LE CORPS SUBTIL
Difficulté de concevoir l'âme séparée du corps. Le matérialisme est au fond de toule l'antiquité païenne.
1. L'Inde, lois de Manou, XII, 16, 21. — Si l'âme a pratiqué la vertu et rarement le vice, revêtue d'un corps emprunté aux cinq éléments elle savoure les délices du paradis. Mais si elle s'est adonnée fréquemment au mal et rarement au bien, elle prend un autre corps à la formation duquel concourent les cinq éléments et qui est destiné aux tortures de l'enfer. Lorsque les âmes ont gcûté les joies ou subi les peines qui leur furent réservées, les particules élémentaires se séparent et rentrent dans les éléments d'où elles étaient sorties.
2. La Grèce, psychologie d'Homère. — L'âme, ^vyjv, c'est le souflle. Il a son siège dans la poitrine et sa nourriture dans le sang. Après la mort il descend dans l'Hadès pour y vivre dans une image dépourvue de sang, formée d'une matière subtile comme la fumée, et&i>).ov ou vfiyéXq. L'ombre reproduit les traits du héros, mais non son caractère; exténuée, languissante, elle regrette la lumière et la vie. Achille aimerait mieux cultiver les champs aux gages d'un homme obscur que de régner parmi les ombres. Le sacrifice d'Ulysse (Odysg.,Xl); le sang noir dans la fosse; les âmes s'échappent de l'Erèbe : des épouses, des jeunes gens, des vieillards accablés de misères, de tendres vierges, déplorant leur mort prématurée,
et des guerriers qui, revêtus de leur armure sanglante, furent percés par des lames d'airain. De toutes parts ces mânes voltigent en foule, poussant de lamentables cris. Ulysse tire son épée et ne permet pas que les ombres approchent du sang avant que Tirésias ne soit venu s'y désaltérer. Tirésias approche, et, quand il a bu le sang noir des victimes, il parle.
La philosophie païenne se dégage lentement de ces conceptions grossières. Anaximandre faisait de l'âme une matière indéfinie. Ànaximène, Diogcne d'Apollonie et Anaxagore la confondaient avec l'air. Heraclite en faisait un feu, et les Stoïciens se rapprochaient de l'opinion d'Heraclite en disant que c'était un souffle pénétré d'une chaleur divine; ils lui accordaient la vie future, mais non l'immortalité.
Les premiers philosophes chrétiens n'arrivent pas sans peine à la notion de l'esprit pur. Origène, ïlepi apx«v, conçoit Dieu seul comme incorporel. Il prête aux démons et aux âmes qu'il leur assimile « des corps composés de cet air épais et humide qu'on sent quand le vent souffle. » Saint Augustin (de Civ. Dei, lib. XXI, cap. x) rapporte ce sentiment et laisse la question douteuse en ce qui touche les démons.
Saint Augustin (Confess., lib. VII, xn) se débat longtemps conlre cette difficulté. Il ne pouvait concevoir d'autre substance que celle qui se voit par les yeux, et quoique délivré des erreurs manichéennes, tout être à qui il refusait l'étendue ne lui semblait plus qu'un rien. Il arrive pourtant à la notion de Dieu, à la notion tic lame. Mais quand l'âme se sépare du corps, il se demande si elle va dans un lieu corporel. « L'âme a-t-elle quelque autre corps quand elle quitte celui-ci? Le démontre qui pourra, je ne le pense point... En ce qui touche l'âme elle-même, non-seulement je le pense, mais j'ose dire que je le sais. Cependant on ne peut nier qu'elle puisse avoir la similitude d'un corps et de tous les membres corporels, puisque, en songe, elle se voit aller, s'asseoir, marcher, voler même ici et là, ce qui ne se peut sans la similitude d'un corps. (De Genesiad litteram, XII, xxxu, xxxin.) On lit dans un livre attribué à saint Augustin, de Spiritu et Anima, cap. xv : « L'âme se retire du corps entraînant tout à sa suite : le sens, l'imagination, la raison, l'intellect, l'intelligence, la concupiscibilité, l'irascibilité.» Saint Thomas est plus sévère (Summx supplem., quest. 70,
art. 1) ; il ne veut point que l'àme séparée conserve les puissances sensitives, si ce n'est comme la racine contient l'arbre, et le principe ses développements; de telle sorte qu'elle puisse développer de nouveau ces puissances, si elle est de nouveau unie à un corps. Il conçoit l'àme coupable livrée au l'eu vengeur. — Dante, se l'ait une opinion moyenne. Il emprunte à saint Thomas la notion de l'âme séparée qui recueille ses puissances intellectuelles plus actives que jamais, sa sensibilité comme endormie; à saint Augustin, à Origène, la notion de l'ombre ou du corps subtil.
Isidore de Séville (Etym., lib. XIV, cap. m) complète la description du paradis terrestre par ce trait : Sep tus est linéique Romphœo flumine, ita ut ejus cum cœlo pxne jungatur incendium.
Mentre che si per F orlo, uno innanzi al tro, Ce n' andavamo, spesso il buon Maestro Diceva : Guarda; giovi ch' io ti scaltro.
2 Feriami il Sole in su F omero destro,
Che già, raggianclo, tutto F occidente Mutava in bianco aspetto di cilestro :
3 Ed io facea con F ombra più rovente
Parer la fiamma, e pur a tanto indizio Vidi molt' ombre, andando, poner mente.
4 Questa fu la cagion che diede inizio
Loro a parlar di me; e cominciarsi A dir : Colui non par corpo fiuizio.
5 Poi verso me, quanto potevan farsi,
Certi si feron, sempre con riguardo Di non uscir dove non fosser arsi.
G 0 tu, che vai, non per esser più tardo, Ma forse reverente, agli altri dopo, Rispondi a me, che in sete e in fuoco ardo
Tandis qu'ainsi nous cheminions le long du bord, l'un devant l'autre, souvent notre bon maître disait : « Prends garde et que nos avertissements te profitent. »
Le soleil me frappait l'épaule droite, et ses rayons qui embrasaient tout l'occident, blanchissaient de ce côté l'azur du ciel.
Et mon ombre faisait paraître la flamme plus rouge, et sur un tel indice, je vis beaucoup d'âmes arrêter leur attention tout en continuant leur chemin.
Ce fut l'occasion qui leur donna lieu de parler de moi et elles commencèrent à se dire : « Celui-ci ne semble point un corps mensonger. »
Puis vers moi autant qu'elles le pouvaient, quelquesunes se pressèrent, toujours en se gardant de s'avancer jusqu'au point où elles ne brûleraient pas.
« 0 toi qui va derrière les autres, non que tu sois pi us lent, mais peut-être par respect, réponds à une âme qui brûle de soif et de feu.
i2G DEL PURGATORIO.
7 Ne solo a me la tua risposta è uopo;
Chè tutti questi n' hanno maggiors vte Che d' acqua fredda Indo o Etiopo.
8 Dirine corn' è che fai di te parete
Al Sol, corne se tu non fossi ancora Di morte entrato dentro dalla rete.
9 Si mi parlava un d' essi, ed io mi fora
Già manifesto, s' i' non fossi atteso Ad altra novità ch' apparse allora;
io Chè per lo mezzo del cammino acceso
Venia gente col viso incontro a questa, La quai mi fecea rimirar sospeso.
il Li veggio d' ogni parte farsi presta
Ciascun' ombra, e baciarsi una con una, Senza ristar, contente a brève festa.
12 Cosi per entro loro schiera bruna
S' ammusa 1' una con 1' altra formica, Forse a spiar lor via e lor fortuna.
13 Tosto che parton Y accoglienza arnica,
Prima che '1 primo passo li trascorra, Sopraggridar ciascuna s' affatica :
14 La nuova gente : Soddoma e Gomorra ;
E Y altra : Nella vacca entra Pasife, Perché il torello a sua lussuria corra.
15 Poi corne gru, ch' aile montagne Rife
Volasser parte, e parte in ver Y arène, Queste del giel, quelle del Sole schife ; io L' una gente sen va, Y altra sen viene, E tornan lagrimando a' primi canti, E al gridar che più lor si conviene :
« Et je ne suis pas le seul qui ait besoin de ta réponse, mais tous ceux-ci en sont plus altérés que l'Indien ou l'Éthiopien n'est altéré d'eau froide.
« Dis-nous comment il se peut que tu fasses obstacle au soleil, comme si tu n'étais point encore tombé dans Le filet de la mort. »
Ainsi me parlait un d'eux, et déjà je me serais fait connaître, si je n'avais été attentif à une autre nouveauté qui m 'apparut alors.
Par le milieu du chemin brûlant, vint une troupe d'âmes comme à la rencontre de celle-ci, ce qui me fit rester suspendu à leur aspect.
Puis je vis des deux côtés les ombres s'empresser et se baiser l'une l'autre sans s'arrêter, contentes d'une courte fête.
Ainsi à travers de leurs brunes légions, les fourmis se rencontrent tête à tête, peut-être pour s'informer de leur route et de leur butin.
Aussitôt qu'elles mettent fin à cet accueil amical, avant que le premier pas les ait séparées, chaque âme s'efforce de crier plus haut que ses compagnes.
Les nouveaux venus disent : c< Sodome-et Gomorrhe ; » et les autres : ce Pasiphaé entra dans la vache d'airain pour que le taureau assouvît sa luxure. »
Puis comme des grues dont la moitié volerait vers les monts Riphées et la moitié vers les sables, celles-ci fuyant les glaces et celles-là le soleil,
L'une des deux troupes s'en va, l'autre s'en vient, et touten pleurs, elles recommencentlcurspremierschants, et les cris qui conviennent mieux à leur pénitence.
17 E raccostarsi a me, corne davanti,
Essi medesmi che m' avean pregato, Attenti ad ascoltar ne' lor sembianti.
18 Io, che due vol te avea visto lor grato,
Incominciai : 0 anime sicure
D' aver, quando che sia, di pace stato,
19 Non son rimase acerbe ne mature
Le membra mie di là, ma son qui meco Col sangue suo e con le sue giunture.
2J Quinci su vo per non esser più cieco :
Donna è di sopra che n' acquisla grazia , Perché '1 mortal pel vostro mondo reco.
21 Ma se la vostra maggior voglia sazia
Tosto divegna, si che '1 ciel v alberghi Ch' è pion d' amore e più ampio si spazia,
22 Ditemi, acciocchè ancor carte ne verghi,
Chi sietevoi, e chi è quella turba Che si ne va di rétro a' vostri terghi?
23 Non altrimenti stupido si turba
Lo montanaro, e rimirando a m mu ta, Quando rozzo e salvatico s' inurba,
24 Che ciascun' ombra fece in sua parula :
Ma poichè furon di stupore scarche, Lo quai negli alli cuor tosto s' attuta,
25 Beato te, che délie nostre marche,
Ricominciô colei che pria ne chiese, Per viver meglio esperienza imbarche !
2G La gente, che non vien con noi, offese Di ciô, per che già César, trionfando, Piegina contra se chiamar s' intese;
Et alors se rapprochèrent de moi comme auparavant, les mêmes ombres qui m'avaient prié, elles semblaient attentives à ma parole.
Moi qui deux fois avait vu leur désir, je commençai : « 0 âmes assurées d'obtenir quelque jour une paix durable.
« Je n'ai point laissé sur la terre mes membres encore verts ni déjà mûrs; mais ils m'accompagnent ici avec leurs articulations.
« Je vais là-haut pour n'être plus aveugle. Une dame est au ciel qui m'en obtient la grâce; c'est pourquoi je porte dans votre monde ce que j'ai de mortel.
« Mais (ainsi puisse bientôt se rassasier votre suprême désir, et vous accueillir le ciel qui est plein d'amour et qui tient le plus de place dans l'espace !)
« Dites-moi afin que j'en charge les feuilles de mon livre : qui êtes-vous et qui est cette troupe qui derrière vous s'en va? »
Tel le montagnard stupéfait se trouble et promène ses regards en silence, quand rustique et sauvage il visite la ville,
Telle chaque ombre changea de visage. Mais lorsqu'elles eurent secoué la stupeur, qui dans les cœurs haut placés se calme bientôt :
« Heureux, reprit celle qui nous avait interrogés d'abord, heureux es-tu puisque pour mieux vivre tu viens te charger d'expérience sur nos bords.
« La troupe qui ne vient pas avec nous a commis le péché pour lequel César triomphant s'entendait appeler reine.
27 Perô si parton Soddoma gridando,
Rimproverando a se, corn' hai udito, E aiutan 1* arsura vergognando.
28 Nostro peccato fu ermafrodito;
Ma perché non servammo umana legge, Seguendo corne bestie Y appetito,
29 In obbrobrio di noi per noi si legge,
Quando partiamci, il nome di colei Che s' imbestiô nell' imbestiate schegge,
30 Or sai nostri atti, e di che fummo rei :
Se forse a nome vuoi saper chi semo, Tempo non è da dire, e non saprei
si Farotti ben di me volere scemo ;
Son Guido Guinicelli, e già mi purgo Per ben dolermi prima ch' allô stremo.
32 Quali nella trisiizia di Licurgo
Si fer duo figli a riveder la madré, Tal mi fec' io, ma non a tanto insurgo,
33 Quando i' udi' nomar se stesso il padre
Mio e degli altri miei miglior, che mai Rime d' amore usar dolci e leggiadre :
34 E senza udire e dir pensoso andai
Lunga fiala rimirando lui,
Ne per lo fuoco in là più m' appressai.
35 Poichè di riguardar pasciuto fui,
Tutto m' offersi pronto al suo servigio, Con P affermar che fa credere altrui.
30 Ed egli a me : Tu lasci tal vestigio,
Cil VÎNT XXVI. a
a Ces âmes s'en vont donc ainsi en criant Sodome, s'accablant de reproches, comme tu l'as entendu; etelles ajoutent la honte à l'ardeur de la flamme.
« Notre péché fut hermaphrodite ; mais comme nous n'avons pas observé la loi humaine en suivant notre appétit comme font les brutes,
« Pour notre opprobre nous répétons en nous séparant, le nom de celle qui se fît véritablement bète, sous l'enveloppe d'une bête.
« Maintenant tu sais nos actes et de quoi nous fûmes coupables. Si par hasard tu veux savoir par notre nom qui nous sommes, ce n'est pas l'heure de le dire, et je ne le saurais pas.
« En ce qui me touche, pourtant, je satisferai ton désir, je suis Guido Guinicelli, et déjà je me purifie pour m'être bien repenti avant mon dernier jour.»
Tels au moment de la fureur de Lycurgue s'émurent ces deux fils en revoyant leur mère ; tel je m'émus, mais sans m'élancer comme eux,
Quand j'entendis se nommer lui-même mon père et celui des autres meilleurs que moi qui manièrent jamais les rimes d'amour douces et gracieuses.
Et sans entendre et sans parler, je marchai longtemps pensif en le considérant; mais à cause du feu je n'approchai pas davantage.
Après que je me fus rassasié de le regarder, je m'offris tout entier à le servir avec ces assurances qui forcent la foi d'autrui.
Et il me dit : a Ce que j'entends de toi laisse en moi
Per quel ch' i* odo, in me, e tanto chiaro, Che Lete nol puô torre ne far bigio.
37 Ma, se le tue parole or ver giuraro,
Dimmi che è cagion perché dimostri Nel dire e nel guardar d' avermi caro?
38 Ed io a lui : Li dolci delti vostri
Che, quanto durera 1' uso moderno, Faranno cari ancora i loro inchiostri.
9 0 frate, disse, questi ch' io ti scerno Col dito (e additô un spirio innanzi) Fu miglior fabbro del parlar materno.
40 Versi d' amore e prose di romanzi
Soverchiô tutli, e lascia dir gli stolti Che quel di Lemosi credon ch' avanzi.
41 A voce più ch' al ver drizzan li volti,
E cosi ferman sua opinione
Prima ch' arte o ragion per lor s' ascolti.
42 Cosi fer molti antichi di Guittone,
Di grido in grido pur lui dando pregio, Fin che Y ha vinto il ver con più persone.
43 Or, se tu liai si ampio privilegio,
Che licito ti sia 1' andare al chiostro, Nel quale è Cristo abate del collegio,
44 Fagli per me un dir di paternostro,
Quanto bisogna a noi di questo mondo, Ove poter peccar non è più nostro.
45 Poi, forse per dar luogo altrui secondo,
Chepresso avea, disparveper lo fuoco, Corne per Y acqua il pesce andando al fondo.
une (elle trace et si claire, que le Léthé ne saurait ni l'effacer ni l'obscurcir.
« Mais si tout à l'heure tes paroles m'ont juré la vérité, dis-moi quelle est la raison pour laquelle ton langage et tes regards me montrent tant d'amour. »
Et moi je lui répondis : « Ce sont vos doux vers; et tant que durera le langage moderne ils rendront chère l'encre dont ils furent tracés. »
« 0 mon frère, dit-il, celui que je le marque du doigt (et il m'indiqua un esprit qui était devant lui), fut un meilleur ouvrier dans sa langue maternelle.
« Chants d'amour et récits de romans, il les surpassa tous et laisse dire les sots qui croient le poète dé Limoges au-dessus de lui.
« Ils tournent leurs yeux du côté du bruit, plutôt que du côté du vrai, et c'est ainsi qu'ils fixent leur opinion avant d'écouler l'art et la raison.
« C'est ainsi que firent beaucoup d'anciens pour Guittone. La louange passantde cri en cri ne glorifiait que lui seul, jusqu'au moment où la vérité l'a vaincu par plusieurs bouches.
«Maintenant, puisque tu jouis d'un si grand privilège qu'il t'est permis d'aller au cloître où le Christ est l'abbé du couvent.
ce Dis-lui pour moi du Pater noster autant qu'il nous en fout dans ce monde, où nous n'avons plus le pouvoir de pécher. »
Puis, peut-être pour laisser place à un autre qu'il avait près de lui, il disparut dans le feu, comme disparaît dans l'eau le poisson qui va au fond.
