INTRODUCTION. XLV
de mettre un terme à cette entreprise en écartant le roi , comme l'Angleterre l'avait fait en 1688.
Oui, la nation avait pleinement tous ces droits, mais a-t-elle bien fait d'en user ? N'eût-il pas été~^ possible de soumettre le roi Charles X sans le détrôner, de réviser la charte, d'abolir l'article 14, qui avait servi de prétexte aux ordonnances , celui d'une religion d'État qui rompait l'égalité religieuse, d'abaisser le cens électoral et defortifier par là le gouvernement représentatif en y intéressant un plus grand nombre de citoyens, en un mot, de faire la révolution de 1830 sans changer la dynastie? Ce fut alors mon avis; je l'exprimai et le soutins dans les conseils de l'opposition. Plusieurs hommes éminents le partagèrent. Cet avis fut énergiquement combattu par mes plus chers amis, je l'avoue. J'avoue aussi qu'il y avait^ . au plan que je proposais un obstacle presque in-» surmontable : cet obstacle était le roi Charles X, dont l'aveuglement et l'obstination ne cédèrent que lorsqu'il était trop tard. Et il faut que la révolution de 1830 ait été bien légitime et bien nécessaire, puisqu'en l'apprenant , l'Europe, qu'elle menaçait , n'osa pas la blâmer et condamna le roi Charles X! Un honnête homme couronné , le vieux roi de Prusse, dit ces mots: «Je n'aurais peut-être pas donné la charte, mais, si je l'avais donnée, je l'aurais observée. » L'Angleterre applaudit à la victoire d'une cause qui était la sienne, et le ministère conservateur du duc de Wellington reconnut immédiatement le gouvernement nouveau.
La France n'a donc pas eu tort en 1830. A-t-elle eu tort en 1848?