‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 69 sur 91 · PAR RACES ROYALES · texte numérisé non relu

PAR RACES ROYALES

Merovinei appeUati sunt^ quod quasi comnkunis pàier ah omnibus coleretur ^ Notre professeur conclurait de ces autorités que Merthvingien, comme nous disons, ou Merowing^ comme disaient les Franks, ne fut point seulement un nom de famille y mais quelquefois un nom de peuple. Tous lés Franks, sans distinction, s'appelaient Merowings, du nom de Merowigi ancien chef, que tous les membres de la nation vénéraient comme leur aïeul commun. Cela n'a rien qui doive nous surprendre; les clans d'Ecosse et d'Irlande et les tribus de l'Arabie s'intitulent encore du nom de quelque ancien conducteur, invoqué poétiquement comme le père de toute la tribu.

Quant au nom de Carlovinçiens y c'est un barbarisme absurde, introduit dans la nomenclature , pour plus de conformité avec le nom de Mérovingiens. Le mot des chroniques du temps qu'on a défiguré de cette manière est celui de Carolingifqm n'est lui-même que le mot irank Karling avec une terminaison latine. Le titre de Karlings ou A'enfants de Karl convient bien aux rois dont la suc^ cession compose ce qu'on appelle la seconde race ; mais au moins faudrait-il rétablir ce titre ou le franciser d'une manière convenable. C'est sous le règne des descendants de Karle surnommé Marteau , que le titre de Merowings ou Uerovingiy selon l'orthographe et la déclinaison latine^, fut appliqué conrnie nom de dynastie aux rois dont le dernier fut dépossédé par Pépin , fils de Karle.

Sans doute l'attention portée sur les généalogies des rois n'a pas été inutile à l'histoire. Ce problème fut le premier que les savants du xvii« siècle entreprirent de résoudre, et plusieurs d'entre eux ont fait preuve, dans ce travail; d'une admirable sagacité. Mais aujourd'hui que , grâce à leurs efforts, tout est éclairci à cet égard, d'autres questions historiques s'élèvent, et en premier lieu celle de notre généalogie nationale. Tous tant que nous sommes. Français de nom et de coeur, enfants d'une môme patrie, nous ne descendons pas des mêmes aïeux. Dès les temps les plus reculés, plusieurs populations de races difiërcntes habitaient le territoire des Gaules : les Romains, quand ils envahirent ce pays , y trouvèrent trois peuples et trois langues *• Quels étaient ces peuples, et dans quelle relation d'origine et de pa-

t SigeberU Chron. — HarîulA Chron. — Rorioonis GesU Franeorum, apad teript. rer. galllc et francic, t. III.

> On trouve quelquefois Merwlngï dans lès anciens documents.

? Voyes, dans les Gommenlaires de César, la disUncUon qu'il établit entraxes Belges, les Celtes et les Aquitain».

m SUR I,Ë CARACTÈRE

r^nté «e trouy^ent-ils à Tégard des habitants des autres contrées de l'Europe? Y avait-il me race indigène , et dans quel ordre les autres races émigréas d'ailleors étaient-elles venues se presser contre la première? Q^el a 4(é , dan3 la succession des temps, le mouvement de dégradation des différeppe^ primitives de mc^urs, de caraetèie et 4^ langage? En retrouve-t-on quelques vestiges dans les habitudes locales qui distinguent nos provinces , malgré la teinte d'uniformité répandue par la civilisation? Les dialectes et les patois provinciaux^ par les divers accidenta de leurs vocabulaires et de leur prononcia-* tion, ne semblent-ils pas révéler une antique diversité d'idiomes? -T-< Voil^ de^ questions dont la portée est immense, et qui, introduites 4aqs Qotre histoire à ses diverses périodes , en changeraient complètement l'a^ect. Il n'y aurait pas besoin de diminuer, avec inten«- ^n, rimportaqpe des races royales , pour que celle des races popu^ laires frappât davantage Timagination du lecteur. Ce seraient de grands arbres qui s'élèveraient tout à coup dans un champ parsemé de buissons , des Douves qui naîtraient dans une [Mne arrosée par 4e petits ruiss^au^.

SUR LE CARAClilLB BT LA POUTIQfJE DES PKANKS ^

ona corriger , en quelque sorte , les fausses versions de i| nos historiens modernes sur ce qu'on appelle les pre* -^ miers temps de la monarchie française , il fendrait iso- ,.d 1er, par la pensée , la race franke des autres habitants de SâA£: . >3j la Gaule , et dégager les faits qui lui sont propres de la masse des faits historiques. Ce travail , qui serait Iq remède à beaiircoup d'erreurs, est trop long ponr faire l'objet d'npe lettre j maia je puis essayer de vous en donner ridée, en traçant h la hâte une petite lijstoire anecdotiq^e des relations de la population» franke avec les autres populations de la Gaule, depuis le vi* sièclejusqu'au dixième.

* Ce morceau, publié d'«^>ord en 1830, a (ait p^rUe de la prevalère édition de ves LeUres sur rUistoire de France. Dans la seconde édition et dans les «liiaiitei, le wieit plufl développé, a fourni matière à trois lettres, la 6e, la 7« e\ \^ S*.