46 Io mi feci al mostrato innanzi un poco,
E dissi ch' al suo nome il mio désire Apparecchiava grazioso loco.
47 Ei cominciô liberamente a dire :
Tan m' abelhis vostre cortes deman ,
Qur ieu no m puesc ni m roi// a vos cobrire.
48 Jeu mi Arnautz, que plor e vai chantan :
Consiros vei la passada folor,
E vei jauzen lojoi quy esper denan.
49 Ara m prec per aquella valor,
Que us quia al som sens freich e sens câlina, Sovenha us atemprar ma dolor.
50 Poi s' ascose nel fuoeo clie gli affina.
Je m'avançai un peu vers celui qu'on m'avait montré, et je lui dis que mon désir préparait à son nom une place choisie.
Et lui commença gracieusement à dire :
« Tant me plaît votre courtoise demande, que je ne puis ni neveux me cacher à vous. Je suis Arnaud qui pleure et vais chantant; je vois avec chagrin ma folie passée. Mais je vois joyeux devant moi la joie que j'espère. Or, je vous prie par cette vertu qui vous guide au sommet de l'escalier, souvenez-vous en temps utile de ma douleur. »
Puis il se cacha dans le feu qui les purifie.
La poésie n'est pas faite, comme on l'a souvent cru, pour le plaisir d'un petit nombre d'hommes privilégiés, pas même pour le plaisir des peuples. Pensez-vous que la Providence eût suscité tant de beaux génies pendant une longue suite de siècles sans autre dessein que d'amuser le genre humain? Sans doute Dieu, comme tous les bons gouvernements, prend soin des plaisirs publics, mais c'est pour en faire des moyens d'éducation. Il en est ainsi des fêtes religieuses et civiles, ce sont des joies, mais aussi des enseignements. La poésie est une fête éternelle, c'est le moyen d'éducation le plus puissant, l'enseignement le plus durable qui soit donné aux hommes. La prose se dissout et s'oublie ; le vers se soutient par sa forme mesurée et se conserve; il se propage par une harmonie qui saisit l'oreille des ignorants; il résume sous des traits vivants tout ce qui fit l'occupation d'une époque. C'est par leurs poëmes que les sociétés se survivent. Pendant qu'il nous reste à peine la dixième partie de Cicéron et la moitié de Tacite, quand tous les exemplaires de la Jérusalem auraient péri, il suffirait de réunir quelques moines et quelques mariniers italiens pour la retrouver.
Ce chant est encore un de ceux où Danle se donne la joie de retrouver des poètes, de s'entretenir avec ses maîtres et ses rivaux. Il a choisi le Purgatoire, ce lieu non de désespoir, mais d'expiation, pour y réunir ces âmes passionnées, mais naïves, qui péchèrent beaucoup, mais qui ne s'endurcirent pas; il y rencontre les écrivains des trois langues poétiques de son temps : Stace, le poëte latin, Sordello et Arnaud Daniel, tous deux provençaux, et deux Italiens, Buonagiunta de Lucques, et Guido Guinicelli de Bologne. 11 saisit l'occasion de juger les plus illustres et de réformer les jugements de la foule; il ébauche ainsi cet art poétique qu'il entreprit de fixer plus tard dans son traité de Vulgari Eloquio.
Terc. 31. — Guido Guinicelli, d'une famille noble de Bologne, exilée pour ses opinions gibelines. Sage, éloquent, mais voluptueux, il compose en langue vulgaire ; mais il introduit un principe nouveau, l'amour platonique. « L'amour s'abat toujours sur un cœur noble, comme l'oiseau sur un rameau vert. El la nature n'a pas fait l'amour avant le noble cœur, ni le noble cœur avant l'amour. Car, aussitôt que le §oleil fut, son rayon fut aussi... » Voilà pourquoi Danle le nomme son père.
52. — Lycurguc, roi de Némée, allait faire mourir son esclave Bypsipyle, à la négligence de laquelle il imputait la mort de son lils Opbeltes, tué par la piqûre d'un serpent. Au moment où elle allait être conduite au supplice, ses fils, Thons et Euménius, la reconnurent et la délivrèrent. G. A. H.
40. — Prose de romanzi. Non point les romans en prose, mais les récits romanesques écrits en strophes monorimes. Prosa dési-
i38 LE PURGATOIRE.
gnait les chanls d'église monorimes et à leur exemple encore aujourd'hui les récits dont les paysans provençaux charment leurs veillées. Versus signifiait les couplets à rimes combinées, les chants vraiment lyriques. V. Fauriel, art. Lancelot du Lac, Histoire littéraire de France, t. XXII.
La poésie latine en Italie ne s'interrompt jamais.
Hoc faciunt urbi, Hoc quoque rare viri.
Henri de Settimelo. — Alberto Mussato, auteur de deux tragédies, dix-huit épîtres, dix églogues, élégies, etc. — Hésitations de Dante entre le latin et la langue vulgaire. Erreur de Pétrarque, qui préférait ses poésies latines; et cependant la couronne qui n'est pas flétrie est celle dont il a ceint la jeune tête de Laure.
40. — Arnaud Daniel et Giraud de Borneil. — Juste célébrité de Giraud de Borneil, d'Excidenil en Limousin. Ses poésies sont considérées par Fauriel comme le plus parfait modèle de la poésie provençale, qui elle-même est la fleur du moyen âge.
Arnaud Daniel, troubadour du douzième siècle. Il reste peu de ses compositions lyriques. Sécheresse, artifices de rimes et de versification, il n'a pas d'autre but que d'étonner l'oreille. Son roman : Lancelot du Lac. Témoignage du Tasse et de quelques troubadours en sa faveur. Ulrich de Zazichoven trouve ce poème dans les mains de Hugues de Morville, otage de Richard, et le traduit en allemand rien que pour l'amour de sa dame.
Arnaud Daniel, devenu vieux et pauvre, envoie une chanson très-belle aux rois de France, d'Angleterre et de tout l'Occident. 11 en reçoit beaucoup d'argent, et, concluant que Dieu ne l'a pas abandonné, il entre au cloître et y fait une bonne fin. Pétrarque imite les rhythmes d'Arnaud.
Ce que l'Italie reçut de la Provence. — La Méditerranée est un port qui unit toutes les nations établies sur ses rivages. Les communications de l'Italie, de la France et de l'Espagne amènent le commerce des langues. — Les troubadours provençaux vont en Italie et dans les cours d'Esté, de Lunigiane, de Vérone et de Montferrat on voit Bernard de Yentadour, Raimbaud de Yaquieras, Gadenet, Pierre Vital.
— Les Italiens composent en provençal. On en compte vingt-cinq. Sordello. Dante lui-même. Canzone7.
A 1 1 i faux ris per que trai hâves
Ocu'.os meos et quid tibi feci
Che iatto m' hai cosi spietata fraude ?
Siccome quando i primi raggi vibra Là dove il suo Fattore il sangue sparse, Cadendo Ibero sotto Y alta Libra,
E 1' onde in Gange da nona riarse,
Si stava il Sole; onde '1 giorno sen giva> Quando 1' Angel di Dio lieto ci apparse.
Fuor délia fiamma stava in su la riva, E cantava Beati mundo corde.
In voce assai più che la nostra viva.
Poscia : Più non si va, se pria non morde, Anime santé, il fuoco; entrate in esso, Ed al cantar di là non siate sorde.
Si disse, corne noi gli fummo presso; Perch' io divenni lai, quando lo 'ntesi, Quai è colui cliè nella fossa è messo.
ïn su le rnan commesse mi protesi,
Guardando il fuoco, e immaginando forte Umani corpi già veduti accesi.
Le soleil était au point d'où il darde ses premiers rayons aux lieux qu'arrosa le sang de son Créateur, l'Èbre coulait sous le signe de la Balance arrivé au zénith,
Et les eaux du Gange se réchauffaient aux feux du midi. Le jour s'en allait donc, quand l'ange du Seigneur nous apparut joyeux.
Hors de la flamme il se tenait sur la rive et chantait Beati mundo corde, mais d'une voix bien plus puissante que la nôtre.
Puis : « Ames saintes, dit-il, on ne va pas plus loin sans passer par la morsure du feu ; entrez et ne soyez point sourdes aux chants de l'autre bord. »
Ainsi parla-t-il quand nous fûmes près de lui, et quand je l'entendis je devins pareil à l'homme qu'on met dans la fosse.
Mes mains se joignirent et tout mon corps appuyé sur elles se tordit, tandis que je considérais le feu, en me représentant avec force les corps humains que j'avais vus brûler.
7 Volsersi verso me le buone scorie ;
E Virgilio mi disse : Figliuol mio,
Qui puote esser tormento, ma non morte.
8 Ricordati, ricordali... e, se io
Sovr' esso Gerion ti guidai salvo, Che farô or che son più presso a Dio?
9 Credi per certo che, se dentro ail' alvo
Di questa fîamma stessi ben milT anni, Non ti potrebbe fard' un capel calvo.
io E se tu credi forse ch1 io t' inganni, Fatti ver lei, e fatti farcredenza Con le tue mani al lembo de' tuoi panni.
il Pon giù ornai, pon giù ogni temenza; Volgiti in qua, e vieni oltre sicuro.
Ed io pur fermo, e contra coscienza.
12 Quando mi vide star pur fermo e duro,
Turbato un poco, disse : Or vedi, figlîo, Tra Béatrice e te è questo muro,
15 Corn' al nome di Tisbe aperse il ciglio Piramo in su la morte, e riguardolla, Allor che il gelso diventô vermiglio ;
n Cosi, la mia durezza fatta solla,
Mi vol si al savio Duca, udendo il nome Che nella mente sempre mi rampolla.
15 Ond' ei crollô la testa, e disse : Corne ! Volemci star di qua? indi sorrise, Com' al fanciul si fa ch' è vinto al pome.
îfi Poi dentro fuoco innanzi mi si mise, Pregando Slazio che venisse rétro, Che pria per lunga strada ci divise.
Mes bons guides se tournèrent vers moi et Virgile me dit : « Mon iils, ici tu peux trouver la douleur, non la mort...
« Souviens-toi, souviens-loi... et si je t'ai conduit sain et sauf sur le dos de Géryon, que ferai-je maintenant que je suis plus près de Dieu !
« Tiens pour certain que tu resterais mille ans dans le sein de cette flamme, sans qu'elle pût te faire chauve d'un cheveu.
« Et si par hasard tu penses que je te trompe, approche du feu et fais l'épreuve en y mettant de tes mains le bord de tes vêlements.
« Dépose désormais, dépose toute crainte, tourne-toi de ce côté et avance d'un pas sûr. » Mais je n'en restai pas moins immobile; et je résistai à ma conscience.
Quand il me vit demeurer immobile et obstiné, il se troubla d'abord un peu, puis il dit : « Vois donc, mon fils, entre Béatrix et toi, il n'y a plus que ce mur. »
Comme au nom de Thisbé Pyrame expirant ouvrit les yeux et regarda sa bien-aimée, alors que le fruit du mûrier devint vermeil;
Ainsi, ma dureté s'amollit, et je me tournai vers mon sage guide en entendant le nom qui jaillit sans cesse dans ma pensée.
Alors Virgile branla la léte : « Quoi donc, dit-il, voulons-nous rester iei, » et il me sourit comme on sourit à un enfant qui se rend pour une pomme.
Puis il entra devant moi dans le feu, priant Stace de marcher derrière, Stace, qui jusque-là, durant un long chemin nous avait séparés.
n Corne fui denlro, in un bogliente velro Gittato mi sarei per rinfrescarmi ; Tanto er' ivi lo incendio senza melro.
18 Lo dolce Padre mio, per confortarmi,
Pur di Béatrice ragionando andava, Dicendo : Gli occhi suoi già veder parmi.
19 Guidavaci una voce che cantava
Di là ; e noi attenti pure a lei, Venimmo fuor là ove si montava.
23 Venite, benedicti Patris mei,
Sono denlro da un lume, che li era Tal, che mi vinse, e guardar nol potei.
21 Lo Sol sen va, soggiunse. e vien la sera ;
Non y1 arrestate, ma studiate il passo, Mentre che Y occidente non s' annera.
22 Drilla salia la via per entro il sasso,
Verso lai parte, ch' io toglieva i raggi Dinanzi a me del Sol ch' era già lasso. 2j E di pochi scaglion levammo i saggi,
Che il Sol corcar, per Y ombra che si spense, Sentimmo dietro ed io e gli miei Saggi.
24 E pria che in tutte le sue parti immense
Fusse orizzonte fatto d' un aspetto, E Notte avesse tutte sue dispense,
25 Ciascun di noi d' un grado fece letto ;
Chè la natura del monte ci affranse La possa del salir più che il diletto.
26 Quali si fanno ruminando manse
Le câpre, state rapide e proterve Sopra le cime, prima che sien pranse,
Quand je fus entré, je me serais jeté dans du verre bouillant pour me rafraîchir, tant la chaleur y était sans mesure.
Mon doux père, pour m'encourager, allait parlant toujours de Béalrix et disant : « 11 me semble déjà voir ses yeux. »
Une voix nous guidait qui chantait sur l'autre rive, et nous n'écoutant qu'elle, nous sortîmes du feu à l'endroit où l'on montait.
« Vernie bene licti Patris inci. » Ces paroles se firent entendre au milieu d'une lumière qui était là si vive, que nos yeux furent vaincus et ne purent la regarder.
« Le soleil s'en va, ajouta-t-elle, et voici venir le soir. Ne vous arrêtez point, mais pressez le pas, tandis que l'ombre ne noircit pas encore l'occident. »
Le chemin montait tout droit à travers le rocher dans une direction telle que j'interrompais devant moi les rayons du soleil, déjà fatigué de sa course.
Et nous avions parcouru peu de marches quand nos ombres s'effaçant, nous connûmes mes maîtres et moi que derrière nous le soleil se couchait.
Et avant que l'horizon dans son immensité n'eut plus qu'une couleur et que la nuit eut pris toute sa place,
Chacun de nous d'un degré se fit un lit, car la nature de la montagne nous ôta le pouvoir et le joyeux désir de monter plus haut.
Comme on voit les chèvres qui couraient rapides et hardies sur les cimes des rochers avant d'être repues, ruminer maintenan paisibles,
27 Tacite ail' ombra, mentre che '1 Sol f'erve, Guardate dal pastor che in su la verga Poggiato s' è, e lor di posa serve;
23 E quale il mandrian, che fuori alberga, Lungo il peculio suo queto pernotta, Guardando perché fiera non lo sperga;
29 Tali eravamo tutti e Ire allotta,
lo corne capra, ed ei corne pastori, Fasciati quinci e quindi dalla grotta.
30 Poco potea parer li del di fuori ;
Ma per quel poco, vedev' io le stelle Di lor solere e più chiare e maggiori.
31 Si ruminando, e si mirando in quelle,
Mi prese '1 sonno : il sonno che sovenle, Anzi che '1 falto sia, sa le novelle.
32 Neir ora credo, che dell' oriente
Prima raggiô nel monte Citerea,
Che di fuoco d' amor par sempre ardente,
33 Giovane e bella in sogno mi parea
Donna veder andar per una landa Cogliendo fiori ; e cantando dicea :
34 Sappia, qualunque il mio nome dimanda,
Ch' io mi son Lia, e vo movendo intorno Le belle mani a farmi una ghirlanda.
35 Per piacermi allô specchio qui m' adorno;
Ma mia suora Rachel mai non si smaga Dal suo miraglio, e siede tutto giorno. 30 EIP è de' suoi begli occhi veder vaga,
Et pendant que le soleil brûle, rester silencieusement à l'ombre, gardées par le paire qui s'appuie sur son bâton, et ainsi appuyé prend soin d'elles;
Et comme le berger qui demeure hors de sa maison, passe la nuit tranquille auprès de son troupeau, prenant garde qu'une bête féroce ne vienne le disperser;
Tels nous étions alors tous les trois, moi comme la chèvre, eux comme les pasteurs, serrés à droite et à gauche par les parois de la grotte.
De là on ne découvrait que peu de l'espace extérieur. Mais dans ce peu d'espace, je voyais les étoiles, et plus claire et plus grande que de coutume.
Tandis qu'ainsi je les contemplais et que je ruminais ainsi, le sommeil me prit, le sommeil qui bien des fois avant l'événement accompli, en sait des nouvelles.
A l'heure, je crois, où l'étoile de Vénus qui semble toujours embrasée du feu de l'amour, parut à l'occident, devançant le soleil, et darda ses rayons sur la montagne.
Je crus voir en songe une femme jeune et belle qui allait cueillant des fleurs à travers une lande, et en chantant elle disait :
« Sache, quiconque demande mon nom, que je suis Lia et je vais étendant autour de moi mes belles mains pour me faire une guirlande.
«Je me pare ici pour me plaire devant mon miroir ; mais ma sœur Rachel ne quitte jamais le sien et demeure assise auprès de lui tout le jour.
« Elle est désireuse de voir ses beaux yeux, comme
Com' io dell' adoriiarmi colle mani ; Lei lo vedere, e me ]' ovrare appaga.
37 E già, per gli splendori anlelucani,
Che tanto ai peregrin surgon più grati, Quanto tornando albergaa men lontani,
38 Le ténèbre fuggian da tutti i lati,
E il sonno mio con esse; ond' io leva'mi, Veggendo i gran Maestri già levati.
.39 Quel dolce pome, che per tanti rami Cercando va la cura de' mortali, Oggi porrà in pace le tue fami :
io Virgilio inverso me queste colali
Parole usô, e mai non furo strenne Che fosser di piacere a queste iguali.
41 Tanto voler sovra voler mi venne
Dell' essor su, ch' ad ogni passa poi Al volo mi sentia crescer le penne.
