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GÉNÉALOGIE DE HUGUES CAPET

Confirmée par Albëric des Trois-Vontaines et la chronique d'Ursperg:

Wittekind, advena Germanus.

Robert le Fort.

Eudes. — Robert.

Hugues le Grand.

Hugues Capet, duc de France, comte de Paris el Orléans.

Hugues Cnpet devient roi. Louis V, fils de Lothaire, le dernier des lois carlovingiens, avait accu-é Adalbéron, archevêque de Reims, d'intelligences coupables avec Othon II (978). Il l'assiège, lui

prend des otages et l'assigne à paraître devant lui à Senlis. Au jour dit (987) l'archevêque ayant comparu, le roi Louis V meurt; on l'enterre à Compiègne. Après les obsèques, Hugues préside l'assemblée des grands, propose l'affaire de l'archevêque, le fait absoudre, le proclame aussi sage que noble, et veut qu'il prenne séance dans l'assemblée. L'archevêque, admis à délibérer, propose l'ajournement. Démarches de Charles de Lorraine, il invoque le droit héréditaire. Mais l'archevêque lui reproche l'entourage d'hommes méchants qu'il s'est composé. Au temps fixé, assemblée à Senlis, discours d'Adalbéron : « — Nous n'ignorons pas que Charles a ses fauteurs qui « soutiennent qu'il doit arriver au trône du chef de ses parents. « Mais s'il faut examiner ce point, le trône ne s'acquiert point par « droit héréditaire, et l'on ne doit élever à la royauté que celui « qui se distingue non-seulement par la noblesse du sang, mais par « la sagesse de l'esprit, celui que l'honneur appuie, que la magna- « nirnité rend inébranlable... Quelle dignité pouvons-nous conférer « à Charles que l'honneur ne gouverne pas, que l'engourdissement « énerve, qui s'est dégradé au point de n'avoir point horreur de « servir un roi étranger et de se mésallier à une femme de l'ordre « des vassaux. Comment le puissant duc souffrirait-il qu'une femme «issue du sang de ses vassaux devînt reine et dominât sur lui ? Com- « ment courberait-il la tête devant celle dont les pères et même les « supérieurs fléchissent le genou devant lui et posent les mains « sous ses pieds... Si vous voulez le malheur de la république, créez « Charles souverain; si vous la voulez prospère, couronnez Hugues, « l'illustre duc... Donnez-vous donc ce chef illustre par ses actions, « par sa noblesse, par les forces dont il dispose. Vous trouverez en lui « un défenseur, non-seulement de la chose publique, mais des intérêts a privés. Par sa bienveillance vous aurez en lui un père. Qui, en « effet, recourut à lui et n'y trouva point protection? Qui, aban- « donné du secours des siens, ne leur a point été rendu par lui ? »

Cette opinion, proclamée et universellement louée, entraîna tous les suffrages. Le duc fut promu à la royauté et couronné roi le 1er juin, à Noyon, par le métropolitain et les autres évêques.

Selon la chronique de saint Martial de Limoges, Hugues refusa de porter le diadème. Mais, voulant assurer la succession au trône, il veut faire couronner son fils Robert. Résistances. Guerre contre Charles de Lorraine. Le principe d'hérédité conserve encore des dé-

fenseurs. Les deux prétendants sont en présence et évitent le combat, Charles, parce que son armée est trop faible, Hugues Capct, parce que « sa conscience lui reprochait son crime, et d'avoir agi contre a le droit en privant Charles de la dignité paternelle, et en faisant i passer sur sa tête les pouvoirs de la royauté (Richer). » Charles trahi e^t jeté en prison. Dante n'est plus d'accord avec l'histoire.

La légende. — Légende religieuse. — Hugues Capet, descendant de saint Arnoul. Apparition de saint Valéry, qui l'engage à rendre à la religion son monastère profané, et lui promet en retour que par ses prières il le fera roi de France, ainsi que ses hoirs jusqu'à la septième génération.

Légende royale. — Hugues Capet, descendant de Charlemagne. — Au procès de Bernard de Saisset, évêque de Pamiers, sous Philippe le Bel; le vingt-troisième témoin l'accuse d'avoir dit que le roi n'était point de la race de Charlemagne. En 1478, quand fut plaidé devant le pape le procès de Louis XI contre l'archiduchesse d'Autriche, les ambassadeurs de Louis XI assurèrent que leur roi se glorifiait d'être le vrai, légitime et indubitable successeur de Charlemagne. et il lui fut répondu qu'on ne pouvait le nier.

Légende populaire. — Chanson de Geste de Hugues Capet. (MS. du quinzième siècle. Arsenal.) Le fond très-ancien, dernier remaniement au treizième siècle.

