‹ Œuvres complètesChapitre 87 sur 91 · AFFAIRES D*ITAL11S · texte numérisé non relu

AFFAIRES D*ITAL11S

de l'Italie, le père Ventara, était en disgrâce, comme suspect d*étre médiocrement favorable à la fameuse société. La jeune noblesse et tous les laïques de quelque talent frémissaient de se voir exclus des emplois publics. Les provinces gémissaient sous le poids de mesures fiscales accablantes, et dans Fattente vaine d'améliorations toujours promises et jamais réalisées. Déjà les légations faisaient entendre une voix menaçante, et l'Autriche était prête à passer le Pô. Aussi à la mort du pieux et doux camaldule, Grégoire XVI, tout le monde sentait qu'une heure solennelle et décisive était arrivée pour le Gouvernement pontifical , et qu'il s'agissait de périr dans la mi« sère publique, l'anarchie et l'invasion étrangère, ou de surmonter la fortune par un puissant et dernier effort* Le conclave fut unanime pour reconnaître la nécessité d'élever sur le trône pontifical un homme qui, tout en maintenant rigidement la tradition et la discipline ecclésiastique, donnât satisfaction aux légitimes besoins des peuples, et par là prévint l'invasion autrichienne. Oui, je le répète, et je ne serai point démenti par quiconque a suivi avec un peu d'attention les affaires de l'Italie, c'est sous la crainte de l'in-* tervention de l'Autriche, et sous le sentiment profond de la nécessité de grandes et sérieuses réformes, que Pie IX a été élu. Sans doute il n'y a qu'une grande âme qui puisse comprendre une pareille mission; mais cette mission, Pie IX l'avait reçue des mains du conclave. Soutenons-le donc, je vous en prie, dans une entreprise qui , si elle échouait, remettrait Rome dans l'état précaire et misérable dont vous avez voulu la faire sortir.

« Une dernière raison de nous associer à la cause de Pie IX par un témoignage public de sympathie , c'est

l'extrêoie importance de releTcr riDflaence française en Italie. Je suis trop bon citoyen pour triompher de l'abaissement de cette influence contre aucun Ministère. Dieu veuille qu'elle ne soit pas à jamais perdue, et que nous soyons à temps de la ranimer! Mais entendons-nous bien. Il ne s'agit pas de créer un parti français en Italie. Non , nous n'avons qu'un seul intérêt en Italie , comme en Espagne, comme en Grèce; c'est de voir l'Italie heureuse et libre à notre exemple : voilà notre seul intérêt ; et celui-là , nous pouvons le proclamer bien haut. Nous n'avons à offrir à l'Italie qu'une amicale , une fraternelle affection, et les conseils d'une expérience que nous avons bien chèrement acquise. Mais les conseils ne peuvent passer qu'à l'aide d'un intérêt sincère; on n'écoute guère que ceux que l'on aime et qui nous aiment. Si donc vous voulez diriger un peu les esprits en Italie , commencez par y gagner les cœurs. Oui, gagnons le cœur du saint-père en lui donnant le nôtre; gagnons le cœur de cette noble Italie en applaudissant à son réveil, en l'accompagnant de nos vœux et de nos espérances dans la route difficile où elle est entrée. (Marques unanimes d'approbation.)

• Ainsi, il n'est pas seulement généreux, il est politique d'applaudir à l'ère nouvelle inaugurée en Italie par un pontife magnanime, pour emprunter les fortes et heureuses expressions de votre commission. Par là nous demeurons fidèles à la politique constante de la France, à celle que nous avons pratiquée en 1834 et 1835, et même en 1831, comme le rappelait hier M. le comte de Sainte-Aulaire.

« Puisque je rencontre ici le nom de M. de Sainte- Aulaire, je ne puis m'empêcher, avec toute l'estime et

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tODte l'affectioD que je loi porte, de témoigDer on peu d'étoDoement d'avoir entendu hier sortir de cette bouche respectée et aimée ces paroles bien moins prudentes en réalité qu'en apparence : « Il ne peut y avoir rien de « stable en Italie qu'avec l'assentiment de l'Autriche. »

M. LE COMTE DE SAINTE* ÂULAIRE. « ÊteS-TOUS bien

sûr que j'ai dit cela? je crois avoir dit avec le concours de l'Autriche.

M. Cousin. « Je prendrai le mot que mon noble ami voudra bien me donner, celui qu'il avait dit hier ou celui qu'il voudra bien accepter aujourd'hui, et je lui demande la permission de n'être pas de son avis, puisqu'il n'est pas du mien; et même, pour parler sérieusement, je veux protester du haut de cette tribune contre une opinion qui, si elle était fondée, ne serait pas moins qu'une sentence de mort contre Tindépendance future de l'Italie, et, pour me renfermer dans le temps présent, contre la liberté, qui est aujourd'hui l'objet de ses légitimes poursuites.

V Aux paroles de M. le comte de Sainte-Aulaire, j'opposerai d'abord celles de M. le président du conseil , qui reconnaissait hier que la situation de l'Autriche en Italie était pleme de difficultés et de périls; que l'Autriche se sentait facilement alarmée *« dans son existence italienne. » Sous ce langage mesuré de l'homme d'État pratique perce aisément l'opinion de l'historien et du philosophe.