42 Corne la scala tutta sotto noi
Fu corsa, e fummo in su '1 grado superno, In me ficco Virgilio gli occhi suoi,
43 E disse : Il temporal fuoco e V eterno
Veduto hai, figlio, e se' venuto in parte Ov' io per me più oltre non discerno.
44 Tratto t' ho qui con ingegno e con arte ;
Lo tuo piacere ornai prendi per duce ;
Fuor se' dell' erte vie, fuor se' dell' arte. ir> Vedi là il Sol, che in fronte ti riluce;
Vedi I' erbetta, i fiori e gli arboscelli,
Che questa terra sol da se produce.
40 Mentre che vegnon lieti gli occhi belli,
moi de me parer de mes mains. Pour elle le plaisir est de voir et pour moi c'est d'agir. »
Et déjà aux lueurs qui précèdent le jour, d'autant plus chères aux pèlerins qu'ils ont couché moins loin du pays où ils retournent,
Les ténèbres fuyaient de tous côtés et mon sommeil avec elles. C'est pourquoi je me levai, voyant déjà levés mes glorieux maîtres.
« Ce doux fruit que l'inquiétude des mortels va cherchant sur tant de branches, aujourd'hui apaisera ta soif. »
Virgile m'adressa ces paroles et jamais présents ne firent un égal plaisir.
Tant de désir vint s'ajouter à mon désir d'être en haut, qu'ensuite à chaque pas je me sentais croître des ailes pour m'envoler.
Aussitôt que tout l'escalier eut fini sous nos pieds et que nous fûmes à la plus haute marche, Virgile fixa sur moi ses yeux,
Et dit : « Mon fils, tu as vu le feu qui finit et le feu éternel, et tu es arrivé en un lieu, où par moi-même, je ne vois plus avant.
ce Je t'ai mené jusqu'ici par l'effort de l'art et du génie. Prends désormais ta volonté pour guide. Tu es au bout des chemins escarpés, au bout des chemins étroits.
« Vois le soleil qui luit devant loi; vois l'herbe nouvelle, et les fleurs et les jeunes arbres que celte terre porte d'elle-même.
« Pendant que vont venir rayonnant de joie les beaux
Ghe lagrimando a te venir mi fenno, Seder ti puoi, e puoi andar Ira elli.
47 Non aspeltar mio dir più, ne mio cenno
Libero, dritto, sano è luo arbitrio, E fallo fora non fare a suo senno;
48 Perch' io te sopra te corono e mitrio.
yeux dont les larmes m'ont fait venir à toi, tu peux t'asseoir et tu peux errer dans ces jardins.
« N'attends pas de moi ni parole ni signe; ton arbitre est maintenant libre, droit et sain, et ce serait mal fait de ne point agir selon son jugementce C'est pourquoi te faisant maître de toi-même, je le donne la couronne et la mitre. »
Terc. 13. — Pïrame et Thisbé. — Ovide (Métam., IV, 2) gâte ce beau sujet par des longueurs et de froids ornements.
UOttimo Commento abrège Ovide avec la sobriété, la grâce et la naïveté des novellieri italiens.
Ovide conte qu'à Babylone vivait un très- beau jeune homme appelé Pyrame, et Thisbé, qui surpassait en beauté toutes les jeunes filles. Leurs maisons se touchaient, séparées seulement par un mur. Dès l'enfance ils s'aimèrent, et, à mesure qu'ils croissaient en âge, en eux s'accrut l'amour. Leurs parents ne permirent point qu'ils s'unissent par mariage, de sorte que finalement ces deux jeunes gens voulurent s'enfuir ensemble. Pyrame fixa le lieu du rendezvous, hors de Babylone, vers le mûrier qui couvrait la sépulture du roi Ninus. Le soir donc la jeune lille arriva la première et s'assit à l'endroit désigné. Or, une lionne, qui venait de dévorer sa proie, se dirigeait vers la fontaine voisine pour boire, et la lune l'éclairait. Thisbé la vit de loin et s'enfuit épouvantée ; un voile qui couvrait sa tête, enlevé par le vent qui soulflait "doucement, fut emporté aux pieds de la lionne. La bête farouche le déchira de sa gueule ensanglantée, et ensuite l'abandonna. Puis elle but et retourna à sa caverne. Pyrame vint un peu plus tard au même lieu. Il trouva le voile de Thisbé déchiré et sanglant; il la crut dévorée par la bête, il la pleura, et, pensant qu'il était cause de la mort de sa bien aimée, et ne voulant pas vivre sans elle, de l'épée qu'il portait, il se perça mortellement et tomba par terre. Thisbé, inquiétée, pour ne point manquer de parole à son bien-aimé, retourna au lieu convenu Elle voit Pyrame mort, court à lui et l'appelle en disant: « 0 Pyrame! je suis ta Thisbé. » Lui, à ce nom, ouvrit à peine ses yeux appesantis par la mort. Thisbé, le voyant mourir, choisit de lui faire compagnie, et pria les dieux de les réunir dans la même sépulture, puisque leurs parents n'avaient pas voulu les réunir dans une même vie. Elle se jeta sur la même épée, et le sang des deux jeunes gens au osa
les fmits du mûrier qui jusque-là était blanc. En sorte que par un prodige qui consacra leur mémoire, il devint vermeil, comme dit le texte.
Warton cite un roman de Pyiame et Thisbé, et une histoire en langue anglaise, publiée au seizième siècle.
Istoria di Pyramo e di Thisbe e di la compassionevole morte, accaduta per causa d'un leone, tel est le titre d'un poème populaire imprimé à Lodi, en soixante-huit octaves. Voici l'avant-dernicrc strophe : « Jeunes gens donc qui suivez l'amour, prenez exemple de deux infortunés. Ne vous fiez pas au perfide amour, bien qu'il se montre doux en apparence. Sachez mettre le frein à votre cœur, si vous ne voulez les imiter par vos leçons. Car la fin de l'amour fut toujours la mort »
Yago già di cercar dentro e dintorno La divina foresta spessa e viva, Ch' agli occhi (emperava il nuovo giorno,
Senza più aspettar lasciai la riva, Prendendo la campagna lento lento Su per lo suol che d' ogni parte oliva.
Un' aura dolce, senza mutamento Avère in se, mi feria per la fronte Non di più colpo che soave vento ;
Per cui le fronde, tremolando pronte, Tutte quante piegavano alla parte U' la prim' ombra gitta il santo monte ;
No perô dal lor esser dritto sparte Tanto che gli augelletti per le cime Lasciasser d' operare ogni lor arte;
Ma con piena letizia V ôre prime, Cantando, ricevieno intra le foglie, Che tenevan bordone aile sue rime,
Désireux de visiter au dedans el tout autour la forêt divine, épaisse et vive, qui tempérait à mes yeux les nouveaux feux du jour,
Sans plus attendre, je quittai le bord, gagnant la campagne lentement, lentement, et foulant le sol, qui de toutes parts exhalait ses parfums.
Un air doux, inaltérable, me frappait le front d'un frôlement aussi léger que le zéphir.
Sous lui les feuillages frissonnant s'inclinaient tous du côté où la sainte montagne jette sa première ombre :
Cependant ils ne penchaient point si fort, qu'à la cime les oiseaux interrompissent nullement leur musique.
Mais avec une pleine joie, ils accueillaient les premières heures du jour, en chantant au milieu des feuilles, dont le murmure faisait l'accompagnement de leurs chansons.
7 Tal, quai di ramo in ramo si raccoglie
Per la pineta, in sul lilo di Chiassi, Quand' Eolo Scirocco fuor discioglie.
8 Già m' avean trasportato i lenti passi
Denlro ail' antica selva tanto, ch' io Non potea rivedere ond' i m' entrassi :
9 Ed ecco più andar mi toise un rio,
Che in ver sinistra con sue picciol' onde Piegava 1' erba che in sua ripa uscio.
io Tulte Y acque che son di qua più monde, Parrieno avère in se mistura alcuna, Verso di quel la che nulla nasconde;
n Avvegna che si muova bruna bruna Sotto 1' ombra perpétua, che mai Raggiar non lascia sole ivi, ne luna,
12 Co' piè ristetti, e con gli occhi passai Di là dal fiumicello, per mirare La gran variazion de' freschi mai :
15 E là m' apparve, si com' egli appare
Subitamente cosa che disvia ;
Per maraviglia tutt' altro pensare,
14 Una Donna soletta, che si gia
Cantando, ed iscegliendo fior da fiore, Ond' era pinta tutta la sua via.
15 Deh, bella Donna, ch' a' raggi d' amore
Ti scaldi, s' i' vo' credere a' sembianti, Che soglion esser testimon del cuore, io Vegnati voglia di trarreli avanti,
Diss' io a lei, verso questa riviera, Tanto ch' io possa intender che tu cantL
Tel va le bruit grossissant de branche en branche dans le bois de pins sur le rivage de Chiassi, quand Eole déchaîne le Sirocco.
Déjà mes pas lents m'avaient porté à travers l'antique forêt, si avant que je ne pouvais plus voir par où j'étais entré.
Et voilà qu'un ruisseau m'empêcha d'aller plus loin. 11 fuyait vers la gauche, pliant sous ses faibles ondes l'herbe qui poussait sur ses bords.
Les eaux les plus pures d'ici-bas sembleraient chargées de quelque souillure, auprès de celle-ci qui ne dérobe rien aux regards.
Bien qu'elle coure toute rembrunie sous l'éternel ombrage, qui ne laisse pénétrer en ces lieux ni les rayons du soleil, ni ceux de la lune,
Mes pieds s'arrêtèrent, et mes regards passèrent le ruisseau pour admirer la grande variété de la printanière verdure.
Et là m'apparut, comme apparaît tout à coup une chose qui par l'étonnement déroute tout autre pensée,
Une dame seulette qui s'en allait chantant et cueillant, fleur après fleur, celles dont toute sa route était émaillée :
« Ah! belle dame qui t'échauffes aux rayons de l'amour, si j'en veux croire aux traits qui d'ordinaire rendent témoignage du cœur,
« Qu'il le plaise, lui dis-je, de venir plus avant, auprès de celte rivière, assez pour que j'entende ce que tu chantes.
n Tu mi fai rimembrar dove e quai era Proserpina ne), tempo cbe perdette La madré lei, ed ella primavera.
18 Corne si volge, con la pianle strette
A terra ed intra se, donna che balli, E piede innanzi piede appena mette ;
19 Volsesi in su' vermigli ed in su' gialli
Fioretti verso me, non altrimenti
Che vergine cbe gli oecbi onesti avvalli ;
20 E fece i prieghi miei esser contenu ,
Si appressando se, cbe '1 dolce suono Veniva a me co' suoi intendimenti.
21 Tosto cbe fu là dove 1' erbe sono
Bagnate già dall' onde del bel flume, Di levar gli occhi suoi mi fece dono.
32 Non credo che splendesse tanto lume Sotlo le ciglia a Venere trafitta Dal figlio, fuor di tutto suo costume.
23 Ella ridea dall' altra riva dritta,
Trattando più color con le sue mani, Cbe Y alta terra senza semé gitta.
îi Tre passi ci facea '1 fiume lontani: Ma Ellesponto, là 've passo Serse, Ancora freno a tutti orgogli umani,
25 Più odio da Leandro non sofferse,
Per mareggiare intra Sesto ed Abido, Che quel da me, perche allor non s' aperse.
2U Voi siete nuovi, e forse perch' io rido,
Comincio ella, in questo luogo eletto Ail' umana naturapersuo nido,
CHANT XXY11I. 459
« Tu me rappelles en quel lieu et quelle était Proserpine, quand sa mère la perdit, et qu'elle-même perdit les dons du printemps. »
Comme une femme qui danse, tourne pressant la terre de ses pieds joints, et met à peine un pas devant l'autre,
Ainsi foulant les fleurs jaunes et vermeilles, celle-ci se tourna vers moi, semblable en tout à une vierge qui baisse ses yeux pudiques;
Et elle donna consentement à mes prières, en s'approchant de telle sorte que son doux ebant venait à moi avec des paroles distinctes.
Aussitôt qu'elle fut là où déjà les herbes sont baignées par les eaux de la belle rivière, elle me fit la grâce de lever ses yeux.
Je ne crois pas que tant de lumière brillât sous les cils de Vénus quand son fils la blessa d'une façon tout inaccoutumée.
Elle me souriait de la rive droite, tout en cueillant de ses mains l'émail des fleurs que cette haute terre produit sans semence.
La rivière nous séparait de trois pas. Mais l'Hellesporit que franchit Xerxès, exemple capable de mettre le frein à tous les orgueils des hommes,
N'irrita pas plus le ressentiment de Léandrc, en séparant de ses flols Seslos et Abydos, que ce ruisseau ne ni irrita pour n'avoir pas voulu s'ouvrir alors.
« Vous êtes nouveaux venus, dit-elle, et peut-être parce que vous me voyez riante dans ce lieu choisi pour être le nid de l'humaine nature,
27 Maravigliando tienvi alcun sospetto;
Ma luce rende il salmo Deleclasti Che puote disnebbiar vostro intellello.
28 E tu che se' dinanzi, e mi pregasti.
Di s' altro vuoi udir, ch' io venni presla Ad ogni tua question, tanto che basti.
2j L' acqua, diss' io, e il suon délia foresta, Impugnan dentro a me novella fede Di cosa, ch' io udi' contraria a questa.
30 Ond' ella : Y dicerô corne procède
Per sua cagion, cio ch' ammirar ti face; E purgherô la nebbia che ti fiede.
si Lo sommo Bene, che solo a se pi a ce,
Fece 1' uom buono ; e il ben di questo loco Diede per arra a lui d' eterna pace.
32 Per sua diffalta qui dimorô poco ;
Per sua diffalta in pianto e in affanno Cambiô onesto riso e dolce giuoco.
53 Perché il turbar, che sotto da se fanno L' esalazion dell' acqua e délia terra, Che, quanto posson, dietro al calor vanno,
34 AU' uomo non facesse alcuna guerra,
Questo monte salio ver lo ciel tanto, E libero è da indi, ove si serra.
35 Or, perche in circuito tutto quanto
L' aer si volge con la prima volta,
Se non gli è rotto il cerchio d'alcun canto;
36 In quesla altezza, che tutta è disciolta
« Quelque doute vous retient et vous étonne. Mais le psaume Delect&iti jette une lumière qui peut dissiper les nuages de votre intelligence.
« Et toi qui marches devant, et qui m'as prié, si tu veux en apprendre davantage, parle : car je suis prête à répondre à toutes les questions, autant qu'il te faudra. »
« L'eau, répondis-je, et le bruit de la forêt combattent dans moi ma foi nouvelle, en une chose que j'ai entendue contraire à celle que je vois. »
A quoi elle me repartit : « Je dirai comment résulte d'une cause qui lui est propre, l'objet de ton étonnement, et je te délivrerai des nuages dont ta vue est importunée.
« Le souverain Bien, qui ne trouve son plaisir qu'en lui-même, fit l'homme bon, et lui donna le bonheur de ce séjour pour gage de l'éternelle paix.
« Par sa faute, il y resta peu de temps; par sa faute, les pleurs et l'angoisse remplacèrent le rire honnête et le doux plaisir.
« Afin que les exhalaisons de la terre et de l'eau qui suivent autant qu'elles peuvent l'essor du feu, en troublant les régions inférieures,
« Ne fissent à l'homme aucune guerre, cette montagne s'éleva vers le ciel, comme tu le vois, et elle est en paix depuis le lieu où sa porte se ferme-
« Mais comme l'air tout entier se meut en circuit avec la première voûte du ciel, si rien d'aucun côté n'interrompt sa course circulaire,
« Cette bautcur toute livrée à l'air vif et pur en rcs-
Nell' aer vivo, tal moto percuote, E fa sonar la selva perch' è folta ;
37 E la percossa pianta tanto puote,
Che délia sua virtute 1' aura imprégna, E quella poi girando intorno scuote :
38 El' altra terra, secondo ch' è degna
Per se o per suo ciel, concepe e figlia Di diverse virtù diverse legna.
39 Non parrebbe di la poi maraviglia,
Udito questo, quando alcuna pianta Senza semé palese vi s' appiglia.
40 E saper dèi che la campagna santa,
Ove tu se', d' ogni semenza è piena,
E frutto ha in se che di là non si schianta
41 L' acqua che vedi non surge di vena
Che ristori vapor che giel converla, Corne fiume ch' acquista o perde lêna ■
42 Ma esce di fontana salda e certa,
Che tanto dal voler di Dio riprende, Quant' ella versa da duo parti aperta.
43 Da questa parte con virtù discende,
Che toglie altrui memoria del peccato ; Dali' altra, d' ogni ben fatto la rende.
44 Quinci Letè, cosi dall' altro lato
Eunoè si chiama, e non adopra,
Se quinci e quindi pria non è gustato.
45 À tutt' allri sapori esto è di sopra.
Ed avvegna ch' assai possa esser sazia La sete tua, perché più non ti scopra, 40 Darotti un corollario ancor per grazia ;
sent le mouvement, et la forêt en retentit parce qu'elle est touffue.
« Et les plantes ébranlées ont le pouvoir d'imprégner l'air de leur vertu. Puis l'air en tournant la répand tout alentour;
« Et le reste de la terre, selon qu'il se prête par sa fécondité ou par son climat, conçoit et produit des arbres différents et de propriétés diverses.
« Ceci entendu, on ne s'étonnerait plus ensuite dans votre monde si quelque plante y germe sans semence apparente.
« Tu dois savoir que la sainte campagne où tu le trouves est pleine de toutes sortes de semences, et porte des fruits qui là-bas ne se récoltent point.
« L'eau que tu vois ne jaillit pas d'une veine qu'entretienne la vapeur convertie en pluie par le froid, comme un fleuve qui retrouve et perd ses eaux.
« Elle sort d'une source intarissable, assurée, qui reçoit de Dieu autant qu'elle verse par deux ouvertures.