Ce fu Huez Capetz, c'on appelle bouchier

Ce fu voirs mais moult pou en savoit du métier

ly pères Huon que je vous dis

Sire fu d'une ville qui ot non Bougensis ; Sages fu et soutis, et si était toudis A Paris a le court du fort roi Louis... Or ama par amour ly chevalier nouris Une gente pucelle qui ot non Béatris, Tant etoit belle et douce; car si en fu sourpris Li nobles chevalier qui son cuer y ot mis Qui le fist demander a donc par ses amis Au père la pucelle qui d'avoir fu garnis; Bouchier fu li plus riche de trestout le pais.

A seize ans Hugues a dissipé l'héritage de son père. Il vient à

Paris trouver son oncle, Simon le Boucher, et lui demande de venir à son aide :

« — Biaus niez, dist ly bourgois, nous vous responderon

« Je n'ai fil ne iille de men generasion. ..

« Ou demurez cbéens sy vous aprenderon

« A tuer un pourcbiel ou buef ou un mouton...

« Se très bien vous portez, quonque vaillant avon

« Arez après me mort. Je n'ai hoir, se vous non...

Mais Hugues refuse l'argent de son oncle :

« — Biaulx oncle, dist Huon qui le cors avait bel «.De votre marchandise ne saize point le piel « Vos buez ne quier tuer, ne mouton ne aignel... « Car j'ai appris mestier plus faitis et plus bel, « Je sais de toutes armes armer un damoisel « Et courir à le joute aussi sur un moriel. »

La tradition sur l'origine des Capétiens s'était si bien répandue en France, à la fin du treizième siècle, que vers 1294 le moine Iperius, dans la chronique de saint Berlin, se croyait obligé de combattre l'opinion des ignorants et roturiers qui faisaient venir Hugues Capet de souche plébéienne. Cette croyance devait s'accréditer au dehors. Le roman de Hugues Capet, est traduit en langue islandaise.

En Italie, grande popularité des romans français et des souvenirs épiques de Charlemagne. Défaveur attachée à la dynastie qui avait supplanté la sienne. Origine du nom de Capet suivant Benvenulo d'Imola : « Capetta sive capucii quod pueris ipse puer capucia ludo auferrc solebat. » — Un antre commentateur fait succéder sans intervalle Hugues Capet à Charlemagne. C est ainsi que les plus grands noms de Fiance ne passaient les Alpes qu'entourés d'un cortège de fables. Villani hésite : « Les uns ont écrit que Hugues était de grande lignée et ne comptait que des ducs parmi ses ancêtres. Mais le plus grand nombre assure que son père fut un grand et riche bourgeois de Paris, d'une famille de bouchers, et qui à cause de sa grande richesse épousa la dernière héritière du duché d'Orléans. » Dante trouve donc cette opinion répandue, s'en empare et la tourne à la honte des fleurs de lis. Dans la Satire Ménippée, on fait dire au cardinal de Pelvé sur la foi de Dante: « Toute la famille des Bourbons descend d'un bon-

i cher qui rendait de la chair à la boucherie de Paris. » Singulière

puissance de ce génie qui, deux siècles et demi après sa mort, faisait Irembler les rois.

21. — La grande dot de Provence. — Tous les commentateurs anciens l'entendent du mariage des deux filles de Raymond Bérenger, comte de Provence, avec saint Louis et Charles d'Anjou. — Les conquêtes que Dante reproche à la maison de France peuvent s'expliquer par le traité de 1259, où saint Louis restituait à Henri III le Périgord, le Limousin, l'Agénois, une partie du Quercy et de la Sainlonge; Henri III renonça à ses droits sur la Normandie, l'Anjou, la Tour ai ne, le Maine et le Poitou, et fit hommage pour l'Aquitaine.

25. — Charles d'Anjou en Italie. — Appelé par le pape Urbain IV contre Manfred. Mauvais gouvernement de Charles; grand homme maigre qui ne riait jamais, dormait peu, dévot comme un religieux, brave comme son épée, mais violent, inflexible, avare. Indignation universelle à la mort de Conradin et de Frédéric de Souabe. Le pape avait voulu évoquer l'affaire au tribunal ecclésiastique. 11 désapprouva la sentence capitale : toute la chrétienté est émue.

Récils fabuleux de la mort de saint Thomas d'Aquin, 1274. Selon l'un de ces récits, Charles le fit empoisonner par son médecin; selon l'autre, un chevalier l'empoisonna avec des fruits confits, croyant plaire au roi, que le saint reprenait librement de ses péchés.

