‹ Œuvres complètesChapitre 86 sur 91 · AFFAIRES D ITALIE · texte numérisé non relu

AFFAIRES D ITALIE

M. LE TIGOMTE YiGTOft HUGO. ( Aox voh ! aux voix ! ) « Messieurs , je ne voudrais pas parler contre le vœu de la Chambre ; seulement il me paraîtrait utile de fixer le point de la discussion. ( Aux voix ! aux voix I )

M. LE COMTE d*âlton-Sbée. « Mais on vent donc étouffer la discussion ?

M. le ghangelieb. « A Dieu ne plaise que je veuille le moins du monde étouffer la discussion ; mais je crois que , pour qu'une discussion soit bonne, pour quVUe soit aussi complète que possible , il faut que les orateurs qui ont à prendre la parole aient tous les documents qui leur sont nécessaires. Or il me semble que , quand le renvoi aura été prononcé , quand la commission aura fait son rapport et présenté une proposition , le terrain sera pins élargi, si l'on peut s'exprimer ainsi, et c'est alors que la parole sera donnée à tous les orateurs qui la demanderont

M. Cousin. « Il est bien entendu que la discussion n'est nullement étouffée.

M. LE UARQUIS DE BoissY. « Pas même sur le premier paragraphe.

M. LE CHANGELIER. « Mais Certainement non.

M. LE viGOMTE YiGTOR HuGO. « Alors je demande la permission de dire un mot.. ( Le renvoi ! le renvoi ! — Parlez I parlez ! )

«« Messieurs , si la discussion n'est pas étouffée , je demande à la Chambre la permission de dire un mot

« Nous sommes en possession 8e deux faits, et les voici : le premier, c'est le silence du discours de la couronne ; le second, c'est le silence de l'adresse. Ces deux faits sont graves, et je viens les constater.

«« La commisnoD lemble maintenant se rallier à une opinion qui paraît dominer dans l'assemblée , et j*en félicite la Chambre des pairs ; mais la commission s'y rallie* t-elle sans résistance? Non (Mouvement). Vous venei d'entendre l'honorable rapporteur...

Une voix, a Attendez le rapport !

M. LE YICOMTE YiGTOs HcGO. « Messieurs, après que le langage de l'inquiétude s'est fait largement entendre , il serait utile que le langage de l'adhésion et de l'espérance se fit entendre à son tour. Je voudrais donc que M. le rapporteur de la commission qui , je le répète , n'a apporté tout à l'heure à cette tribune que le langage au moins fort tiède d'une concession peu volontaire , pût présenter à la Chambre demain une rédaction plus réellement pénétrée de l'esprit de l'assemblée. Je parle ici dans l'intérêt même de la commission et de son noble et honorable rapporteur. Voilà pourquoi j'eusse souhaité que la discussion fût complète avant le renvoi à la commission (Oui! onil parlez! — Aux voix! — Ëiclamations diverses).

M. LE GHANGELiLR. u Jamais pareille difficulté ne s'est élevée, ni dans la Chambre des pairs, ni dans aucune autre Chambre. Quand un renvoi à la commission a été demandé et qu'il est appuyé, il est toujours mis aux voix, et il n'en peut être autrement. Ce renvoi ne préjuge rien, il n'engage personne, et le rapporteur, pas plus qu'aucun autre membre de la commission, n'a le droit de dire à Tavance quel sera l'avis de la commission. Mais vous savez tous pourquoi ce renvoi est fait; il vous a été expliqué par M. Cousin, quand il l'a demandé, et par M. le rapporteur, lorsqu'il a dit que la commission voyait avec

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plaisir élargir le cercle daos lequel elle avait cra devoir se renfermer. £h bien I il me semble que tout est là , et que TOUS ne devez avoir aucun souci quand vous voterez le renvoi à la commission, J*ai sur mon bureau la liste des orateurs inscrits pour parler sur les amendements; cette liste sera conservée, et, après le rapport de la commission , MM. les pairs inscrits seront appelés à prendre la parole (Bruit).

M. Lebrun. « Nous demandons, au nom de la commission , que la discussion soit entière avant le renvoi à la commission (Agitation),

M. LE CHANCELIER. « Je cousulte la Chambre sur le renvoi à la commission.

M. LE RAPPORTEUR. «Je demande la parole (Bruit croissant).

« La commission croit essentiel d'entendre la continuation de cette discussion, afin de ne pas apporter une rédaction qui n'aura pas reçu l'inspiration de ce qui aura été dit dans la Chambre (Mouvements divers).

M. Cousin. « Ce ne sont là ni l'esprit ni les termes de ma proposition.

« J'ai demandé qu'après cette longue discussion sur l'Italie , qui a duré près de deux séances, et le sentiment unanime de la Chambre ayant été parfaitement recueilli par la commission, celle-ci fût chargée de présenter demain à la Chambre l'expression convenable de ses sentiments, et demain la rédaction qui sera proposée deviendra le fondement d'une discussion régulière. » (C'est celai c'est cela I )

Le renvoi à la commission des deux amendements est ordonné.