« De ce côté elle descend avec la vertu d'ôter à l'homme le souvenir de son péché, de l'autre côté elle lui donne le souvenir de tout le bien qu'il a fait.
« Ici elle se nomme Lélhé, là on l'appelle Ennoé, d'un côté comme de l'autre elle n'opère qu'après qu'on en a bu.
« La saveur en surpasse toute autre sarveur. Et, bien que ta soif pût être grandement apaisée quand je ne le découvrirais rien de plus;
« Par grâce je te donnerai encore un corollaire, et je
i64 DEL rURGATORIO.
Ne credo cbe il mio dir ti sia men caro, Seoltre promission teco si spazia.
47 Quelli ch' anticamente poetaro
L' età dell' oro e suo stato felice, Forse in Parnaso esto loco sognaro.
48 Qui fu innocente V umana radice ;
Qui primavera sempre ed ogni frutto ; Nettare è questo di che ciascun dice.
49 Io mi rivolsi addietro allora tutto
A' miei Poeti, e vidi che con riso Udito avevan Y ultimo coslrulto :
so Poi alla bella Donna tornai '1 viso.
ne pense pas que ma parole le soit moins chère, si elle se donne carrière avec toi au delà de ma promesse.
« Les poètes qui anciennement chantèrent l'âge d'or et son heureuse condition, peut-être sur le Parnasse révèrent de ce lieu.
« Ici dans l'innocence s'éleva la tige humaine. Ici règne un éternel printemps chargé de tous les fruits, ici coule ce nectar dont chacun parle. »
Alors je me retournai tout entier vers mes poètes, et je vis qu'ils avaient entendu avec un sourire ce dernier propos.
Puis vers la belle dame je reportai mes regards1.
1 Ce chant trouve son explication dans le commentaire général des huit derniers chants du Purgatoire.
i Cantando corne donna innamorata, Continuô col fin di sue parole :
Beati, quorum tecta surit peccala.
2 E corne ninfe che si givan sole
Per le selvatich' ombre, disiando Quai di fuggir, quai di veder lo sole,
3 Allor si mosse contra '1 fiume, andando
Su per la riva, ed io pari di lei, Picciol passo con picciol seguitando.
4 Non eran cento Ira' suoi passi e i miei,
Quando le ripe igualmenle dier vol ta, Per modo ch' a levante mi rendei.
5 Ne anche fu cosi nostra via molta,
Quando la Donna lutta a me si torse, Dicendo : Frate mio, guarda ed ascoila, g Ed ecco un lustro subito trascorse Da tulle parti per la gran foresta, Tal che di balenar mi mise in forse.
Chantant comme une femme éprise d'amour, elle fit succéder à ses dernières paroles le psaume : Beati, quorum teda sunt peccata.
Et comme des nymphes qui s'en iraient par l'ombre des bois, désireuses, les unes de fuir le soleil, les autres de le voir,
Alors elle s'avança contre le cours du fleuve, et moi de pair avec elle, rapetissant mon pas sur le sien.
Nous n'avions pas fait cent pas entre nous deux, quand les bords se détournèrent également, de façon que je me dirigeai vers le levant.
Et notre route ainsi ne s'était pas de beaucoup prolongée, quand la dame se tourna vers moi tout entière, disant : « Mon frère, regarde et écoute. »
Et voici que tout à coup une clarté parcourut la grande forêt dans toutes ses parties, si vive qu'elle me fit douter si je ne voyais pas un éclair.
408 DEL PUIIGATORIO.
7 Ma perché '1 balenar, corne vien, resta, E quel durando più e più splendeva, Nel mio pensar dicea : Ghe cosa è questa? 8 Ed una melodia dolce correva
Per Y aer luminoso ; onde buon zelo Mi fe riprender 1' ardimenio d' Eva,
9 Che, là dove ubbidia la terra e il cielo, Fcmmina sola, e pur testé formata, Non sofferse di star sotto alcun vélo ;
jo Sotto '1 quai, se divota fosse stata, Â.vrei quelle ineffabili delizie Sentite prima, e poi lunga fiata.
il Mentr' io m' andava tra tante primizie Dell' eterno piacer, tutto sospeso, E disioso ancora a più letizie,
12 Dinanzi a noi, tal quale un fuoco acceso,
Ci si fe Y aer, sotto i verdi rami,
E il dolce suon per canto era già inteso.
13 0 sacrosante Vergini, se fami,
Freddi, o vigilie mai per voi soffersi, Gagion mi sprona ch' io mercè ne chiami.
u Or convien ch' Elicona per me versi, E Urania m' aiuti col suo coro, Forti cose a pensar, mettere in versi.
15 Poco più oltresette alberi d' oro
Falsava nel parère il lungo tratto Del mezzo, ch' era ancor tra noi eloro;
io Ma quando i? fui si presso di lor fatto,
Ghe 1' obbietto comun, che '1 senso inganna,
CHARTXXIX. 469
Mais parce que l'éclair aussitôt qu'il vient s'en va, et que cette clarté durait, resplendissant de plus en plus, je disais dans ma pensée : « Qu'est ceci? »
Et dans l'air lumineux courait une douce mélodie; en sorte qu'un louable zèle me fit gourmander la témérité d'Eve.
Car là où la terre et le ciel obéissaient, une femme seule, et qui venait seulement d'être formée, ne voulut pas souffrir de voile sur ses yeux,
Ce voile qu'elle aurait dû porter soumise; alors j'eusse goûté plus tôt ces ineffables délices, et plus longtemps.
Tandis qu'au milieu des merveilleuses prémices de l'éternel plaisir, je m'en allai tout ravi, et aspirant encore à de nouvelles joies,
Devant nous, sous les verts rameaux, l'air devint comme un feu embrasé, et le son barmonièux nous laissa distinguer le ebant.
0 vierges saintes et sacrées, si jamais pour vous je souffris la faim, le froid et les veilles, l'occasion me presse de vous en demander le prix.
C'est l'heure où l'IIélicon doit verser pour moi ses eaux, et Uranie, avec le chœur qu'elle mène, m'aider à mettre en vers des choses difficiles à penser.
Un peu plus loin, je crus voir sept arbres d'or, trompé par le grand intervalle qui était encore entre eux et nous.
Mais quand je fus assez rapproché pour que l'objet qui s'adresse à plusieurs sens et qui peut les tromper,
Non perdea per distanza alcun suo atto;
n La virtù ch' a ragion discorso ammanna Siccom' egli eran candelabri apprese, E nelle voci del cantare, Osanna.
18 Di sopra fiammeggiava il bello arnese
Più chiaro assai, che liiria per sereno Di mezza notte nel suo mezzo mese.
19 Io mi rivolsi d' ammirazion pieno
Al buon Virgilio, ed esso mi rispose Con vista carca di stupor non meno.
20 Indi rendei 1' aspetto ail1 alte cose,
Che si movieno incontro a noi si lardi, Che foran vinte da novelle spose.
21 La Donna mi sgridô : Perche pur ardi
Si nell' affetto délie vive luci,
E ciô che vien diretro a lor non guardi?
22 Genti vid' io allor, corn' a lor duci,
Venire appresso vestite di bianco ;
E tal candor giammai di qua non fuci,
23 L1 acqua splendeva dal sinistro fianco,
E rendea a me la mia sinistra costa,
S' io riguardava in lei, corne specchio anco.
2i Quand' io dalla mia riva ebbi tal posta, Che solo il fiume mi facea distante, Per veder meglio a' passi diedi sosta ;
25 E vidi le fîammelle andare avante,
Lasciando dietro a se P aer dipinto, E di tratti pennelli avean sembiante;
20 Si che di sopra rimanea distinto
CHANT XNIX. 471
ne perdit plus par la dislance aucune de ses impressions sur moi ;
La faculté qui prépare à la raison la matière de ses discours, reconnut que c'étaient des candélabres, et que les voix chantaient Hosanna.
Ces beaux ouvrages jetaient par en haut une flamme beaucoup plus claire que la lune au milieu de son cours, à minuit et par un ciel serein.
Je me retournai plein d'admiration vers le bon Viret lui me répondit par un regard non moins
chargé d'étonnement.
Ensuite je reportai ma vue vers les hauts candélabres qui s'avançaient vers nous si lentement, que de nouvelles épousées eussent marché plus vite.
La dame me réprimanda : « Pourquoi portes-tu sur ces vives lumières toute l'ardeur de tes yeux, et ne regardes-tu pas ce qui vient derrière elles. »
Je vis alors après elles, et comme à leur suite, venir une troupe vêtue de blanc, et pareille blancheur ici-bas ne fut jamais.
Vers la gauche brillait le ruisseau, et si j'y regardais il réfléchissait mon flanc gauche tout comme eût fait un miroir.
Quand, sur la rive où je marchais, j'eus pris une position telle que la rivière seule me séparait de l'apparition, pour mieux voir j'arrêtai mes pas.
Et je vis les flambeaux aller en avant, laissant derrière eux l'air nuancé; semblables à des pinceaux qui tirent des lignes;
De telle sorte qu'au-dessus d'eux l'espace demeurait
Di sette liste, tuttein quei colori, Onde fa 1' arco il Sole, e Délia il cinto.
27 Questi stendali dietro eran maggiori
Ghe la mia vista ; e? quanto a mio avviso, Dieci passî dislavan quei di fuori.
28 Soito cosi bel ciel, com' io diviso,
Ventiquattro seniori, a due a due, Coronati venian di fiordaliso.
29 Tutti cantavan : Benedetta tue
Nelle figlie d' Adamo, e benedelte Sieno in eterno le bellezze tue.
30 Poscia che i fiori e 1' altre fresche erbette,
A rimpetto di me dall' altra sponda, Libère fur da quelle genti elette,
31 Si corne luce lucein ciel seconda,
Vennero appresso lor quatlro animali, Coronato ciascun di verde fronda.
32 Ognuno era pennuto di sei ali,
Le penne piene d? occbi ; e gli occhi d' Argo, Se fosser vivi, sarebber cotali.
33 A descriver lor forma più non spargo
Rime, lettor; ch' altra spesa mi strigne Tanto, che in questa non posso esser largo.
34 Ma leggi Ezechiel, che li dipigne
Corne li vide dalla fredda parte Venir con vento, con nube e con igné;
35 E quai li troverai nelle sue carte,
Tali eranquivi, salvo ch' aile penne
Giovanni è meco, e da lui si diparlc.
30 Lo spazio denlro a lor quattro contenne
marqué de sept bandes, toutes brillantes des couleurs dont le soleil fait son arc et la lune sa ceinture.
Ces étendards se prolongeaient en arrière plus loin que ma vue, et, autant qu'il me semblait, entre le premier et le septième, la distance était de sept pas.
Sous ce beau ciel, tel que je viens de le décrire, vingtquatre vieillards, venaient deux à deux, couronnés de fleurs de lis.
Tous chantaient : « Bénie sois-tu entre toutes les filles d'Adam, et soient bénies éternellement tes beautés. »
Après que les fleurs et les fraîches herbes sur l'autre rive que j'avais en face de moi, ne furent plus foulées par cette troupe d'élus,
Comme dans le ciel une lumière succède à une lumière, ainsi à leur suite vinrent quatre animaux couronnés chacun de verts feuillages.
Chacun d'eux avait six ailes dont les plumes étaient pleines d'yeux. Tels on verrait les yeux d'Argus s'ils étaient vivants.
Pour décrire leurs formes je ne prodigue plus mes vers, lecteur, car une autre dépense me presse si fort qu'ici je ne saurai user de largesse.
Mais lis Ezéchiel, qui les dépeint comme il les vit venir des froides régions avec le vent, avec la nuée, avec le feu,
Et tels que tu les trouveras dans ses pages, tels étaientils ici, si ce n'est que touchant le nombre des ailes, Jean est avec moi, et se sépare du prophète.
L'espace qu'entre eux ils laissaient contenait un char
Un carro, in su duo rote, trionfale, Che al collo d' un grifon tirato venne.
37 Ed esso tendea su 1' una e 1' altr' aie
Tra la mezzana e le tre e tre liste, Si ch' a nulla, fendendo, facea maie.
38 Tanlo salivan, che non eran viste;
Le membra d' oro avea quanta era uccello, E bianche 1' altre di vermiglio miste.
39 Non che Roma di carro cosi bello
Rallegrasse Africano, ovvero Auguste; Ma quel del Sol saria pover con ello ;
40 Quel del Sol che sviando fu combusto,
Per T orazion dalla Terra devota, Quando fu Giove arcanamente giusto.
41 Tre donne in giro délia destra ruota,
Venian danzando; 1' una tanto rossa, Ch' a pena fora dentro al fuoco nota :
42 L' altr' era, corne se le carni e 1' ossa
Fossero state di smeraldo fatte; La terza parea neve testé mossa :
43 Ed or parevan dalla bianca tratte,
Or dalla rossa, e dal canto di questa L' altre toglién 1' andare e tarde e ratte.
4i Dalla sinistra quattro facean festa, In porpora vestite dietro al modo D' una di lor, ch' avea tre occhi in testa
45 Appresso tutto il pertrattato nodo, Vidi duo vecchi in abito dispari, Ma pari in atto ed onestato e sodo.
40 L' un si mostrava alcun de' famigliari
CHAXT XXIX. 475
triomphal, porté sur deux roues, et qu'un griffou traînait de tout l'effort de son col.
Et le griffon, dressant ses deux ailes, les étendait entre la bande du milieu et les trois de chaque côté, de façon qu'il ne dérobait aucune des trois en la coupant.
Ses ailes s'élevaient si haut que la vue ne les suivait pas; les membres qu'il avait de l'oiseau étaient d'or, les autres blancs mêlés de vermeil.
Non-seulement Rome ne fêta jamais d'un char si beau Scipion l'Africain, ni même Auguste : mais auprès de celui-ci, pauvre sérail le char du soleil,
Celui du soleil qui s'écartant de sa route fut brûlé à la prière de la terre suppliante, quand Jupiter par un conseil mystérieux se montra juste.
Auprès de la roue droite, trois femmes venaient dansant en rond, l'une si rouge, qu'entourée de feu à peine s'en distinguerait-elle;
L'autre était comme si ses chairs et ses os eussent été formés d'émeraude; la troisième paraissait comme une neige naguère tombée.
Et tantôt elles semblaient conduites par la blanche, tantôt par la rouge, et au chant de celle-ci les autres mesuraient leur marche lente ou rapide.
Du côté gauche quatre autres se réjouissaient, vêtues de pourpre et se réglant sur Tune d'elles dont la tête avait trois yeux.
Après tout le groupe que je viens de décrire, je vis deux vieillards en habits différents, mais semblables de manières, tous deux graves et calmes.
L'un se montrait disciple de ce grand Ilippocralc
Di quel somme- Ippocràte, cbe natnra Àgli animali fe ch' elF ha più cari.
47 Mostrava 1' altro la contraria cura
Con una spada lucida ed acuta, Tal che di qua dal rio mi fe paura.
48 Poi vidi quattro in umile paruta,
E diretro da tutti un veglio solo Venir, dormendo, con la faccia arguta,
49 E questi sette col primaio stuolo
Erano abituati; ma di gigli Dintorno al capo non facevan brolo ;
50 Ànzi di rose e d' altri fior vermigli :
Giurato avria poco lontano aspetto, Che tutti ardesser di sopra da' cigh :
51 E quando il carro a me fu a rimpetto,
Un tuon s' udi ; e quelle genti degne Parvero a ver Y andar più interdetto,
52 Fermandos' ivi con le prime insegne.
CHANT XXIX. ■ill
que la Nature lit pour les êtres animés qui lui sont le plus précieux ;
L'autre paraissait occupé d'un soin contraire, armé d'une épée luisante et acérée, telle que d'un bord à l'autre elle me fit peur.
Puis j'en vis quatre dont l'extérieur annonçait l'humilité : et derrière tous les autres venait un vieillard dormant avec un visage plein de vie.
Et les sept derniers étaient vêtus comme les premiers du cortège, seulement leur tète n'était pas ceinte de lis,
Mais de roses et d'autres fleurs vermeilles ; sans les voir de bien loin on eût juré que leurs fronts jetaient des flammes.
Et quand le char fut vis-à-vis de moi, un tonnerre se fît entendre, il sembla qu'à cette troupe vénérable il fut interdit d'aller plus avant, car elle s'arrêta là avec les enseignes qui la précédaient.
Le métier du poëte est de faire des miracles, de ressusciter les morts, de reconstruire par enchantement tout ce qui est en ruine, de distraire les esprits du présent et de les ramener au passé, de les enchaîner au spectacle de ce qui n'a plus ni réalité, ni intérêt, ni pouvoir, et de nous arracher à nous-mêmes, ce dont nous lui savons gré, parce que rien ne nous est plus à charge que notre petitesse; et de nous transporter parmi les grandes choses dont nous avons besoin, parce que nous sommes faits pour la grandeur.
Dante, comme tous les grands esprits, aime les difficultés; il se sent inspiré par le péril, ému par les obstacles, et voilà pourquoi il s'est proposé la plus grande difficulté qui fût jamais, ce que jamais aucun critique ne lui eût conseillé, de conduire son lecteur pendant quatorze mille vers à travers ce monde invisible dont rien de visible ne peut donner l'idée; de s'enfoncer, pour ainsi dire, tout vivant dans les obscurités de la métaphysique et de la théologie. — Mais comme tous les esprits justes, Dante n'aime que les difficultés utiles : toute sa métaphysique tourne à la morale, toute sa théologie s'emploie au bien des hommes.
Dante reste le disciple des Pères et des docteurs mais les docteurs, en tenant le paradis terrestre pour un lieu corporel, lui prêtent une signification mystique.
Les premiers chapitres de la Genèse ont pour eux deux sens, le littéral et l'allégorique, le passé et l'avenir. Ce symbolisme n'a rien d'arbitraire, il est dans le génie de la Bible et dans la tradition des Hébreux et de tout l'Orient, dans la nature même de l'esprit humain. A vrai dire, toutes les choses visibles ne sont que les signes de l'invisible : les cieux publient leur auteur. Ce langage de la création est aussi celui de l'Écriture sainte.
