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LES DAMES ITALIENNES AU TREIZIEME SIECLE

En assistant au mystérieux triomphe que Dante décerne à Béattix au XXXe chant du Purgatoire, en voyant toutes les pompes de l'Apocalypse, les sept chandeliers, les vingt-quatre vieillards, les quatre animaux symboliques, former le cortège de cette jeune femme, on se demande si i' amour avait égaré l'imagination du poëte, ou quel rang tenaient donc les femmes dans un siècle et dans un pays où la poésie sacrée, la poésie savante pouvait leur rendre de tels honneurs.

L'antiquité grecque n'avait pas honoré les femmes, ou plutôt elle n'avait honoré publiquement que les femmes qui sortaient du sanctuaire domestique pour prostituer leur génie ou leur beauté; Sapho, Aspasie, Phryné. Parole à'Iphigénie1. — La matrone romaine est entourée déplus de respect. Véturie, Cornélie; mais le tribunal domestique pouvait faire justice de cette autorité d'un moment. Le christianisme avait seul relevé les femmes, il les faisait libres en les faisant saintes.

Les saintes. — Au treizième siècle le ciel de l'Italie est tout peuplé d'étoiles de sainteté; mais à côté de. ces astres éclatants de

' « Faut-il qu'Achille en vienne aux mains avec tous les Grecs et affronte la mort pour une femme? La vie d'un seul homme est plus précieuse que celle i!e mille femmes. » (Euripide, îphigénie en Aulide.)

saint François d'Assise, de saint Bonavenlure, de saint Thomas, brillent des lueurs plus douces. Il semble depuis sainte Hélène et Constantin que rien de grand ne puisse paraître dans l'Église sans qu'une femme y ait part. L'ordre de saint François commence, mais ce grand exemple de pauvreté donné par le fils du marchand d'Assise ne suffit pas. A la rigueur une âme virile peut supporter ces renoncements; il s'agit de savoir si la délicatesse d'une femme, si les habitudes d'une éducation plus molle pourront se plier à la sévérité des conseils évangéliques. Un soir, comme saint François et ses compagnons chantaient l'office dans leur église de Sainte-Marie-des- Anges, une jeune fille pompeusement parée se présente sur le seuil, Clara, fille d'un chevalier nommé Sciffi. Saint François lui coupe les cheveux, lui donne l'habit delà pénitence. Colère de sa famille. Sainte Claire s'enferme au couvent de Saint-Damien. Elle sollicite et obtient du pape Innocent IV le privilège de ne pouvoir être contrainte par qui que ce soit : « à recevoir, avoir ni retenir aucune possession temporelle. » Dès lors, une chrétienne avait égalé le dernier degré d'héroïsme où l'abnégation peut atteindre; elle avait foulé ces faiblesses et ces vanités qui font le charme des femmes, mais qui font aussi leur chaîne. Elle brisait les liens d'or, de soie et de fleurs, et ne laissait jpl us voir qu'une âme égale aux anges, supérieure à l'humanité. Le pape visite le monastère de Saint-Damien. Sainte Claire bénit les pains et la figure d'une croix y paraît aussitôt. Les Sarrasins de Nocera assiègent Assise. Claire se lève, prend l'ostensoir d'ivoire et d'argent où reposait le corps du Sauveur, s'avance sur le seuil à la vue de l'ennemi et se prosternant : « Voulez-vous donc, ômon Dieu, « livrer aux infidèles vos servantes sans défense que j'ai nourries « dans votre amour. Protégez-les puisque leur mère ne peut plus « lien pour elles. » Les Sarrasins s'enfuirent. Reconnaissance du peuple d'Assise. L'église de Sainte-Claire est admirable dans sa pauvreté et sa simplicité. La Vierge garde la cité du côté du midi comme saint François du côté du nord.