ET LA POLiTIQOE DES FRANKS. 487

Quand les tribus des Franks n'étaient encore connues , sur le pay^ où nous vivons , que par leurs incursions dans les quatre province^ germaniques et belgiques, deux peuples de race tudesque habitaient à demeure fixe les belles provinces du sud entre la Loire et les deut mers. Les Burgondes s'étaient établis à Pest , les Goths au midi el au couchant. L'entrée de ces nations barbares avait été violente et accompagnée Me ravages y mais l'amour du repos les avait prompt tement gagnées : chaque jour elles se rapprochaient des indigènes , et tendaient à devenir pour eux de simples voisins et des amis *. Les Goths surtout montraient du penchant pour les mœurs romaines, qui étaient celles de toutes les villes gauloises. Leurs chefs se faisaient gloire d'aimer les arts . et affectaient la politesse de Rome ^. Ainsi y les maux de l'envahissement se guérissaient par degrés; les cit^s re^ levaient leurs murailles; l'industrie et la science reprenaient de. l'es^ Boty le génie romain reparaissait dans ce pays où les vainqueurs eux'mémes semblaient abjurer leur conquête.

Ce flit alors que Chlodowig, chef des Franks, parut sur les bords dé la Loire. L'épouvante précédait son armée * ; on savait qu'à leur émigration de Germanie en Gaule, les Franks s'étaient montrés cruels et vindicatifs envers la population gallo-romaine; la terreur fut si grande à leur approche , que dans plusieurs lieux on crut voir des prodiges eflrayants annoncer leur invasion et leur victoire*. Les an^ ciens habitants des deux Aquitaines se joignirent aux troupes des Goths pour la défense du territctire envahi» Ceux du pays montagneut qu'on nommait en latin Arvêmia , et que nous appelons Auvergne, s'engagèrent dans la même cause. Hais le courage et les efforts de ces hommes de races diverses ne prévalurent pas contre les haches des Franks ni contre le fanatisme des Gaulois septentrionaux excités .par leurs évéques , ennemis des Goths , qui étaient ariens. Une mul«> titude avide et féroce se répandit jusqu'aux Pyrénées, détruisant et dépeuplant tes villes ^ Elle se partagea les trésors de ce pays, l'utt

1 Non quasi cum eubjectis.... sed vere cum fratribus ehrlstianii . ( Paull OrosU HIst-, apud sciipt. rer. gallic. et rrancic, 1 1 , p. 907.) . * LegM WisîgotlioFum , passim.

> Cùm terror Francorum resonarei. (Grag. Turon., apud script, rer. gallte. et franoic., t 11 , p. 173.)

* In medto Toioa» elviUUs sanguii eriipit de terra et tota die fluxit... Franeorum adveaienta regno. ( Idattl Ohron., apud seript. rer. galiie. et francle, t. Il, p. 4S3.)

"^ Bt Pyrenœos montes usque... urbes et castella lubmens, munieipia (pnBqm depo-

488 SUR LE CARACTÈHE

des pins riches du monde , et repassa la Loire , laissant des garnisons sur le territoire conquis*.

En l'uinée 532, Theoderik, l'un des fils et des successeurs de Chlodowigy dit à ceux des guerriers franks qu'il commandait : cr Suivez-moi vers la contrée des Arvemes, et je vous ferai entrer dans un pays où vous prendrez de l'or et de l'argent autant que vous en pou-* vez désirer , où vous enlèverez'en abondance des troupeaux » des es^ claves et des vêtements'... » Les Franks prirent leurs armes, et passant de nouveau la Loire, ils s'avancèrent sur le territoire des Bituriges et des Arvemes. Ceux-ci payèrent alors avec usure la résistance qu'ils avaient osé faire à la première invasion. Tout lut dévasté chez eux; les églises et les monastères étaient rasés jusqu'aux fondements^. Les jeunes gens et les jeunes femmes étaient traînés, les mains liées, à la suite du bagage, pour être vendus comme esclaves**» Les habitants de cette malheureuse contrée périrent en grand nombre ou furent minés par le pillage. « Rien ne leur fut laissé de ce qu'ils possédaient, dit une ancienne chronique , si ce n'est la terre seule que les barbares ne pouvaient pas emporter'. »

Telles étaient les relations de voisinage qu'entretenaient les Franks avec les populations gauloises restées en dehors de leurs limites. Lear conduite à l'égard des indigènes des provinces septentrionales n'était guère moins hostile. Lorsqu'en l'année 584 Hilperik, fils de Chlother, voulut envoyer sa fille en mariage au roi des West^oths* où Wisigoths, établis en Espagne, \\ vint à Paris et fit enlever des maisons qui appartenaient au fisc un grand nombre d'hommes et de femmes qu'on entassa dans des cbaiiots pour accompagner et servir la fiancée.

pulans, prœdam innuinera])ilem et spolia mulU suis miiitibut aeque dispertiens. (RorlconUGest. Francor., apud scripl. rer. gallic. et francic, t. lU, p. 18.)

* Gùm ad solum propriiim redire dcliberaret, eieclos milites... ad pervaslas elvitatea euttoditendas... dereliquit. (Ibid.)

3 Et ego vos inducam in patriam, ubi aurum et argentum acciplatis, quantum Tcstra potest desiderare cupiditas, de qua pecora, de qua inaucipia, de qua vesUmenta in abundanUam adsumaUs. (Grcg. Turon., apud script, rçr. gailic. et franole., 1. II, p. m.\

3 Monasteria et ecclesias solo tenus cosquans. (AcI. S. Austremonii, apud script rer. gailic. et francic, t. III , p. 407.)

« SciUsquo vulUbus puellas. (Vita 8. Fidoli , ibid.)

^ Pnster ierram solam qûam barbari secum ferre non poterant. (Uugonis Chron. virdun., apud script, rer. gailic. et francic, 1. 111, p. SS6.)

* Ce nom signifie Goths occidentaux ; il provenait de la situaUon réciproque des deux grandes branches de la population golhiquc dans leur ancienne patrie, au nord du Danube. Ce fut TinvaMon des Huns qui coiilraignit celte population à Migrer par grandes masses sur le territoire romain.

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