SUR LE COURS D'HISTOIRE DE M. DAUNOU
déclaré lui-même soumis à une obligation sacrée envers la [science, à l'obligation de la professer tout entière , et telle qu'elle est, sans déguisement comme sans réserve, a Je réclame , a-t^il dit y au nom a des élèves qui doivent m'écouter, la liberté de ne les tromper « jamais : leur dire la vérité pure et entière est un respect dû à leur a âge , un devoir et un droit du mien ; je sais d'ailleurs qu'ils aua raient bientôt déserté une école de servitude et de mensonge. »
Le cours d'histoire et de morale s'est ouvert par de savantes dissertations sur les différents degrés de valeur des témoignages historiques, selon leur nature et leur époque. Dans l'exposition et la critique des traditions et des monuments de tous les genres, le professeur a su allier à l'exactitude de Térudit les vues du philosophe et le talent de l'écrivain. Des traits ingénieux, des réflexions piquantes, des morceaux d'une éloquence généreuse ont reposé et soutenu l'attention des jeunes auditeurs.
Après avoir déterminé, avec une justice impartiale, le crédit que les hommes doivent aux témoignages des hommes, M. Daunou a commencé à tourner les yeux des élèves sur eux-mêmes, et à rechercher ce que c'est que l'homme , l'homme moral , qui est la matière de rhistoire. Ici s'est présenté le vaste tableau des affections humaines, justes ou injustes, raisonnables ou folles, bienveillantes ou haineuses, généreuses ou lâches. Tel a été le sujet de plusieurs leçons, où respiraient la douceur d'un philanthrope et l'austérité d'un citoyen. M. Daunou a fait découvrir quelques germes de bien dans les passions qui troublent si souvent la paix et le bon sens des sociétés , seules garanties pourtant de leurs progrès , dans l'ambition , dans l'amour des applaudissements, dans la colère qui fait braver la mort, n a montré que, gouvernés par la raison et tempérés par la bonté, ces mouvements de l'âme , si funestes quand ils sont égoïstes ou fanatiques , peuvent produire aussi le désir d'être utile, le dévouement à autrui , et cette indignation calme , qui rend l'âme du patriote inflexible devant l'or, les rubans ou les bourreaux, avec laquelle Sydney déconcertait ses juges, et montait à l'échafaud comme un député monte à la tribune.
Des applications de l'histoire à la morale des individus, M. Daunou 8*est élevé à ces applications à la morale des sociétés; car c'est ainsi qu'il a défini la politique. Il a repoussé , loin du champ de la science, toute politique qui ne serait pas la morale même ; il l'a reléguée dans