CI1AST \Y
trix, et c'est elle qui apaisera pleinement ce désir el tous les autres.
« Fais en sorte seulement d'effacer bientôt, comme ont déjà disparu les deux premières, les cinq plaies qui te restent et qui ne se ferment que par la douleur. »
J'allais répondre : « Tu m'as satisfait, » lorsque je me vis arrivé à l'autre cercle, en sorte que l'impatience de mes yeux me fit taire.
Là, je crus tout à coup être ravi en extase et voir en vision un temple où se tenaient plusieurs personnes;
Et une femme à l'entrée, avec la douce expression d'une mère, semblait dire : « Mon fils, pourquoi en agir de la sorte envers nous?
« Et voilà que, tout affligés, ton père et moi nous te cherchions. » Et comme elle se tut, ce qui m'apparaissait d'abord s'effaça.
Ensuite réapparut une femme toute baignée de ces eaux que la douleur distille le long des joues, quand elle naît d'une grande colère à l'égard d'autrui.
Et elle disait : « Si tu es le seigneur de la ville dont le nom fit un si grand débat entre les dieux, et d'où toute science rayonne,
« Venge-toi de ces mains téméraires qui ont embrasse notre fille, ô Pisislrate ! » Et le seigneur doux et débon naire
Semblait lui répondre avec un visage serein : « Que ferons-nous à qui nous veut du mal, si nous condamnons qui nous aime? »
Puis je vis des gens tout embrasés du feu de la co-
244 DEL PURGATORÏO.
Con piètre un giovinetto ancider, forte Gridando a se pur : Marlira, martira :
37 E lui vedea chinarsi per la morte,
Che Y aggrava va già, in ver la terra,
Ma degli occhi facea sempre al ciel porte;
38 Orando ail' alto Sire in tanta guerra,
Che perdonasse a' suoi persecutori, Con quell'aspetto che pietà disserra.
39 Quando l' anima mia lornô di fuori
Aile cose, che son fuor di lei vere, Io riconobbi i miei non falsi errori.
40 Lo Duca mio, che mi potea vedere
Far si com' uom che dal sonno si slega, Disse : Che liai, che non ti puoi tenere;
41 Ma se' venuto più che mezza lega
Yelando gli occhi, e con le gambe avvolte A guisa di cui vino o sonno piega ?
42 O dolce Padre mio, se tu m' ascolte,
F ti dirô, diss' io, ciô che mi apparve Quando le gambe mi furon si toi te.
43 Ed ei : Se tu avessi cento larve
Sovra la faccia, non mi sarien chiuse Le tue cogitazion quantunque parve.
44 Ciô che vedesli fu, perché non scuse
D'aprir lo cuore all'acque délia pace, Che dall'eterno fonte son diffuse.
45 Non dimandai, Che liai? per quel che face
Chi guarda pur con Y occhio che non vede, Quando disanimato il corpo giace;
46 Ma dimandai per darti forza al piede :
1ère, lapider un jeune homme, en s'encourageant à grand cris : « Tue, tue! »
El lui, je le voyais plier déjà vers la terre sous le poids de la mort; mais ses yeux restaient ouverts et tournés vers le ciel.
Au milieu d'un combat si terrible, il priait le souverain Seigneur de pardonner à ses persécuteurs, avec cette expression de visage qui force la pitié.
Quand mon âme revint de ce ravissement, aux objets qui ont leur réalité hors d'elle, je reconnus mes trop véritables erreurs.
Mon guide, qui me voyait faire comme un homme qui s'arrache au sommeil, me dit : « Qu'as-tu donc? car tu ne peux plus te soutenir?
« Mais tu as marché plus d'une demi-lieue les yeux fermés et les jambes chancelantes, comme un homme plié sous le vin ou le sommeil. »
« 0 mon doux père, si tu m'écoutes, répondis-je, je te dirai ce qui réapparaissait quand les jambes me manquèrent ainsi. »
Et lui : « Quand tu aurais cent masques sur le visage, tes pensées quelles qu'elles fussent ne me resteraient pas inconnues.
« Ce que tu as vu te fut montré pour que tu ne refuses pas d'ouvrir ton cœur aux eaux de la paix qui débordent de la source éternelle.
« Je ne t'ai point demandé : qu'as-tu? comme celui qui ne voit qu'avec l'œil terrestre, incapable devoir dès que le corps est inanimé ;
« Mais je t'ai interrogé pour prêter force à tes pieds:
Cosi frugar conviensi i pigri, lenti Ad usarlor \igilia quando riede.
47 Noi andavam per lo vespero attenti
Oltre, quanto potèn gli occhi allungarsi, Contra i raggi serolini e lucenti :
48 Ed ecco a poco a poco un fumo farsi
Verso di noi, corne la notte, oseuro, Ne da quello era loco da cansarsi :
49 Questo ne toise gli occhi e V aer puro.
c'est ainsi qu'il convient d'aiguillonner les paresseux trop lents à bien employer le temps de la veille quand il est revenu. »
Nous marchions impatients de voir devant nous, à cause du soir qui s'avançait, portant nos regards aussi loin qu'ils pouvaient aller contre les rayons lumineux du couchant;
Et voici que peu à peu une fumée s'avançait audevant de nous, sombre comme la nuit, et il n'y avait pas de lieu où l'on pût s'en garantir.
Elle nous priva de la vue et de l'air pur.
Beautés philosophiques de ce chant. — Des biens qui se partagent et de ceux qui ne se partagent pas: le siècle de Danle était troublé des mêmes questions que le nôtre : Convito IV. De l'iniquité des richesses. — On n'a rien inventé contre les torts du capital que Dante n'eût déjà dit et qu'on n'eût dit avant lui. Mais la supériorité de Dante est d'avoir connu le remède, de l'avoir cherché non dans le matérialisme, mais dans le spiritualisme, non dans les choses terrestres qui se partagent, mais dans les biens impartageables.
De la Colère : Saint Thomas, 2a 2œ, 158, se range à l'opinion de saint Jean Chrysostome : « Celui-là est coupable qui s'irrite sans raison, mais celui qui a raison de s'irriter n'est pas coupable; car, sans colère, il n'y a ni progrès de la doctrine, ni vigueur des jugements, ni répression des crimes. » Elle devient coupable de deux manières : quand elle est contre la raison, quand, raisonnable dans son principe elle cesse d'être soumise à la raison dans ses excès.
Saint Grégoire, Moralia, V. « Il faut souverainement prendre garde que la colère, qui peut devenir l'instrument de la vertu, domine l'intelligence. Il ne faut point qu'elle domine en reine, mais qu'elle soit, comme une servante, attachée à la raison et toujours prête à la servir... »
Ces haines vigoureuses
Que doit donner le vice aux âmes généreuses.
Terc. 33. — Il s'agit d'Athènes. La femme de Pisistrate lui demandait vengeance, selon la tradition, contre un jeune homme qui, amoureux de sa fille, avait osé l'embrasser publiquement.
Sur le débat des dieux. — Commentaire de Pietro di Dante. — Et misit Apollo dicto Cecropi etiam, quod esset in civium potestate, ex cujus nomine illorum duorum deorum nominaretur. Unde hoc prsescito Cecrops convertit omnes cives masculos et
teminas et facto scrutinio masculi consenserunt qnod vocaretur a Neptono, feminx vero a Pallade. Et quia una femina major fuerii numéros faminarum quam masculorum obtention est quod a Pallade dicta sit, scilicet Athena. Et quo Neptunus indignatus fuit et inundationibus dictant civitatem operuit. Qua de causa dicti cives ut placaretur statueront quod nunquam mulieres plus intéressent co?iciliis et scrotiniis.
Même récit dans le faux Boccacc. Au lieu d'un cheval c'est une fontaine que Neptune fait sortir de terre.
GANTO XVI
i Buio d' inferno, e di notle priva la D' ogni pianeta sotlo pover cielo, Quant' esser puô di nuvol tenebrata,
2 Non fece al viso mio si grosso vélo, Corne quel fumo ch'ivi ci coperse, Ne a sentir di cosi aspro pelo ;
5 Che l'occhio stare aperto non sofferse : Onde la Scorta mia saputa e fida Mi s'accostô, e l' omero m' offerse.
4 Si corne cieco va dietro a sua guida
Per non smarrirsi, e per non dar di cozzo In cosa che '1 molesti, o forse ancida;
5 M' andava io per l' aère amaro e sozzo,
Ascoltando il mio Duca che diceva
Pur : Guarda, che da me tu non sie mozzo.
6 Io sentia voci, e ciascuna pareva
Pregar per pace e per misericordia L'A^nel di Dio, che le peccata leva.
L'obscurité de l'enfer et d'une nuit sans étoiles sous un ciel triste, si chargée qu'elle puisse être de ténébreuses nuées,
Ne m'enveloppa jamais d'un voile si épais à la vue, si rude au toucher, que la fumée qui nous couvrit en ce lieu ;
Si bien que l'œil ne pouvait rester ouvert : c'est pourquoi mon guide sage et fidèle s'approcha de moi et m'offrit l'épaule,
Tout comme un aveugle suit son guide pour ne point s'égarer, et ne point se heurter contre une chose qui le blesse ou peut-être le tue ;
j'allais à travers le brouillard amer et noir, écoutant mon conducteur qui disait seulement : c< Prends garde d'être séparé de moi. »
J'entendais des voix, et chacune semblait demander paix et miséricorde à l'Agneau de Dieu qui lave les péchés du monde.
7 Pure Agnus Dei eran le loro esordia :
Una parola in tutti era ed un modo, Si che parea tra esse ogni concordia.
8 Quei sono spirti, Maestro, ch'i'odo?
Diss' io. Ed egli a me : Tu vero apprendi, E d'iracondia van solvendo il nodo.
9 Or tu chi se' che '1 nostro fumo fendi,
E di noi parli pur, corne se tue Partissi ancor lo tempo per calendi?
io Cosi per una voce detto fue.
Onde il Maestro mio disse : Rispondi, E dimanda se quinci si va sue.
il Ed io : 0 creatura, che ti mondi,
Per tornar bella a colui che ti fece, Maraviglia udirai se mi secondi.
12 Io ti seguiterô quanto mi lece,
Rispose; e se veder fumo non lascia, L' udir ci terra giunti in quella vece.
13 Allora incominciai : Con quella fascia,
Che la morte dissolve, men vo suso, E venni qui per la infernale ambascia;
14 E se Dio m'ha in sua grazia richiuso
Tanto, ch' e' vuol ch' io vegga la sua corte Per modo tutto fuor del modem' uso,
15 Non mi celar chi fosti anzi la morte,
Ma dilmi, e dimmi s' io vo bene al varco; E tue parole fien le nostre scorte.
16 Lombnrdo fui, e fui chiamato Marco •
CHvNT Wl. -253
Agnus Dei} ; ainsi commençaient toutes leurs invocations : une seule parole était sur toutes les lèvres, avec un seul rhythme, de sorte qu'entre ces Ames la concorde semblait parfaite.
«Maître, dis-je, qui sont ces esprits que j'entends? Et lui : « Sache la vérité, ils vont dénouant le nœud de la colère. »
« Or qui es-tu, toi qui fends notre fumée et qui parles de nous comme si tu divisais encore le temps à la façon des hommes ? »
Ainsi parla une voix, et mon maître me dit : « Réponds et demande si l'on peut monter par ce chemin. »
Et moi : « 0 créature qui te purifies pour retourner belle à Celui qui t'a faite, tu entendras des choses merveilleuses si tu m'accompagnes. »
« — Je te suivrai autant qu'il m'est permis, répliqua-t-il ; et si la fumée ne me laisse pas voir, l'ouïe nous rapprochera à défaut de la vue. »
Alors je commençai : « Je m'en vais en haut tout chargé de ces langes que la mort détache, et je suis arrivé jusqu'ici, en traversant les supplices de l'enfer ;
« Et si Dieu m'a admis dans sa grâce à ce point de vouloir que je voie sa cour d'une manière tout étrangère à l'usage du temps présent ,
« Ne me cache point qui tu fus avant la mort, mais dis-le-moi, et fais-moi connaître si je vais bien au lieu par où l'on sort, et tes paroles nous serviront de guide.
« — Je fus Lombard, et Marco était mon nom : je
23 i DEL PURGATORIO.
Del mondo seppi, e quel valoreamai Al quale ha or ciascun disteso Tarco ; n Per montar su dirittamente vai.
Cosi rispose; e soggiunse : Io ti prego Che per me preghi, quando su sarai.
18 Ed io a lui : Per fede mi ti lego
Di far ciô che mi chiedi ; ma io scoppio Dentro da un dubbio, s' i' non me ne spiego.
