, e quelP ufficio adempie Che non si puo fornir per la veduta :
45 Econ le dita délia destra scempie
Trovai pur sei le lettere, che incise Quel dalle chiavi a me sopra le tempie : 4s A che guardando il mio Duca sorrise.
cercle supérieur, mais de part et d'autre on rase la haute muraille.
Au moment où nous tournions de ce côté, des voix chantèrent Beati paupercs spiritii, d'un tel accent, que la parole ne peut le rendre.
Ah ! que ces étroits chemins ressemblent peu à ceux de l'enfer; ici l'on entre avec des chants, et là-bas avec des rugissements de douleur.
Déjà nous montions par les marches saintes, et je me sentais bien plus léger qu'auparavant quand je cheminais par la plaine.
C'est pourquoi je dis : « Maître, réponds, de quel poids m'a-t-on soulagé pour qu'en cheminant je ne ressente presque plus de fatigue? »
Il répondit : « Quand les P qui restent presque effacés sur ton visage auront comme le premier tout à fait disparu,
a La bonne volonté sera si bien la mai tresse de tes pieds , que non-seulement ils ne ressentiront plus de fatigue, mais ce sera pour eux un plaisir de monter. »
Alors je fis comme ceux qui vont portant sur la tête une chose qu'ils ne voient point, mais que les gestes d'autrui leur font soupçonner.
D'où vient que leur main -cherche à s'en assurer, cherche, trouve, et accomplit l'office dont ne pouvaient s'acquitter les yeux.
Ainsi, en écartant les doigts de la main droite, je ne trouvai plus que six lettres des sept que l'ange des clefs avait gravées sur mon front.
Ce que voyant mon guide, il se prit à sourire.
Noi eravano al sommo délia scala,
Ove secondamente si risega
Lo monte che, salendo, altrui dismala : Ivi cosi una cornice lega
Dintorno il poggio, corne la primaia,
Se non che Y arco suo più tosto piega. Ombra non gli c\ ne segno che si paia ;
Par si la ripa, e par si la via schietta,
Col livido color délia pelraia.
Se qui per dimandar gente s' aspelta,
Ragionava il Poeta, io temo forse
Che Iroppo avrà d' indugio nostra eletta. Poi fîsamente al Sole gli occhi porse ;
Fece del destro lato al mover centro,
E la sinistra parte di se torse.
0 dolce lume, a cui fidanza i' entro
Per lo nuovo cammin, tu ne conduci,
Dicea, corne condur si vuol quinc' entro
Nous étions au sommet de l'escalier, à l'endroit où pour la seconde fois s'interrompt la montagne qu'on monte en se purifiant de tout mal.
Là aussi règne autour du pic une corniche semblable à la première, maisl'arc qu'elle décrit se courbe plus vite.
On n'y voit ni image ni dessin qui se détache, le bord et le chemin sont nus et sans autre couleur que celle du rocher livide.
« Si nous attendons ici quelqu'un pour demander notre route, disait le poëte, je crains que peut-être notre choix éprouve trop de retard. »
Puis il fixa les yeux sur le soleil, fit de son pied droit le pivot de son mouvement, et tourna le côté gauche de sa personne.
« 0 douce lumière sur la foi de laquelle j'entre dans ce nouveau chemin, conduis-nous, disait-il, comme on doit se conduire en ce lieu.
'210 DEL PURGATOIUO.
7 Tu scaldi il mondo, tu sovr' esso luci :
S* altra cagione in contrario non pronta, Esser den sempre li tuoi raggi duci.
8 Quanto di qua per un migliaio si conta,
Tanto di là eravam noi già iti,
Con poco tempo, per la voglia pronta.
9 E verso noi volar furon sentiti,
Non perô visti, spiriti, parlando Alla mensa d' amor cortesi inviti.
10 La prima voce che passô volando,
Vinum non habent, altamente disse, E dietro a noi 1' andô reiterando.
il E prima che del tutto non s' udisse
Per allungarsi, un' altra : Y sono Oreste : Passô gridando, ed anche non s' affisse.
12 0, diss' io, Padre, che voci son queste?
E com' io dimandai, ecco la terza Dicendo : A mate da cui maie aveste.