« On a souvent jugé à cette tribune TAutriche et le ministre qui dirige ses affaires ; je vous demande la permission de ne point imiter ceux qui, dans un sens ou dans un autre , ont anticipé la postérité sur M. de Metteruich. J'irai même plus loin, et pour m'absoudre, à mes propres

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yeux, de toute iojastice, je reconnaîtrai, sansaacnne difficulte, que le ministre qui dirige les affaires de l'Autriche a rendu jadis à son pays d'immenses services; qu'il est d'une habileté et d'une prudence qui peuvent braver tons les jugements. Mais, depuis quelque temps, M. de Mettemich rencontre un adversaire auquel il n'a pas toujours pensé, un adversaire qu'il s'efforce, j'en conviens, d'élu^ der et de conjurer autant qu'il peut, mais devant lequel il faudra bien qu'il cède ou qu'il succombe : cet adversaire. Messieurs, c'est la nature des choses (Mouvement), c'est l'existence d'une puissance autrichienne en Italie , condamnée, pour se défendre, à tout comprimer autour d'elle, en sorte qu'il faut qu'elle périsse ou que l'Italie demeure immobile. Il n'est pas de prudence, il n'est pas d'habileté, il n'est pas de courage qui puisse longtemps tenir dans cette position fatale.

« Ou bien il faut prétendre que l'Italie ne doit pas, mâme dans un lointain avenir, songer à l'indépendance; ou bien il faut reconnaître qu'elle est forcée de tenter quelque chose de grand sans l'assentiment , ou i si on l'aime mieux , sans le concours de l'Autriche ; car il est extrêmement douteux que l'Autriche se propose de cou-* courir à l'indépendance de l'Italie.

« Indépendance I indépendance 1 quel mot sacré et douloureux je prononce I Moi-même j'éprouve de l'effroi à le prononcer, tant il est chargé de tempêtes !

« Ce n'est pas moi qui l'ai faite , 'c'est l'histoire qui la proclame, c'est Dieu qui l'a instituée, cette loi inexorable qui à l'iniquité attache des conséquences qui lui ressem* blent Oui , l'iniquité sème et recueille l'iniquité. Les siècles la gardent quelque temps dans leur sein, mais elle

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en sort t6l ou tard avec violence, et les conquêtes engendrent les révolutions. Le jour où rAutriche a mis la main sur le Milanais, ce jour-là elle a attaché elle-même à son flanc un vautour impitoyable, qui la tourmente et qui la ronge, qui lui fait une douleur et une anxiété continuelles de toutes les joies, de toutes les espérances de l'Italie (Vive sensation).

« Mais, sans ftrmer la porte à Fespérance, je veux écar<* ter dans le temps présent et rejeter dans l'obscur avenir les vœux les plus légitimes de l'Italie ; je détourne les yeux de la question de l'indépendance pour me renfermer dans la question présente et vivante, celle de la liberté des États italiens. Eh bien, même là, telle est la position déplorable de l'Autriche en Italie , qu'elle ne peut se prêter à rien de grand. Il est vrai que les petites réformes^ l'Autriche les accueille, car elles peuvent calmer jusqu'à un certain point les populations et favoriser le statu quo ; mais quand ces petites réformes en font de plus grandes, quand ces plus grandes en engendrent de plus grandes encore, quand enfin elles menacent d'aboutir à des résultats un peu considérables, dès lors l'Autriche s'inquiète, et loin d'y concourir, elle y répugne, elle y résiste, elle les combat. Je n'en fais point un crime à M. de Metternich ; encore une fois, c'est celui d'une situation insurmontable.

Je suppose qu'un jour il y ait des tribunes à Naples , à Florence, à Turin ; ce jour ne se lèvera pas demain sur l'Italie, mais il se lèvera enfin. Quel sera, je vous prie, l'effet d'un tel spectacle sur les provinces lombardovénitiennesT Et comment voulez-vous que de gaieté de cœur l'Autriche concoure à un pareil résultat? Il est donc

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permis de eroire que qodqne diose de grand ec de boa peot et doit être tenté en Italie, même akNrs qoe le conconrs de l'Aotridie manquerait

« Je ne sois point dans le secret des négociations et des aflaires; mais je doote qa*aa moment où noos parions rAotridie se joigne i la France ponr demander ao Gon- ▼emement napolitain les concessions significatifes qui seoles peuvent arrêter l'effàslon du sang et prêrenir le retour d'insurrections sans cesse réprimées et sans cesse renaissantes. A Dieu ne plaise que j'interroge M. le ministre des albires étrangères ! il a une immense reqionsabilité à laquelle doit correspondre une entière liberté; mais j'aime à croire que le Gouvernement du Roi se sert des liens qui unissent les deux royales ùmilles pour faire entendre la vérité au Gouvernement des Denx- Siciles. La discrétion même de AL le ministre m'est garante de son action ; mais je doute fort, je l'avoue, je doute que, dans cette action, il soit vivement secondé par l'Au* triche.

• Messieurs, quand je parie ainsi jo ne suis point on ennemi ni un détracteur de l' Autriche; je ne suis qu'un historien fidèle de la vraie situation des choses en Italie. Je le déclare même : loin de précipiter l'Italie contre TAutricbe, je considère comme un malheur, comme une faute, non -seulement toute agression, mais toute menace d'agression, tout défi téméraire jeté à une puissance cou* verte par les traités, et qui certes est bien en état de se défendre. Oui, pour employer une forme de langage on peu ambitieuse, mais dont M. de Montalembert m'a donné l'exemple, oui, si ma voix pouvait être entendue dans un pays qui m'est si cher à tant de titres, je supplierais l'Ita-

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