‹ Œuvres complètesChapitre 66 sur 91 · M, COUSIN , MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

M, COUSIN , MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

9 En montant à cette tribune, le premier besoin que j'éprouve est de féliciter la Chambre des pairs, à laquelle je suis fier d'appartenir, de la discussion véritablement poli-

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tiqne à laquelle elle vient de se lirrer. La Chambre des pairs, comme tout pouvoir, est chargée de maintenir ellemême sa propre autorité, et elle ne peut la maintenir que par sa participation assidue au Gouvernement, et par conséquent aux débats politiques qui intéressent le pays. Je me félicite donc de cette discussion, comme d'un accroissement de force pour la Chambre des pairs : tout ce qui élèvera davantage la pairie dans l'estime de la. France répond à des vœux que j'ai souvent exprimés dans cette enceinte, et dont l'accomplissement me sera toujours cher, quand même il serait médiocrement commode au Cabinet dont je fais partie.

« Hier tous avez vu s'élever le plus noble débat sur une question qui intéresse trop puissamment la France pour ne pas toucher profondément la Chambre des pairs; ce débat, il faut le dire, a fait faire un pas à la question d'Orient ; il a conduit le Cabinet à expliquer plus ouvertement encore sa politique, et à prouver à la France et à l'Europe qu'il connaît, qu'il surveille avec une attention sérieuse les deux côtés de cette redoutable question. Je ne crains pas de dire qu'un tel débat est un service public que la Chambre des pairs a rendu au pays et au Gouvernement.

« Mais peut-on en dire autant du discours que vous venez d'entendre, de ce discours qui s'adresse, non pas aux choses, mais aux personnes, interroge et incrimine leurs antécédents, s'attache à un nom propre, y concentre le débat, et tout autour amasse le laborieux échafaudage d'une polémique dont la passion fait tous les frais? Nous n*avons pas provoqué une. pareille discussion; mais puisqu'il le faut, nous y suivrons à regret, mais sans

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hédler, rb<wor»bIe préopioant; nous reproduirons ses principales objections, et nons y ferons une réponse rapide.

« M. HérilboQ ne trouvera point en moi cette habileté de langage dont il a accusé M. le président du conseil, ce talent qui, selon lui, donne le change à l'assemblée ; j'échapperai du moins à cette accusation : il ne trouvera en moi qu'une loyauté à toute épreuve, et qui ne sera jamais embarrassée de rendre compte de ses intentions. Sans doute. Messieurs, je serai condamné à bien des redites; il me faudra répéter ce que vous avez déjà en* tendu hier. Il me semblait qu'hier tout avait été dit, que tout était épuisé; et si le discours que vous venez d'entendre ramène la discussion sur des. traces effacées, en vérité ce n'est pas ma faute.

« Je commence par repousser la distinction que M. Mérilhon s'est efforcé d'établir entre les membres du Cabinet et le président du conseil. Le Cabinet est inséparable de celui qui est à sa tête. Nous partageons toutes ses vues, ses principes, ses desseins; nous sommes entrés avec lui dans le Cabinet, nons en sortirons ensemble. Nous l'eussions choisi, noua l'avons suivi ; et nos destinées sont inséparables.

« Voici les principales objections qui ont été présentées par l'honorable préopinant ; je ne les affaiblirai point

« Nous sommes un Ministère d'opposition,

« Nous ne nous engageons pas absolument contre la réforme électorale.

« Il y a une différence entre les paroles du noble rap-* porteur de votre commission et celles de M. le président du conseil sur les fonctionnaires politiques.

« Le nouTeau Cabinet déplace le GonTernement, l'incline Ters la gauche, accepte de nouyeaux alliés, et menace la France d'un nouvel avenir. .

« J'examinerai rapidement toutes ces questions.

« Voici la première ol^ection que je rencontre dans le discours de M. Mérilhou : Nous sommes un Ministère d'opposition. Nous avons dit seulement, et nous n'hésitons pas à le répéter, que nous sortons de l'opposition. Mais en vérité qu'y a-t-il là d'extraordinaire ? et d'où voulez-vous que sorte un Ministère qui en remplace un autre, sinon de l'opposition au Ministère précédent 7 Si l'on partageait les vues et les principes de ce Ministère, à quel titre le remplacerait-on ? Il ne resterait plus d'autre titre que la supériorité du talent, ce qui réduirait les changements de Ministère à de simples changements de personnes. Mais il n'en est point ainsi dans les Gouvernements représentatifs. Ce qui, dans cette noble forme de gouvernement, donne de la dignité aux vicissitudes ministérielles, c'est que chaque nouveau Ministère est le triomphe d'une opinion qui, après être restée dans l'opposition tant qu'elle n'a pas su conquérir la majorité, passe avec la majorité aux affaires, et imprime au pouvoir une direction nouvelle. D'où sortait M. Pitt lorsqu'il par* vint, lorsqu'il revint plusieurs fois au Ministère ? De l'opposition ; et personne en Angleterre n'a songé à lui en faire un crime. Parmi nous, au 13 mars 1831, d'où venait M. Casimir Périer? Des rangs de ceux qui désapprouvaient la marche de l'administration précédente. Tel est le jeu inévitable et consacré du Gouvernement constitutionnel. Si l'objection de l'honorable préopiuaut était fondée, ce n'est pas seulement sur nous qu'elle tombe-

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