19 Prima era scempio, ed ora è fatto doppio
Nella sentenzia tua, che mi fa certo Qui ed altrove, quello ov'io l'accoppio.
20 Lo mondo è ben cosi tutto diserto
D' ogni virtute, corne tu mi suone, E di malizia gravido e coverto ; *2i Ma prego che m' additi la cagione,
Si ch' io la vegga, e ch' io la mostri altrui; Chè nel cielo uno, ed un quaggiù la pone.
22 Alto sospir, che duolo strinse in hui,
Mise fuor prima, e poi cominciô : Frate, Lo mondo è cieco, e tu vien ben da lui.
23 Voi che vivete ogni cagion recate
Pur suso al cielo, si corne se tutto Movesse seco di necessitate.
2i Se cosi fosse, in voi fora distrutto
Libero arbitrio, e non fora giustizia, Per ben, letizia, eper maie, aver lutto.
25 Lo cielo i vostri movimenti inizia;
Non dico tutti; ma, posto ch' io '1 dica, Lume v'è dato a bene ed a malizia,
26 E libero voler che, se falica
connus le monde et j'aimai la vertu, vers laquelle personne ne tend plus son arc.
« Tu chemines dans la voie droite pour monter; » et il ajouta : « Je te prie d'intercéder pour moi quand tu seras en haut. »
Et moi : « Je t'engage ma foi de faire ce dont tu me requiers; mais je porte en moi un doute qui m'étouffe si je ne m'en délivre.
« Premièrement il était simple , et maintenant il est devenu double par ton discours, qui me confirme ici et ailleurs le fait auquel s'attache mon inquiétude.
« Le monde est bien abandonné de toute vertu, comme tu l'affirmes, et tout chargé, tout couvert de malice;
a Mais je te prie de m'en faire toucher au doigt la raison, si bien que je la voie et que je la montre à autrui ; car l'un la met au ciel et l'autre ici-bas. »
D'abord il rendit un profond soupir que la douleur lui arracha ; puis il commença ainsi: « Frère, le monde est aveugle, et l'on voit assez que tu en viens.
« Vous qui vivez, vous reportez au Ciel l'unique raison de toute chose, comme s'il entraînait tout avec lui sous une loi de nécessité.
« S'il en était ainsi, le libre arbitre serait détruit en vous, et il n'y aurait plus de justice à recueillir la joie pour le bien, le deuil pour le mal.
« Le ciel a l'initiative de vos mouvements ; je ne dis pas tous; mais, quand je le dirais, une lumière vous est donnée pour discerner la bonté de la malice ;
a Et en môme temps une volonté libre, qui, si elle
Nelle prime battaglie col ciel dura, Poi vince tutto, se ben si notrica.
27 A maggior forza ed a miglior natura
Liberi soggiacete, e quella cria
La mente in voi, che '1 ciel non ha in sua cura.
28 Perô, se, il mondo présente disvia,
In voi è la cagione, in voi si cheggia, Ed io te ne sarô or vera spia.
29 Esce di mano a lui, che la vagheggia
Prima che sia, a guisa di fanciulla, Che piangendo e ridendo pargoleggia,
30 L'anima semplicetta, che sa nulla,
Salvo che, mossa da lieto fattore, Volentier torna a ciô che la trastulla.
31 Di picciol bene in pria sente sapore;
Quivi s' inganna,.e dietro ad esso corre Se guida o fren non torce il suo amore.
32 Onde convenne legge per fren porre;
Convenne rege aver, che discernesse Délia vera cittade almen la torre.
33 Le leggi son, ma chi pon mano ad esse?
Nullo; perô che'l pastor che précède Ruminar puô, ma non ha l'unghie fesse.
34 Perché la gente, che sua guida vede
Pure a quel ben ferire ond' ella è ghiotta, Di quel si pasce, e più oltre non chiede.
35 Ben puoi veder che la mala condotta
E la cagion che il mondo ha fatto reo, E non natura che in voi sia corrotta.
36 Soleva Roma, che il buon mondo feo,
CHANT XVI. l2:»7
soutient la fatigue des premiers combats contre le'Ciel, finit par triompher de tout quand elle est bien exercée.
« Libres, vous êtes soumis à une force plus puissante, à une nature plus parfaite, et c'est elle qui crée en vous l'âme dont le Ciel n'a pas le gouvernement.
« Si donc la génération présente s'égare, en vous est la cause; en vous il faut la chercher, et c'est de quoi je vais te mettre sur la trace.
« L'âme sort de la main de Dieu, qui l'aime avant qu'elle soit, comme une jeune fille qui se joue riant et pleurant tout ensemble ;
« Dans sa première simplicité, elle ne sait rien, si ce n'est que, issue d'un Créateur souverainement heureux, elle retourne volontiers vers ce qui fait sa joie.
« Elle goûte d'abord la saveur d'un bien imparfait; elle s'y trompe et court après lui, si quelque guide ou quelque frein n'en détourne son amour.
« D'où vient qu'il fallut instituer une loi pour frein ; il a fallu avoir un roi qui discernât au moins la tour de la véritable cité.
a Les lois y sont, mais qui donc y met la main? personne, parce que le pasteur qui marche devant rumine bien, mais n'a pas l'ongle fendu.
« C'est pourquoi la foule, voyant son guide viser au seul bien dont elle est avide, s'en repaît à loisir et ne demande rien de plus.
« Tu peux bien reconnaître que le mauvais gouvernement est la cause qui a rendu le monde coupable, et non la nature qui se corromprait en vous.
a Celait la coulume de Rome, qui rendit la terre
Duo Soli aver, che l' una e l' al Ira strada Facèn vedere, e del mondo e di Deo.
37 L' un 1' altro ha spento ; ed è giunta la spada Col pasturale; e l' uno e 1' altro insieme Per viva forza mal convien che vada;
58 Perocchè, giunti, 1' un 1' altro non terne.
Se non mi credi, pon mente alla spiga, Ch' ogni erba si conosce per lo semé.
59 In sul paese ch' Adige e Po riga,
Solea valore e cortesia trovarsi Prima cheFederigo avesse briga.
40 Or puô sicuramente indi passarsi
Per qualunque lasciasse, per vergogna, Di ragionar co' buoni, o d'appressarsi.
4i Ben v' en tre vecchi ancora, in cui rampogna L' antica età la nuova, e par lor lardo Che Dio a miglior vita li ripogna :
42 Currado da Palazzo, e il buon Gherardo,
E Guido da Castel, che me' si noma Francescamente il semplice Lombardo.
43 Di oggimai che la Chiesa di Roma,
Per confondere in se duo reggimenti, Cade nel fango, e se brutta e la soma.
44 O Marco mio, diss' io, bene argomenti ;
Ed or discerno, perche dal retaggio Li figli di Levi furono esenti.
45 Ma quai Gherardo è quel che tu, per saggio,
Di ch'è rimaso délia gentespenta, In rimproverio del secol selvaggio?
40 O tuo parlar m'inganna, o e' mi tenta*
meilleure, d'avoir deux soleils pour montrer les deux chemins du monde et de Dieu.
« L'un des deux a éteint l'autre, et l'épée s'est confondue avec la crosse, et il est de toute nécessité que les deux aillent mal ensemble.
« Unis en effet, l'un ne craint plus l'autre : si tu ne me crois pas, considère l'épi, car on juge l'herbe par la semence.
« Au pays qu'arrosent l'Adige et le Pô, on avait coutume de trouver courtoisie et vertu avant la querelle de Frédéric.
« Maintenant le chemin y est sûr pour tout homme qui par vergogne éviterait de discourir avec les gens de bien ou de les approcher.
« On y voit bien encore trois vieillards, en qui le siècle fini fait la censure du siècle nouveau, et à qui le temps dure que Dieu les rappelle à une meilleure vie :
« Conrad de Palazzo, et le bonGherardo, ctGuido da Castello, mieux nommé à la française le Simple Lombard .
« Désormais tu peux dire que l'Eglise de Rome, pour vouloir confondre en elle deux gouvernemenls, tombe dans la fange et salit sa charge avec elle.
« — 0 mon noble Marc, répondis-je, tu raisonnes sagement; et je comprends à cette heure pourquoi les fils de Lévi n'eurent pas de part à l'héritage.
« Mais quel est ce Gérard que tu dis resté comme un exemple de la générosité éteinte, pour l'opprobre de ce siècle barbare?
a — Ou ton langage me trompe, ou tu veux me len^
260 DKL ITHGATOIUO.
liispose a me, chè, parlandomi Tosco, Par che del buon Gherardo nulla senta.
m Per altro soprannome io nol conosco, S' i' nol togliessi da sua figlia Gaia. Dio sia con voi, chè più non vegno yosco.
48 Vedi l'albôr che per lo fumo raia,
Già biancheggiare, e me convien partirmi, L' Angelo è ivi, prima ch' egli paia.
49 Cosi torno, e più non voile udirmi.
1er, répliqua-t-il, puisque, îuc parlant l'idiome de Toscane, tu semblés n'avoir pas ouï nommer le vertueux Glierardo.
« Je ne le connais sous aucun autre surnom, à moins de le désigner par sa fille Gaia. Dieu soit avec vous, car je ne puis vous accompagner plus loin.
« Vois l'aube dont les rayons déjà blancliissenl à travers la fumée, l'ange est ici : il faut que je m'éloigne avant qu'il ait paru, »
Ainsi parla-t-il, et il ne voulut plus m'entendre.
Terc. 16. — Marco Lombardo, célèbre par la vivacité et la malice de ses reparties.
42. — Conrado da Palazzo, portant le gonfalon de Brescia dans un combat, perdit les deux mains et continua de soutenir le gonfalon dans ses bras jusqu'à ce qu'il perdît la vie. — Guido da Castello habitait Reggio; il reçut Dante dans sa maison et l'y traita avec honneur. « Fuit etiam Guido pulcher inventor in rhythmo vulgari, ut pulchre apparet in quibusdam dictis ejus. » — Il buon Gherardo da Cammino, de Trévise, célèbre par ses vertus et par l'austérité de mœurs de sa fille Gaia.
L'Astrologie au moyen âge. — Le paganisme ne périt pas tout entier; il se réfugia dans la superstition populaire, dans l'art, dans la science.
Code théodosien, lib. IX, t. XVI, 1. a. Nemo aruspicem consulat aut mathematicum. Saint Augustin atteste qu'il y avait des jours désignés comme funestes par les astrologues. Au moyen âge, l'astrologie avec les Arabes. — Averrhoïsme. — Frédéric II, Manfred, Eccelin, sont entourés d'astrologues.
Michel Scott ; — Guido Sonatti ; traité où il prétend que le Sauveur usa d'astrologie. Même opinion soutenue par Cecco d'Ascoli, qui fut condamné au feu en 1 527. — Images babyloniennes autour desquelles on brûlait des parfums. — Traité d'Astrologie d'Albert le Grand. Deux sortes d'astrologies, l'une descriptive, l'autre judiciaire :
« Si Dieu, dans sa souveraine sagesse, a ordonné ce monde de telle sorte que lui, le Créateur vivant du ciel inanimé, veuille se servir des étoiles muettes comme d'instruments pour opérer sur les choses créées qui se trouvent formées des quatre éléments de ce monde inférieur, quoi de plus désirable que de posséder une science qui nous enseigne comment les révolutions des corps célestes dé-
terminent les mutations des choses terrestres; et si les mouvements d'ici-bas obéissent à ceux d'en haut, n'est-ce pas une des principales preuves qu'il n'y a qu'un Dieu glorieux et sublime au ciel et sur la terre? )> La planète qui enlre dans le bélier domine l'année entière, on en peut induire, 1° les famines, les inondations, les guerres ; — 2° les naissances : s'efibrcer de les placer sous une heureuse étoile; le soleil agit sur le père, la lune sur la mère. — Horoscopes : choisir l'heure favorable d'une entreprise ; tables des constellations pour placer une bataille, un traité, etc., sous une conjonction favorable. — Albert admet tout ceci sans toucher au libre arbitre.
11 importe de connaître l'opiniâtreté des doctrines religieuses et ce qu'il en coûte au monde pour sortir de l'erreur. Alors nous serons moins sévères pour le moyen âge, et nous jugerons moins rigoureusement une époque où le christianisme, au lieu d'abuser de la victoire, était encore dans tout le péril et dans tout l'effort du combat.
