‹ uvres complètesChapitre 3 sur 30 · LA LANGUE DE DAME · texte numérisé non relu

LA LANGUE DE DAME

Avant de pousser plus loin ces conférences, j'ai besoin d'éclaircir un doute qui peut arrêter plusieurs esprits sur le seuil même de la Dîviiie Comédie. C'est une opinion commune que Dante venu dans un siècle barbare, chez un peuple sans .arts et sans lettres, y trouva tout à créer, jusqu'à l'idiome même qu'il parla. On lui en fait une gloire en même temps qu'un reproche, car s'il a créé sa langue, elle doit se sentir du chaos d'où il la tira, du limon dont il la pétrit. Si puissant qu'il fût, il ne pouvait achever à lui seul ce grand ouvrage qui voulait des siècles, d'où il suivrait que la langue de Dante serait une langue obscure et surannée, d'une étude épineuse et peu féconde, puisqu'en donnant la clef du moyen âge italien, elle ne saurait ouvrir les portes de l'Italie moderne.

On pourrait demander si ce n'est rien que de lire dans sa langue, c'est-à dire de la seule manière dont il puisse être lu, le plus grand poète, l'Homère des temps chrétiens; si ce n'est rien de pénétrer jusqu'au cœur de cette Italie du douzième et du treizième siècle, qui agita tous les grands intérêts de l'humanité, qui fit engager la lutte du sacerdoce et de l'Empire, qui donna l'exemple des croisades, de l'affranchissement des communes, ouvrit les routes du commerce, commença le réveil des sciences et des arts; bien supérieure à cette Italie des Médicis qui vite fini! tout ce que l'autre avait vu commencer, et qui s'endort

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