XLVI . INTRODUCTION
Ici je ftub tenté de m'arrèter devant la malheur et Texil, devant une tombe auguste à peine fermée. O maison d'Orléans, maison illustre et infortunée, je briserais à jamais ma plume plutôt que de la tourner contre vous. Hais puis-je donc vous sacrifier les principes de toute ma vie, la révolution, et Fhonneur de mon pays?
Pour défendre la France, il me faut bien retracer les fautes de ses gouvernements. Celles du gouverne^ ment de juillet se peuvent ramener à une seule , mais qui est grande et a suffi à le perdre,
La résistance à la réforme électorale et parlementtaire a été Toccasion de la chute de la monarchie de juillet, mais sa vraie cause est plus profonde : elle est dans Tancienne et inébranlable résolution de la coU'* ronne de ne changer de système à aucun prix , et de ne jamais se rendre à l'opposition , même la plus dynastique et la plus constitutionnelle; résolution qui , sans violer aucun article de la charte , Féludait \^^ tout entière , et supprimait le gouvernement repré* sentatiftoù la royauté n'a point de système, et appelle dans ses conseils, sans amour et sans haine, les hommes que lui désigne Fopinion. Pour cela , il est vrai, il faut que la royauté n'ait pas la prétention de / conduire elle-même les affaires; ou bien elle échange rinviolabilité , attachée k son impartialité , contre la responsabilité redoutable qui nécessairement accom*-pagne Fexercice du pouvoir.
En parlant ainsi , je ne &i8 que répéter ce que le roi Louis**Philippe a dit lui-même à Claremont , au mois de novembre 1849, à M. Ed. Lemotne : (AMtf*
INTRODUCTION. XLVll
ûtttitm du roi LtmiS'-Philippe raetmtéepar M^métnê. ) 4 Dôfi amis m'ont dit bien souvent ici à Claremont : àh I si le roi n'avait pas refusé la réforme , il serait encore aux Tuileries I Je ne crois pas cela. M. Guizot
l'avait promise, cette réforme Quant à moi, dont
la vieille expérience avait deviné que la réforme n'é«tait qu'une arme, un prétexte, j'avais formellement désapprouvé cette promesse, et j'avais dit : Tout le monde est pour la réforme ? les uns la demandent , les autres la promettent. Ya donc pour la réforme I Mais le jour où il foeudra la donner , je ne prêterai pas les^ mains à celte faiblesse ! La réforme , c'est l'avènement de l'opposftion , et l'avènement de l'opposition, c'est la guerre^ c'est le commencement de la fin. Donc, \ aussitôt que V opposition prendra les rênes du gouver^ i nement, je m'en irai ! »
« Un de mes amis les plus dévoués recueillit ces paroles, et il me dit : Sire, un roi constitutionnel ne s*en va pas; il subit la loi de la majorité, et il reste I — Non , il ne reste pas, avals -je répondu ; si sa con* science lui dit que , sous son nom et avec son con* cours, c'est le mal du pays qu'on va faire, et, dans ce cas , i^utôt que d'agir contre sa conscience , il s'en va! »
M. Lemoîne : — «< kh\ sire, m*écrîa5-je avec tristesse, votre majesté a été conséquente avec ellemême. Quand le roi a cru que les affaires passaient aux mains de l'opposition , le roi s'en est allé ! »
Ce récit doit être parfaitement exact. Le roi Louîs- Phiiippe a parlé dans l'exil comme aux Tuileries : il a redit à son interlocuteur de Claremont ce qu'il di-