‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 17 sur 91 · SUR LES PARTIS POLITIQUES · texte numérisé non relu

SUR LES PARTIS POLITIQUES

arrangement fortuit et passager. Les presbytériens croyaient la liberté nécessairement éloignée d'un peuple par la furésence de la discipline épiscopale, et surtout par le culte catholique; hors de ces exclusions^ ils la reconnaissaient compatible avec diverses formes, soit poliliquesy soit religieuses. Mais les puritains ou les indépendants ne lui accordaient d'asile que dans une seule forme, la religion sans sacerdoce, et le gouvernement sans chef unique. De ces trois sectes, la première fut toujours également calme et ferme -, il ne pouvait y avoir de fanatisme pour ceux qui n'excluaient rien« La doctrine des presbytériens, au contraire, n'était pas sans péril. pour la raison : sa proscription de Tépiscopat la rendait haineuse et passionnée 3 sa tolérance sur tous les autres points, peu philosophique parce qu'elle n'était pas universelle , dégénérait facilement dans un scepticisme

. indolent, et dans une tendance lâche à suivre la fortune. Whit^locke déserta vers Cromwell, Hollis déserta vers Charles II; tandis que Sydney, placé plus haut, n'espéra et ne craignit rien du hasard qui dispose du pouvoir : ni les parlements, ni le dictateur, ni les conseils militaires, ni le roi, ne purent arrêter un moment ses yeux fixés vers la liberté. Les puritains, qui resserraient l'idée de l'indépendance dans le cercle étroit d'une formule précise, et l'y retenaient pour ainsi dire captive, devaient faire trop facilement l'équation fausse de la liberté avec le symbole exclusif où ils la localisaient. U est vrai qu'aspirant sans cesse à un objet fixe et s^sible/ l'esprit de la plupart de ces houunes contracta une habitude remarquable de détermination et d'énergie. Ils furent dupes de la confusion de leurs

«idées; mais ils acceptèrent noblement les persécutions sous la république, et l'échafaud sous Charles II.

Les royalistes, ennemis de tous ces partis, les combattaient, soit en haine de la liberté, soit par la crainte d'une concurrence d'ambition , soit par afiection pour la personne et la famille de Charles Stuart. Cette dernière espèce de royalistes parut être la plus rare. Ce que la plupart aimaient, ce n'était pas le roi, c'était la royauté, c'était le pouvoir de signer des brevets et de donner des pensicuos. Leur culte intérieur était pour ce pouvoir; leur idol&trie adorait la couronne qui en était le signe visible. « Mon fils , disait le vieux « Windham, soyez fidèle à la couronne; je vous recommande de a ne jamais abandonner la couronne , quand même vous la verriez « suspendue à un buisson. »

Voîlà quels furent les partis ; ({uant au peuple ^ que nous avons compté parmi eux, et qui participait à la fois de la nature de chacun, il parut successivement, et selon les chances de la fortune, tout presbytérien, tout indépendant, tout royaliste. Le besoin de faire des acclamations lui fit célébrer toutes les victoires ; mais si chaque formule figura dans son langage, aucune ne pénétra jusque dans sa conviction. Le peuple fut égoïste , comme il devait Têtre. Il n'eut d'attachement que pour son intérêt; en revanche, son intérêt fut également méprisé par tous ceux qui gouvernèrent, et qu'il applaudit tour à tour.

Revenons à l'histoire de Cromwell. L'indication de quelques passages du livre qui fait Tobjet de cet article rendra plus frappantes les quatre époques que nous avons distinguées dans les vingt années de la révolution anglaise. Au moment de la déraite des royalistes et de la reddition de Charles P**, M. Villemain montre l'armée parlementaire déshabituée de la vie civile , et ne voulant plus que la guerre et des grades. Quand le roi fut enlevé par l'armée, le parlement réclama son prisonnier, le générai Fairfax enga|ea Charles à retourner de lui-même; le roi refusa : a Monsieur le général, dit^l, a j'ai dans l'armée autant de crédit que vous*. » Le roi trouvait en effet dans le camp et de l'amitié et des égards. Les officiers lui faisaient leur cour, et il faisait sa cour aux soldats^. Il traitait presque d'égal à égal : a Je dois jouer mon jeu autant que je puis, » dit-il '. Mais il joua si mal son jeu, qu'il souleva contre lui ses alliés futurs ; ce fut la cause de sa perte.

Après la mort de Charles P% l'oppression de l'armée se fit sentir au peuple, et l'oppression du chef à l'armée. Des pamphlets dénonçaient aux citoyens les secondes chaînes de la Grande-Bretagne , tandis que Cromwell fusillait les soldats qui s'avisaient de revendiquer leurs droits d'hommes libres^; mais les royalistes étaient protégés et accueillis. Ludlow, emprisonné à la Tour, reçut la visite d'un noble irlandais, qui lui offrit ses recommandations auprès du lord protecteur'^. Le projet d'une réconciliation occupa à la fois le fils de Charles I^ et la famille de Cromwell ; une duchesse fut médiatrice* : Cromwell daignait s'excuser auprès des anciens nobles de ce qu'il ne s'acconunodait pas avec Charles , et il leur donnait à entendre

• HMloire de Cromwell, 1. 1, p. 136.— > Ibid., p. U3-446. - ' Ibid., p. 456. - * Ibid., p. 231-246. - » Ibid., t. II, p. 447. - < Ibid. , t. I , p. 322.

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