13 Lo buon Maestro : Questo cinghio sferza
La colpa délia invidia, e perô sono Tratte da amor le corde délia ferza.
u Lo fren vuol esser del contrario suono ; Credo che 1' udirai, per mio avviso, Prima clie giunghi al passo del perdono,
15 Ma fîcea gli occhi per }' aer ben fiso,
E vedrai gente innanzi a noi sedersi, E ciascun è lungo la grotta assiso.
16 Allora più che prima gli occhi apersi ;
Guarda' mi innanzi, e vidi ombre con manti Al color délia piedra non drversi.
CHAKT XIII. 4211
a Tu réchauffes le monde et tu l'éclairés; si quelque autre motif ne nous force au parti contraire, tes rayons doivent toujours être nos guides. »
L'espace qu'ici-bas on compte pour un mille, nous l'avions déjà parcouru en peu de temps, grâce à l'impatience de notre volonté.
Et nous sentîmes voler vers nous, mais nous ne les vîmes pas, des esprits dont les paroles étaient une invitation courtoise à la table d'amour.
La première voix qui passa en volant, cria : a Yinum non habent; » et l'alla répétant derrière nous.
Et avant qu'elle se fût assez éloignée pour qu'on ne l'entendit plus, une autre voix passa en criant : « Je suis Oreste. » Et comme l'autre elle ne s'arrêta pas.
0 mon père, dis-je, quelles sont ces voix? Et comme je l'interrogeais, voici qu'une troisième cria : « Aimez qui vous a fait du mal. »
Mon bon maître répondit : « Ce cercle voit châtier le péché de l'envie, et c'est pourquoi l'amour fournit les cordes du fouet.
« Le frein sera formé de paroles contraires, et m'est avis que tu les entendras avant d'arriver à la porte du pardon.
a Mais plonge attentivement tes regards dans l'air et tu verras des gens assis devant nous, et chacun d'eux est accroupi contre le rocher. »
Alors plus qu'auparavant j'ouvris les yeux, je regardai devant moi, et je vis des ombres couvertes de manteaux de la même couleur que la pierre.
212 DEL PURGATOIUO.
il E poi che fummo un poco più avanti, Udi' gridar: Maria, ora per noi :
Gridar Michèle, e Pietro, e tutti i Santi.
48 Non credo che per terra vada ancoi UomQ si duro, che non fosse punto Per compassion di quel ch' i' vidi poi :
19 Chè quando fui si presso di lor giunto,
Chegli atti loro a me venivan certi, Per gli occhi fui di grave dolor munto.
20 Di vil cilicio mi parean coperti,
E V un sofferia V altro con la spalla, E tutti dalla ripa eran sofferti.
21 Gosi li ciechi, a cui la roba falla,
Stanno a5 perdoni a chieder lor bisogna, E T uno il capo sopra 1' altro avvalla,
22 Perche in altrui pietà tosto si pogna,
Non pur per lo sonar délie parole, Ma per la vista che non meno agogna.
23 E corne agli orbi non approda il Sole,
Gosi ail' ombre, dov' io parlav' ora Luce del ciel di se largir non vuole ;
24 Ghè a tutte un fil di ferro il ciglio fora,
E cuce si, com' a sparvier selvaggio Si fa, perô che queto non dimora.
25 A me pareva andando fare oltraggio,
Vedendo altrui, non essendo veduto :
Perch' io mi volsi al mio Consiglio saggio.
26 Ben sapev' ei, che volea dir lo muto;
E perô non attese mia dimanda ;
Ma disse : Parla, e sii brève ed arguto.
Et lorsque nous fûmes un peu plus avancés, j'entendis crier : « Marie, priez pour nous. » J'entendis invoquer Michel, Pierre et tous les saints.
Je ne crois pas que la terre porte encore un homme si dur qu'il ne fût touché de pitié de ce que je vis ensuile.
Car, lorsque je fus assez près d'eux pour m'assurcr de leur attitude et de leurs mouvements, une cruelle douleur mouilla mes yeux.
Ils me semblaient couverts d'un vil cilice, chacun deux s'appuyait à l'épaule d'autrui et tous s'appuyaient au rocher.
Ainsi les aveugles à qui manque le nécessaire se tiennent aux pardons, quêtant pour leurs besoins, et l'un repose la tête sur l'épaule de l'autre,
Afin de mettre la pitié dans les cœurs, non-seulement par le son des paroles, mais par la vue qui n'est pas moins pressante.
