QUI DIVISE LA NATION FRANÇAISE
«Race d'afiranchis , s'est écrîé M. le comte de Montlosier, race d'esclaves arrachés de nos mains, peuple tributaire , peuple nouveau % licence vous fut octroyée d'être libres, et non pas à nous d'être nobles^; pour nous tout est de droit, pour vous tout est de grâce '. Nous ne sommes point de votre communauté; nous sommes un tout par nous-mêmes \ VoUre origine est claire ; la nôtre est claire aussi : dispensez-vous de sanctionner nos litres; nous saurons nousfnêmes les défendre. »
Aujourd'hui enfin que, dans nos regrets, nous embrassons les images de cette liberté qui semblait promise à la France, qui devait, selon notre espoir, fonder une égale destinée pour tous les habitants de notre sol, d'autres regrets se font entendre. Ce ne sont pas les droits civils anéantis par nos minisires que les écrivains nobles voudraient voir revivre, mais la vieille race dont ils se renomment ; ff c'est cette race septentrionale qui s'empara de la Gaule sans en extirper les vaincus ^ ; dont le nom devint synonyme de liberté , lorsque seule elle fut libre sur le sol qu'elle avait envahi ^ ; qui eut bon marché, dans la ténacité de son despotisme, de l'insouciance légère des Gaulois^; qui sut léguer à ses successeurs, maintenant dépouillés contre tout droit, les terres de la conquête h posséder, et les hommes de la conquête à régir*.
Après de si longs avertissements, il est temps que nous nous rendions, et que de notre côté aussi nous revenions aux faits. Le Ciel nous est témoin que ce n'est pas nous qui les avons attestés les premiers, qui avons les premiers évoqué cette vérité sombre et terrible, qu'il y a deux camps ennemis sur le sol de la France. Il faut le dire, car l'histoire en fait foi : quel qu'ait été le mélange physique des deux races primitives, leur esprit constamment contradictoire a vécu jusqu'à ce jour dans deux portions toujours distinctes de la population confondue. Le génie de la conquête s'est joué de la nature et du temps; il plane encore sur cette terre malheureuse. C'est par lui que les distinctions des castes ont succédé à celles du sang, celles des ordres à celles des castes, celles des titres à celles des ordres. La noblesse actuelle se rattache par ses prétentions aux hommes k
« De la «onareliie française, 1. 1, p. 486, U9, 495. » Ibirt., p. 456, - » Ibid., p. 464. - * Ibid., p. 176.
& Article de V. le comte A. de JoulIh»y, dans l'Observateur de la Marine, 9* llvr., p.«». - • Ibid. - ' ibid. - • Ibid., p. 804. J
ao
m SUR L'ANTIPATHIE DS RACE, ETC.
privilèges du xyi*" siècle; eeuK-là se disaient issus des possesseaK d'bommes du wf^ qui se raltachaieiii aux Franks de Karie le Grandi qui remoutaient jusqu'aux Sicambres de Cblodowig. On ne peqt contester ici que la filiation naturelle , la descendance politique est évidente. Donnons-la donc à ceux qui la revendiquent ; et nous, reven* diquons la descendance contraire. Nous sommes les fils des hommes du tiers-État ; le tiersrËtat sortit des communes, ies communes furent l'asile des serfs; les serfs étaient les vaincus de la conquête. Ainsi de formule en formule, à travers l'inlervalle de quinze siècles, nous sommes conduits au terme extrême d'une conquête qu'il s'agit d'effacer. Dieu veuille que cette conquête s'abjure elle-même jusque dans ses denûèves traces, et que l'heure du combat n'ait pas besoin de sonner. Mais, sans cette abjuration formelle, n'espérons ni liberté ni repos; n'espérons rien de ce qui rend le séjour de l'Amérique si heureux et si digne d'envie; les fruits que porte cette terre ne croîtront jamais sur un sol où resteraient empreints des vestiges d'en-* vahissement.
Les cinq volumes de M. Warden , remplis de détails de tous les genres et des faits les plus certains et les plus intéressants, suffisent à peine à contenter la curiosité qu'inspirent les ÉtatsUnis d'Ame» rique. Quelque étendu que soit le tableau que l'écrivain vous en présente, on le trouve toujours trop resserré. On voudrait tout apprendre, tout savoir sur l'étonnante prospérité de ces vingt-deux États libres, dont plusieurs, il n'y a pas trente ans, étaient l'habitation des bêtes fauves ; sur ce pays où se rencontrent ensemble toutes les races bumaines, toutes les mœurs , toutes les langues , toutes les religions, et où les hommes ne savent jeter les uns sur les autres que des regards de fraternité et d'amour. M. Warden a placé en tête de son ouvrage une nouvelle carte des États-Unis, une carte du district de Colombie, qui est le siège du congrès suprême, et une voe du palais où se rassemblent les membres du congrès. Ce palais a été appelé du vieuY nom de Capitole. Il n'est point, comme le Capitole de Rome, bftti sur une roche inébranlable * ; mais sa destinée est plus sftre. C'est la liberté qui y iH!^de, au lieu du dieu changeant des batailles; et les flots de la vengeance des peuples n'auront jamais à s'élever contre lui.
> Capitoll immobile saxum... Yirgil. Aneld,, tiii.