En finissant Tune de nos dernières conférences, je concluais que l'absolutisme est plus nouveau et la liberté plus vieille qu'on ne croit dans les doctrines et dans les institutions européennes. Cette assertion, dépouillée des développements dont elle avait besoin, a pu étonner quelques uns de nos auditeurs. L'un de vous, messieurs, a bien voulu me communiquer ses doutes, et, dans une lettre que j'aurais désiré vous lire, il représente l'état violent du moyen âge, la force toujours maîtresse, par conséquent le pouvoir illimité de l'aristocratie féodale qui disposait de la force; les lois désobéies, l'impunité de ces grands criminels, qui, du fond de leurs cbâteaux, bravaient la justice des rois et les plaintes des peuples. Cette peinture est soutenue par
des traits bien choisis, et l'auteur de la lettre en conclut que la liberté, ne pouvant se concevoir sans les garanties qui la protègent, n'a commencé d'exister qu'avec les institutions nouvelles dont la Révolution de 1789 a doté la France pour en étendre le bienfait au reste du monde. C'est le résumé de ces objections que j'accueille avec reconnaissance, comme une marque de cette confiance fraternelle qui doit régner entre le professeur et son auditoire, et comme une occasion de compléter ce qui manque toujours à ces leçons, où le hasard de la parole laisse tant d'obscurités et de lacunes. Il faut distinguer entre la doctrine de la liberté et la pratique de la liberté.
La D0C1RINE DE LA LIBERTÉ A COMMENCÉ AVEC LE CHRISTIANISME. —
(( Que celui qui veut commander aux autres soit leur serviteur. » Le pouvoir considéré comme un service. — L'émancipation des esclaves. — Cris de Salvien contre la tyrannie, contre le paiement de l'impôt par ceux qui ne le votent pas. — Doctrine de saint Grégoire sur la royauté. Hex est qui régit, doctrine sur la tyrannie. Elle paraît dans la polémique des papes contre les empereurs de Constantinople, et dans les conciles de la péiiode mérovingienne. Au moyen âge, doctrine de saint Thomas. 11 demande si la sédition est permise. Il fait observer qu'un gouvernement fyrannique, c'est-à-dire qui se propose la satisfaction personnelle du prince et non la félicité commune des sujets, cesse par là même d'êtie légitime. Dès lors le i diversement d'un semblable pouvoir n'a pas le caractère dune sédition, à moins qu'il ne s'opère avec assez de désordre pour causer pi lis de maux que la tyrannie elle-même. Dans la rigueur des termes, c'est le tyran qui méiite le nom de séditieux. Le bon gouvernement est fondé sur l'élection par les suffrages de tous. Contre les privilèges de la noblesse : « on ne lit point que Dieu ait lait deuxAdams. » Cf. de Legibus, de Regimine, de Eriidilione principum. C'est la doctrine de Dante et de ses contemporains.
La pratique de la liberté a commercé par l'Église. — Saint Paul élève à l'épiscopat l'esclave saint Oriési me. — Patronage des pauvlvs. — Leg empereurs dépouillés du pouvoir spirituel. — L'Église fait l'éducation politique des peuples : l'évêque defensor civitatis. Les conciles, assemblées représentatives. — L'élection et la déposition des rois. Communes de Fiance. États de 1482. Villes libres d'Allemagne. Ligue hanséaticpie. Suisse, Angleterre, Italie. La liberté des communesitalienr.es poussée jusqu'aux derniers excès; ostracisme contre les nobles. — Cortès espagnoles; Fueros d'Aragon: Pouvoir du roi accepté s'il respecte les libellés, sinon non. — Même sous Philippe II un prédicateur fut réprimandé par l'inquisition pour cause d'absolutisme. — Paroles d'un vieux seigneur castillan au roi: « Seigneur, allez doucement, modérez-vous, reconnaissez Dieu sur la terre comme au ciel, de peur qu'il ne se lasse des monarchies, gouvernement bien doux si on en use avec douceur, et de peur qu'il ne les renverse, irrité des abus du pouvoir humain. Car le Dieu du ciel est jaloux, et ne souffre pas de partage en puissance. » Ce même conseiller disait un jour : « Seigneur Antonio Perez, je crains fort que si les hommes ne se modèrent pas et continuent à s'ériger en dieux sur la terre, Dieu ne finisse par se lasser des monarchies, ne les brise et ne donne au monde une autre forme !. »
Mais rien n'est plus long que l'apprentissage de la liberté. Les Barbares avaient apporté de la Germanie l'indépendance, qui ressemble à la liberté, mais qui, au fond, en est la plus grande ennemie. C'est l'égoïsme au lieu du dévouement. De là les guerres privées, le règne de la force et tout ce qui a fait les déchirements du moyen âge. Les amis de la liberté publique voyaient bien le péril que lui faisaient courir ces mœurs violentes. Dante avertit l'Italie; mais chaque parti aime bien moins la liberté que le pouvoir. La royauté fait alliance tantôt avec la noblesse, tantôt avec le tiers état,
1 V. Signet, Antonio Perez et Philippe II, p. 415. — Carlos : A un sefior grande y coasejero, p. 545, 5!6.
pour écraser les résistances, surtout les résistances de l'Eglise1. — La réforme amène l'indépendance spirituelle des souverains, et en même temps l'absolutisme entre au seizième siècle dans le droit public de l'Europe avec Henri VIII, François Ier, Charles V, Gustave Wasa. Enfin la liberté a traversé cet orage, elle en sort aujourd'hui mieux avertie, elle s'abrite sous des institutions qui la sauvegardent. Elle en a besoin. On aime peu la véritable liberté qui est la liberté d'autrui. Cependant je ne doute point du progrès des temps modernes. Tous les grands esprits ont travaillé à sauver la liberté ; la liberté n'est pas un moyen, mais un but. Je crois en la liberté, et je la crois forte, parce que je la crois vieille; parce que je lui vois des racines jusqu'au fond de l'histoire, et, ce qui est plus, jusqu'au fond de l'Évangile; car l'histoire est du temps, l'Évangile est de l'éternité.
1 Doctrines des jurisconsultes de Bologne : Quidquid principi placuit legis hibet vigorem.
La liberté de l'Italie. — La fonction de l'Italie dans le monde n'est pas militaire, elle est morale : à l'heure qu'il est sa gloire n'est pas de s'affranchir seulement par les armes. La Belgique et la Grèce Pont devancée: ce qu'elle peut apporter de nouveau, c'est la consécration de la liberté par le christianisme.
Les complications présentes et celles que l'avenir réserve n'empêchent pas que Pie IX se soit volontairement démis du pouvoir absolu, qu'il ait défendu par sa lettre à l'Empereur d'Autriche le principe des nationalités, qu'il ait pris l'initiative des réformes il y a deux ans, et que, si elles n'atteignent pas le point où nous sommes arrivés, elles réalisent tout ce que pouvait supporter un pays dont l'éducation n'est pas faite, et où Pie IX trouve autant d'ennemis de ses réformes que de son autorité.
La papauté est le cœur de l'Italie comme Venise en est le bras. — La liberté du monde est compromise avec la liberté du chef spirituel des consciences. — Les formes peuvent varier, mais toute l'Europe tend à la démocratie. Or la démocratie ne peut vivre que de dévouement, de sacrifice, d'inspiration chrétienne; c'est au Vatican que réside ce principe inspirateur. Pie IX représente l'alliance du christianisme et des peuples modernes ; ne séparons pas ces deux choses. Il y a soixante ans que nous travaillons à la statue de la liberté; nos adversaires disent que ce n'est qu'une statue. L'âme est au Vatican; donnons une âme à la statue de la liberté, et elle vivra.
i Ricorditi, lellor, se mai nell'alpe
Ti colse nebbia, per la quai vedessi Non altrimenti chc per pelle falpe;
2 Corne, quando i vapori umidi e spessi A diradar cominciansi, la spera Del Sol debilemente entra per essi ;
5 E lia la tua immagine leggiera
In giugncre a veder, com'io rividi
Lo Sole in pria, che già nel corcare era.
4 Si, pareggiando i miei co'passi fidi
Del mio Maestro, usci' fuor di tal nube, À' raggi morti già ne' bassi lidi.
r» 0 immaginativa, cbe ne rube
Tal vol ta si di fuor, ch' uom non sJ accorge, Perché d' intorno suonin mille tube,
g Chi muove le, se il senso non li porge9 Muoveti lume, cbe nel ciel s' informa, Per se, o per voler che giù lo scorge.
Si jamais dans la montagne tu fus surpris par un brouillard à travers lequel lu voyais aussi peu que les taupes à travers la peau de leurs yeux, lecteur, rappelle-loi
Comment, à mesure que les humides et épaisses vapeurs commencent à s'éclaircir, le disque du soleil, encore pale, s'y fait jour;
Et ton imagination arrivera sans peine à se figurer comment je commençai à revoir le soleil, qui déjà touchait à son coucher.
C'est ainsi que d'un pas égal aux pas assurés de mon maître je sortis de ce nuage, à la clarté des rayons déjà éteints pour les plages du bas de la montagne.
0 puissance de l'imagination, qui parfois nous ravis hors de nous, de telle sorte que l'homme ne s'apercevrait point de mille trompettes sonnant à ses côtés !
Qui donc t'émeut, si le sens ne te propose pas d'objet? Une lumière l'émeut, formée dans le ciel, ou naturellement, ou par une volonté qui t'émeut ici-bas.
270 DEL TURGATORIO.
7 Dell' cmpiezza di Ici, che mutô forma
Ncll'uccel che a canlar più si diletla, Nell' immagine mia apparve 1' orma :
8 E qui fu la mia mente si ristretta
Denlro da se, che di fuor non venia Cosa che fosse allor da lei recetta.
o Poi piovve dentro ail' alta fantasia Un crocifisso dispettoso e fiero Nella sua vista, e cotai si moria.
10 Intorno ad esso era il grande Assuero,
Ester sua sposa e il giusto Mardocheo, Che fu al dire e al far cosi intero.
n E corne questa immagine rompeo
Se per se stessa, a guisa d'una bulla Cui manca l'acqua sotto quai si feo;
12 Surse in mia visione una fanciulla,
Piangendo forte, e diceva : 0 regina, Perche per ira hai voluto esser nulla?
13 Àncisa t' hai per non perder Lavina ;
Or m' hai perduta : i' sono essa che lutto, Madré, alla tua, pria ch' ail' allrui ruina.
14 Corne si frange il sonno, ove di butto
Nuova luce percuote il viso chiuso, Che fratto guizza pria che muoia tutto;
15 Cosi l' immaginar mio cadde giuso,
Tosto che un lume il volto mi percosse, Maggiore assai, che quello ch'è in nostr' uso. lo F mi volgea per vedere ov' io fosse,
Quand' una voce disse : Qui si monta : Che da ogni altro intento mi rimosse;
L'impiété de la femme, métamorphosée en cet oiseau qui s'enivre le plus de ses chants, apparut d'abord à mon imagination, où elle laissa son empreinte.
Et sur ce point mon âme demeura si recueillie en elle-même, qu'aucun objet ne venait du dehors qu'elle pût encore admettre.
Puis tout à coup, dans mon ravissement, je vis un homme crucifié, au visage méprisant et farouche, et il mourait ainsi :
Autour de lui étaient le grand Assuérus, Esther, son épouse, et le juste Mardochée, qui fut si intègre dans la parole et dans l'action.
Et comme ce tableau s'effaçait de lui-même, comme la bulle légère quand vient à lui manquer l'eau sous laquelle elle se forme,
Dans ma vision se montra une jeune fille tout en larmes et disant : «0 reine! pourquoi dans ta colère as-tu voulu mourir?
« Tu t'es tuée pour ne point perdre Lavinie ; et maintenant lu m'as perdue: c'est moi qui pleures ta mort, ma mère, avant celle d'autrui. »
Comme le soleil se trouble, lorsque tout à coup la lumière renaissante frappe les yeux fermés, et cependant agite encore les membres avant de s'évanouir tout à fait;
Ainsi mes visions tombèrent, aussitôt que mon visage fut frappé d'une lumière beaucoup plus vive que celle dont nous avons l'habitude.
Je me retournais pour voir où j'étais, quand une voix dit : « C'est ici qu'on monte, » et ces mots m'arrachèrent à toute autre pensée.
17 E fece la mia voglia tanto pronta
Di riguardar chi era che parlava, Che mai non posa, se non si raffronta.
18 Ma come al Sol, che nostra visia grava,
E per sovercliio sua figura vêla, Cosi la mia virlù quivi mancava.
19 Questi è divino spirito, che ne la
Via d' andar su ne drizza senza prego, E col suo lume se medesmo cela.
