AU COLLÈGE DE FRANCE (184 9). 4S
le catalogue empirique des procédés dont se compose l'art des ven*» deurs de poison ou des coupenrs de bourse. Il a exposé , d'une ma«* nière digne d'un tel sujet y les droits imprescriptibles des personnes i et les droits aussi imprescriptibles que les choses tirent de leur liaison Sfvec les personnes; en d'autres ternes, la sainteté des libertés humaines, et la sainteté des propriétés humaines. Les produits de l'industrie (et tout ce qu'une main d'homme a touché est un pro^ duit de l'industrie ) doivent, comme les hommes eux-mêmes, trouver tous les chemins libres ; leur transport, aussi bien que leur existence^ eet toujours l'acte de la liberté d'un homme ; à ce titre, il est sacré et inviolable. M. Daunou a proclamé que, s'il est vrai que nulle société ne puisse exister sans lois, sans pouvoirs, ^ans une (btfce publique, sans des impôts, il est vrai aussi que nulle société ne peut manquer dé périr sous ces institutions mômes, quand elles lui sont imposées avec excès, c'est-à-dire quand les lois sanctionnent autre chose que le respect mutuel de la liberté de tous; quand les pouvoirs ont asseï de moyens de contrainte pour fairq obéir à de pareilles lois) quand les impôts passent la mesure prescrite par les besoins d'une administration répressive et non préventive envers les citoyens^ défensive et non hostile envers les nations, étrangères; quand I« force publique l'emporte en intensité sur la masse des délits intérieurs posnbles, ou des périls extérieurs possibles. Du moment que ces choses arrivent, la société n'est plus régie, elle est possédée, ou , pour mieux dire , elle n'est plus société , c'est un troupeau sous des midtres, sous un seul, sous plusieurs, sous un grand nombre; la quantité n'importe en rien.
Un philosophe dont notre époque s'honore a établi le premier cette distinction profonde et lumineuse, et c'est en le citant que M. Daunou l'a reproduite, a II n'y a , dit M. de Tracy, dans son Conunentaire sur l'Esprit des Lois y il n'y a que deux espèces de gouvernement : celui où ceux qui gouvernent sont pour la nation, et celui où la nation est pour ceux qui gouvernent; en termes plus brefs, il y a fo gouvernement national et le gouvernement spécial. Les diverses formes numériques énoncées par Montesquieu, et accréditées par son génie, viennent s'absorber toutes dans cette grande division , la seule qui soit réelle.» Sans dénaturer la formule de M. de Tracy, on pourrait supprimer le mot gouvernement dans l'expression de la seconde espèce ; et alors il resterait d'un cAté le gouvernement, le
iU SUR LE COURS D'HISTOIRE DE M. DAUNOU .
gouvernemeut proprement dit, et de l'autre la possession , la conquête, le despotisme, soit collectif, soit individuel : le gouvernement^ marqué du sceau invariable de la justice et de l'utilité commune; le despotisme, ayant mille caractères, mille modes, mille figures, mille degrés, selon les chances diverses de la force des maîtres et de la Iftcheté des sujets : le gouvernement , produit de la raison et objet de la science; le despotisme, produit de la fortune, et abandonné à Thistoire, comme un fait dont on ne peut que raconter et non qualifier l'existence.
Ramené ainsi à la considération du gouvernement nationtUy le seul qui doive porter ce nom , afin que la science parle un langage extict, M. Daunou a exposé les règles morales de conduite qui pèsent à la fois sur les gouvernants et les gouvernés. Il a rejeté le machiavélisme hors de la science du gouvernement; il n'a compté, pour bases de cette science , que la conviction ferme de l'inviolabilité de la liberté humaine, sous quelque forme qu'elle apparaisse, et la connaissance de ce qui est utile à la communauté des hommes associés. En traitant de la conduite et de l'esprit des peuples , le professeur a renvoyé de môme aux sujets des despotes la turbulence , les haines inquiètes, la satire amère, consolation de la faiblesse, et l'insulte» masque dç la lâcheté ; mais il a réservé pour le citoyen, comme ses premiers devoirs, ou, pour mieux dire, comme ses seuls devoirs, la conscience inflexible de ses droits, et une conscience égale des droits d'autrui ; une défiance continuelle de ceux qui gouvernent, défiance calme et austère, qui ne s'exhale pas en vaines agressions, mais qui tienne les yeux en éveil, et les cœurs munis pour la défense. Dans le mouvement d'une nation vers la liberté, sa marche doit être grave et réglée, comme celle des bataillons serrés, qui, par la seule force de leur ordre, s'avancent en chassant devant eux les obstacles, et sont victorieux sans porter un seul coup : c'est aux esclaves échappés qu'appartiennent la tactique des Parthes, les irruptions soudaines, la fuite simulée , les fausses trêves et les poignards.
M. Daunou pense que le peuple français est digne aujourd'hui d'embrasser la morale des nations ; il croit que nou« sommes enfin parvenus à l'état social, à cet état où, comme il le dit lui-même, il n'y a rien de sûr que la bonne foi, rien de puissant que la vérité, rien d'habile que la vertu. Nous l'avons entendu adresser cette assurance consolante aux jeunes gens de son auditoire; à ces générations