Allégorie de Dante. — Interprétation di Pietro di Dante. Le paradis terrestre figure la vie de la grâce; Mathilde, l'action. Les sept candélabres sont les dons du Saint-Esprit; les sept bannières, leurs sept fruits, ou les sept sacrements; les vingt-quatre vieillards figurent les vingt-quatre livres de l'Écriture. (Saint Jérôme, Prolog. Reg., prolog. in Daniel.) — Les quatre animaux sont les quatre évangélistes ; les six ailes, les six lois; le griffon est l'image du Christ. Les deux groupes de femmes sont les trois vertus théologales et les quatre vertus cardinales; les théologales à droite, comme d'une nature plus haute. Les deux vieillards sont saint Luc et saint Paul; les quatre, qui les suivent, les quatre Pères latins; en effet, après l'Écriture, vient la tradition. Le vieillard seul est saint Bernard.
Dante ne marche point au hasard. 11 reproduit Ézéchiel, l'Apocalypse et toute la tradition de l'art chrétien. A Rome, dans les mosaïques de Sainte-Praxède, on voit l'agneau sur l'autel, les sept candélabres, les quatre animaux, les vingt-quatre vieillards; au portail de Moissac, les griffons affrontés, le Christ, les quatre animaux, les vieillards. — Si l'on s'étonne de ce cortège pour entourer le char de triomphe où va paraître une jeune femme, c'est que Dante sait bien que dans le véritable amour il entre moins de passion que de respect.
Quando il setlentrion del primo cielo, Che ne occaso mai seppe ne orto, Ne d' altra nebbia, che di colpa vélo,
E chefaceva li ciascuno accorlo
Di suo dover, corne il più basso face Quai timon gira per venire a porto,
Fermo si a f fisse, la gente verace, Venu ta prima tra il grifone ed esso, Al carro volse se, corne a sua pace :
E un di loro? quasi dal ciel messo, Veni} sponsa, de Libano, eantando, Gridô tre volte, e tutti gli altri appresso
Quale i beati al novissimo bando
Surgeran presti ognun di sua caverna, La rivestita voce alleluiando;
Cotali, in su la divina basterna, Si levar cento, ad vocem tanti senis, Ministri e messaggier di vita eterna.
Quand ces sept étoiles du premier ciel, qui ne connurent jamais ni lever, ni coucher, ni d'autre nuage que le voile et la faute originelle,
Et qui là-haut montraient à chacun son devoir, comme les sept étoiles du ciel inférieur guident vers le port celui qui tourne le timon du gouvernail,
Quand elles s'arrêtèrent, les personnages véridiques qui marchaient d'abord entre elles et le griffon se tournèrent vers le char, comme vers le repos de leurs âmes.
Et l'un d'entre eux comme un envoyé du ciel chanta trois fois d'une voix forte : « Veni, sponsa, de 1Àbdno; » et tous les autres le répétèrent,
Comme au jour des dernières assises les bienheureux se lèveront agiles, chacun de sa fosse, exhalant un alléluia de leur voix ressuscitée.
Ainsi, à la voix du grand vieillard, se levèrent sur le char divin plus de cent ministres et messagers de la vie éternelle.
482 * DEL PUKGATOIUU.
7 Tutti dicean : Benedictm, qui venu;
E, fior gittando di sopra e d' intorno, Manibus o date Itlia plenis.
8 Io vidi già riel cominciar del giorno
La parte oriental tutta rosata,
E Y altro ciel di bel sereno adorno,
9 E la faccia del Sol nascere ombra ta,
Si che per temperanza di vapori L' occhio lo sostenea lunga fiata :
io Cosi dentro una nuvola di fiori,
Che dalle mani angeliche saliva, E ricadeva giù dentro e di fuori,
il Sovra candido vel cinta d' oliva
Donna m' apparve, sotto verde manto, Vestita di colordi fiamma viva.
12 E lo spirito mio, che già cotanto
Tempo era stato, ch1 alla sua presenza Non era di stupor tremando affranto
13 Sanza degli occhi aver più conoscenza,
Per occulta virtù che da lei mosse, D' antico amor senti la gran potenza.
14 Tosto che nella vista mi percosse
L' alta virtù, che già m' avea trafitto Prima ch' io fuor di puerizia fosse,
45 Volsimi alla sinistra col rispitto
Col quale il fantolin corre alla mamma, Quando ha paura, o quando egli è afllitlo,
ie» Per dicere a Yirgilio. Men che dramma
Di sangue m' è rimasa, che non tremi ; Conosco i segni de 11' antica fiamma.
Tous disaient : « Bénédictin, qui venis, » et, jetant des fleurs au-dessus du char et tout alentour, ils ajoutaient : « Donnez, donnez des lis à pleines mains. »
J'ai vu d'autres lois, au commencement du jour, la partie orientale du ciel toute rosée, et le reste tout orné d'un bel azur,
Et la face du soleil poindre voilée, de façon qu'à travers les vapeurs qui tempéraient son éclat l'œil le supportait longtemps.
Ainsi, dans un nuage de fleurs qui s'élevait des mains des anges et qui retombait sur le char et au dehors ;
Couronnée d'olivier sur un voile blanc, une femme m'apparut couverte d'un manteau vert, et sa robe avait la couleur d'une vive flamme.
Et mon esprit, si longtemps resté sans ressentir la stupeur, le tremblement, le brisement qui accompagnait sa présence,
Avant de la mieux connaître par les yeux, pénétré d'une vertu secrète qui émanait d'elle, ressentit la grande puissance d'un ancien amour.
Aussitôt que mes regards furent frappés de cette haute perfection qui jadis m'avait blessé avant que je fusse sorti de l'enfance,
Je me tournai vers ma gauche avec ce mouvement de l'enfant qui court à sa mère quand il a peur ou qu'il est affligé;
Et je voulais dire à Virgile : « II ne m'est pas resté une goutte de sang qui ne tremble : je reconnais les signes de l'ancienne flamme. »
484 DEL MRGATORIO.
47 Ma Virgilio n' avea lasciati scemi Di se, Virgilio dolcissimo padre, Virgilio, a cui per mia salute die' mi :
18 Ne quantunque perdeo Y antica madré, Valse aile guance nette di rugiada, Che lagrimando non tornassero adre.
49 Dante, perche Virgilio se ne vada,
Non pianger anco, non pianger ancora ; Chè pianger li convien per altra spada.
20 Quasi ammiraglio, che in poppa ed in prora Viene a veder la gente che ministra Per gli altri legni, ed a ben far la incuora,
24 In su la sponda del carro sinistra,
Quando mi volsi al suon del nome mio, Che di nécessita qui si registra,
22 Vidi la Donna, che pria m' appario
Velatasotto Y angelica festa,
Drizzar gli occhi ver me di qua dal rio.
23 Tuttochè il vel che le scendea di testa,
Cerchiato dalla fronde di Minerva, Non la lasciasse parer manifesta,
24 Régal mente, nell' atto ancor proterva,
Continué, corne colui che dice,
E il più caldo parlar dietro riserva :
25 Guardami ben : ben son, ben son Béatrice :
Corne degnasti d' accedere al monte?
Non sapei tu, che qui è 1' uom felice?
26 Gli occhi mi cadder giù nel chiaro fonte;
Ma veof^endomi in esso io trassi ail' erba : Tanta vergogna mi grave la frontc.
Mais Virgile nous avait abandonnes; Virgile, ee père très-doux, Virgile à qui elle m'avait donné pour mon salut;
Et toutes les merveilles que -perdit notre antique mère n'empêchèrent pas que mes joues lavées naguère par la rosée redevinssent souillées de pleurs.
« Dante, parce que Virgile s'en va, ne pleure pas. Ne pleure pas encore, car il te faudra pleurer d'une autre blessure. »
Comme un amiral qui va de la poupe à la proue voir les matelots manœuvrer sur les autres navires et leur donne du cœur à bien faire,
Ainsi sur le côté gauche du char, quand je me retournai au bruit de mon nom, qui par nécessité s'enregistre ici,
Je vis la dame, qui d'abord m'était apparue voilée sous les hommages des anges, diriger ses yeux vers moi de ce côté du ruisseau.
Encore que le voile qui descendait de sa tête, entouré du feuillage de Minerve, ne ia laissât point voir tout entière,
Altière cependant et toute royale dans son attitude, elle continua, comme celui qui parle et réserve les plus irritées, les plus chaudes paroles pour la fin :
« Regarde-moi bien ; je suis bien, je suis bien Béatrix. Gomment donc t'es-tu cru digne d'approcher de la montagne? Ne savais-tu pas qu'ici l'homme est heureux?»
Mes regards se baissèrent vers la claire fontaine ; mais, y voyant mon image, je les tournai vers l'herbe, tant la honte avait appesanti mon front.
27 Cosi la madré al figlio par superba,
Corn' ella parve a me; perche d' amaro Sente il sapor délia pietate acerba.
28 Ella si tacque, e gli angeli cantaro
Di subito : In te, Domine, speravi; Ma oltre pedes meos non passaro.
29 Si corne neve tra le vive travi
Per lo dosso d' Italia si congela Soffiata a stretta dalli venti Schiavi,
30 Poi liquefalta in se stessa trapela,
Pur cbe la terra, che perde ombra, spiri, Si che par fuoco fonder la candela ;
31 Cosi fui senza lagrime e sospiri
Anzi il cantar di que' che notan sempre Dietro aile note degli eterni giri.
32 Ma poichè intesi nelle dolci tempre
Lor compatire a me, più che se detto Avesser : Donna, perché si lo stempre?
33 Lo giel che m' era intorno al cuor ristretto,
Spirito ed acqua fessi, e con angoscia Per la bocca e per gli occhi usci del petto.
34 Ella, pur ferma in su la detta coscia
Del carro stando, aile sustanzie pie Volse le sue parole cosi poscia :
35 Voi vigilate nell' eterno die,
Si che notte ne sonno a voi non fura Passo, che faccia il secol per su vie ; 30 Onde la mia risposta è con più cura,
Che m' intenda colui che di là piagne, Perché sia colpa e duol d' una misura.
Telle la mère paraît menaçante à son fils, telle me parut Béatrix, parce que la pitié qui châtie laisse une saveur amère.
Elle se tut, et les anges chantèrent aussitôt : « In te, Domine, speravi. » Mais ils n'allèrent pas au delà de pedes meos.
Comme la neige parmi les arbres, sur le dos de l'Italie, se resserre et se congèle au souffle des vents esclavons,
Puis, se liquéfiant, tombe goutle sur goutte, pour peu que la terre qui n'a point d'ombre envoie son haleine, pareille au feu qui fond le cierge,
Ainsi je restai sans larmes et sans soupirs jusqu'au chant de ces esprits qui mesurent leurs accords sur les accords des sphères éternelles.
Mais après que dans leurs doux concerts j'eus compris leur compassion pour moi mieux que s'ils avaient dit : « Madame, pourquoi le confondre ainsi? »
La glace qui s'était endurcie autour de mon cœur devint soupirs et pleurs et s'échappa douloureusement de ma poitrine par les lèvres et par les yeux.
Elle cependant, se tenant immobile sur le flanc du char, comme je l'ai dit, s'adressant ensuite à ces êtres miséricordieux, leur parla de la sorlc :
« Vous veillez dans le jour éternel, de façon que ni nuit ni sommeil ne vous dérobent un seul des pas que fait le siècle dans sa route.
« Si donc je réponds avec plus de soin, c'est pour me faire entendre de celui qui pleure là-bas, c'est pour que la faute et la peine aient la même mesure.
57 Non pur per ovra délie rote magne,
Che drizzan ciascun semé ad alcun fine, Secondo che le stelle son compagne;
38 Ma per larghezza di grazie divine,
Che si alti vapori hanno a lor piova, Che nostre viste là non van vicine;
30 Quesli fu tal nelîa sua vita nuova
Virtualmente, ch' ogni abito destro Fatto averebbe in lui mirabil pruova.
40 Ma tanto più maligno e più silvestro
Si fa il lerren col mal semé, e non colto, Quant' egli ha più di buon vigor terrestro.
41 Alcun tempo il sostenni col mio volto;
Mostrando gli occhi giovinelti a lui, Meco il menava in dritta parte volto.
42 Si tosto corne in su la soglia fui
Di mia seconda etade e mutai vita, Questi si toise a me, e diessi altrui.
43 Quando di carne a spirto era salita,
E bellezza e virtù cresciuta m' era, Fu' io a lui men cara e men gradita ;
44 E volse i passi suoi per via non vera,
Immagini di ben seguendofalse, Che nulla promission rendono intera.
43 Ne l' impetrare spirazion mi valse,
Con le quali e in sogno ed altrimenti Lo rivocai; si poco a lui ne calse.
40 Tanto giù cadde, che tutli argomenti Alla salute sua eran già corti, Fuor che mostrargli le perdu te genti.
(( Non-seulement par l'influence des grandes sphères qui dirigent chaque chose naissante vers une fin, selon les étoiles qui l'accompagnent,
« Mais aussi par l'abondance des grâces divines qui tombent de nuages si hauts, que votre vue n'en approche pas;
« Celui-ci dans son jeune âge fut doué de telle sorte, que toute habitude droite aurait produit en lui d'admirables effets.
« Mais avec la mauvaise herbe et sans culture la terre devient d'autant plus ingrate et plus sauvage qu'elle a plus de bonne sève.
« Quelque temps je le soutins de mes regards, et, lui montrant mes jeunes yeux, je le menais avec moi par le droit chemin.
« Mais sitôt que je fus sur le seuil de mon second âge, et que je changeai de vie, celui-ci se retira de moi pour se donner à d'autres.
« Quand j'étais montée de la chair à l'esprit, quand je venais de croître en beauté comme en verlu, je lui devins moins chère et moins agréable;
« Et il égara ses pas dans une route fausse, poursuivant les mensongères images du bien, qui ne tiennent jusqu'au bout aucune de leurs promesses;
« Et il ne me servit point de lui obtenir les inspirations par lesquelles je le rappelais, en songe ou autrement, tant il en fit peu de compte.
« 11 tomba si bas, que déjà tous les moyens étaient impuissants pour son salut, excepté de lui faire voir le peuple des damnés.
47 Per queslo visitai Y uscio de' morti,
E a colui che Y ha quassù condotto,
Li prieghi miei, piangendo, furon porti.
48 L1 alto fato di Dio sarrebbe rotto,
Se Lete si passasse, e tal vivanda Fosse gustata senz' alcuno scotto
49 Di pentimento che iagrime spanda.
« Voilà pourquoi j'ai visité la porle des morts, et j'ai porté à celui qui l'a guidé jusqu'ici mes prières avec mes pleurs.
« Le suprême décret de Dieu serait brisé, si l'on passait le Lélhé, si l'on goûtait un tel aliment avant d'avoir payé son tribut ou son écot avec un repentir qui verse des larmes. »
0 tu, che se' di là dal fi urne sacro
(Volgendo suo parlare a me per punta, Che pur per taglio m' era parut' acro),
Ricominciô, seguendo senza cunta, Di, di, se quest' è vero : a tanta accusa Tua confession conviene esser congiunta.
Era la mia virtù tanto confusa,
Che la voce si mosse, e pria si spense Che dagli organi suoi fosse dischiusa.
Poco sofferse ; poi disse : Che pense? Rispondi a me; chè le memorie triste In te non sono ancor dall' acqua offense,
Confusîone e paura insieme miste Mi pinsero un tal s) fuor délia bocca, Al quale intender fur mestier le viste.
Corne balestro frange, quando scocca Da troppa tesa la sua corda e Y arco, E con men foga F asta il segno tocca;
« 0 toi qui es au delà du fleuve sacré, » reprit-elle en tournant contre moi la pointe de son discours dont le tranchant seul m'avait paru si déchirant.
Et, poursuivant sans hésiter : « Dis, dis si c'est vrai : à une si grande accusation, il faut que la confession s'ajoute. »
Toutes mes puissances étaient si troublées, que ma voix fit effort et s'éteignit avant de s'être échappée de ses organes.
Elle attendit un peu, puis elle dit: « Qu'en pensestu? Réponds-moi, car en toi les mauvais souvenirs ne sont pas encore chassés par les eaux du Léthé. »
La confusion et la peur unies ensemble m'arrachèrent de la bouche un oui si faible, qu'il ne fut compris que des yeux.
Comme l'arbalète, quand elle est trop tendue, brise en se débandant sa corde et son arc; alors le dard va frapper le but avec moins de force;
7 Si scoppia' io sott' esso grave carco,
Fuori sgorgando lagrime e sospiri, E la voce allento per lo suo varco.
8 OncT ella a me : Per entro i miei disiri,
Che ti menavano ad amar lo bene Di là dal quai non è a che s' aspiri,
9 Quai fosse attraversate, o quai catene
Trovasti, perché del passarc innanzi Dovessiti cosi spogliar la spenc?
io E quali agevolezze, o quali avanzi
Nella fronte degli altri si mostraro, Perché dovessi lor passeggiare anzi?
n Dopo la tratta d' un sospiro amaro, A pena ebbi la voce che rispose, E le labbra a fatica la formaro.
12 Piangendo dissi : Le uresenti cose
Col falso lor piacer volser miei passi, Tosto che '1 vostro viso si nascose.
13 Ed alla : Se taeessi, o se negassi
Ciô che confessi, non fora men nota La colpa tua : da tal giudice sassi.
H Ma quando scoppia dalla propria gola L'accusa del peccato, in noslra corte, Rivolge se contra il taglio la rota.
15 Tuttavia, perche me' vergogna porte Del tuo errore, e perché altra voila Udendo le sirène sie più forte.
io Pon giù il semé del piangere, ed ascolta; Si udirai corne in contraria parte Muover doveati mia carne sepolta.