20 Si fa con noi, come l'uom si fa sego ;
Chè quale aspelta prego, e Y uopo vede, Malignamente già si mette al nego.
21 Ora accordiamo a tanto invito il piede:
Procacciam di salir pria che s'abbui, Chè poi non si poria, se il di' non riede.
22 Cosi disse il mio Duca; cd io con lui
Volgemmo i nostri passi ad unascala .
E tosto ch' io al primo grado fui,
23 Senti' mi presso quasi un muover d' ala,
E ventarmi nel volto, e dir : Beau Pacifici, che son senz' ira mala.
2i Già eran sopra noi tanto levât!
Gli ultimi raggi che la nottc segue, Che le stelle apparivan da più lali.
2j 0 virlù mia, perche si ti di lègue?
Et pressèrent ma volonté de regarder qui avait parlé, si bien qu'elle n'eut pas de repos avant de l'avoir vue face à (ace.
Mais comme devant le soleil qui éblouit notre vue, et qui voile sa figure d'un excès de lumière, ainsi défaillit la puissance de mes yeux.
« Celui-ci est un esprit céleste qui, sans attendre no- Ire prière, nous met dans le chemin par où l'on monte plus haut, et qui se dérobe lui-même sous ses propres clartés.
« 11 agit avec nous comme l'homme agit avec luimême ; car celui qui attend la prière d'autrui et le voit dans le besoin, celui-là, dans la malice de son cœur, penche déjà au refus.
a Maintenant que nos pas répondent à une invitation si glorieuse, faisons en sorte de monter avant que la nuit se fasse noire, car plus tard, la course serait impossible jusqu'au retour de la lumière. »
Ainsi parla mon guide; et moi, cheminant avec lui, nous tournâmes nos pas vers un escalier, et aussitôt que je fus à la première marche,
Je sentis près de moi comme un battement d'aile, et un souffle de vent dans mon visage; et j'entendis ces mots : «Heureux les pacifiques, ceux qui n'ont pas conçu de coupable colère. »
Déjà les derniers rayons qui précèdent la nuit s'élevaient si haut sur nos têtes, que de plusieurs côtés paraissaient les étoiles.
0 mon courage! pourquoi t'éloigner de la sorte?
274 DEL PUKGATOIUO.
Fra me stcsso dicea, clic mi senliva
La possa délie gambe posta in Ireguc.
20 Noi eravam dove più non saliva
La scala su, ed eravamo affissi,
Pur corne nave ch' alla piaggia arriva. 27 Ed io attesi un poco s'io udissi
Àlcuna cosa nel nuovo girone ;
Poi mi rivolsi al mio Maestro, e dissi : '23 Dolce mio Padre, di quale offensione
Si purga qui nel giro? dove semo?
Se i piè si stanno, non stea iuo sermone.
29 Ed egli a me : L'amor del bene, scemo
Di suo dover, quiritta si ristora, Oui si ribatte il mal tarda lo remo.
30 Ma perche più aperto intendi ancora,
Volgi la mente a me, e prenderai Àlcun buon frulto di nostra dimora.
31 Ne Grealor, ne creatura mai,
Cominciôei, fîgliuol, fu senza a more, 0 nalurale o d'animo; c tu '1 sai.
52 Lo natural fu sempre senza errore ;
Mal' altro puote errar per malo obbietto, O per troppo, o per poco di vigore.
33 Menlrc ch' egli è ne' primi ben direlto,
E ne' secondi sèstesso misura, Esser non puô cagion di mal diletto ;
34 Ma quando al mal si lorce, o con più cura,
O con men che non dee, corre nel bene, Contra il Fattore adovra sua fattura.
55 Quinci comprender puoi, ch' esser conviene
ainsi disais- je en moi-même, car je sentais que la force de mes jambes faisait trêve.
Nous étions à l'endroit où l'escalier ne montait plus, et nous restions immobiles comme le navire qui arrive à la plage.
Et j'écoutai un peu si j'entendrais quelque bruit dans le nouveau cercle; puis je me retournai vers mon maître, et je dis :
«Mon doux père, dis-moi quelle offense expie-t-on au cercle où nous sommes. Si nos pieds s'arrêtent, qu'au moins ne s'arrête pas ton discours. »
Et lui à moi : « L'amour du bien, quand il reste audessous de son devoir, répare ici sa faiblesse; ici est punie la rame trop lente à battre le flot.
« Mais, pour m'enlendre plus clairement, tourne ta pensée vers moi, et tu tireras quelque bon fruit de ce moment de repos.
« Mon fils, commença-t-il, ni le créateur, ni la créature ne fut jamais sans amour ou naturel, ou volontaire; et, tu lésais,
«L'amour naturel fut toujours sans erreur; mais l'autre peut errer, soit en choisissant mal son objet, soit par excès de vigueur ou par insuffisance.
«Tant qu'il est dirigé vers les biens suprêmes, et qu'on se mesure dans son ardeur pour les biens secondaires, il ne peut être cause d'un plaisir défendu ;
«Mais, quand il se détourne au mal, ou qu'il court au bien avec plus ou moins d'empressement qu'il ne doit, alors la créature agit contre son créateur.
« De là tu peux comprendre que l'amour est en vous
Amor sementa in voi d' ogni virtute, E d' ogni operazion che merla pêne.
50 Or perché mai non puô dalla salute Amor del suo suggetto volger viso, Dali' odio proprio son le cose tute :
57 E perché intendcr non si puo diviso,
Ne per se stante, alcuno esser dal primo, Da quello odiare ogni affetto è deciso.
58 Resta, se, dividendo, benestimo,
Che il mal che s' ama è del prossimo, ed esso Amor nasce in tre modi in vostro limo.
50 E chi, per esser suo vicin soppresso,
Spera eccellenza, e sol per questo brama Ch' el sia di sua grandezza in basso messo.
m È chi podere, grazia, onore, e fama
Terne di perder perch' altri sormonli, Onde s' attrista si, che il conlraro ama;
41 Ed è chi per ingiuria par ch' adonti
Si, che si fa délia vendetta ghiotto ;
E talconvien, che il maie altrui impronti.
42 Questo triforme amor quaggiù disotto
Si piange; or vo' che tu dell' altro intende, Che corre al ben con ordine corrotto.
45 Ciascun confusamente un bene apprendc, Nel quai si quieti 1' animo, e désira : Perché di gi ligner lui ciascun contende.
44 Se lento amore in lui veder vi Lira, 0 a lui acquistar, questa cornice, Dopo giusto penter, ve ne martira.
la semence de toute vertu et de toute opération qui mérite châtiment.
« Or, comme l'amour ne peut perdre de vue le salut du sujet en qui il réside, toutes choses sont à l'abri du danger de se haïr elles-mêmes.
« Et parce que nul être créé ne se peut concevoir existant par lui-même, ni séparé de l'être premier, toute passion est impuissante à le haïr.
o 11 reste donc, si je raisonne sur une division juste, que le seul mal qu'on aime est le mal du prochain ; et cet amour naît dans votre limon de trois manières.
«Tel par l'abaissement de son voisin espère sa propre grandeur, et pour cette seule raison désire le voir tomber de haut ;
«Tel craint de perdre puissance, crédit, honneur et renommée, si un autre s'élève, et s'en attriste tellement, qu'il lui souhaite le contraire ;
«Et tel, enfin, semble si honteux d'une injure, qu'il devient avide de vengeance; et dès lors il faut qu'il cherche le mal d' autrui.
« Ces trois sortes d'amour font verser des pleurs làbas sous nos pieds. Maintenant je veux que tu apprennes à connaître l'autre amour qui poursuit le bien, mais en troublant l'ordre.
«Chacun perçoit confusément un bien dans lequel l'esprit trouverait son repos, chacun le désire, et c'est pourquoi chacun fait effort pour l'atteindre.
«Si un amour trop lent vous pousse à le contempler ou à l'acquérir après un juste repentir, c'est dans ce cercle que vous en subirez l'expiation.
278 DEL PURGATORÏO.
49 Altro ben è che non fa Y uom felice ; Non è félicita, non è la buona Essenzia, d'ogni ben frullo e radiée.
46 L' amor, eh' ad esso troppo s' abbandona,
Di sovr' a noi si piange per tre cerehi ; Ma corne triparlito si ragiona,
47 Tacciolo, acciô che lu per te ne cercbi.
«Il est un autre bien qui ne fait point l'homme heureux, qui n'est point le bonheur, qui n'est pas la féconde essence de tout bien, sa racine et son fruit.
« L'amour, qui trop complaisamment s'y abandonne, s'expie au-dessus de nous dans trois cercles. Mais comment la raison le divise en trois, je le tais, afin que lu t'en enquières par toi-même.»
Poslo avea fine al suo ragionamento V alto Dottore, ed attento guardava Neila mia vista s'io parea contenlo.
Ed io, cui nuova sete ancor f ru gava, Di lu or taccva, e dentro dicea : Forse Lo Iroppo dimandar, ch' io fo, gli grava
Ma quel padre verace, che s'accorse Del timido voler che non s' apriva, Parlando, di parlare ardir mi porse.
Ond' io : Maestro, il mio veder s' avviva Si nel tuo lume, ch' io discerno chiaro Quanlo la tua ragion porli, o descriva :
Pem ti prego, dolce Padre caro,
Che mi dimostri amore, a cui riduci Ogni huono operare e il suo contraro.
Drizza, disse, ver me 1' acuteluci Dello intellelto, e (ieti manifesta 1/ error de' ciechi che si fanno duci.
Il avait mis fin à son discours, le sublime docteur, et, altenlif, il regardait dans mes yeux si je paraissais content.
Et moi qu'une soif nouvelle aiguillonnait encore, je me taisais au dehors ; mais au dedans je disais : «Peutêtre mes demandes trop nombreuses l'importunent. »
Mais ce vrai père, s'apercevant de mon timide vouloir, qui ne se déclarait pas, sut en me parlant me rendre la hardiesse de parler.
C'est pourquoi je dis : « Maître, ma vue se ravive à ta lumière, si bien que je discerne clairement tout ce que ta raison énonce ou décrit.
« Je te prie donc, ô mon père doux et chéri ! de m'expliquer l'amour auquel tu ramènes toute œuvre bonne et son contraire.
« — Tourne, dit il, vers moi les yeux de ton intelligence, et tu verras à découvert l'erreur des aveugles qui se font les guides d'autrui.
7 L1 anima, ch' è creato ad amar presto,
Ad ogni cosa ô mobile che piace, Toslo che dal piacere in atto è desto.
8 Yoslra apprensiva da esser verace
Traggeinlenzione, e dentro a voi la spiega, Si che T animo ad essa volger face, o E se, rivollo, in ver di lei si piega,
Quel piegare è amor, quello è natura, Che per piacer di nuovo in voi si lega.
10 Poi come il fuoco movesi in altura,
Per la sua forma, ch' è nata a salire Là dove più in sua materia dura ;
11 Cosi T animo preso entra in disire,
Che è moto spiritale, e mai non posa Fin che la cosa amata il fa gioire.
12 Or ti puote apparer quant' è nascosa
La veritade alla gente ch' avvera Ciascuno amore in se laudabil cosa ; ir> Perocchè forse appar la sua matera
Sempr' esser buona ; ma non ciascun segno È buono, ancor che buona sia la cera.
14 Le tue parole e il rriio seguace ingegno,
Iiisposi lui, m' hanno amor discoverto; Ma ciô m' ha fatto di dubbiar più pregno :
15 Che s' amore è di fuori a noi offerlo,
E 1' anima non va con altro piede, Se dritto o torto va, non è suo merto.
16 Ed egli a me: Quanto ragion qui vede
a L'âme, qui csl créée prompte à s'éprendre d'amour, se laisse mouvoir à toute chose qui plaît, aussitôt que le plaisir la réveille et la fait passer en acte.
« La faculté appréhensive qui est en vous tire d'un rire réel une impression qu'elle développe en vousmême, si bien que 1 âme se tourne de ce côté.
«Et si, se retournant vers l'impression perçue, elle s'yincline, cette inclination est l'amour; c'est un instinct naturel qui se fixe plus que jamais en vous par le lien du plaisir.
«Ensuite, comme le feu se meut vers le haut, à cause de sa forme qui est faite pour monter vers le lieu où elle reste plus longtemps unie à sa matière,
«Ainsi l'âme captivée passe au désir, qui est un mouvement spirituel, et ne se repose jamais qu'il n'ait joui de la chose aimée.
