‹ Œuvres complètesChapitre 67 sur 91 · MINISTÈRE DE CONCILIATION · texte numérisé non relu

MINISTÈRE DE CONCILIATION

rait, elle s'adresserait h tous les Ministères, à celui même qui pourrait nous remplacer, qui probablement ne serait pas composé de nos partisans, mais de nos adversaires, c'est-à-dire de personnages sortis de l'opposition.

« D'où sortait le Cabinet du 12 mai? Vous le savez, Messieurs. Contre le Ministère du 15 avril. Ministère dont le noble chef ici présent a pu trouver quelquefois en moi un adversaire, jamais un ennemi, contre le Ministère du 15 avril il s'était formé une opposition, bien ou mal fondée, je ne l'examine pas , mais forte , vaste , puissante , dont firent partie un grand nombre d'éminents personnages de l'autre Chambre et de celle-ci, qui, je m'assure, ne la désavouent pas aujourd'hui. £h bien I cette opposition a contraint le Ministère de faire deux dissolutions en dix-huit mois; elle a fini par avoir la majorité. Du sein de cette opposition est sorti le Cabinet du 12 mai. Nous en sortons aussi. Le Cabinet du 12 mai ne renie point son origine ; nous, Messieurs, nous ne renions point la nôtre. Oui, nous sortons de l'opposition; et, arrivés au pouvoir» nous prouverons, j'espère , que les principes que nous professions et que nous professons encore nous ont suivis au Ministère, et qu'ils ne contiennent rien qui ne soit favorable à la véritable force du Gouvernement.

a Quant à la réforme électorale, en vérité, j'ai presque envie de demander grâce à la Chambre, et de la prier de vouloir bien me dispenser de l'entretenir fort inutilement d'une question sur laquelle il ne s'est trouvé aucun orateur, ni dans cette Chambre ni dans l'autre, qui ait osé dire : Ni maintenant, ni jamais! Je m'adresse à toute l'assemblée, je m'adresse à M. Mérilhou lui-même, et je lui demande si, sur cette question, il veut prononcer le

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root jamais. Qu'il me permette de prendre son silence pour une adhésiop, Eb bien, le Cabinet fait la même chose que l'assemblée et M. Mérilboq lui-même : il n'engage pas l'avenir, L'avenir aura ses diiÇcqltés; le Cabinet saura les regarder en face. Pour le moment, personne ne demande |e changement immédiat de la Ipi électorale de 1831t et personne ne la prétend immuable et d*nne libsolue perfection. Les esprits les plus modérés en reconnaissent et en ont plusieurs fois signalé les défauts. Pour pfioi, je ne renierai pas comme ministre ce qne j'ai dit comme pair de France : que la Chambre pe l'attende pag de mei I (Mprmures dans une partie de l'assemblée.)

« Entre le malheur de lui déplaire et celui de désavouer mon opinion, Jënemecroispasledroitd'hésiter. Oui, l'an-i née dernière, d^ns cette même enceinte, répondant à un disGOUP» de mon noble ami Ai. le comte d'Hareourt, j'ai pris la liberté, sans que la Chambre l'ait alors trouvé fort dangereux , de relever quelques-unes des imperfectîoBS de la loi de 1 831 * ; j'ai défendu les droits, ou, si Von veut, les prétentions si superbement traitées de oe qu^on appelle les capacités, parmi ksquelles se rencontrent toutes les grandes Facultés du royaume et l'Institut de France. Ce que j'ai dit alors, je le pense encore, et, au besoin , je le répéterais. Mais cela ne veut pas dire que des esprits pratiques vont se hâter de remuer sans nécessité évidente une loi établie, parce qn^elle contient quelques imperfec-* tiens.

<t Nous ne sentons pas la nécessité de chaîner cette kû ; mais si on veut nous lancer dans un avenir qui ne nous

* Voyez plus haut, p. 169.

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appartient pat« et ai on noua demande : Dana cet arenir, que feriez-'^oaa 7 nona ref usona de nous engager, et nona répondona , comme l'a fait le noble rapporteur de votre eommiasion : Noua n'anticipona pas l'avenir, noual'attendona, et nona aauroqa y suffire,

« M. Mérilhou a inaisié sur une prétendue différence qui séparerait le rapport de M. le doc de Brogliet et le disconra de M, le président du conseil, sur la queation dea fonctionnaires. Je déclare que, pour moi, je ne vois pas cette différence; roaia enfin noua ne répondona que de nos parolea, et nos paroles ont été aasez claires. Non, noua ne vouiona pas de réaction politique; et comment pourrait-on redouter une réaction politique de la part d'un Cabinet qui a'bonore du titre de Cabinet de conciliation T