Ainsi j'éclatai sous ce lourd fardeau, m' épanchant en larmes et en soupirs, de sorte que ma voix se ralentit au passage.
C'est pourquoi elle me dit: « Quand les désirs qui te venaient de moi te conduisaient à l'amour de ce bien au delà duquel il n'en est point de désirable,
« Quels fossés au travers de la roule, quelles chaînes tendues as-tu donc trouvées pour te faire dépouiller l'espérance de passer au delà?
« Et quels attraits, quels avantages, se sont montrés, sur le front des autres biens, que tu dusses errer devant eux? »
Après avoir exhalé un soupir amer, à peine eus-je retrouvé la voix pour répondre, et à grand'peine mes lèvres l'articulèrent;
Je dis en pleurant : « Les choses présentes avec leurs plaisirs trompeurs ont détourné mes pas aussitôt que votre visage s'est caché. »
Et elle: ce Si tu taisais ou si tu niais ce que tu confesses, ta faute ne serait pas moins connue, si grand est le juge qui la sait !
« Mais quand l'accusation du péché s'échappe de la bouche du pécheur, c'est la loi de notre tribunal queJa meule se tourne contre le tranchant de l'épée.
« Néanmoins, afin que tu portes plus de honte de ton erreur, et qu'une autre fois, si tu entends les sirènes, tu te trouves plus fort,
« Arrête la source de tes pleurs et écoule: tu entendras comment ma chair mise au tombeau devait le faire prendre un chemin contraire.
490 DEL PURGATOR10.
17 Mai non t' appresentô natura ed arte
Piacer, quanto le belle membra in cb' io Rinchiusa fui, e che son terra sparte :
18 E se il sommo piacer si ti fallio
Per la mia morte, quai cosa mortale Dovea poi trarre te nel suo clisio?
io Ren ti dovevi, per lo primo strale Délie cose fallaci, levar suso Diretr' a me cbe non era più taie.
20 Non ti dovea gravar le penne in giuso,
Ad aspettar più colpi, o pargoletta, 0 altra va ni ta con si brev' uso.
21 Nuovo augelletto due o tre aspetta ;
Ma dinanzi dagli occhi de' pennuti Rete si spiega indarno, o si saetta.
22 Quale i fanciulli vergognando muti,
Con gli occhi a terra, slannosi ascoltando, E se riconoscendo, e ripentuli;
23 Tal mi stav' io. Ed ella disse : Quando
Per udir se' dolente, alza la barba, E prenderai più doglia riguardando.
21 Con men di resistcnza si dibarba
Robusto cerro, ovvero a nostral vento, Ovvero a quel délia terra di larba,
25 Ch' io non levai al suo comando il menlo :
E quando per la barba il viso cliiese, Ren conobbi il velen dell' argomento,
26 E corne la mia faccia si distese,
« Jamais Ja nature, jamais l'art ne le présenta plaisir comparable aux beaux membres où je fus prisonnière, el qui maintenant sont réduits en poudre.
« Et si par ma mort ce souverain plaisir te manqua, quelle chose mortelle devait ensuite te gagner à ses attraits?
« Bien devais-tu, à la première atteinte des choses trompeuses, lever les yeux au ciel pour m'y suivre, moi qui n'étais plus comme elles.
« Et tes ailes ne devaient pas rester appesanties pour attendre quelque autre blessure, par faiblesse pour quelque jeune fille, ou pour quelque autre vanité dont si courte est la jouissance.
« L'oiselet nouvellement éclos attend deux ou trois coups, mais devant les yeux de ceux qui ont toutes leurs plumes, c'est vainement qu'on déploie le filet et qu'on décoche la flèche. »
Comme les enfants muets de honte, les yeux fixés à terre, écoutent immobiles, reconnaissant leur faute et repentants,
Ainsi je me tenais, et elle dit : «Puisque à m'entend re seulement tu te sens si affligé, lève ta barbe, el, en me regardant, tu ressentiras plus de douleur. »
Avec moins de résistance un chêne robuste se déracine au souffle de notre vent, ou au vent de la terre numide,
Que je ne levai le menton à son commandement, et, quand par la barbe elle désigna le visage, je sentis bien le venin de l'allusion.
Et quand je redressai ma face, mes yeux connuren
498 DEL l'UKGATUlUO.
Posarsi quelle prime créature
Da loro aspersion 1' occhio comprese :
27 E le mie luci, ancor poco sicure
Vicier Bealrice vol ta in su la fiera, Cli' è sola una persona in duo nature.
28 Sotto suo vélo, ed oltre la rîviera
Verde, pareami più se stessa anlica Vincer, che 1' altre qui quand' ella c' cra.
29 Di penter si mi punse ivi 1' orlica,
Che di tutt' altre cose, quai mi torse Più nel suo a m or, più mi si fe ni mica.
30 Tanta riconoscenza il cuor mi morse,
Cli' io caddi vinto, e quale allora femmi, Saisi colei che la cagion mi porse.
31 Poi, quando il cor virtù di fuor rendemmi,
La Donna ch' io avea trovata sola,
Sopra me vidi, e dicea : Tiemmi, tiemmi.
32 Tratto m'avea nel liume infino a gola,
E, tirandosi me dietro, sen giva Sovresso Y acqua, lieve corne spola.
33 Quando fui presso alla beata riva,
Asperges me si dolcemente udissi,
Ch' io nol so rimembrar, non ch' io lo scriva,
54 La bella donna nelle braccia aprissi,
Abbracciommi la testa, e mi sommerse, Ove convenne ch' io Y acqua inghiottissi
35 Indi mi toise, e bagnato m' offersc
Dentroalla danza délie quattro belle, E ciascuna col braccio mi coperse.
chant xxxii m
(jue les anges, ees premiers-nés des créatures, avaient cessé de jeter des tleurs.
Et mes regards encore mal assurés virent Béatrix tournée vers la bêle qui réunit une seule personne en deux natures.
Sous son voile, et séparée de moi par la verte rivière, elle me semblait effacer ce qu'elle fut jadis plus qu'elle n'effaçait les autres quand elle habitait ici-bas.
En ce moment l'ortie du repentir me piqua si fort, que, de toutes les autres choses, celle qui avait le plus détourné mon amour me devint la plus ennemie.
Une si grande connaissance de ma faute me déchira le cœur que je tombai terrassé; et ce que je devins alors, celle-là le sait qui en fut la cause.
Puis, quand le cœur me rendit le pouvoir de comprendre les choses du dehors, je vis au-dessus de ma tête la dame que j'avais d'abord trouvée seule, et elle disait : «Tiens-moi, tiens-moi. »
Elle m'avait entraîné dans le fleuve jusqu'à la gorge, et, me tirant derrière elle, elle s'en allait sur l'eau, légère comme la navette du tisserand.
Quand elle fut près de l'heureuse rive, on entendit chanter Asperges me avec tant de douceur, que je ne saurais me le rappeler, bien loin de l'écrire.
La belle dame ouvrit les bras, saisit ma tête et me submergea de façon qu'il fallut boire l'onde.
Puis elle me retira, et, tout trempé, elle me conduisit dans ia danse des quatre belles compagnes, et chacune d'elles m'enlaça d'un bras.
500 DEL PUKGATORIO.
50 Noi scm (jui ninfe, c nel ciel semo stelle; Pria che Béatrice discendesse al mondo, Fummo ordinate a lei per sue ancelle.
57 Menrenti agli occhi suoi; ma nel giocondo
Lume ch' è dentro, aguzzeran li tuoi Le tre di là, che miran più profondo.
58 Cosi cantando cominciaro; e poi
Al petto del grifon seco menarmi, Ove Béatrice volta stava a noi.
5<j Disser : Fa che le viste non risparmi ; Posto t' avem dinanzi agli smeraldi, Ond' Amor già ti trasse le sue armi.
40 Mille disiri più che fîamma caldi
Strinsermi gli occhi agli occhi rilucenli, Che pur sovra il grifone stavan saldi.
41 Corne in lo specchlo il Sol, non altrimenti
La doppia fiera dentro vi raggiava, Or con uni, or con altri reggimenti.
12 Pensa, lettor, s' io mi.maravigliava,
Quando vedea la cosa in se star quêta, -E nell' idolo suo si trasmutava.
45 Mentre che, piena di stupore e lieta, L'anima mia gustava di quel cibo, Che, saziando di se, di se assela ,
44 Se dimostrando del più alto tribo
Negli atti, 1' altre tre si fero avanli, Danzando al loro angelico caribo.
45 Volgi, Béatrice, volgi gli occhi sailli,
(( Ici, nous sommes nymphes, au ciel nous sommes étoiles. Avant que Béatrix ne descendît dans le monde, nous fumes destinées à devenir ses servantes.
« Nous te mènerons devant ses yeux ; mais, pour que les tiens puissent en pénétrer la douce lumière, ils seront aiguisés par les trois femmes que voici de l'autre côté et qui ont le regard plus profond. »
Ainsi commencèrent-elles en chantant, puis elles me conduisirent avec elles en face du griffon; là, Béatrix se tenait tournée vers nous.
Elles dirent : « Fais en sorte de ne pas ménager ta vue; nous t'avons placé devant ces émeraudes d'où l'amour jadis te darda ses flèches. >>
Mille désirs plus brûlants que la flamme attachèrent mes yeux à ses yeux rayonnants qui demeuraient fixés sur le griffon.
Comme le soleil dans un miroir, de même la bêle aux deux natures se réfléchissait, tantôt avec les uns, I an lot avec les autres de ses attributs.
Pense, lecteur, si je m'émerveillais, voyant l'objet îester immobile en soi et changer dans son image.
Tandis que, pleine de stupeur et de joie, mon âme goûtait cette nourriture qui, en nous rassasiant d'ellemême, d'elle-même nous altère,
Les trois autres compagnes, dont les attitudes annonçaient une extraction plus haute, s'avancèrent, réglanl leur danse sur leurs chants angéliques.
« Tourne, Béatrix, « tel était leur chant, » tourne tes
Era la sua canzone, al tuo fedele, Ghe, per vederti, ha mossi passi tanti.
46 Per grazia fa noi grazia che disvele A lui la bocca tua, si che discerna La seconda bellezza che tu celé.
a 0 isplendor di viva luce eterna,
Chi paliido si fece sotto V ombra
Si di Parnaso, o bevve in sua cisterna,
48 Che non paresse aver la mente ingombra,
Tentando a render te quai tu paresti Là dove armonizzando il ciel t' adombra,
49 Quando nell' aère aperlo ti solvesti?
yeux vers ton fidèle, qui pour te voir a fa il tant de pas !
« Fais-nous gratuitement la grâce de dévoiler pour lui ta bouche, afin qu'il connaisse la seconde beauté que tu caches. »
0 splendeur d'une lumière vivante et éternelle! quel est le poète devenu pâle sous les ombres du Parnasse, ou abreuvé à ses citernes,
Qui ne semblerait pas troublé dans ses pensées, s'il essayait de te rendre telle que tu m'apparus, lorsqu'au grand jour tu te découvris, en ce lieu où tu n'eus plus d'autre voile que la sphère harmonieuse du ciel !
Terc. 11. — Petrus Alighierii, XXX. In qua nebula ita figurata Beatrix,id est theoiogia, descendit coronata oliva, quxarbor Minervx dex scientix dicitur... Hoc est quod auctor vult figurare, quodjam dilexit stiulium theologix et in eopostea cessavit, mine vero reassumer e incipit.
Ottimo Commente, XXX. Béalrix est ici prise pour la science théologique, par laquelle Dante pénètre dans la connaissance de la Jérusalem triomphante. L'auteur l'aime la première, mais peu de temps, pour ne l'avoir pas assez connue ; puis il fait voir comment, par amour des choses temporelles, il abandonna l'amour des éternelles et invisibles. . . Et l'on pourrait expliquer plus simplement, en prenant à la lettre les paroles de Béatrix, qu'il s'agit de madame Béatrix que le poëte aima d'un amour de bienveillance, laquelle partie de ce inonde, il aima celle pour laquelle il dit :
Io rai son Pargoletta bella e nova.
Terc. 50. — Petrus Aligherii. Les vertus cardinales sont des nymphes, selon l'opinion de saint Thomas, qui veut (pie les vertus nous soient infuses sur la terre ; au ciel ce sont des principes ou des essences. Saint Augustin avait dit dans une de ses lettres: Actus virtutum, ut haznymphie, surit in via; sed in patria idipsum erit virtus et prxmium virtutis.
Comparer le premier chant du Purgatoire, où paraissent les quatre étoiles vues seulement de nos premiers pères, et le huitième où elles se sont couchées pour faire place à trois autres qui embrasent tout le ciel. Les quatre premières peuvent répondre à la Croix du sud, les trois autres à l'Alpha de l'Eridan, du Navire et du Poisson d'or.
59. — Ottirno Commento. Les émeraudes. C'est fort à propos que le poëte introduit celte pierre précieuse en considération de ses propriétés. Car les oiseaux appelés griffons guettent les émeraudes. L'émeraude est la reine des pierres vertes. Ni pierres, ni herbes n'ont une plus vive verdure. Elle réfléchit les images à la manière d'ini miroir. Elle accroît les richesses, aide les beaux parleurs et ceux qui plaident, elle combat le mal caduc, conserve la vue, fortifie les yeux faibles, contient les mouvements luxurieux, rend la mémoire, repousse les fantômes et les démons, calme les tempêtes, étandie le sang et sert aux opérations des devins.
i Tanto eran gli occhi miei fissi ecl altenli A disbramarsi la dccenne sete, Che gli al tri sensi m' eran tutti spenti ;
2 Ecl essi quinci e quindi avén parete
Di non caler, cosi lo santo riso A se traéli con 1' antiea rete ;
3 Quando per forza mi fu volto il viso
Ver la sinistra mia da quelle Dee, Perch' io udia da loro un : Troppo ftso.
4 E la disposizion che a veder ee
Negli occhi pur testé dal Sol percossi , Sanza la visla alquanto esser mi fee;
5 Ma poichè al poco il viso riformossi
(Io dico al poco per rispetto al molto Sensibile, onde a forza mi rimossi), o Vidi in sul braccio destro esser nvolto Lo glorioso esercito, e tornarsi ('ol sole e con le sette liamme al voll.o.
Mes yeux étaient si immobiles, si attentifs à désaltérer une soif de dix ans, que tous mes autres sens étaient éteints;
Et mes yeux même avaient à droite et à gauche comme une muraille d'indifférence : tant le divin sourire les attirait dans son ancien filet;
Quand mon visage fut forcément détourné vers la gauche par ces nymphes, que j'entendis s'écrier : « Tu regardes trop fixement. »
Et cette difficulté de voir qu'éprouvent les yeux que le soleil vient de frapper, me fit rester quelque temps privé de la vue.
Mais quand mon regard redevint capable de saisir une faible lumière (je dis faible par rapport à la grande lumière dont je ne me détachai que de force),
Je vis que la glorieuse armée s'était pliée sur son Hanc droit et qu'en tournant elle avait en face le soleil et les sept candélabres.
7 Corne sotto gli scudi per salvarsi
Volgesi schiera, e se gira col segno, Prima che possa lutta in se mutarsi ;
8 Quella milizia del céleste regno,
Che precedeva, tutta trapassonne
Pria che piegasse il carro il primo legno.
9 fndi aile rote si tornar le donne,
E il grifon mosse il benedetto carco, Si che perô nul la penna crollonne.
10 La bella donna che mi trasse al varco,
E Stazio ed 10 seguilavam la rota Chefel' orbita sua con minorarco.
11 Si passeggiando 1' alla selva vota,
Colpa di quella ch' al serpente crese, Tem[>rava i passi un* angelica nota.
12 Forse in tre voli tanto spazio prese
Disfrenata saetta, quanto eràmo Rimossi, quando Béatrice scese.
\?> To senti' mormorarea tutti : Àdamo!
Poi cerchiaro una pianta dispogliala
Di fiori e d' altra fronda in ciascun ramo.
14 La chioma sua, che tanto si dilata
Più, quanto più è su, fora dagl' Indi Ne' boschi lor per altezza ammirata.
15 Beato se', grifon, che non discindi
Col becco d'esto legno dolce al gusto, Posciachè mal si torse il ventre quindi,
16 Cosi d' in lor no ail' arbore robuslo
Comme un bataillon couvert de ses boucliers se replie pour assurer son salut, et commence à tourner avec le drapeau, avant que toute la troupe ait pu imiter ce changement,
Ainsi toute celte milice du céleste royaume qui marchait devant, passa tout entière avant que le char eût tourné son timon.
Alors les femmes se replacèrent près des roues et le griffon ébranla son fardeau béni ; de telle sorte pourtant qu'on ne vit pas frémir une seule de ses plumes.
La belle dame qui m'avait conduit au gué du ruisseau, et Stace et moi, nous suivions la roue dont l'ornière décrivait l'arc le plus petit,
Tandis que nous parcourions ainsi la haute foret, déserte par la faute de celle qui crut le serpent, des chants angéliques mesuraient nos pas.
Peut-être une flèche délivrée de son frein parcourt en trois vols autant d'espace que nous en avions franchi , quand descendit Béatrix.
J'entendis murmurer par toutes les bouches : Adam ! puis tous entourèrent un arbre dont les rameaux étaient dépouillés de fleurs et d'ombrages.
Sa chevelure qui va s'élargissant d'autant plus qu'elle s'élève davantage, serait admirée par sa hauteur dans les forêts de l'Inde.
« Heureux es-tu, griffon, qui de ton bec n'entames point cet arbre doux à goûter! Car les entrailles de l'homme s'en tordirent de douleur. »
Ainsi autour de l'arbre robuste s'écrièrent les autres
510 DEL l'URGATOIUO.
Gridaron gli al tri ; e l' animal binato : Si si conserva il semé d' ogni giusto.
17 Ë yolto al temo ch' egli avea tirato,
Trasselo a piè délia vedova frasca ; E quel di lei a lei lasciô legato.