« Maintenant tu peux découvrir combien est cachée la vérité à ceux qui affirment que tout amour en soi est chose louable;
«Car peut-être la matière en semble-t-elle toujours bonne; mais tout cachet n'est pas bon, encore que bonne soit la cire. »
« — Tes paroles et mon esprit qui les suit, répondisse, m'ont découvert l'amour, mais cela même m'a laissé chargé de plus de doutes ;
« Car, si l'amour nous vient du dehors, et si l'âme ne se meut pas autrement, qu'elle marche droit ou de travers, elle n'a point de mérite. »
Et lui me répondil : (-(Tout ce que la raison décou-
284 DEL PUUGATORIO.
Dir ti poss' io; da indi in là t' aspetta Pure a Béatrice, ch' è opra di fede.
n Ogni forma sustanzial, che setta E da materia, ed è con lei uni ta, Specifica virtude ha in se colletta,
18 La quai senza operar non è sentila,
Ne si dimostra ma che per effetto, Corne per verdi fronde in pianta vitn.
19 Perô, là ondevegna lo intelletto
Délie prime notizie, uomo non sape, E de' primi appetibili 1' affelto,
20 Che sono in voi, si corne studio in ape
Di far lo mêle; e questa prima voglia Merto di Iode o di biasmo non cape.
21 Or, perché a questa ogni altra si raccoglia,
Innata v1 èla virtù che consiglia, E dell' assenso de' tener la soglia.
22 Quest' è il principio là onde si piglia
Cagion di mérita re in voi, secondo Che buoni erei amori accoglie eviglia.
23 Color che ragionando andaro alfondo,
S' accorser d'esta innata libertate; Perô moralità lasciaroal mondo.
24 Onde pognam che di necessitale
Surga ogni amor che denlro a voi s'acccndi Di ritenerlo è in voi la potestale.
25 La nobile virtù Béatrice intende
Per lo libero arbitrio, e perô- guarda
Che 1' abbi a mente, s' a parla r ten prend e,
CHANT XYllI. 28S
vre ici, je puis le le dire ; mais au delà n'atlends rien que de Béatrix, car c'est œuvre de foi.
((Toute forme substantielle, soit détachée de la matière, soit unie avec elle, recèle une vertu spécifique,
aOui ne se fait sentir que par son action, et ne se manifeste que par ses effets, comme la vie de la plante par ses vertes feuilles.
« C'est pourquoi l'homme ne sait point d'où lui vient l'intelligence des premières notions, ni l'appétit des premiers objets désirables :
« Ces dispositions sont en vous, comme dans l'abeille la passion de faire le miel ; et ce premier vouloir n'est capable de mériter ni louange, ni blâme.
«Mais, pour que toute autre puissance de l'àme vienne se régler sur elle, vous portez innée en vous la puissance qui conseille et qui doit garder le seuil du consentement.
«Voilà la cause d'où vous vient l'occasion de mériter, selon qu'elle accueille ou qu'elle écarte les bons ou les coupables amours.
« Ceux qui, par le raisonnement, arrivèrent jusqu'au fond, s'aperçurent de cette liberté innée; c'est pourquoi ils laissèrent au monde la morale.
((Donc, en accordant que la nécessité engendre tout amour qui s'allume en vous, en vous est aussi le pouvoir de le contenir.
« La noble puissance dont je parlais est celle que Béatrix appelle libre arbitre ; ainsi tache de l'avoir en mémoire, si Béatrix prend sujet d'en discourir avec loi.»
28fi DEL PUftGÀÎORIO.
W Laktfia, quasi a mezza nolte tarda,
Facea le stelle a noi parer più rade, Fatla corn* un secchione chc tull arda ;
'27 E correa contra '1 ciel, per quelle strade
Che il Sole infiamma allor che quel da Rama Tra' Sardi e' Corsi il vede quando cade;
2*3 Equell' ombra gentil, percui si noma Pietola più che villa Mantovana, Del mio carcar diposto avea la soma.
29 Perch' io, che la ragione aperta e piana Sovra le mie questioni avea ricolta, Stava corn' uom che sonnolento vaua.
50 Ma questa sonnolenza mi fu toi ta
Subitamente da gente, che dopo Le nostre spalle a noi era già voila.
51 E qualelsmeno già vide ed Àsopo
Lungo di se di notte furia e calca,
Pur che i Teban di Bacco avesser uopo;
:>2 Taie per quel giron suo passo falca,
Per quel ch' io vidi, di color, venendo, Cui buon volere e giusto arnor cavalca.
35 Tosto fur sovra noi, perche correndo Si movea lutta quella turha magna; E duo dinanzi gridavan piangendo :
54 Maria corse con fretta alla montagna ; E Cesare, per suggiugare Ilerda, Punse Marsilia, c poi corse in Ispagna.
35 Ratto, ratto, che il tempo non si perda
CHANT IYIII. 287
La lune, qui se levait tardivement vers minuit, faisait paraître à nos yeux les étoiles plus rares; elle était comme un seau tout embrasé,
Et remontait le ciel par ce chemin que le soleil enflamme, quand l'habitant de Rome le voit coucher entre la Sardaigne et la Corse,
Et l'ombre illustre, par qui Pietola est plus renommée que toute ville du Mantouan, avait déchargé le fardeau qui m'accablait ;
C'est pourquoi, moi qui avais recueilli de toutes mes questions une explication simple et claire, je me tenais comme un homme appesanti de sommeil, qui commence à rêver.
Mais cette somnolence fut soudain dissipée par une foule, qui déjà s'avançait derrière nos épaules ;
Et comme l'ismènc et l'Àsopus virent autrefois la foule se presser en furie sur leurs bords pendant la nuit, dès que les Thébains avaient besoin de Bacchus ;
Ainsi, dans ce cercle, je voyais venir pressant leurs pas ceux qu'aiguillonnaient une bonne volonté et un juste amour.
Ils furent bientôt sur nous, car toute celle grande troupe allait en courant, et devant elle deux ombres criaient tout en pleurs :
c< Marie, en toute haie, courut à la montagne; et César, pour soumettre Ilerda, effleura Marseille, et courut ensuite en Espagne. »
«Vite, vile! criaient les autres; que le temps ne se
'288 DEL PURGATORÏO.
Per poco amor, gridavan gli allri apprcsso , Che studio di ben far grazia rinverda.
56 0 gente, in cui fervore acuto adesso
Ricompie forse negligenza e. indugio Da voi per tepidezza in bcn far messo,
57 Questi che vive (eeerto io non vi bugio)
Vuoleandar su, purchè il Sol ne riluca ; Pcrô ne dite ond' è presso il pertugio.
58 Parole furon queste del mio Duca :
Ed un di quegli spirti disse : Vieni Direlr' anoi, che troverai labuca,
59 Noi siam di voglia a moverci si pieni,
Che ristarnon potem ; pero perdona, Se villania nostra giustizia tieni,
4o 1' fui Abate in San Zeno a Verona,
Sottoloimperio del buon Barbarossa, Di cui dolente ancor Melan ragiona.
il E taie ha già V un piè dentro la fossa, Che tosto piangerà quel monistero, E tristo fia d' avervi avuta possa ;
42 Perché suo figlio, mal delcorpo intero,
E délia mente peggio, e che mal nacque, Ha posto in luogo di suo paslorvero.
45 Io non so se più disse, o s' ci si lacque, Tant' era già di làdanoi trascorso; Ma questo intesi, e rilener mi piacque.
44 Equei, che m' era ad ogni uopo soccorso,
Disse: Volgiti in qua, vedine due AU' accidia venir dandodi morso.
45 Diretro a tutti dicean : Prima fue
perde point par trop peu d'amour! et que le zèle do bien agir lasse reverdir la grâce.»
« — 0 vous, en qui maintenant une ferveur pressante répare peut-être la négligence et le retard que par tiédeur vous mîtes à bien faire,
«Celui-ei qui vit, et eertes je ne vous menis point, veut monler plus haut, dès que le soleil nous rendra sa lumière. Doue, dites-nous de quel côté est le passage.»
Ce furent les paroles de mon guide; et l'un de ces esprits lui dit : «Viens derrière nous, tu trouveras l'ouverture.
((Nous sommes si pénétrés du désir de marcher, que nous ne pouvons nous arrêter; pardonne donc si ce qui est juste te semble discourtois.
« Je fus abbé de Saint-Zénon à Vérone, sous l'empire du preux Barberousse, dont Milan ne parle encore qu'en gémissant ;
« Et tel a déjà un pied dans la fosse, qui bientôt pleurera sur ce monastère, et s'attristera d'y avoir été maître,
a Parce qu'il y a mis son fils, contrefait de corps, pire d'esprit et mal né, et l'a établi au lieu du pasteur légitime. »
Je ne sais s'il en dit davantage ou s'il se tut, tant déjà il nous avait dépassés; mais j'entendis ces mots, et il me plut de les retenir.
Et celui qui était mon secours en tout besoin me dit: « Tourne- toi de ce côté; tu en verras venir deux autres qui déchirent à belles dents le péché de paresse. »
Ils formaient la marche et disaient : «Tout le peuple
290 DEL PUUGATORIO.
Morta la gente, a cui il mar s' a perse, Che vedesse Giordan le redc sue.
io Equclla, che 1' a flan no non sofferse
Finoalla fine col figliuol d" Ànchise, Se stessa a vita senza gloria offersc.
47 Poi quando fur da noi tanto divise
QuelT ombre, che veder più non potcrai, Nuovo pensier dentro de me si mise,
48 Del quai più allri nacquero e divers! :
E lanlo d1 uno in allro vaneggiai, Che gli occhi per vagliezza ricopersi,
49 Ë il pensamenlo in sogno trasmutai,
devant qui la mer s'élail ouverte, mourut avant que le
Jourdain vil ses maîtres;
c< Et la troupe, (jui ne soutint pas les angoisses jusqu'à la iiu avec le fils d'Anchise, se voua elle-même à une vie sans gloire. »
Puis, quand ees ombres se lurent éloignées de nous à ce point qu'on ne pouvait plus les voir, un nouveau penser s'introduisit en moi;
Duquel en naquirent plusieurs autres tous divers, el j'errai si bien de l'un à l'autre, que par rêverie je fermai la paupière; et je changeai ma pensée eu songe.
C'est un reproche souvent adressé aux poètes italiens d'avoir trop confondu le sacré et le profane. S'il s'agit du Tasse, c'est l'avénement de la Renaissance. S'il s'agit de Dante, c'est la barbarie des temps. Mais les vues de Dante sont plus hautes qu'on ne pense; comme tout le moyen âge il tient à sauver la tradition ; il croit à l'antiquité; il est passionné pour les vieilles vertus romaines. Tout son siècle fait comme lui.
A Sienne, au palais public, sous l'arc qui sépare la chapelle de la salle, se trouvent des peintures allégoriques. A la clef de voûte une ville enfermée dans une enceinte ronde avec le mot Rome. D'un côté Jupiter et Mars avec l'aigle et le loup, de l'autre Apollon et Pallas avec le corbeau et la chouette. Au-dessous des premiers est placé Aristole, au-dessous des seconds César et Pompée et une inscription en vers latins pour exhorter les Italiens à ne point imiter ces deux grands coupables.
Popularité de César au moyen âge. — Roman de César enchâssé dans le poëme de i'Intelligenza l. L'auteur proteste qu'il suit Lucain. Il reproduit les grands épisodes, les discours, le siège de Marseille, la tempête, l'entretien de Brntus et de Caton. Mais il suppose Lucain témoin du combat.
Terc. 28. — Pietola, polit bourg voisin deMautouooù on suppose qu'est né Virgile. G. A. H.
40. — Les commentateurs difïèrent sur le nom de cet abbé de Saint-
1 Sur le poème de YIntelligenza, voir les do.umcnls inédits pour servir à histoire littéraire de l'Italie, p. 521.
Zenon de Vérone. L'épithètè de Buono est donnée à Frédéric Barbcrousse par ironie, à cause du mal qu'il fit aux Milanais. G. A. H.
42. — Albert de la Scala avait imposé son fils naturel pour abbé au monastère de Saint-Zénon . (* A H.
L'inspiration didactique ou philosophique. — Le poëte a averti que sous les voiles de l'allégorie il cache un enseignement moral. Il l'ébauche dans l'enfer; au paradis il y ajoute les derniers traits; mais c'est au purgatoire qu'il en a mis, pour ainsi dire, la substance; toute la doctrine de l'amour, l'origine du mal, l'expiation.
Allégorie. — Dante représente l'homme ramené du vice à la vertu par les deux puissances que le moyen âge ne séparait pas : la philosophie et la théologie. Virgile représente la philosophie : les anciens l'avaient honoré comme un sage. Béatrix représente la théologie, la véritable muse du treizième siècle, et Raphaël l'a compris de même.
