‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 68 sur 91 · PREMIÈRE LETTRE SUR L'HISTOIRE DE FRANCE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE SUR L'HISTOIRE DE FRANCE

Tous les faits sont ûnsi dénaturés pitf des interprétations arbi-^ traires; et grftce à cette méthode, après avoir lu notre histoire, il est difficile d'en avoir retenu autre chose, en fait d'instituticHia et de inœurs, que le détail bien complet d'un état de maison royale. Gomm^nt de ces récits qui embrassent tant d'années et où la nation française ne figure que pour mémoire, peut-on passer, sans éprouver de vertiges , à l'histoire des trente années que nous venons de voir S*écouler? il semble qu'on soit transporté tout à coup sur une terre nouvelle , au milieu d'un peuple nouveau^ et pourtant ce sont lea mêmes hommes. De môme que nous pouvons nous rattacher par les noms et par la descendance aux Français qui ont vécu avant le xvui« siècle , nous nous rattacherions également à eux par nos idées, pos espérances, nos désirs^ si leurs pensées et leurs actions nous étaient fidèlement reproduites.

Non, ce n'est pas d'hier que notre France a vu des hommes employer leur courage et toutes les facultés de leur âme à fonder pour eux-mêmes et pour leurs enfants une existence à la fois libre et inofiensive. Ils nous ont précédés de loin , pour nous ouvrir une Large route , ces serfs échappés de la glèbe^ qui relevèrent, il y a sept cents ans, les murs et la civilisation des antiques cités gauloises. Nous qui sommes leurs descendants, croyons qu'ils ont valu qiielque chose, et que la partie la plus nombreuse et la plus oid>liée de la nation mérite de revivre dans l'histoire. Si la noblesse p^ut revendiquer dans le passé les hauts faits d'armes et le renom militaire^ il y a aussi une gloire pour la roture, celle de l'industrie et du talent. C'était un roturier qui élevait le cheval de guerre du gentilhoname, et joignait les plaques d'acier de son armure. Ceux qui égayaient les fêtes des cb&teaux par la poésie et la musique , étaient aussi des roturiers -, enfin la langue que nous parions aujourd'hui est celle de la roture; elle la créa dans un temps où la cour et lea donjons retentissaient des sons rudes et gutturaux d'un dialecte gennanique.

SDR LA CLASSIFICATION PAR RACES ROYALES, m

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TJti^osfcz un étranger, homme de bon sens, qui connaisse quelque peu les historiens originaux de la chute de l'empire romain , et qui n'ait jamais ouvert un seUl volume moderne de notre histoire. Supposez que , rencontrant ^ pour la première fois Un de ces livres , il en parcoure la table ^ et qu'il y remarque, comme point saillant, comme base de tout l'ouvrage , la distinction de plusieurs races . quelle idée croyez^' vous qu'il se forme de ces races et de la pensée de l'auteur? Trèsprobablement il croira que cette distinction répond à celle destliverseâ populations, soit gauloises, soit étrangères, dont le mélange, opëré graduellement, a formé la nation française; et quand il verra qu'il s'est trompé, que ce sont simplement différentes familles de princes sur lesquelles roole tout le système de notre histoire nationale , il sera sans doute fort étonné. Pour nous, habitués dès l'enfance h un pareil plan historique, non^^ seulement il ne nous choque point, mais notiâ n'imaginons pas même qu'il soit possible d'en trouver tin atitre. Nous demandons simplement aux écrivains d'y faire entrer k! plù 4 qu'Us pourront de bonnes maximes et de beau style.

On dira peut-être que cette méthode est une conséquence naturelle de l'importance de ceux qui sont placée à la tète du gouvernement; mais l'antiquité avait aussi des gouvernants; les historiens anciens n'oublient point de citer les noms des consuls de Home et àeÉ archontes dQ le Grèce. Malgré cela, le récit dé chaque époque n'est point proprement chez eux le récit de la naissance et de l'éducation, de la vie et de la mort d'un consul ou d'un archonte, tne véritable histoire de France devrait hiconter la destinée de la nation française ^ son héros serait la nation tout entière ; tous les aïeux de cette natlod devraient y figurer tour à tour, sans exclusion et sans préférence.

* I Ce morceau, «sxtrait du Courrier Françaii (I8S0), a fait iMUlie de la première édition de mes Lettres sur mistoire de France. U a été remplacé dans les éditions ÉoivanlaB.

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Les vieilles chroniques, rédigées dans les couvents, eurent naturellement des préférences pour les hommes qui faisaient le plus de dons aux églises et aux monastères; et Thistoire , ainsi écrite hors de la scène du monde, perdit son caractère public pour prendre celui de simple biographie. Malgré la supériorité de nos lumières, nous avons copié le modèle transmis par les religieux du moyen âge , et nous avons même enchéri sur eux ; de tout ce qui se passait dans la Gaule, 4s ne voyaient que la succession des rois franks; nous, pour plus de simplicité, nous avons réduit cette succession à une seule famille, à deux ou trois tout au plus. Les plus scrupuleux de nos historiens font trois races de rois 3 mais c'est là le dernier terme; ce sont les colonnes d'Hercule, que nul ne se hasarde à passer, pas même ceux qui avouent que Mérovée n'est point fils de Clodion, et que Raoul, Eudes et Robert ne sont point descendants de Pépin. Malgré cet aveu , ils persistent , suivant le formulaire , à étiqueter première race leur collection de vingt et un rois, depuis Pharamond jusqu'à Childéric III , et seconde race celle de quinze rois, depuis Pépin jusqu'à Louis V.

Première race dite des Mérovingiens, seconde race dite des Carlo^ vingiens : voilà deux formules que nous lisons dans celles de nos histoires qui passent pour les meilleures , et que nous répétons dans nos conversations habituelles , sans concevoir le moindre doute sur leur exactitude. Cependant, plus d'une question peut être proposée à cet égard; et pour commencer par la dynastie que nos historiens appellent mérovingienne , d'où lui vient ce surnom , et dans quel temps Ta-t-elle reçu ? Est-ce une appellation populaire ou une simple désignation scientifique introduite par les écrivains pour marquer une division dans l'histoire? Voilà des difficultés qu'un écolier de seconde pourrait adresser à son professeur. Si le professeur était un de ces hommes consciencieux qui s'assurent des choses avant de répondre, il parcourrait les documents originaux, et d'abord il serait fort étonné de lire dans un ancien chroniqueur : Merovinyia quœ alio nomine dicitur Francia, Il verrait Merovingtis employé pour Francus dans une vie de saint Colomban, écrite au vu* siècle. Enfin il trouverait, dans trois historiens firancs de naissance, les passages suivants : Merovechus, a quo Franci cognominati sunt Merovingi,,, Meroveus ob cujus facta et tfiumphos [Franci)^ intermisso Sicambrorum vocabuloy Merovingi dicti sunt,.. MerovicuSy a quoFtanci

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