« Le Ministère du 1*^ mara connaît lea circonatancea difficiiea que lea fonetionnairea ont traveraéea, ainsi que le paya lui-même ; il aait quelle indulgence lui eat com^ mandée, et cette indulgence ne coûte guère h notre ca-^ ractère et ^ nos babitudea : maia en même tempa noi]|a aavops quels sont nos devçlrs , et il y a une indulgence coup^ihle comme nqe indulgence raisonnable. Noqs entendons rester wa^îtrea du choix d'agente dont nous répondons, et nous n'entendons noua interdire aucun des actes que l'intérêt de l'État noqs commaQderait. Je sqis sûr qu'en cela encore nous ne serons pas démentis par le noble rapporteur dc^ votre commission, lui, habitué JtU pratique des affaires, et qui connaît les nécessités légitimef du Gouvernement Nous n'acceptons pas l'inviolabilité des fonetionnairea. Us n'ont ^ redouter qi ressentimcDts personnels, ni représailles dans le passé; mais ils sont avertis (car l'administration écoule quand le préaident du conseil

parle à la tribune), ils sont avertis qu'ils doivent comprendre maintenant la pensée de l'administration, et s'y associer. Encore une fois, point de réaction politique; mais nous ne nous engageons pas à ne point nous séparer de l'incapacité» ou de l'indocilité, ou d'une exagération qui se serait manifestement trop compromise, et qui par là se serait rendue incompatible avec l'esprit de modération dont nous voulons que l'administration soit empreinte.

« £t en cela. Messieurs, permettez-moi de le dire, nous agirons non-seulement dans l'intérêt légitime de la cause que nous défendons, mais dans l'intérêt de la cause générale de l'ordre et de la morale publique. L'autorité est partout en ruine; la relever, est un des grands objets que nous nous proposons; mais, pour y réussir, il faut d'abord et avant tout remettre l'ordre dans le Gouvernement luimême, car c'est du Gouvernement que la discipline peut descendre dans la société. Ce serait la pire de toutes les anarchies que celle de fonctionnaires agissant ou parlant dans un sens contraire à celui de leurs instructions, n'obéissant pas ou obéissant mal. Non, Messieurs, il n'en sera pas ainsi. (Mouvement) Et encore une fois, en m'exprimant de la sorte, je suis convaincu que Je ne serai point démenti par le noble rapporteur de votre commission (signe d'adhésion de M. le duc de Broglie;) et, du moins sur ce point, sur la contradiction que l'on a essayé d'établir entre les paroles de M. de Broglie et celles du président du conseil, je désire, j'espère même avoir rassuré M. Mérilhou. Mais je désespère de pouvoir le rassurer également sur la politique du nouveau Cabinet.

« C'est surtout cette politique qui l'effraye ; ce sont nos

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alliances nouvelles, c'est Tinfluence nouvelle qui commence, dit-il, à paraître dans les affaires ; il nous accuse d'aller à gauche, sans vouloir le dire, tout en ménageant le centre droit. Je n'affaiblis point l'objection ; voici la réponse.

« Ou l'amnistie, à laquelle nous avons tous applaudi, est un acte insensé, ou il faut la suivre dans ses conséquences légitimes et raisonnables. Si M. Mérilhou a raison, si la France est telle qu'il l'a dépeinte, l'amnistie est une extravagance. Mais M. Mérilhou a-t-il raison ? Est-il vrai que les passions politiques soient aussi enflammées qu'elles l'étaient il y a quelques années? est-il vrai que les sociétés secrètes soient aussi nombreuses, aussi puissantes , aussi menaçantes? Dans ce cas, je le répète, l'amnistie est une extravagance. Mais je ne crois point à la vérité de la sombre peinture que vous a faite M. Mérilhou. Sans doute tous les périls ne sont pas évanouis, et il reste dans le fond de notre société de mauvaises passions qu'il faut surveiller sans cesse. Mais, à la suite des grandes luttes qui ont entouré l'établissement constitutionnel de juillet, grâce à la fermeté du Gouvernement et des Chambres , grâce au temps , ce grand conciliateur , les esprits se sont apaisés; on pourrait même dire que l'apaisement en est arrivé jusqu'à la lassitude universelle. Les factions sont découragées: vous n'avez plus besoin de peser continuellement sur elles , et de les exciter par l'appareil de précautions excessives. Peu à peu , dans cette société ébranlée, tout a repris sa place; les hommes honnêtes , mais aveugles, qui s'étaient mêlés imprudemment aux factions, s'en sont séparés, et les ont laissées dans un isolement qui les condamne à l'impuissance.