2 \. — Charles de Valois. — L'Italie en 1 500. Les Guelfes divisés : les blancs et les noirs. Frédéric d'Aragon maître de la Sicile. RonifaceVHI veut soutenir la maison d'Anjou; les noirs lui demandent l'appui d'un prince étranger. Le pape désigne Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, célèbre par ses victoires sur les Flamands, et l'institue pacificateur de la Toscane; lettre du pape au cardinal d'Acqua Sparta : « Afin que tout s'accomplisse avec paix et tranquillité, nous « vous avons choisi, vous, dont nous connaissons la bonté, la circon- « spection, la mûre expérience et l'attachement aux lois, pour vous « envoyer dans ces contrées, afin que le comte de Valois, aj pnyé de a votre autorité, dirigé pur vos conseils, soutenu par votre maturité, i s: acquit te de son office avec mesure et modération. Nous supplions « donc votre fr itemité d'employer tout votre zèle et celui du prince

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« à semer la semence de la charité et de la paix, en sorte que les « orages de la guerre et de la discorde étant apaisés, cette province « agitée, sorte, en quelque manière, des ténèbres pour revoir la douce « lumière du jour. » Charles fait demander si Florence le recevra. Délibération des soixante-douze arts (ou métiers) . Les boulangers seuls s'y opposent. Charles s'engage par lettres patentes à ne prétendre à aucune juridiction, ni rien de contraire aux franchises de la cité. Le 4 novembre, il entre dans Florence avec trois cents Français et un millier d'Italiens, mais tous sans armes. Le 5, assemblée à Sainte- Marie-Nouvelle : il demande le gouvernement et jure de maintenir la ville en bon et pacifique état. Au sortir de l'église, sa garde se met sous les armes. Bientôt après, Corso Donati, chef des noirs, rentre par violence, livre Florence au pillage pendant six jours. Les noirs sont maîtres; le 10 mars 1302, Cante de Gabrielli condamne Dante et ses complices, par contumace, au bannissement perpétuel : Ut si quis prxdictorum ullo tempore in fortiam prxdicti communis pervenerit, talis perveniens igné comburalur, sic qnod moriatur.

27. — Vengeance du poète. — Captivité de Charles II, 1283. Il est fait prisonnier par Roger di Loria, et n'échappe qu'à peine au dernier supplice. Il donne sa fille à Àzzo II, marquis d'Esté, pour trente mille florins.

Toutes les colères de Dante contre la France n'attestent que mieux sa grandeur. La France succédait à l'Empire dans la mission de gardienne de la chrétienté. Louis VII, Philippe-Auguste, saint Louis. Admirable lettre d'Urbain IV. Philippe le Bel avait réuni sur sa tête la couronne de Navarre à celle de France. La maison d'Anjou à Naples et en Hongrie. On avait vu Louis VIII couronné à Londres; Baudouin à Constantinople. Les Brienne et les Lusignan à Chypre et à Jérusalem. Une maison de Bourgogne en Portugal. — L'Université de Paris est l'école de toute la chrétienté : la langue française est déjà la langue de toute la civilisation.

Nous savons maintenant pourquoi Dante poursuivit d'un ressentiment si implacable la race de Hugues Copet et ce royaume de France dont l'ombre malfaisante me-

naçait, disait-il, de couvrir tout l'univers. Nous avons vu comment la France succédait à l'Empire dans la tutelle de la chrétienté. Cette grande pensée de Charlemagne ou plutôt de Léon III, cette inspiration hardie de relever l'empire romain, de le régénérer par l'esprit catholique et d'en confier la garde à l'épée des Germains, ce dessein, poursuivi pendant 450 ans, périssait par la faute des empereurs d'Allemagne, par la querelle des investitures, par le schisme de Frédéric Barberousse, par l'apostasie de Frédéric II, devenu l'ennemi public du christianisme. — La décadence de l'Empire était complète. Rodolphe de Habsbourg réduit à raccommoder son pourpoint gris; Albert d'Autriche en guerre avec les pâtres de la Suisse ; les équipages de Charles IV arrêtés par les bouchers de Worms ; Wenceslas déposé pour avoir manqué de protéger la paix de l'Eglise, diminué l'Empire, donné des blancs- seings et fait coucher des chiens dans sa chambre.

Pendant ce temps-là , grandeur croissante de la France. Le nom de saint Louis couvrait la faiblesse de ses descendants. Dans sa maison étaient venues se réunir les couronnes de Navarre, de Sicile, de Hongrie. Des princes d'origine française régnaient en Chypre et en Portugal, et le souvenir de l'empire latin de Constantinople n'était pas effacé. La France, qui avait pris la défense du saint-siége et la conduite des croisades, semblait donc appelée à cette monarchie universelle, idéal de tous les publicistes contemporains.