Les fières cités du moyen âge italien aimaient à se metlre sous le patronage d'une femme; les plus orgueilleuses briguaient l'honneur d'avoir la Vierge Marie pour Dame et pour Reine; Florence se consacrait à sainte Marie des Fleurs. — Sainte Marguerite de Cortone. — Sainte Rose de Viterbe, à dix ans, montant sur une pierre de la place publique prêchant le peuple et disputant contre les hérétiques

et les gibelins. — Sainte Zita de Lucques, pauvre servante, devient la patronne d'une grande cité.

Les princesses. — La comtesse Mathilde, 1076. Lutte déclarée entre Henri IV et Grégoire Vil, conciliabule de Worms, les évoques allemands abjurent l'autorité de Grégoire, intrus et illégitime. Les évêques lombards assemblés à Pavie ex communient le pape. Ébérard, envoyé de l'empereur, travaille à soulever l'Italie. Le préfet de Home, Cciieio, enlève Grégoire VII, tandis qu'il célébrait la messe la nuit de Noël. Le pape est délivré par le peuple.

• Dans cet abandon universel, une femme de trente ans, Mathilde, restée veuve et qui venait de perds e sa mère Béatrix, comtesse de Toscane, se remet au pape avec tous ses biens; elle croyait trouver le repos, elle trouva un demi-siècle de guerre. Nouvelle Débora suscitée pour juger le peuple et combattre l'infidèle.

Elle presse le zèle des princes allemands; diète de Tribur. Henri IV va implorer le pardon du pape à Canossa. Mathilde se fait médiatrice. Vengeance de l'empereur, il défait l'anticésar Rodolphe, fait élire antipape Guibert, évêque de Ravenne. Grégoire VIT, poursuivi, contraint de fuir, va mourir à Salerne. Seule Mathilde résiste à cheval, à la tète de ses hommes d'armes; elle couvre ses châteaux menacés, fond pendant la nuit sur le camp de ses ennemis, enlève la bannière impériale et la suspend dans la chapelle de Canossa. Ses peuples ravis d'admiration ne se lassent point d'une guerre désastreuse.

Diligitur valde, villas défendit et arces.

L'activité de sa correspondance encourage le zèle des princes et des peuples. Henri IV meurt et Henri V est obligé de signer le traité qui met fin à la querelle des investitures. Mathilde, avant de mourir, voit l'empereur Henri V aux pieds du pape Pascal II.

Cette femme infatigable et intrépide tenait ses plaids avec sévérité, sa cour avec splendeur; on vantait l'éclat de ses banquets et de ses largesses. Pieuse et assidue aux saintes veilles, lettrée, dictant ellemême sa correspondance, elle se faisait gloire de réunir beaucoup de livres de tous les arts. Pour lui plaire, Anselme de Lucques commente les psaumes, et le jurisconsulte Werner entreprend de resti-

tuer le texte des lois romaines. Mais elle est surtout l'âme du parti guelfe, elle forme cette alliance des papes et des communes qui fera la force des deux ligues lombardes, et l'Italie lui devra ses libertés.

Les femmes poètes. — Gaia, fille de Ghérardo, seigneur de Camino, nommée par Dante au XVIe chant du Purgatoire et que Jean deSerravalle appelle une dame prudente, d'un grand conseil, d'une plus grande beauté, lettrée et sachant bien composer en rimes vulgaires. Son père est l'un de ces seigneurs qui accueillaient les poètes provençaux.

— Vers de Nina, la Sicilienne, aimée de Dante da Majano :

« Qui êtes-vous, vous qui sans vous montrer me faites si douce offrande. Bien me plairait votre vue, pour que mon cœur pût se déclarer.

(( Votre message m'agrée et je tiendrais pour plaisir d'entendre votre nom qui promet de se dévouer à mon honneur.

« Mon cœur ne saurait penser chose qui troublât un pur amour, ainsi je l'affirme et veux qu'il en soit toujours.

« Vous ouïr parler est mon désir ; si votre plume est de concert avec votre cœur, et si entre eux il n'est point d'hérésie. »

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