SÉANCE DU !3 JANVIER t84S.

]\I. LE BAROW DE Barainte, rapporteur. « Messieurs , la commission s'est empressée de remplir la missioi^ qui lui avait été donnée par la Chambre; elle a été surprise hier d'entendre un orateur dont nous aurons tout à l'heure le plaisir d'entendre le discours, dire que cette mission avait été acceptée avec résistance. Il n'en est rien/>La commission avait accepté et même prévu que la discussion la mettrait dans l'heureuse nécessité de rendre hommage au souverain pontife et de témoigner la sympathie de la France pour Tltalie. Je vais lire la nouvelle rédaction du paragraphe 6 :

« Nous croyons, avec Votre Majesté, que la paix du « monde est assurée. Elle est essentielle à tous les Goa* « vernements et à tous les peuples. Cet universel besoin «< est la garantie des bons rapports qui existent entre les « États. Nos vœux accompagneront les progrès que chaque « pays pourra accomplir, dans son action propre et îndén pendante. Une ère nouvelle de civilisation et de liberté « s'ouvre pour les Étals italiens. Nous secondons de toute N notre sympathie et de toutes nos espérances le pontife « magnanime qui l'inaugure avec autant de sagesse que R de courage, et les souverains qui suivent, comme lui , « cette voie de réformes paciGques oCi marchent de con- « ccrt les Gouvernements et les peuples. »

M. LE CiiANGELiËR. « La parole est à M. Cousin. M. Cousin. <« Je ne monte à cette tribune que pour remercier la commission d'être entrée si loyalement dans les vœux unanimes de la Chambre , dont je m'honore

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(Vavoir été Tinterprète, et de leur avoir trouvé une expression qui me satisfait entièrement. Elle me satisfait à ces deux titres : elle contient un hommage éclatant à l'initiative magnanime d'un grand pontife , et en même temps un témoignage mérité de sympathie et d'intérêt pour les souverains d'Italie qui ont entendu la voix du saint-père et qui marchent à sa suite dans la voie qu'il a ouverte.

« Je crains un peu de défendre une opinion qui ne rencontrera pas ici de contradicteurs. Mon rôle est si facile qu'il me décourage. Si pourtant la Chambre veut bien le permettre, puisque je suis à la tribune, sans renouveler la discussion, je développerai le plus brièvement qu'il me sera possible les deux motifs sur lesquels repose mon entière adhésion à la rédaction de la commission.

« Le Gouvernement du Roi, par l'organe de M. le président du conseil, a accepté le principe de l'addition proposée. En effet, il n'y a pas de Gouvernement si fort et si sage qui ne se sente confirmé et dans sa force et dans sa sagesse , en se voyant appuyé par l'imposanie opinion du Parlement, et particulièrement d'une Chambre aussi conservatrice que la nôtre. C'est une autorité nouvelle que vous donnez à M. le président du conseil, ce n'est pas un embarras que vous lui suscitez. Il saura faire un usage convenable de la pnib^auce que vous remettez entre ses mains; et vraiment, il n'cslpas à craindre qu'il en abuse (On rit), quelle que soit la sincérité de ses sympathies hier si hautement manifestée» pour l'IuUe.

u £t puis, quelle contradiction n'y aurait-il point à la Chambre d'avoir tant de fois, avec une constance si bono-

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rable, hébs I et n ▼aine, élevé h voix sar le tombeau de la Pologne, et de se taire quand lltalie sort do sien, quand elle renaît à la vie politique* quand elle entre dans cette carrière de réformes que nous avons nousHuêmes, depuis cinquante ans, si péniblement parcourue!

« D'ailleurs, que fait le Pape en ce moment? Il ne fait antre chose que mettre en pratique les conseils que la France a tant de fois donnés au saint-siége. Vous avez entendu hier M. le comte de Sainte-Aulaire vous dire ce qui s'est passé enl831 ; vous avez entendu aussi, dans une occasion solennelle, à l'époque de l'évacuation d'Ancône, mon noble ami, M. le duc de Broglie, vous rappeler ce que, pendant son glorieux ministère, le vrai, le seul continuateur peut-être de la politique de Gashnir Perler, il avait lui-même recommandé avec instance au Gouvernement pontifical. Vous vous désavoueriez donc vous-mêmes si aujourd'hui vous hésitiez à encourager publiquement une entreprise que le Gouvernement du Roi a lui-même in^irée.

« Et ne vous y trompez pas : ce n'est pas un caprice généreux que ce signal de réformes donné à l'Itaue du haut du Vatican; non, c'est la profonde intelligence d'un besoin impérieux, d'une nécessité pressante.

« Rappelez-vous les circonstances dans lesquellesPie IX a été élu. A Rome, dominait cette compagnie instituée pour la guerre, la portant partout avec elle, et qui perdra, j'en préviens tout le monde, et les Gouvernements et les particuliers qui s'attacheront à elle et qui auront la folie de la confondre avec la religion. La domination des jésuites avait soulevé contre eux tous les ordres même religieux* L'homme le plus éloquent de Rome, et peut-être

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