Et comme le soleil n'arrive pas jusqu'aux aveugles, ainsi la lumière du ciel ne veut pas se communiquer aux ombres dont je parlais.
Car toutes ont la paupière percée et cousue d'un fil de fer, comme on fait à l'épervier sauvage tant qu'il ne veut point se tenir tranquille.
Tout en marchant, il me semblait contre l'honneur de voir autrui sans être vu ; c'est pourquoi je me tournai vers mon sage conseiller.
Il savait bien ce que muet je voulais dire ; et c'est pourquoi il n'attendit point ma demande ; mais il me dit : « Parle, sois bref, et qu'on t'entende à demi-mot. »
27 Virgilio mi venia da quella banda
Délia cornice, onde cader si puote, Perché da nulla sponda s' inghirlanda :
28 Dali' altra parte m' eran le dévote
Ombre, che per Y orribile costura Premevan si, che bagnavan le gotô.
29 Volsimi a loro, ed: 0 gente sicura,
Incominciai, di veder J' alto lume Che il disio vostro solo ha in sua cura,
30 Se tosto grazia risolva le schiume
Di vostra coscienza, si che chiaro Per essa scenda délia mente il lîume,
31 Dite mi (chè mi fia grazioso e caro)
S' anima è qui tra voi, che sia latina; E forse a lei sarà buon, s' io 1' apparo. 52 0 frate mio, ciascuna è cittadina
D' una vera città ; ma tu vuoi dire, Che vivesse in Italia peregrina.
33 Questo mi parve per risposta udire
Più innanzi alquanto, che là dov io stava ; Ond' io mi feci ancor più là sentire.
34 Tra F altre vidi un' ombra che aspettava
In vista ; e se volesse alcun dir corne, Lo mento, a guisa d' orbo, in su levava.
35 Spirto, diss' io, che per salir ti dôme,
Se tu se' quegli che mi rispondesti, Fammiti conto o per luogo o per nome.
36 F fui Senese, rispose, e con questi
Al tri rimondo qui la vita ria, Lagrimando a Colui, che se ne presti.
CHANT Xlll. ' 215
Virgile cheminait avec moi du côté de la corniche où l'on peut tomber, puisqu'elle n'a pas de parapet qui lui serve de ceinture.
De l'autre côté j'avais ces ombres pieuses qui souffraient si cruellement de l'horrible couture, que leurs joues étaient baignées de larmes.
Je me tournai vers elles et je commençai : « 0 peuple assuré de voir la céleste lumière qui fait la seule occupation de vos désirs;
« Ainsi puisse bientôt la grâce balayer les écumes de votre conscience, de telle sorte que par elle le fleuve de votre âme coule parfaitement pur.
« Dites-moi (et votre parole me sera gracieuse et chère) s'il est parmi vous quelque âme latine, et peutêtre lui sera-t-il bon que je l'aie connue. »
« 0 mon frère, chacune de nous est citoyenne d'une cité véritable, mais tu peux parler d'une âme qui fit son pèlerinage en Italie. »
Je crus entendre cette réponse un peu au-delà du lieu où j'étais ; d'où vient que je m'avançai encore de ce côté.
Entre les autres je vis une ombre qui semblait m'attendre, et si quelqu'un demande comment, c'est qu'elle levait le menton à la manière des aveugles.
« Esprit, lui dis-je, qui pour monter s'humilie, si c'est toi qui m'as répondu, fais-toi connaître ou par ta patrie ou par ton nom.
« Je fus Siennoise, répondit-elle, et avec les autres que voici, je purge les fautes de ma vie, en offrant mes pleurs à celui que nous prions de se donner à nous.
57 Savia non fui, avvegna cheSapia
Fossi chiamata, e fui degli altrui danni Più lieta assai, che di ventura mia.
38 E perché tu non credi ch' io t' inganni, Odi se fui, com'io ti dico, folle.
Già discendendo Y arco de' miei anni,
59 Erano i cittadin miei presso a Colle In campo giunti co'loro avversari, Ed io pregava Dio di quel ch' ei voile.
40 Rolti fur quivi, e volti negli a mari
Passi di fuga, e veggendo la caccia, Letizia presi ad ogni altra dispari :
41 Tanto ch' io levai in su l'ardita faccia,
Gridando a Dio : Ornai più non ti lemo : Corne fe il merlo per poca bonaccia.
