‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 2 sur 91 · POUR LA DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

POUR LA DEUXIÈME ÉDITION

ES nombreai changements foits à cette seconde édition rendent' inexact sur plusieurs points Tavertissement |qui précède. Les I dix Lettres de 4820 ont été en partie remplacées, en partie retravaillées, pour le fond et pour la forme. Si j'ai conservé ici Tavant-propos de la première édition, c'est afin qu'il puisse servir d^apologie pour ce qu'on trouvera de décousu dans un ouvrage tant de fois remanié , et aussi pour ne point effacer tout vestige de mes travaux de jeunesse , tout souvenir d'un temps qui me devient plus cher à mesure que les années et la maladie m'en éloignent. Je ne détaillerai point les corrections et additions qui distinguent cette édition de la précédente; je laisse à mes lecteurs le soin d'en juger l'à-propos. Je m'étendrai seulement sur un point qui , tantôt par de bonnes raisons , tantôt par des raisons que je ne puis admettre , a été fort controversé : c'est la rectification des noms franks, d*après l'orthographe teutonique.

L'idée de rendre aux noms d'hommes qui remplissent les premières époques de notre histoire leur véritable physionomie , n'est pas nouvelle. Lorsqu'au xrr siècle des savants laborieux s'appliquèrent à débrouiller le chaos de nos anciennes annales , la distinction entre ce qu'il y a de germanique et ce qu'il y a de romain dans l'histoire de France les frappa d'abord. Ils reconnurent que Clovis, Clotaire, Louis, Charles, etc., n'étaient pas des noms firançais, et ils les restituèrent, mais avec peu de bonheur, en se servant de la langue allemande , telle qu'on la parlait de leur temps. C'est ce que fit entre autres le greffier Du Tillet , critique habile , esprit juste et consciencieux. Cette réforme toute savante pénétra peu dans le public ; mais il se trouva d'honnêtes écrivains qui se révoltèrent contre elle au nom de l'honneur français. Ils soutinrent avec indignation que jamais roi de France n'avait parlé allemand , ni porté un nom allemand ; que tous , depuis Pharamond , étaient Français, vraiment Français, de langage comme de cœur. On ne saurait cependant attribuer à ce vigoureux élan de nationalité le peu de crédit qu'obtinrent les germanismes de Du Tillet. Ils ne passèrent point dans rhistoire écrite sous une forme narrative, parce que ce genre de littérature ,

Page 1