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Yoilà pourquoi ramnisiie est à la fois un acte honorable à 8on auteur, et un acte d'une sage politique ; voilà pourquoi, depuis quelques années, les derniers Cabinets ont successivement diminué Tallocatioo demandée pour les fonds secrets. Ils sont tombés de un million cinq cent mille francs à un million deux cent mille francs, et aujourd'hui nous ne denoandons qu'un million,

n C*est dans cette routa , Messieurs , que s'est placé je Cabinet du 1*' mars, et il y persévérera. Nous nous conGoos au progrès de l'ordre, doiU les symptômes sont visibles à tous les yeux. Nous sommes convaincus que « dans l'état présent des choses, la modération doit (tre le caractère du Gouvernement » comme autrefois l'énergie, et que, dans le rapprochement qui s'opère peu à peu entr9 les bons citoyens momentanément divisés , la devise du Gouvernement doit être : Transaction ! Mais si la trans* action est légitime et nécessaire , pour être vraie il faut qu'elle s'étende des choses jusqu'aux bonnmes. Un Mi<« nistère de transaction doit tendre la main jk la gauche comme k la droite ; et je demande s'il serait digne de son titre, en consentant à frapper d'ostracisme un parti politique qui occupe une place si considérable dans le pays et dans le parlement , et qui compte dans son sein d'eicellents citoyens et de grands talents.

« Ilya toujours eu dans lemondedeux politiques en présence, Messieurs : la politique libérale et magnanime, qui faisait dire à César : Quiconque n'est pas contre moi est avec moi, et la politique étroite de Pompée, ce conservateur exagéré , qui a fini par tout perdre en disant : Quiconque n'est pas avec moi, est contre moi. Nous ne sommesi nous, contre personne ; nous sommes avec tous ceux

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qui, tournant le dos au passé et ne regardant que Tavenir, veulent nous aider à servir en commun le roi et la patrie.

« C'est cela même dont on nous fait un crime; on nous accuse de ménager tout le monde; on nous accuse d'avoir en quelque sorte deux grandes cautions. On a voulu désigner par là un noble duc qui siège devant moi (IVl. le duc de Broglie), et dont Tadhésion est un des titres d*honneur de notre Cabinet ; on désigne aussi un orateur célèbre de l'autre Chambre dont le nom se présente à tous les esprits et que nous n'entendons pas désavouer. (Les yeux se portent sur M. Barrot, qui est présent à la séance dans une tribune.) £h bien, Messieurs, cette accusation, nous nous en faisons gloire; et si elle était fondée, nous croirions n'avoir pas rendu à l'État et au roi un service peu considérable , en réunissant sou3 un même drapeau deux hommes différents sans doute, mais tous deux si recommandables par leur caractère et par leur talent.

« C'est ici, Messieurs, qu'il faut se donner le spectacle des choses humaines; il n'y a point d'immobilité ni dans^' les choses ni dans les hommes; tout marche, tout se renouvelle sans cesse. Je fais profession de penser qu'en politique comme en toutes choses, le vrai, le bon, c'est le •juste milieu. Moi aussi j'ai été du juste milieu, j'en suis encore, j'en serai toujours; mais le juste milieu se re* nouvelle dans les hommes qui le composent , selon les temps et selon les circonstances. Il y a des partis, qui en se modérant, arrivent au juste milieu ; d'autres, au contraire, l'abandonnent. Il en est qui s'endurcissent dans la résistance et y contractent des habitudes qui ne sont plus de mise en des circonstances nouvelles; il en est d'au* très qui s'éclaurent dans la lutte mêmCé Tel orateur

de la gauche, par une modération toujours croissante, a pris insensiblement le véritable esprit du Gouvernement représentatif; et, permettez-moi de le dire, il a pu se trouver des hommes qui , malgré leur origine , après avoir traversé les doctrines les plus avancées de la gauche, se sont élancés subitement jusqu'à la cime du parti conservateur. (iVlouvement.) £h bien ! nous voyons a?ec peine les uns se séparer de nous ; mais nous sommes fiers, nous sommes heureux d'acquérir les autres.

c J'ai peine à suivre l'honorable orateur dans le reste de son argumentation , dans cette polémique passionnée qu'il a fait porter tout entière sur un nom propre. Depuis dix ans que j'ai l'honneur de siéger dans cette Chambre, c'est le premier exemple d'une polémique aussi personnelle. Il me répugne d'avoir à descendre sur ce terrain ; je le ferai toutefois, et je demanderai à la Chambre d'accueillir la défense comme elle a accueilli l'attaque; je le ferai, parce que M. le président du conseil n'est pas seulement un ancien ami pour moi , mais parce qu'il est le drapeau même de la politique du Cabinet.

« La vraie politique consiste à discerner les vrais besoins d'une époque et à les satisfaire. Il est des temps où il faut résister avec énergie aux passions déchaî-^ nées; il en est d'autres où le Gouvernement doit savoir marcher dans la route d'im progrès paisible. Toute situation a ses périls, auxquels l'homme de cœur doit faire face. Sons la Restauration, au sein d'une paix profonde', quand la liberté seule était menacée , qui ne se souvient de l'ardente énergie de Casimir Périer à la tête de l'opposition? Depuis, quand le péril changea avec la situation , quand, dans la victoire de la liberté, l'ordre fut menacé à

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