Symbolisme. — Virgile peut donc dire ce que la raison embrasse. Béatrix dogmatise partout; Virgile lui dit : « Vous par qui l'espèce humaine pénètre au delà des choses sublunaires; » elle est la lumière qui s'interpose entre l'intelligence et la vérité. Raphaël place Dante dans sa Dispaie du Saint-Sacrement; il donne à la Théologie le costume symbolique dont Dante a revêtu Béatrix dans la vision du purgatoire, la couronne d'olivier, le voile blanc, le manteau vert et la robe rouge. 11 était beau et patriotique de placer le grand poète national parmi les docteurs, et au-dessus
29i LE PURGATOIRE.
de tons la jeune fille de Florence transfigurée. On s'est demandé s'il n'y avait, pas quelque chose de barbare dans celte confusion ; en fait de beauté, en fait d'art, je m'en rapporte à Raphaël.
Nulle part ces vues ne sont plus justifiées qu'au dixhuitième chant du Purgatoire. Nous touchons au fond même et par conséquent aux difficultés de la philosophie péripatéticienne. Toute substance se compose de malière et de forme : la matière, c'est le pouvoir d'être modifié ; la forme fait le caractère des choses et les qualifie. Mais il y a des formes accidentelles; il y en a de substantielles qui donnent à l'objet d'être ceci et non cela. Ainsi l'âme est la forme substantielle du corps, puisqu'elle l'anime, puisqu'elle fait l'homme, et qu'elle absente il n'y a plus d'homme, il ne reste qu'un cadavre. Mais Àristote n'a jamais bien éclairci cette question, si l'âme, comme forme du corps, pouvait subsister séparée de lui. Il semble même le nier expressément : Qvy. èvziv 'h tyw/jn ^wpior/j toG o-oSp.aroç \ Dieu même est forme, acte pur; mais il est la forme du monde éternel comme lui. Dante déteste celle erreur; il va au-devant en distinguant l'âme unie et l'âme séparée; mais il conserve ce terme périlleux. 11 suit saint Thomas, qui ne se résout pointa combattre Aristote, mais qui soutient que les matérialistes l'entendent mal. Saint Thomas n'admet pas que l'âme soit un composé de matière et de forme, car, dit-il 2, si l'âme était composée de matière, elle n'aurait pas d'idées géné-
1 De anima, II.
2 la. q. 75, art. 5
raies, car la matière est le principe de l'individualité. La philosophie de Dante n'est pas seulement la sienne; c'est aussi celle du moyen Age; c'est celle de saint Thomas :
«L'objet meut l'appétit en faisant en quelque sorte impression en lui, cl l'appétit tend à la possession réelle de l'objet, pour que le mouvement trouve sa fin où il a trouvé son principe.
«Donc la première modification de l'appétit par l'objet s'appelle amour, qui n'est que la complaisance qu'on ressent pour l'objet proposé, et de cette complaisance suit le mouvement; qui est le désir, et enfin le repos, qui est la joie1. »
Les chants philosophiques de Dante ne sont pas seulement des leçons, c'est une polémique ardente contre les erreurs de son temps. Ces aveugles qui servent de guides sont ceux qui soutiennent que tout amour est bon en soi. La philosophie de l'attrait n'est pas neuve. Au treizième siècle, avec l'hérésie de l'Evangile éternel, on prêche la réhabilitation de la chair, le règne de l'amour et de la jouissance. Sachons que nos pères ont. traversé les mômes luttes que nous, et accoutumons-nous à considérer dans le passé les périls du présent, afin de porter un regard plus ferme sur l'avenir.
1 Appetibile cnim movct appetitum facicns quodam modo in eo iutentionom ; et appetitus tendit in appetibi'e realiter consequendum. ut sit ibi finis îriolus ubi lecil principium.
Prima ergo immutatto appetitus al> appetibili vocatur amor, qui nihil est alind quam eomplacentia appetibilis; et ex bac complacenlia <equetur motus in appetibile qui est desideriuin ; et ultiina quies quœ est gaudium. (S. Thomas, 1* 2a'. q. 20.)
1 NcH' ora che non puo il cal or diurno
Inlepidar piû il freddo délia lûha, Vinio da Terra o talor da Salurno ;
2 Ouando i geomanti lor maggior forluna
Veggiono in oriente, innanzi ail' alba, Surgcr per via che poco le slabruna ;
ô Mi venne in so^no nna femmina balba,
Con gli occbi guerci, e sovra i piè distorla ('on le man monche, e di colore sciaïba.
4 Io la mirava ; e, corne il Sol conforla
Le fredde membra che la notte aggrava, Cosi lo sguardo mio le facea scorla
5 La lingua, e poscia tuttala drizzava
lu poco d' ora, e lo smarrilo volto, Corn' amorvuol, cosî le colorava.
« Toi ch' ella avea il parlar cosî disciolto,
A l'heure où la chaleur, que le jour avait laissée vaincue par la température de la terre, et quelquefois par l'influence de Saturne, ne peut plus attiédir le froid de la lune ;
Quand les géomanciens voient du côté de l'Orient avant l'aube le signe, qu'ils nomment la Grande Fortune, monter par un chemin qui ne reste pas longtemps sombre,
En songe m'apparut une femme bègue, aux yeux louches; son corps se tordait sur ses pieds, ses mains élaieut mutilées, et son teint blême*
Je la considérais, et, comme le soleil ranime les membres glacés par l'engourdissement de la nuit, ainsi mon regard lui déliait
La langue, et ensuite, en peu d'instants, redressait toute sa personne, et colorait son paie visage des couleurs qu'aime l'amour.
El lorsqu'elle sentit ainsi sa langue déliée, elle se mit
Cominciava a cantar si, che con pena Da lei avrei mio intento rivollo.
i Io son, cantava, io son dolce sirena,
Che i marinari in mezzo al mardisoiaffo: Tanto son di piacere a sentir piena.
s Io volsi Ulisse del suo cammin vago Al canlo mio ; e quai mcco s' ausa Rado sen parte, si tutto V appago.
9 Ancor non era sua bocca richiusa,
Quando una donna apparve santa e prestn Lungbesso me per far colei confusa.
io 0 Yirgilio, Virgilio, chi è questa?
Fieramente dicea: cd ei vcniva, Con gli occhi fitli pure in quella onesta.
n L* altra prendeva, e dinanzi 1' apriva
Fendendo i drappi, e mostravami il ventre : Quel mi svegliô col puzzo chè n' usciva.
12 I" volsi gli occhi ; e il buon Virgilio : Almen Ire
Voci t' ho messe, dicea : surgi e vieni, Troviam la porta per la quai tu entre.
13 Su mi levai, e tutti eran già pieni
Dell' allô di' i giron del sacro monte, E andavam col Sol nuovo aile reni.
ti Seguendo lui, portava la mia fronte
Corne colui che 1' ha di peusier carca, Che fa di se un mezzo arco di ponle ;
15 Quand' io udi' : Venite, qui si varca : Parlare in modosoave e benigno, Quai non si senle in quesla modal marca.
io Con F aie aperte che parean di cigno,
•i chanter de telle sorte, qu'avec peine j'aurais détourné d'elle mon attention.
k Je suis, chantait-elle, je suis la douce sirène qui, au milieu des mers, égare les nochers, si grand est le plaisir de m'entendre.
«Mes chants détournèrent Ulysse de sa course vagabonde; et qui se familiarise avec moi, rarement s'éloigne, tant je sais le charmer. »
Sa bouche ne s'était point encore fermée, quand une femme sainte parut tout à coup à mes côtés pour confondre la première.
«0 Virgile, Virgile, qui est celle-ci?» disait-elle irritée; et lui s'approchait, les yeux seulement fixés sur Ja femme pure.
Et elle saisit l'autre, et, fendant ses vêtements, la découvrit par devant, me montra son ventre : la puanteur qui s'en exhalait me réveilla.
Je tournai les yeux, et le doux Virgile : ((Voici, disait-il, au moins trois fois que je t'appelle, lève-toi et viens. Trouvons l'ouverture par où tu dois entrer. »
Je me levai, et déjà les cercles de la montagne sacrée étaient inondés de tout l'éclat du jour, et nous mardi ions, le soleil naissant derrière nous.
A la suite de mon guide, je portais le front comme un homme chargé de pensées, qui forme de son corps la moitié de l'arche d'un pont,
Quand j'entendis : «Venez; c'est ici qu'on passe.» P^t la voix avait un accent doux et miséricordieux qu'on n'entend point dans cette région mortelle.
Tes ailes ouvertes et semblables aux ailes d'un cygne,
300 DEL PURGATOIUO.
Volseci in su colui che si parlonne, Tra i duo pareti del duro macigno.
17 Mosse le penne poi e ventilonne,
Qui lugent affermando esser beati, Ch' avran di consolar 1' anime donne.
18 Che liai, che pure in ver la terra guali?
La Guida mia incominciô a dirmi, Pocoambedue dall' Angel sormontati.
19 Ed io: Con tanta suspizion la irmi
Novella vision ch' a. se mi piega, Si ch' io non posso dal pensar parlirmi. 2D Vedesti, disse, quell' antica strega,
Che sola sovra noi ornai si piagne?
Vedesti corne Y nom da lei si slega ?
21 Bastiti, e batti a terra le calcagne,
Gli occhi rivolgi al logoro, che gira Lo rege eterno con le rote magne.
22 Quale il falcon che prima a' piè si mira,
Indi si volge al grido, e si protende, Per lo disio del pasto che là il tira ; 2"> Tal mi fec'io, e tal, quanto si fende La roccia per dar via a chi va suso, N' andai infin dove il cerchiar si prende,
24 Com' io nel quintogiro fui dischiuso,
Vidi génie per esso che piangea, Giacendo a terra tutlavolta in giuso.
25 Adhmit pavimento anima mea,
Cil A M XIX. 301
celui (|ui nous avait parlé de la sorte nous achemina vers la montée, entre les deux parois de la dure montagne.
Il agita ses plumes et leur vent nous purilia ? « Heureux, assurait-il, ceux qui pleurent, car ils auront leurs Ames riches de consolations.
a Qu'as-tu? et pourquoi regarder vers la terre?» ainsi se prit à me parler mon guide, quand déjà l'ange nous dépassait de peu.
Et moi : « Si je marche avec tant de souci, c'est l'effet de ma dernière vision qui plie mon esprit vers elle, si hien que je ne puis cesser d'y penser. »
«Tu as vu, reprit-il, cette antique magicienne, qui seule fait verser des pleurs dans les cercles ouverts audessus de nos têtes; tu as vu comment l'homme se détache d'elle.
« Que cela le suffise ; frappe la terre de tes talons, el tourne les yeux vers l'appât qu'agite devant toi le roi éternel avec les sphères des cieux. »
Comme le faucon qui d'ahord regarde ses serres, puis se retourne au cri du chasseur, et s'élance avide de la pâture qui l'attire,
Tel je me montrai, et tel, m'enfonçant aussi loin que la roche s'ouvre pour donner passage à celui qui monte, j'allai jusqu'à l'endroit où l'on entre dans le cercle.
Dès que le cinquième cercle se fut ouvert devant moi, j'y vis çà et là des ombres qui pleuraient gisantes et le visage contre terre :
« Adhœsil pammento anima mca, je les entendais dire
'm DEL PURUAT01U0.
Sentia clir loi' con si a ltî sospiri, CHela parola appena s* intende*-.
26 0 eletti diDio, di cui soffriri
E giuslizia è speranza fan me.i duri, Drizzate noi verso gli ahi saliri.
ri Se voi veniie dal giacer sicuri,
E voleté trovar la via più toslo,
Le voslre destre sien sempre di furi.
28 Cosi pregô il Poêla, esi risposlo
Poco dinanzi a noi ne fu ; per eh' io Nel parlare avvisai 1' allro nascosto ;
2j E volsi gli occhi allora al Signor mio : Ond' elli m' assenti con lieto cenno Giô che chiedea la vista del disio.
30 Poi ch' io potei di me fare a mio senno,
Trassimi sopra quel la créa tu ra, Le cui parole pria notar mi fenno,
31 Dicendo : Spirto, in cui pianger ni attira
Quel, sanza il quale a Dio tornar non puossi Sosta un poco per me tua maggior cura.
:>2 Clii fosli, e perché vôlti avetei dossi
Al su, mi di, e se vuoi ch' io t' impclri Cosa di là ond' io vivendo mossi.
53 Ed egli a me : Perche i nostri diretri
Rivolga il cieloasè, saprai : ma prima, Scias quod ego fui mccessor Pétri.