Les craintes du poêle n'avaient donc rien de chimérique. Et comment n'eût-il pas poussé le cri du patrio-

tisme irrité quand il voyait commencer l'exécution de ces desseins? Comment n'eût-il pas été blessé dans toutes ses convictions politiques, lui, l'auteur du traité de Monarchia) où il s'efforçait d'établir la perpétuité de la monarchie universelle chez les empereurs d'Allemagne, en voyant Charles de Valois, sénateur de Rome, marié à l'héritière de l'empire de Constantinople, porter la main sur la Toscane, sur cette cité vierge de Florence qui avait fermé ses portes aux empereurs? Enfin comment ne pas excuser la colère de l'exilé? Mais la colère est mauvaise conseillère; elle aveugla Dante à ce point, que ce juge des vivants et des morts, cet historien de tous les siècles, ne semble pas s'être aperçu de saint Louis. Il connaît les affaires du monde; il n'oublie ni les khans des Tartares, ni les princes d'Angleterre, ni les querelles des plus petits seigneurs de Lombardie et de Romagne. Il ne peut ignorer le nom de saint Louis, qui vient d'être mis sur les autels ; mais il ne comprend pas, il ne veut pas comprendre la destinée héroïque d'un prince qui porta si haut la monarchie française; mémorable exemple de l'injuslice des passions politiques. Deux grandes âmes traversent le même siècle sans se connaître, pour nous apprendre à croire à la vertu, au génie dans d'autres rangs que les nôtres, et, sans déserter notre cause, à respecter nos ennemis.

Terc. 29. — Vèggioin Alagna. — 11 n'est ni de mon dessein, ni de mon sujet, d'entrer dans le récit de la querelle de Roniface YIII et de Philippe le Rel. Je ne puis me rendre ni aux panégyristes de Roniface comme

dom Tosti, ni aux historiens qui ont cru à toutes les fables semées par l'habileté des hommes d'État, et recueillies par la crédulité populaire. Bonifacc a les qualités du prince séculier plus que du pontife; jurisconsulte, canoniste, il est passionné pour la justice jusqu'à oublier quelquefois la charité. Juge sévère, il pécha peut-être par la dureté de la parole; les historiens de l'Église l'ont ainsi jugé :

a Sur Boniface, qui avait fait trembler les rois, les « évêques, les religieux et le peuple, fondirent tout à c< coup la crainte et le tremblement, pour apprendre « aux prélats à ne point dominer avec orgueil, mais à « se rendre le modèle de leur troupeau et à se faire « moins craindre qu'aimer. »

Mais que penser de Philippe le Bel, ce prince faux monnayeur. entouré de légistes, ne travaillant qu'à accréditer la maxime de Pierre du Bois : « Que la souveraine liberté du roi consiste à ne reconnaître aucun supérieur, mais à se faire obéir sans crainte d'aucune censure humaine, » qui fabrique une fausse bulle; et longtemps d'avance négocie clandestinement avec les Colonna!

Dante fut trop sévère pour la mémoire de Boniface, et au XIX'' chant de Y Enfer, il lui marque sa place parmi les Simoniaques, mais non parmi les hérétiques ni les impies. Dante est l'ennemi politique de Boniface; il croit lui devoir son exil, l'asservissement de sa patrie; il l'accuse de fraude, de simonie, d'usurpation; il semblera même, au XXVIIe chant du Paradis, révoquer en doute la légitimité de ce pape. Mais en présence du

crime d'Agnani, son âme catholique s'émeut; il ne voit plus que le Christ captif en la personne de son vicaire. 11 fait preuve une fois de plus de cette orthodoxie qu'on a vainement contestée. Ce grand homme crut ce que nous croyons; il ne pensa pas qu'il y eût deux révélalions, une extérieure et chargée de fables pour les peuples, les femmes, les enfants, les petits; l'autre toute rationnelle pour le petit nombre des savants et des philosophes. 11 ne pensa point se venger sur la papauté du tort que le gouvernement temporel d'un pays lui avait fait, ni s'en prendre au christianisme des fautes des chrétiens. S'il eut contre plusieurs papes de son temps des paroles amères, s'il n'épargna pas les mœurs du clergé, c'est qu'il aima l'Eglise, comme il aimait Florence, d'un amour jaloux et exigeant; il la voudrait sans tache, il la censure, il l'injurie; mais comme saint Bernard, comme saint Thomas, comme ces grands hommes qui virent le mal, mais qui ne désespérèrent pas de Dieu.

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