18 Corne le nostre piante, quando casca
Gin la gran luce mischiata con quel la Che raggia dietro alla céleste lasca,
19 Turgidc fansi, e poi si rinnovella
Disuo color ciascuna, pria che '1 Sole Giunga li suoi corsier sott' altra Stella;
20 Men che di rose, e più che di viole,
Colore aprendo, s' innovô la pianta, Che prima avea le ramora si sole.
21 lo non lo intesi, ne quaggiù si canta
L' inno che quella gente allor canlaro, Ne la nota soffersi tultaquanla.
22 S' io potessi ritrar corne assonnaro
Gli occhi spietati, udendo di Siringa, Gli occhra cui più vegghiar costôsi caro;
23 Corne pinlor che con esemplo pinga,
Disegnerei corn' io m' addormentai ;
Ma quai vuol sia che 1' assonnar ben finga.
24 Pero irascorro a quando mi svegliai,
Ë dico ch' un splendor mi squarcio il vélo Del sonno, ed un chiamar : Surgi, che fai? 23 Ouale a veder de' fioretti del melo,
personnages, cl l'animal aux deux natures répondit : « Ainsi se conserve la semence de toute justice.'»
Et tournant le limon qu'il avait tiré, il le conduisit jusqu'au pied du tronc veuf de sa feuillée et laissa le char là, à l'arbre auquel il appartenait.
Comme nos plantes, quand lombed'en haut la grande lumière mêlée à celle qui rayonne à la suite du céleste poisson,
Se gonflent de bourgeons, puis renouvellent chacune l'émail de ses fleurs avant que le soleil attelle ses coursiers sous une autre étoile,
Ainsi s'épanouissant en fleurs moins claires que la rose et plus que la violette, se renouvela l'arbre qui d'abord avaient ses rameaux si nus.
Je n'entendis jamais et jamais on ne chante ici -bas l'hymne qu'alors chanta cette troupe et je n'en supportai pas la mélodie jusqu'au bout.
Si je pouvais retracer comment s'endormirent les impitoyables yeux d'Argus, en écoutant l'aventure de Syrinx, ces yeux auxquels il coûta si cher d'avoir veillé plus que ceux des hommes ;
Comme un peintre qui travaille sur un modèle, je dessinerais comment je m'endormis. Mais que tout autre se charge de bien représenter la surprise du sommeil.
Je passe donc au moment où je m'éveillai, et je dis <jue le voile de mon sommeil se déchira sous une vive lumière, et à ce cri : et Lève-loi ! que fais-tu là? »
Comme à la vue des jeunes fleurs du pommier, qui
Che del suo porno gli angcli fa ghiolti, E perpétue nozze fa nel cielo,
26 Pietro e Giovanni e Iacopo condotti, E vinli ritornaro alla parola, Dalla quai furon maggior son ni rolti,
27' E videro scemata loroseuola, Cosi di Moisè corne d'Elia, E al maestro suo cangiata stola ;
28 Tal torna' io? e vidi quella Pia
Sovra me starsi, che conducitricc Fu d' miei passi lungo il liumepria;
29 E tutto in dubbio dissi : Ov' è Béatrice?
Ed ella : Vedi lei sotlo la fronda Nuova sedersi in su la sua radice.
30 Vedi la compagnia che la circonda;
Gli altri dopo il grifon sen vanno suso, Con più dolce canzone e più pro fonda, si E se fu più lo suo parlar diffuso
Non so, perocchè già negli occhi m' era Quella ch' ad altro intender m' avea chiuso.
32 Sola sedeasi in su la terra vera,
Corne guardia lasciala li del plaustro, Che legar vidi alla biforme liera.
33 In cerchio le facevan di se clauslro
Le set te ninfe, con que' lumi in mano Che son sicuri d'Àquilone e d' Àustro.
34 Qui sarai tu poco tempo silvano,
E sarai mecô senza fine cive
Di quella Roina onde Christo è Romano;
35 Pcro, in pro del mondo che mal vive,
rend les anges avides de son fruit, et qui défraye les noces éternelles du paradis;
Pierre, Jacques et Jean conduits sur la montagne s'évanouirent et revinrent à la parole qui interrompit des sommeils plus forts ;
Et virent leur compagnie diminuée de Moïse et d'Élie, et le vêtement de leur maître changé de couleur;
Tel je revins à moi, et je vis debout près de moi cette femme compatissante qui d'abord conduisit mes pas le long du fleuve;
Et tout en suspens je dis : «Où est Béatrix? » Et elle : « Vois, elle est assise sous l'arbre au nouveau feuillage et sur sa racine,
« Vois la compagnie qui l'environne, les autres à la suite du griffon s'en vont au ciel avec un chant plus doux et plus mystérieux. »
Et si son discours fut plus long, je l'ignore; car déjà mes yeux étaient pleins de celle qui m'avait fermé à toute autre attention.
Seule elle était assise sur la terre nue, elle restait là comme gardienne du char que j'avais vu attacher par la bête aux deux formes.
Rangées en cercle, les sept nymphes faisaient autour d'elle comme un cloître, tenant à la main ces flambeaux qui ne craignent ni l'Aquilon, ni l'Auster.
« Tu seras peu de temps l'hôte de cette forêt, et tu deviendras avec moi le citoyen éternel de cette Rome dont le Christ est citoyen.
« Cependant pour le bien du monde qui vit mal,
514 DEL FURGATORIO.
Al carro tieni or gli occhi, e, quel che vedi, Rilornato di là, fa che tu scrive.
36 Cosi Béatrice; ed io chetutto a' piedi
De' suoi comandamenti era devoto,
La mente e gli occhi, ov' ella voile, diedi.
37 Non scese mai con si veloce moto
Fuoco di spessa nube, quando piove Da quel confine che più è remoto,
38 Corn' io vidi calar 1' uccel di Giove
Per 1' arbor giù, rompendo délia scorza, Non che de' fiori e délie foglie nuove ;
39 E ferio '1 carro di lutta sua forza
Ond' ei piegô, corne nave in fortuna, Vinta dalT onde, or da poggia or da orza.
40 Poscia vidi avventarsi nella cuna
Del Irionfal veiculo una volpe,
Che d' ogni pasto buon parea digiuna.
41 Ma riprendendo lei di laide colpe,
La Donna mia la volse in tan ta futa, Quanto sofferson 1' ossa senza polpe.
42 Poscia, per indi ond' era pria venuta,
L'aquila vidi scender giù nelf arca Del carro, e lasciar lei di se pennuta.
43 E, quai esce di cuor che si rammarca,
Tal voce usci del cielo, e cotai disse, : 0 navicella mia, com' mal se' carca !
44 Poi parve a me che la terra s' aprisse
Tr' ambo le rote, e vidi uscirne un drago, Che per lo carro su la coda fisse :
45 E, corne vespa che ritragge 1' ago,
tiens maintenant tes yeux fixés sur le ehar, et ce que tu vois, de retour là-bas, fais en sorte de récrire. »
Ainsi dit Béatrix, et moi qui me tenais tout dévoué aux pieds de ses commandements, du côté qu'elle voulut, j'abandonnai ma pensée et mes regards.
Jamais d'un mouvement si rapide le feu ne descendit d'une si épaisse nuée, quand il tombe de la plus loinlaine région du ciel,
Que je ne vis fondre sur l'arbre l'oiseau de Jupiter, déebirant l'écorce et non-seulement les feuilles et les fleurs nouvelles.
Et de toute sa force il frappa le ebar, qui plia comme un navire en péril et fléchissant sous les lames tantôt à bâbord, tantôt à tribord.
Puis je vis s'élancer dans le giron du char triomphal un renard qui semblait ne s'être jamais nourri d'une saine pâture.
Mais ma dame, lui reprochant d'odieuses fautes, le mit en fuite aussi vile que le permirent ses os déchar nés.
Puis par le même endroit d'où il était déjà venu, je vis l'aigle descendre dans la caisse du char et il la laissa couverte de ses plumes.
Et comme la voix d'un cœur qui se plaint, telle une voix sortit du ciel, elle dit : « 0 ma nacelle! que tu es mal chargée! »
Puis il me parut que la lerre s'ouvrait entre les deux roues et j'en vis sortir un dragon qui, relevant sa queue, la plongea dans le char;
Et comme une guêpe qui relire l'aiguillon, retirant
A sè traendo la coda maligna, ' Trasse del fondo, e gissen vago vago.
46 Quel che rimase, corne di gramigna
Vivace terra, délia piuma, offerta Forse con intenzion casta ebenigna,
47 Si ricoperse, e funne ricoperta
E 1' una e 1' altra rota e il temo in tanto, Che più tiene un sospir la bocca aperta.
48 Trasformato cosi il dificio sanlo
Mise fuor teste per le parti sue,
Tre sovra il temo, ed una in ciascun canto.
49 Le prime eran cornute corne bue;
Ma le quattro un sol corno avean per fronte Simile mostro visto mai non fue.
50 Sicura, quasi rocca in alto monte,
Seder sovr' esso una puttana sciolta M' apparve con le ciglia intorno pronte.
51 E, corne perché non gli fosse tolta,
Vidi di costa a lei dritto un gigante, E baciavansi insieme alcuna volta :
52 Ma perché 1' occhio cupido e vagante
A me rivolse, quel féroce drudo La llagello dal capo insin le piante.
53 Poi, di sospetto pieno e d' ira crudo,
Disciolse il mostro, etrassel per la selva Tanto, che sol di lei mi fece scudo
54 Alla pultana ed alla nuova belva.
sa queue malfaisante, il emporta une partie du fond et s'en fut en rampant.
Ce qui resta, semblable à une terre vive qui se couvre de chiendent, se recouvrit de la plume, offerte peutêtre dans une intention pure et débonnaire ;
Et l'une et l'autre roue et le limon en furent couverts sitôt, qu'un soupir tient plus longtemps la bouche ouverte.
Ainsi transformé, le saint édifice fit sortir de ses diverses parties sept têtes, trois sur le timon, et une à chacun de ses angles.
Les premières étaient cornues comme des bœufs; mais les quatre autres ne portaient au front qu'une seule corne. Semblable monstre ne fut jamais vu.
Sûre d'elle-même comme une citadelle sur une haute montagne, m'apparut, assise sur le char, une prostituée demi-nue avec des regards prompts à se promener autour d'elle.
Et comme pour empêcher qu'on ne la lui enlevât, je vis côte à côte avec elle un géant debout et de temps à autre tous deux se baisaient.
Mais parce qu'elle tourna vers moi son œil avide et inconstant, ce farouche favori la flagella de la tête aux pieds.
Puis, rempli de soupçon, cruel dans sa colère, il délia le monstre et l'entraîna par la foret si loin, que la forêt seule me cacha comme d'un bouclier la prostituée et la nouvelle bête.
Terc. 13. — Petkus Alïgherii. — « Haec arbor pro obedientia accipitnr de qua Daniel : Videbam et ecce arbor in medio terrœ et altitndo ejus nimia...,et proeeritas ejus contingens cœlum; et S. Àngustiiras: prœcepit Domiims homini, ad probandum quantum esset bonum obedieniiae... Qua? arbor est damnatio humani generis; ideo sie et infructuosa, per Christum qui obediens fuit factus usque ad mortem, exstitit reparata frondibus et fructu. Et lioc est modo quod fingitistum gripbonem, id est Christum, Ecclesiam militantem ei arbori, id est obedientia?, ligasse. Floridi mali sanetos signifieant. »
37-39. — EzechieJis, cap. xvn. — « Aquila grandis, magnarum alarum, longo membrorum ductu, plena plumis, venit ad Libanum et tulit medullam cedri... Summitatem frondium ejus avulsit... » In qua aquila vult significare persecutiones, sub signo aquilae iactas, id est imperii Romani.
Secundario aquila figurât imperialem largitatem Constantini qui rcplevit currum, id est Ecclesiam, jilenies, id est temporalibus bonis. Et legitur tune fere auditam vocem in arce Romae dicentem : Hodie infusum est venenum in Ecclesia Dei...
Vulpes figurât impetum Maliometi.
43. — « Draco figurât Anticbristum, vel... cupiditatem subsecutam pastorcm Ecclesias circa temporalia. »
49. — « Mcrelrix figurât dissolutam prselationem pastoruni Ecclesia}. Gigas figurât regimen et potentiam regum Francise... ut patuit in Bonifatio octavo in cujus persona gubernatio Ecclesia) sic fuit percussa motu dicti regis..., quod fuit ut curia Romana tracta est ultra montes in suo terri torio de Roma.
Ottimo. — Selon VOttimo Commenta, le renard représente le schisme on l'hérésie : quelques-uns veulent que ce soit Mahomet. Par le dragon il semble entendre l'Antéchrist.
Les sept tètes figurent les sept péchés capitaux; les trois premiers : orgueil, envie, colère, contre six commandements; les quatre antres contre quatre commandements. Les dix cornes figurent les dix persécutions.
La prostituée est celle de l'Apocalypse. « Yogliono alcuni prédire questa puttana par la corte di Roma... e tutti ire délia terra con lei fornicarono. Et di questo fece l'an tore sperienza al tempo di Bonifazio papa ottavo quando v'andô per ambasciadore del suo commune, chi sa con che occhi elli guatq, e quale era il suo diudo Bonilazio e non légitime sposo secondo l'opinione di molli. Dio sa il vero. »
Il suppose que le géant emmène le char dans la foret du monde, pleine de vices et de ténèbres, décrite au [Ie chant de Y Enfer.
Selon Benvenuto cl'lmola, la prostituée, c'est Boniface VIII. Le géant, Philippe le Bel, « qui fuit magnus corpore et regno, unde dictus est pulcher. Et fuit recte gigas, quia totus lerrenus et insurgens contra Deum more giganlum... »
Selon le Falso Boccaccio, l'arbre est l'obéissance; le char, l'Église; la courtisane, les pasteurs qui la prostituent; le géant, le roi de France, et spécialement Philippe le Bel, qui transféra la cour de Rome à Avignon. Selon d'autres, la prostituée représente la simonie, la fausse théologie.
C'est vraiment l'histoiie de l'Église telle que Dante la conçoit :
i° Persécution des empereurs". 2° Persécution de l'hérésie. 3° Persécution des richesses. Le Saint-Siège chargé des dons de Constantin. 4° Mahomet, qui vient tiès-bien après la période conslantinienne, et avant les temps carlovingiens. 5" Toute l'Eglise s'enrichit à l'exemple de la papauté. Les temps carlovingiens, puissance temporelle des évêques. 6° Corruption du clergé, abaissement du Saint- Siège au dixième siècle; le péché se montre partout. 7° La cour de Rome et la royauté française. Philippe le Bel. Captivité d'Avignon. — Si Dante déroge ici à sa constante habitude de reléguer dans l'avenir les événements postérieurs à l'an 1300, c'est dans l'obscu-
rite d'une prophétie où la distinction des temps disparaît, où l'avenir se confond avec le passé.
Si la Divine Comédie est le poëme de l'amour et de la science, elle est aussi le poëme de la colère, et Dante y a porté tous les feux de la guerre civile. Ces feux embrasent surtout son Enfer, mais leur reflet se mêle encore aux clartés du Purgatoire et du Paradis. Le chantre de Béatrix, le disciple d'Aristote et de saint Thomas, est aussi le magistrat de Florence. Le vaincu, l'exilé, emporta dans son cœur un implacable ressentiment contre la France et contre la cour de Rome. Ce ressentiment l'a mal conseillé; lui, si jaloux de se montrer juste, est injuste envers la France. Injuste envers les papes, il ne dit rien de ces grands papes des onzième, douzième et treizième siècles, fondateurs de la liberté italienne. ïl ne voit que les pontifes coupables de condescendance pour les Angevins et les Français, et lui qui flétrit en termes si éloquents le soufflet donné par Guillaume de Nogaret à Boniface VIII, il inflige à la mémoire de Boniface une insulte non moins sanglante et plus durable.
Nous verrons si Dante se déclare ici l'ennemi de la papauté. Mais assurément il se déclare l'ennemi de la cour de Rome, et le motif de sa colère éclate dans les derniers vers de ce chant, comme dans son livre de la Monarchie, comme dans ses Lettres. Ce qu'il ne pardonne pas à la cour de Rome, c'est d'avoir abandonné la cause de l'empire, c'est de s'être tournée vers la
COMMENTAIRE DU CHANT XXXII. t>21
France. Or, en ce point, avec tout son génie, Dante se trompe.
L'Italie est placée entre deux alliances : la France ou l'Allemagne. Le génie germanique, c'est la conquête, c'est l'invasion, l'établissement territorial. Le génie de la France, c'est le prosélytisme, c'est la propagation de la pensée. Le moyen âge le comprit : sur les bords du Rhin il mit l'empire qui n'avait qu'à frapper du pied cette terre belliqueuse pour en faire sortir des légions. Au bord de la Seine il mit l'école qui n'avait qu'à frapper du pied la montagne de Sainte-Geneviève pour en faire sortir une armée de docteurs. L'esprit germanique n'a rien de commun avec F esprit latin; il n'en subit l'ascendant qu'avec impatience; il réchauffe encore la mémoire d'Arminius et de Witikind. L'esprit français tient par ses racines mêmes à la civilisation latine. Il n'a rien de menaçant pour la nationalité italienne. Aussi l'Italie foulée par les Allemands a-t-elle dû la moitié de ses siècles de gloire à l'appui de la France. Du temps de Grégoire VII, c'est le Normand Robert Guiscard qui tend la main à la comtesse Mathilde. Au temps de la première ligue lombarde, c'est Louis VII qui soutient Alexandre III, abandonné de l'Angleterre et proscrit par l'Allemagne. Aux croisades, c'est la noblesse française qui partage avec Venise les dépouilles de Constantinople. Et si aujourd'hui l'Italie connut les bienfaits d'une administration libérale, éclairée, énergique, elle les connut sous le drapeau français.