ôi Intra Siestri e Chiaveri s' adima
Una fiumana bel la, e del suo nome Lo tilol del mio sangue fa sua cima.
55 Un mese e poco più prova' io corne
ainsi, avec de si profonds soupirs, qu'à peine se distinguait la parole.
u 0 élus de Dieu, dont les douleurs sont adoucies par la justice et par l'espérance, dirigez-nous par les degrés qui montent plus haut!»
« Si vous venez ici assurés de n'y point rester étendus, et, si vous voulez trouver plutôt la bonne voie, gardez le bord de la montagne à votre droite. »
Ainsi demanda le poëte et ainsi lui fut-il répondu à quelques pas devant nous. C'est pourquoi la parole me lit reconnaître l'interlocuteur que d'abord je ne voyais point ;
Et je tournai les yeux vers les yeux de mon maître, et lui d'un signe gracieux m'accorda ce que demandait l'expression muette de mon désir.
Quand je pus disposer de moi à mon gré, je m'approchai de cette créature que ses paroles m'avaient fait remarquer,
Disant : a Esprit, en qui les pleurs mûrissent le fruit sans lequel on ne peut retourner à Dieu, suspends un peu pour moi ton plus grand soin.
« Dis-moi qui tu fus et pourquoi vous avez le dos tourné en haut, et si tu veux que je t'obtienne quelque chose sur la terre d'où je suis venu vivant. »
Et lui à moi : «Pourquoi le ciel veut que nous lui tournions le dos, tu le sauras, mais d'abord : Stiasquod ejo fui mccessor Pelri.
«Entre Siestri et Chiavari se précipite un beau fleuve, et île son nom descend le titre de ma famille.
«Un mois et un peu plus, j'éprouvai ce que pèse le
50 i DEL PURGÀTOR10.
Pesa il grau manlo a chi dal fango il guarda, Che piuma sembran lutte 1' altre some.
50 La mia conversione, oimè ! fu tarda : Ma, corne fatto fui Roman Pastore, Cosiscopersi la vita bugiarda.
57 Vidi che li non si quetava il core,
Ne più salir poliesi in quella vita ; Perché di questa in me s' accese amore.
58 Fino a quel punto misera e partita
Da Dio anima fui, del tutto avara :
Or, corne vedi, qui ne son punita.
59 Quel ch' avarizia fa, qui si dichiara
Inpurgazion dell' anime converse.
E nulla pena il monte ha più amara.
40 Si come 1' occhio nostro non s' aderse In alto, fisso aile cose terrene, Cosi giustizia qui a terra il merse.
il Come avarizia spense a ciascun bene
Lo nostro amore, onde operar perdési, Cosi giustizia qui slretti ne tiene
42 Ne1 piedi e nelle mari legati e presi ; E quanto fia piacer del giusto Sire, Tanto staremoimmobili e distesi.
45 lo m' era inginocchiato, e volea dire:
Ma corn' io cominciai, ed ei s' accorsc, Solo ascoltando, del mio riverire :
M Quai cagion, disse, in giùcosi ti torse ? Ed io a lui : Per vostra dignitate Mia coscienza dritta mirimorse.
45 Drizza le garnbe, e levati su, fraie,
CHANT XIX. :>oà
grand manteau à qui le garde de la lange, tout autre fardeau ne semble que plumes.
«Ma conversion fut, hélas! tardive; mais, au moment où je fus fait Pasteur Romain, alors je découvris le mensonge de la vie.
«Je vis que là le cœur ne trouvait pas son repos; et comme je ne pouvais monter plus haut dans cette vie, l'amour de l'autre s'alluma dans moi.
« Jusqu'alors je fus une âme misérable et séparée de Dieu, toute vouée à l'avarice. Maintenant j'en suis bien puni, comme tu le vois.
« Ce que fait l'avarice se manifeste ici pour la purification des âmes converties, et la montagne n'a pas de peine plus amère.
«Comme notre œil ne s'est point levé vers le ciel, fixé qu'il était vers les choses terrestres, ainsi la justice le plonge ici vers la terre.
«Comme l'avarice éteignit notre amour pour tout vrai bien, d'où vint que nous perdîmes le mérite d'agir, ainsi la justice nous tient ici à la chaîne ;
«Les pieds et les mains liés, et captifs; et autant qu'il plaira au Seigneur toujours juste, autant nous resterons immobiles et étendus.»
Je m'étais agenouillé, et je voulais parler. Mais, comme je commençais, il s'aperçut, à m'entendre seulement, du respect que je lui rendais.
« Quelle raison , dit-il, t'a plié vers la terre. » Et moi : « À cause de votre dignité, ma conscience ne m'aurait, pas laissé debout sans remords.»
«Redresse tes jambes et lève-toi, frère, répondit-il,
306 DEL PURGATOIUO.
Rispose ; non errar, conservosono Teco econ gli nltrî ad una potestite.
46 Se mai quel santo cvangelico suono,
Che dice Neque nubent, intendesti, Ben puoi veder perch' io cosi ragiono.
47 Yattene ornai ; non vo' che più t' arresti,
Chè la tua stanza mio pianger disagïa, Col quai maturo ciô che lu dicesti.
48 Nepote ho io di là c' ha nome Alagia,
Buona da se, purchè la nostra casa Non faccia lei per escmplo malvagia :
49 E questa sola m' èdi là rimasa.
ne t'y trompe point; je ne suisavee toi et tous les autres que le serviteur d'une même puissance.
« Si jamais celle parole sainte de l'Evangile : Neque nubent\ a frappé Ion oreille, aisément tu peux voir pourquoi je raisonne de la sorte.
« Maintenant retire-loi, je ne veux pas que tu t'arrêtes davantage, car ta présence gêne mes pleurs par lesquels je mûris le fruit dont tu parlais.
«J'ai là-bas une nièce qui a nom Alagia ; bonne de soi, pourvu que l'exemple de notre famille ne la fasse point mauvaise.
«Elle seule là-bas m'est restée. »
Terc. 2. — Landlno. — Les Géomanciens traçaient seize lignes de points sans compter ces points ; puis ils divisaient les seize lignes en quatre parties de quatre lignes chacune. Ensuite ils accouplaient les points de manière qu'à la fin, le compte restait pair ou impair. Et de chaque quaternaire ils tiraient les derniers points pour en faire deux figures. Et les noms des figures sont : joie, tristesse ; grande fortune, pelite fortune; acquisition, perte; blanc, rouge; conjonction, prison; peuple, chemin; garçon, fille; tê'e et queue.
5. — Nous avons trouvé sur notre chemin une des plus admirables fictions de la Divine Comédie. Celle de ces deux femmes qui apparaissent au poëte, l'une difforme et s'embellissant sous le regard qui la fixe, et séduisant l'oreille par son chant de sirène; l'autre, chaste et austère, venant à propos pour déchirer les voiles de la ma-' gicienneetla livrer au mépris. C'est la légende d'Hercule au carrefour des deux roules. Il est curieux de rapprocher ainsi les deux génies antique et moderne; mais le moderne l'emporte par sa brièveté même et par une plus complète connaissance du cœur humain.
Xénophon, Memorab., II, cap. i. — « Prodicus raconte que le jeune Hercule, approchant de la puberté et de l'âge où les adolescents entrent en possession d'eux-mêmes et laissent déjà prévoir s'ils prendront le chemin du vice ou celui de la vertu, se relira un jour dans un lieu solitaire et s'assit, se demandant laquelle des deux routes il prendrait. Alors il crut voir venir deux femmes d'une taille imposante. La premièreavait un visage gracieux et noble, la pure!é faisait l'ornement de son corps, la pudeur faisait le charme de sesyeux; la modestie embellissait toute sa personne ; elle était vêtue d'une robe blanche. L'autre devait à une nourrilure exquise son embonpoint et sa mollesse ; elle portait des couleurs que la nature ne lui avait pas données; elle avait les yeux hardis, son vêtement n'était
fait que pour laisser paraître ses beautés: souvent elle se regardait elle-même, ou elle considérait si quoique autre ne la regardait pas, souvent elle se retournait vers son ombre. »
53. — Le pape Adrien Y. — Le fleuve dont il s'agit ici est le Lavagno, au pays de Gènes. G. A. H.
CAOTO XX
Contra miglior voler, voler mal pugna ; Onde contra il piacer mio, per piacerli, Trassi dell' acqua non sazia la spugna.
Mossimi, e il Duca mio si mosse per li Luoghi spedili pur lungo la roccia, Corne si va per muro stretto a' merli ;
Chè la gente che fonde a goccia a goccia
Per gli occhi il mal clie tutlo il mondo occupa Dali' altra parte in fuor troppo s' approccia.
Maledetta sie tu, antica lupa,
Che più che lutte Y altre bestie liai preda, Per la tua famé senza fine cupa !
0 ciel, nel cui girar par che si creda Le condizion di quaggiù trasmutarsi, Quando verra per cui questa disceda?
Noi andavam co' passi lenti e scarsi, Ed io attento ail' ombre ch' i' sentia Pietosamenle pianger e lagnarsi :
La volonté combat mal contre une volonté meilleure, en sorte que, pour plaire à celle Ame et contre mon plaisir, je retirai de l'eau mon éponge encore altérée.
Je m'acheminai, et mon guide s'achemina vers le passade resté libre le long du rocher, comme on marche sur un mur en serrant de près les créneaux.
Car les morts, condamnés à laisser fondre par les yeux, goutte à goutte, le péché qui infeste l'univers, occupaient l'autre côté du chemin trop près du bord pour laisser place.
Maudite sois-tu, antique louve, qui fais plus de victimes que nul autre monstre, à cause de ta faim pareille à un abîme snns fond.
0 ciel ! dont les révolutions passent pour décider le changement des conditions d'ici-bas, quand viendra celui devant qui elle doit fuir?
Nous allions à pas lents et comptés, cl moi, tout attentif aux ombres que j'écoutais avec pitié pleurer et se plaindre;
7 E per ventura udi' : Dolce Maria :
Dinanzi a noi chiamar cosi nel pianto, Corne fa donna che in partorir sia ;
8 E seguilar : povera fosti tanto,
Quanto veder si puô per quell' ospizio, Ove sponesii il tuo portato santo.
9 Seguentemente intesi : 0 buon Fabrizio,
Con povertà volesti anzi virtute,
Che gran riccbezza posséder con vizio.
10 Queste parole m' eran si piaciuie,
Ch' i' mi trassi oltre per aver eonlezza Di quello spirto, onde parean venute.
il Esso parlava ancor délia larghezza Che fece Niccolao aile pulcelle, Per condurre ad onor lor giovinezza.
12 0 anima, che tanto ben favelle,
Dimmi chi fosti, dissi, e perché sol a Tu queste degne Iode rinnovelle?
v> Non fia senza mercè la tua parola,
S' i' ritorno a compièr lo cammin corto Di quella vita ch' al termine vola.
H Ed egli : l' ti dirô, non per conforto
Ch' io attenda di là, ma perché tanta Grazia in le luce prima che sie morlo.
15 l' fui radice délia mala pianta,
Che la terra cristiana tutta aduggia Si, che buon frutto rado se ne schianla.
ig Ma se Doagio, Guanlo, Lilla e Bruggia Potesser, tosto ne saria vendelta ; Ed io la cheggio a lui che tutto giuggia,
Et par hasard j'entendis : « Douce Marie ! » et la voix, qui criait ainsi devant nous, était gémissante comme une femme dans Fenfantement.
Et elle continua : a Tu fus pauvre, autant qu'on peut le voir par la crèche hospitalière où tu déposas ton saint fardeau ! »
Ensuite je saisis ces mots : «0 noble Fabricius, tu aimas mieux ta vertu avec ta pauvreté que de grandes richesses avec le vice!»
Ces paroles m'avaient plu si fort, que je m'avançai pour connaître l'esprit d'où elles semblaient venues.
Jl parlait encore de la grande charité que fit saint Nicolas aux trois vierges pour conduire à une honorable fin leur jeunesse.
« 0 âme qui parles si bien, dis-moi qui tu fus ! commençai-je, et pourquoi seule tu renouvelles ces louanges si justes?
« Ta réponse ne sera pas sans récompense, si je retourne achever le court chemin de cette vie qui vole à son terme. »
Et lui : «Je te répondrai, non pour aucun soulagement que j'attende de là -bas, mais parce qu'une grâce si merveilleuse brille en toi, avant ta mort.
a Je fus la racine de la mauvaise plante qui couvre d'une ombre dangereuse toute la terre chrétienne, de telle sorte qu'on y cueille rarement de bons fruits.