42 Pace volli con Dio in su lo stremo
Délia mia vita ; ed ancor non sarebbe Lo mio dover per penitenza scemo,
43 Se ciô non fosse, ch'a memoria m'ebbe
Pier Pettinagno in sue santé orazioni, A cui di me per caritate increbbe.
44 Ma tu chi se', che nostre condizioni
Vai dimandando, e porti gli occhi sciolti, Si corne io credo, e spirando ragioni?
45 Gli occhi, diss' io, mi fieno ancor qui tolti ;
Ma picciol tempo, chè poca è Y offesa Fatta per esser con invidia volli.
46 Troppa è più la paura, ond' è sospesa
L' anima mia, del tormento di sotto, Che già lo incarco di laggiù mi pesa.
« Je ne fus point sage, bien que Sage on m'eût nommée, et je trouvai plus de joie au mal d' autrui qu'à mon bonheur.
« Et pour que tu ne croies pas que je te trompe, écoute si je fus insensée comme je le dis. Déjà je descendais l'arc de mes années,
« Quand, mes concitoyens étant près de Colle, sur le champ de bataille avec leurs ennemis, je demandai à Dieu ce qu'il voulut.
« Ils furent battus en cet endroit et condamnés à tourner leurs tristes pas en arrière; et en voyant la chasse qu'on en fit, je ressentis une joie à nulle autre pareille ;
« Si bien que je levai vers le ciel mon front insolent, criant à Dieu : « Je ne te crains plus ! » Comme fait le merle trompé par un peu de beau temps.
« Je voulus faire ma paix avec Dieu sur la fin de ma vie ; et encore ma dette ne serait pas diminuée par la pénitence,
« Si ce n'est que Pierre Pettinagno se souvint de moi dans ses saintes prières, touché de charité pour mon malheur.
« Mais toi, qui es-tu, qui vas t'informant de notre condition, qui portes les yeux ouverts comme je le crois, et qui parles en respirant? »
« Les yeux, répondis-je, me seront aussi fermés dans ce lieu, mais pour peu de temps; car petite est l'offense que j'ai commise par des regards d'envie.
« Bien plus grande est la peur que ressent mon âme du tourment de ci-dessous : déjà je sens le poids du fardeau qu'on porte là-bas. »
47 Ed ella a me : Chi t'ha dunque condotto
Quassù tra noi, se giù ritornar credi?
Ed io: Costui ch' è meco, e non fa motto :
48 E vivo sono ; e perô mi richiedi,
Spirito eletto, se tu vuoi ch' io muova Di là per te ancor li mortai piedi.
49 Oh questa è ad udir si cosa nuova,
Rispose, che gran segno è che Dio t'ami; Perô col prego tuo talor mi giova.
50 E chieggoti per quel che tu più brami,
Se mai calchi la terra di Toscana, ChV miei propinqui tu ben mi rinfami.
si Tu gli vedrai tra quella gente vana
Che spera in Talamone, e perderagli Più di speranza, ch' a trovar la Diana :
52 Ma più vi perderanno gli ammiragli.
Et l'àme me répondit : « Qui donc t'a fait monter jusqu'à nous, si tu comptes retourner en bas? » Et je répondis : « Celui qui m'accompagne et qui ne dit mot.
« Je suis vivant; et c'est pourquoi, parle, esprit élu, si tu veux que sur la terre je mette à ton service mes pieds mortels. »
« Oh, répondit-elle, la chose est si nouvelle à entendre, que j'y vois un signe de l'amour de Dieu pour toi ; aidemoi donc quelquefois de ta prière ;
a Et je te prie au nom de ce que tu aimes le mieux, si tu foules jamais la terre de Toscane, de me remettre en bonne renommée parmi mes proches.
« Tu les verras parmi ce peuple vain qui met son espoir dans le port de Talamone et qui doit y perdre son temps plus qu'à retrouver la Diana.
« Mais les amiraux y perdront encore davantage. »
Terc. 17. — Alcméon, fils du devin Amphiaraùs, tua sa mère qui, séduite par le don d'un collier, avait révélé la retraite de son mari. Amphiaraùs s'était caché pour ne point aller au siège de Thèbes, où son art lui avait révélé qu'il trouverait la mort. G. A. H.