Voilà pour l'Italie. Mais il s'agit des intérêts généraux du monde. Dante se trompa avec génie. Il s'altacha à
cette grande idée de la monarchie chrétienne, inaugurée par Charlemagne, poursuivie par Othon le Grand , défendue, popularisée par les docteurs et les poètes. Il en attendit le salut du monde et Pétrarque l'attendit comme lui. Mais leur espoir fut déçu. Henri VII, Louis de Bavière, Charles IV, Venceslas, n'ont rien fondé; cette grande idée n'avait plus de réalité derrière elle. — Au contraire, la papauté s'attachait à la France dans un moment de décadence apparente, à la veille de cette effroyable guerre de cent ans, à la veille de Crécy. Et cependant la France devait sortir victorieuse de cette épreuve et se retrouver à la tête de la civilisation chrétienne. La papauté avait bien jugé.
Il ne s'agit point de faire un facile éloge de mon pays, mais bien de résoudre un grand doute historique l
L'Italie est un champ de bataille : marché, tribunal et sanctuaire ; toutes les nations d'Occident y veulent leur place. A l'empire de l'Italie semble attaché celui du monde, ou du moins la prépondérance européenne. La France a commission d'empêcher la monarchie universelle, par sa position géographique, son indépendance et ses communications avec le Rhin, les Alpes et l'Amérique. Elle a rempli cette mission. François Fr, Louis XIV, Napoléon 1er, finissent le Saint- Empire. A-t-elle à la remplir encore? L'idée de la monarchie universelle n'est pas sortie du monde. Voyez la Russie et le patriarcat de Gonstantinople : là sont les périls de l'avenir. — Mais après l'affranchissement des individus il faut celui des peuples. Après l'inviolabilité des personnes, ainsi celle des nations. Plus de joug
étranger; les nationalités sont faites par l'histoire, par les religions, consacrées à tous ces titres.
La France, chargée de les faire respecter, est l'alliée nécessaire de toutes les nationalités méconnues. Ainsi une lutte formidable menace l'avenir et peut-être la fin du dix-neuvième siècle. Nous nous plaignons souvent de ne pas assister à de grandes choses. Prenons garde d'assister un jour à des choses plus grandes peut-être que ne le voudrait notre faiblesse. L'épée de Charlemagne, de saint Louis, de Louis XIV et de Napoléon est glorieuse, elle a jeté un grand éclat; mais elle est pesante à porter. Il faut que nos mains soient de force à s'en servir. 11 faut par des mœurs austères se mettre à la mesure des événements redoutables qui se préparent. 11 faut former des caractères égaux aux destinées qu'ils auront à soutenir. C'est dans la conscience, dans le sentiment du devoir, dans l'habitude inflexible d'obéir aux convictions sérieuses, c'est là qu'il faut chercher ces inspirations héroïques que le moyen âge y trouvait. Accusons moins notre époque, et Iraitons-nous plus sévèrement nous-mêmes. Soyons un peuple fort, et remettons-nous à la Providence pour nous donner des occasions d'être un peuple glorieux !
i Deus, venerunt gentes, alternando, Or tre or quattro, dolce salmodia Le donne incominciaro, lagrimando :
2 E Béatrice sospirosa e pi a
Ouelle ascoltava si fatta, che poco Più alla croce si cambiô Maria.
3 Ma poichè 1' altre vergini dier loco
A lei di dir, levata dritta in piè, Rispose, colorata corne fuoco:
4 Modicum, et non videbitis me,
Et iterum, sorelle mie dilette, Modicum, et vos videbitis me.
5 Poi le si mise innanzi tutte e sette,
E dopo se, solo accennando, mosse Ma e la Donna, e il Savio che ristette.
6 Cosi sen giva, e non credo che fosse
« Deus, vénérant génies. » Les sept dames commencèrent en pleurant cette douce psalmodie qu'elles continuèrent à deux chœurs, l'un de trois, l'autre de quatre voix.
Et Béatrix, soupirant avec pitié, les écoutait, si défaite, que Marie au pied de la Croix ne changea guère plus de visage.
Mais, lorsque les vierges lui eurent donné lieu de parler, se levant droite sur ses pieds, et colorée comme le feu, elle répondit :
« Moiicum, et non videbitis me, mes bien-aimécs « sœurs; et iterum modicum,etvos videbitis me. »
Puis elle les rangea devant elle, toutes les sept, et derrière elle, d'un signe seulement, elle nous fit marcher, moi, l'autre dame et le sage qui était resté.
Ainsi s'en allait-elle, et je ne crois point que son
,26 DEL PURGATOHIO
Lo decimo suo passo in terra posto, Quando con gli occhi gli occhi mi percosse;
7 E con tranquillo aspctto : Vien più tosto, Mi disse, tanto che s' io parlo teco, Ad ascoltarmi tu sie ben disposto.
<s Si corn' i' fui, corn' io doveva, seco,
Dissemi : Frate, perché non t'attenli A dimandare ornai venendo meco?
9 Corne a color, che troppo reverenti,
Dinanzi a suoi maggior parlando sono, Che non traggon la voce viva a' denti,
io Avvenne a me, che senza intero suono Incominciai : Madonna, mia bisogna Voi conoscete, e ciô ch'ad essa è buono.
u Ed ella a me : Da tema e da vergogna Voglio che tu ornai ti disviluppe, Si che non parli più com' uom che sogna.
12 Sappi che il vaso, che il serpente ruppe,
Fu, e non è; ma chi n' ha colpa creda Che vendetta di Dio non terne suppe.
13 Non sarà tutlo tempo senza reda
L'aquila che lasciô le penne al carro, Perché divenne mostro e poscia preda ;
14 Ch1 io veggio certamente. e perô '1 narro,
A darne tempo già stelle propiuque, Sicuro d' ogni inloppo e d' ogni sbarro;
15 Nel quale un cinquecento dicci e cinque,
Messo di Dio, anciderà la fuia, E.quel gigante che con lei delinque.
16 E forse che la mia narrazion buia,
dixième pas fut posé sur la terre, quand de ses yeux elle frappa mes yeux.
Et d'un air tranquille : ce Marche plus vite, me ditelle, afin que, si je te parle, tu sois tout prêt à m'écouter. »
Sitôt que je fus près d'elle, comme je le devais, elle me dit : « Frère, pourquoi ne te hasardes-tu point désormais àm'inteiTogeren cheminant avec moi?»
Comme ceux qui sont trop touchés de respect en parlant devant leurs supérieurs et qui ne peuvent amener la parole vive jusqu'à leurs dents,
Ainsi m'arriva-t-il que, sans achever de former les sons, je commençai : « Madame, vous connaissez mon hesoin et ce qui lui est bon. »
Et elle, à moi: « Jeveuxquedésormais tu te dépouilles de crainte et de honte, si bien que tu ne parles plus comme un homme qui rêve.
« Apprends que l'arche du char que le serpent a brisée fut et n'est plus. Mais sache le coupable que la vengeance de Dieu n'a pas peur des soupes.
« Il ne restera- pas toujours sans héritier, l'aigle qui laissa dans le char ses plumes; par quoi le char est devenu un monstre et ensuite une proie.
« Car je vois avec certitude, et c'est pourquoi je le raconte, des étoiles qui s'approchent sans craindre ni rencontre ni obstacle, pour nous amener le (emps,
« Où un nombre cinq cent quinze, envoyé de Dieu, tuera la scélérate et le géant qui pèche avec elle.
« Etpeut-èlre mon récit obscur, commeceux de Thé-
>23 DEL PURGATORÏO.
Quai Terni e Sfinge, men ti persuade, Perch' a lor modo lo intelletto attuia;
17 Ma tosto fien li fatti le Naïade,
Clie solveranno questo enigma forte, Senza danno di pécore e di biade.
18 Tu nota; e, si corne da me son porte
Queste parole, si le insegna a' vivi Del viver ch'è un correre alla morte; 49 Ed aggi a mente, quando tu le scrivi, Di non celar quai hai vista la pianta, Ch'è or due volte dirubata quivi.
20 (jualunque ruba quella o quella schianta,
Con bestemmia di fatto offende Dio, Che solo ail' uso suo la creô santa.
21 Per morder quella, in pena ed in disio
Cinquemil'anni e più, l'anima prima Bramô colui che il morso in se punio.
22 Dorme lo ingegno tuo, se non istima
Per singular cagione essere eccelsa Lei tanto, e si travolta nella cima.
23 E, se stali non fossero acqua d' Eisa
Li pensier vani intorno alla tua mente, E il piacer loro un Piramo alla gelsa ;
24 Per tante circostanze solamente
La giustizia di Dio nello interdetto Conosceresti ail' alber moralmente.
25 Ma, perch' io veggio te nello intelletto
Fatto di pietra ed in petrato tinto,
Si che t' abbaglia il lume del mio detto,
mis et du Sphinx, te persuade peu, parce qu'à leur exemple il cache la pensée.
« Mais bientôt les événements te tiendront lieu des nymphes pour délier cette énigme étroitement nouée, sans perte de troupeaux ni de moissons.
« Toi, prends note de mes paroles, et comme je les profère, enseigne-les auxvivants de cette vie qui est une course vers la mort.
« Et souviens-toi, quand tu les écriras, de ne point cacher quelle t'a paru la plante qui vient d'être deux fois dépouillée devant nous.
« Quiconque la dépouille ou la déchire offense Dieu par un blasphème de fait: car Dieu la créa sainte pour son seul usage.
« Pour y avoir mordu, la première des âmes resta cinq mille ans et plus dans la peine et le désir, soupirant après celui qui punit sur lui-même la morsure.
« Ton génie dort s'il n'estime point qu'une raison singulière fait que cet arbre est si élevé et si large à sa time ;
« Et si tes vaines pensées n'étaient pas autour de ton intelligence comme l'eau de l'Eisa, et le plaisir que tu y trouvais comme le sang de Pyrame sur le fruit du mûrier 1
« Tant de circonstances suffiraient pour te faire comprendre le sens moral de l'arbre et reconnaître la justice de Dieu dans la défense qu'il porta.
«Mais parce que je te vois pétrifié dans ton intelligence et tout trempé de péché, de sorte que la lumière de ma parole t'éblouit:
20 Voglio anche, e se non scritto, almen dipinto, Che '1 te ne porti dentro a te per quello Che si reca il bordon di palma cinto,
27 Ed io : Si corne cera da suggello,
Che la figura impressa non trasmuta, Segnato è or da voi lo mio cervello.
28 Ma perché tanto sovra mia veduta
Vostra parola disiata vola,
Che più la perde quanto più s'aiuta?
29 Perché conoschi, disse, quella scuola
Chai seguitata, e veggi sua dottrina Corne puô seguitar la mia parola ;
50 E veggi vostra via dalla divina
Distar cotanto, quanto si discorda Da terra il ciel che più alto festina.
51 Ond' io risposi lei : Non mi ricorda
Ch' io straniassi me gïammai da voi, Ne honne coscienzia che rimorda.
:çi E, se tu ricordar non te ne puoi,
Sorridendo rispose, or ti rammenta Si corne di Letè beesti ancoi ;
55 E, se dal fumo fuoco s'argomenta, Cotesta oblivion chiaro conchiude Colpa nella tua voglia altrove attenta.
54 Yeramente oramai saranno nude
Le mie parole, quanto converrassi Quelle scovrire alla tua vista rude.
55 E più corrusco, e con più lenti passi,
Teneva il sole il cerchio di merigge, Che qua e là, corne gli aspetti, fassi.
CHANT XXXUI. 531
« Je veux encore que tu l'emportes sinon écrite, du moins peinte dans toi-même, par la même raison qu'un pèlerin rapporte son bourdon entouré de palmes. »
Et moi : « Comme une cire marquée du sceau ne change plus la figure imprimée sur elle, ainsi mon cerveau garde votre empreinte.
« Mais pourquoi votre parole désirée plane-t-elle si fort au-dessus de mon regard, que plus il s'efforce, plus il la perd?
« — C'est, dit-elle, pour te faire connaître à quelle école tu t'es attaché et voir comment son enseignement peut suivre ma parole ;
« Et que votre voie est aussi éloignée de la voie divine qu'il y a de distance entre la terre et le ciel, qui, le plus haut de tous, presse son mouvement. »
D'où vient que je lui répondis : « Je n'ai pas souvenir que jamais je me sois détaché de vous; et ma conscience ne m'en fait pas sentir le remords.
« — Donc, si tu ne peux t'en souvenir, répondit-elle en souriant, rappelle-toi maintenant comment tu bus l'eau du Léthé tout à l'heure.
« Et si de la fumée on conclut le feu, cet oubli prouve clairement la faute de ta volonté appliquée ailleurs.
« Cependant mes paroles seront désormais nues autant qu'il faudra les montrer à ta vue inexpérimentée. »
Et déjà plus éclatant et d'une marche plus lente, le soleil arrivait au cercle qui marque l'heure de midi, et qui change comme les points d'où on le contemple.
56 Quando s' affisser, si corne s'affigge
Chi va dinanzi a schiera per iscorta, Se truova novitate in sue vesligge,
37 Le sette donne al fin d' un' ombra smorta, Quai sotto foglie verdi e rami nigri Sovra suoi freddi rivi l'Alpe porta.
58 Dinanzi ad esse Eufrates e Tigri
Veder mi parve uscir d' una fontana, E quasi amici dipartirsi pigri.
39 0 luce, o gloria délia gente umana,
Che acqua è quesla che qui si dispiega Da un principio, e se da se lontana?
40 Per cotai prego detto mi fu : Prega
Matelda che il ti dica. E qui rispose, Corne fa chi da colpa si dislega,
41 La bella Donna : Questo ed altre cose
Dette li son per me ; e son sicura Che l' acqua di Letè non gliel nascose.
42 E Bealrice : Forse maggior cura,
Che spesse volte la memoria priva,
Fallo ha la mente sua negli occhi oscura, .
43 Ma vedi Eunoè che là dériva :
Menalo ad esso, e, corne tu se' usa, La tramortita sua virtù ravviva.
44 Corne anima gentil che non fa scusa,
Ma fa sua voglia délia voglia altrui, Tosto corn' è per segno fuor dischiusa;
45 Cosi, poi che da essa preso fui,
La bella Donna mossesi, ed a Slazio Donnescamente disse : Vien con lui.
Quand s'arrêtèrent, comme celui qui marche en éclaireur devant une troupe, s'il trouve sur ses pas quelque chose inattendue,
Les sept dames aux limites d'une ombre épaisse, telle que les feuillages verts et les rameaux noirs des Alpes en jettent sur leurs froids ruisseaux.
Devant elles, je crus voir l'Euphrale et le Tigre sortir d'une même source, et comme deux amis se séparer à
regret.
«0 lumière! ô gloire de la race humaine! quelle est cette onde qui se déploie issue d'une même origine et qui se sépare d'elle-même? »
A cette prière il me fut dit : « Prie Mathilde de te le dire. » Et alors, comme fait celui qui se décharge d'une faute,
La belle dame répondit : « Cette chose et d'autresencore lui ont été dites par moi, et je me tiens sûre que l'eau du Léthé ne les a point dérobées. »
Et Béatrix : « Peut-être un soin plus grand qui, plus d'une fois, suffit pour enlever le souvenir, a obscurci les yeux de sa mémoire.
« Mais vois l'Eunoé qui là-bas s'écoule, mène-le vers ce ruisseau, et, comme tu en as la coutume, ravive sa force évanouie. »
Comme une âme généreuse qui ne s'excuse point, mais qui fait sa volonté de la volonté d'autrui, aussitôt que celle-ci s'est produite au dehors par un signe,
Telle, s'emparant de moi, la belle dame se mit en chemin et, à la manière des femmes bien nées, elle dit à Slace : « Viens avec lui. »
46 S' io avessi, lettor, più lungo spazio
Da scrivere, io pur cantere' in parte Lo dolce ber che mai non m' avria sazio.
47 Ma perche piene son tutte le carte
Ordite a questa Cantica seconda, Non mi lascia più ir lo fren dell' arte.
48 Io ritornai dalla santissim' onda
Rifatto si, corne piante novelle Rinnovellate di novella fronda,
49 Puro e disposto a salirealle stellc.
Si j'avais, lecteur, la place d'en écrire davantage, je chanterais aussi, quoique imparfaitement, le doux breuvage qui jamais ne m'aurait rassasié.
Mais parce que j'ai rempli toutes les feuilles destinées à ce second cantique, le frein de l'art ne me permet pas d'aller plus loin.
Je revins de l'eau très-sainte régénéré comme les nouvelles plantes toutes renouvelées en leur nouveau feuillage ;
J'étais pur et prêt à monter aux étoiles.
Terc. 12. — Che vendetta di Dio non terne suppe. — Allusion à la coutume florentine de manger une soupe sur la tombe de celui qu'on avait fait périr afin de désarmer sa vengeance. Il y avait souvent des luttes sanglantes entre les parents du mort gardant sa tombe et ceux du meurtrier qui cherchaient à y prendre quelque nourriture; cette coutume est attestée par Pietro di Dante, l'Ottimo Commenta, le Falso Boccaccio et Benvenuto d'Imola. Le Falso Boccaccio ajoute qu'après le supplice deConradinet de ses compagnons, Charles d'Anjou et les siens mangèrent la soupe sur les corps des suppliciés, disant qu'il n'y aurait pas de vengeance. Benvenuto ajoute aussi : Et hoc feçerunt multi famosiFlorentini, sicut dominus Cursius Donatus, »
\ 5. — DVX. Apocalypse, cap. xm, 18. — Saint Jean indique ainsi le nom de l'Antéchrist: Et numerus ejus sexcenti sexaginta sex.
16. — Oracle de Thémis : C'est l'oracle qui ordonne à Deucalion et à Pyrrha de repeupler la terre en jetant des pierres derrière eux :
Ossaque post tergum magnae jactate parentis.
(Ovide, Métam., î, 583.)