« Mais si Douai, Gand, Lille et Bruges, le pouvaient, prompte serait la vengeance, et je la demande à celui qui juge toute chose.
514 DEL PURGATOMO.
17 Ghiamato fui di là Ugo Ciapetta :
Di me son nati i Filippi e i Luigi, Per cui novellamente è Francia retta,
18 Figliuol fui d' un beccaio di Parigi.
Quando li régi antichi venner meno Tutti, fuor ch' un renduto in panni bigi,
19 Trova' mi slretto nelle mani il freno
Del governo dcl regno, e tanta possa Di nuovo acquisto, e si d' amici pieno,
20 Ch' alla corona vedova promossa
La testa di mio fîglio fu, dal quale Cominciar di coslor le sacrale ossa.
21 Mentre che la gran do(e Provenzale
Al sangue mio non toise la vergogna, Poco valea, ma pur non facea maie.
22 Li comincio con forza e con menzogna
La sua rapina ; e poscia, per ammenda, Ponli c Normandia prese, e Gunscogna.
25 Carlo venne in Ilalia, e per ammenda, Vil lima fe di Curradino; e poi Ripinse al ciel Tommaso, per ammenda.
21 Tempo \egg' io non molto dopo ancoi
Che tragge un altro Carlo fuor di Francia, Per far conoscer meglio e se e i suoi.
25 Senz' arme n' esce, e solo con la lancia
Con la quai gioslrô Giuda; e quella ponla Si, ch' a Fiorenza fa scoppiar la pancia.
2a Quindi non terra, ma peccato ed on la Guadagnerà, per se tanlo più grave, Quanlo più licvesimil danno conta.
« Là-bas je fus appelé Hugues Capet ; de moi sont nés les Philippe et les Louis, par qui la France est depuis peu gouvernée.
c< J'étais fils d'un boucher de Paris. Quand la race des anciens rois vint à manquer, à l'exception d'un seul qui prit des vêtements gris,
«Je me trouvai serrant dans les mains la bride du gouvernement, et si puissant par mes nouveaux domaines, si entouré d'amis,
« Que la couronne veuve fut posée sur la tête de mon fils, à qui commença la souche sacrée des nouveaux rois.
« Tant que la grande dot de Provence n'enleva pas la vergogne à ceux de mon sang, ils valaient peu, mais du moins ils ne faisaient pas de mal.
«Là commencèrent leurs rapines par force et par mensonge, puis en réparation ils prirent le Ponthieu, la Normandie et la Gascogne.
« Charles vint en Italie, et en réparation il fit de Conradin sa victime; puis il envoya au ciel saint Thomas, toujours en réparation.
«Je vois venir un temps, qui ne se fera pas longtemps attendre, et qui tirera de France un autre Charles, pour mieux faire connaître lui et les siens.
«11 en sort sans armes, et seulement avec la lance que Judas portait à la joute, et la darde si bien, qu'il fait éclater le ventre de Florence.
« A. ce jeu il ne gagnera point de terre, mais, crime et honte, d'autant plus lourds pour lui, qu'il tient pour léger un tel dommage.
27 L' altro, che già usci preso di nave,
Veggio vender sua fîglia, e patleggiarne, Corne fan li corsar dell' allre schiave.
23 0 avarizia, che puoi tu più farne,
Poi c' bai il sangue mio a le si tratto, Che non si cura délia propria carne?
29 Perché men paia il mal futuro e il falto, Veggio in Alagna entrar lo fiordaliso, E nel Vicario suo Cristo esser catto,
50 Veggiolo un' altra vol ta esser deriso ;
Veggio rinnovellar Y aceto e il fêle, E tra nuovi ladroni essere anciso.
51 Veggio il nuovo Pilato si crudele,
Che cio nol sazia, ma, senza decreto, Porta nel tempio le cupide vêle.
52 OSignor mio, quando sarô io lielo
A veder la vendetta, che nascosa Fa dolce Y ira tua nel tuo segreto!
55 Ciô ch' i' dicea di quell' unica sposa Dello Spirito Sanlo, e che li fece Verso me volger per alcuna chiosa,
54 Tant' è disposto a lutte nostre prece,
Quanto il di' dura; ma, quando s' annotta, Contrario suon prendemo in quella vece.
55 Noi ripetiam Pigmalion allolta,
Cui traditore e ladro e patricida Fece la voglia sua dell' oro ghiolta ; 50 E la miseria dell' avaro Mida,
Che segui alla sua dimanda ingorda, Per la quai sempre convien che si rida.
«L'autre, qui naguère sortit prisonnier de son vaisseau, je le vois vendre sa fille, et en trafiquer comme un corsaire fait de ses esclaves.
« 0 avarice, que peux- tu faire de plus, puisque tu t'es à ce point emparée de mon sang, qu'il n'a plus de souci de sa propre chair !
« Pour que le mal futur et le mal passé semblent moindres, je vois dansÀnagni entrer les fleurs de lys; et danslapersonnedesonvicaireje vois le Christ prisonnier.
« Je le vois une autre fois livré à la dérision ; je vois renouveler le vinaigre et le Bel, et le Christ mis à mort entre deux larrons vivants;
a Je vois le nouveau Pilate si cruel, que ceci ne le rassasie pas, et que sans loi il porte dans le temple ses avides désirs.
c< 0 Seigneur ! quand aurai-je la joie de voir la vengeance qui, cachée dans tes secrets desseins, adoucit la colère?
« Les paroles que je disais de l'unique épouse du Saint-Esprit, et qui t'ont fait tourner vers moi pour en avoir quelque interprétation,
«Sont affectées à nos prières tant que dure le jour; mais, quand vient la nuit, nous adoptons en échange des paroles contraires.
«Alors nous répétons l'exemple dePygmalion, que sa passion affamée d'or rendit traître, larron et parricide;
« Et la misère qui punit l'avare Midas de ses vœux avides, pnr où il est devenu l'objet d'une risée éternelle.
318 DEL PURGATOIilO.
57 Del folle Acam ciascun poi si ri corda, Corne furo le spoglie, si clie Y ira Di Josuè qui par clic ancor lo morda.
53 Indi aecusiani col marilo Safira :
Lodiamo i calci ch' cbbe Eliodoro; Ed in infamia tulto il monte gira
59 Polinestor che ancise Polidoro.
Ultimamente ci si grida : Crasso, Dicci, chè '1 sai, di che sapore è 1' oro.
40 Talor parliam 1' un allô, e Y allro basso,
Secondo 1' affezion ch' a dir ci sprona, Ora a maggiore, ed ora a minor passo.
41 Pero al ben che il di' ci si ragiona,
Dianzi non er' io sol; ma qui da presso Non alzava la voce altra persona.
42 Noi eravam parti ti già da esso,
E brigavam di soverchiar la slrada Tanto, quanlo al poder n' era permesso ; 45 Quand' io senti', corne cosa che cada,
Tremar lo monte : onde mi prese un gielo, Quai prender suoî colui ch' a morte vada.
44 Certo non si scotea si forle Delo
Pria che Latona in lei fa cesse il nido À parturir li due occhi del cielo.
45 Poi cominciô da tutte parti un grido
Tal, che '1 Maestro in ver di me si feo, Dicendo : Non dubbiar, mentr' io ti guido.
46 Gloria in excehis, tutti, Deo,
Dicean, per quel ch' io da vicin compresi, Onde intender lo grido si poteo.
«Puis chacun se souvient d'Acham l'insensé, comment il enleva les dépouilles, si bien que la colère de Josué semble le poursuivre et le mordre jusqu'ici.
((Ensuite nous accusons Saphire et son époux; nous louons les coups de pied qui foulèrent Héliodorc; et tout autour de la montagne court enveloppé d'infamie
«Le nom dePolymncstor qui tua Polydore; et pour finir nous crions : «0 Crassus, dis-nous de quel goût « est l'or? Tu le sais!»
«Souvent nous parlons, l'un haut et l'autre bas, selon que le repentir nous presse d'un éperon plus impétueux ou plus lent.
«Ainsi, pour redire les bons exemples qui font l'entretien de nos journées, naguère je n'étais point seul; mais dans le voisinage aucun autre n'élevait la voix...»
Déjà nous nous étions éloignés de lui, et nous nous efforcions de franchir le chemin de toute la rapidité qui nous était permise,
Quand je sentis, comme une chose qui tombe, trembler la montagne, et je fus pris du froid glacial qui saisit un homme lorsqu'on le mène à la mort.
Certes Délos ne tressaillit pas si fortement avant que Latone y fit son nid pour enfanter les deux yeux du ciel;
Puis, de toutes parts, s'éleva un cri tel, que le maître se tourna vers moi disant : « Ne crains rien tant que je le guide. »
Tous disaient : « Gloria in excehis Deo», selon ce que je reconnus de près, quand je pus entendre distinctement leurs voix.
47 Noi ci restammo immobili e sospesi,
Corne i paslor che prima udir quel canlo, Fin cbe '1 tremar cessô, ed ei compièsi.
48 Poi ripigliammo noslro cammin santo,
Guardando 1' ombre che giacén per terra Tomate già in su Y usato pianto.
49 Nulla ignoranza mai con tan ta guerra
Mi fe desideroso di sapere,
Se la memoria mia in ciô non erra,
50 Quanta parémi allor pensando avère :
Ne per la fretta dimandare er' oso, Ne per me li potea cosa \edere.
51 Cosi m' andava timido e pensoso.
Nous restâmes immobiles et en suspens, comme les bergers qui les premiers entendirent ce cantique jusqu'à
ce que le tremblement finit, et que l'hymne s'acheva.
Puis nous reprimes notre saint pèlerinage, regardant les ombres qui gisaient par terre et qui déjà retournaient à leur plainte accoutumée.
Si ma mémoire en cela ne me trompe pas, jamais l'ignorance ne me tourmenta si cruellement du désir de
savoii
Que la pensée qui me faisait la guerre en ce moment. Et, à cause de la rapidité de notre course, je n'osais pas interroger, et par moi-même je n'y pouvais rien voir.
Ainsi je m'en allais timide et pensif.
Nous avons expliqué dans le premier semestre six chants seulement de la Divine Comédie, Je n'ai pas de regrets de cette lenteur; je vous en ai même une singulière obligation. La vie est si courte et le passé est si grand que nous pouvons donner à peine quelques instants d'admiration à ces monuments dont l'étude nous réserverait tant de plaisirs et tant de leçons. Faisons, Messieurs, comme le voyageur qui voudrait s'arrêter à chacun des beaux lieux qu'il traverse et qui s'estime heureux si quelque accident le force à y. faire un plus long séjour. C'est à vous que je dois cette jouissance rare de pouvoir considérer de près, et jusque dans le dernier détail, ce dont on n'aurait pas supporté la lecture dans une chaire publique au dernier siècle. Vous n'y perdez pas non plus. Comme l'œuvre de Dieu est tout entière dans le moindre coin de la création, il n'y a pas un endroit de la Divine Comédie où le génie de Dante n'éclate tout entier.
La Divine Comédie rappelle ces grandes représentations du jugement dernier que les artistes du moyen âge sculptèrent sur le portail de nos cathédrales. Devant le tribunal du poète paraissent les rois et les peuples; et dans les jugements qu'il en porte, il y a toute une philosophie de l'histoire. Au XXe chant du Purga-
totre, c'est le tour de la France; et il importe de connaître ce que le poète pensa des destinées de notre pays; ce qu'était la France hors de chez elle, dans l'opinion de ses voisins, de ses ennemis, de ceux qu'elle avait vaincus.
Terc. 16. — Guerres de Flandre. Philippe le Bel contre Guy de Dampierre. Le roi gagne une partie des communes. Bataille de Furnes, Philippe vainqueur réunit la Flandre à la couronne, la traite en pays conquis. Trente chefs de métiers dans la prison de Bruges. Pierre Konig, consul des tisserands, et Jean Beide, consul des bouchers, délivrés de leur prison, entrent dans Bruges, soulèvent le peuple, toute la Flandre est en armes: bataille de Courtray, 1 1 juillet 1502. Les Français y perdent six mille cavaliers, le connétable et la fleur de la noblesse de France. En 1304 revanche de Mons-en- Puelle; p;>ix avec les Flamands. Ils abandonnent à Philippe Lille et Douai. Il semble que Dante ait écrit ce chant entre 1502 et 1304. Mais l'allusion aux Templiers nous renvoie à 1307.
HUGUES CÀPET.
L'histoire. — La chronique de Richer, nouvellement découverte, jette un jour inattendu sur ces temps obscurs.