DB 1S
« N'oobliont pis dod plos les deox aotrei États ftalieni qui, en imitant l'exemple do saint*père dans leur sphère propre d'action, ont droit aussi I nos sympathies et à nos hommages.
« Je ne parlerai point de la Toscane, sur laquelle je n*ai point d'informations précises; mais je puis tous parler atec certitude d'un pays qui m'est bien connu et qui m'est cher, je yeux dire le Piémont«
9 Le saint-siége et le Piémont sont les deux puissances qui, par leur caractère et par leur situation, sont appelées à être les deux grands instrumenu de la régénération italienne* Le Pape en est l'âme; le Piémont en est le bras. Le Pape en a donné le signal : c'est à lut qu'il'appartient de la diriger; c'est lui qui, en son double titre de prince temporel du centre de l'Italie et de pasteur des âmes, doit inspirer, soutenir et conduire cette grande entrcf^rise. Placé au pied des Alpes, faisant face à la fois I l'Autriche et â la France, le Piémont courre i'Ita^ lie ; il en est le bouclier et au besoin il en serait l'épée. Ce rôle lui appartient et par sa situation et par son génie^ et l'histoire est 11 qui, d'un doigt sûri marque la destinée de cette maison de Savoie, sortie comme l'aigle d'un coin des Alpes, et qui déjà étend ses ailes sur No?arre et sur Gênes* Les Piémontais sont une race d'hommes dors comme leurs montagnes, braves, obstinés, et, ce qui est une force immense, accoutumés â obéir à leur Hoi sans servilité, par un sentiment naturel foriiûé d'une longue habitude. Grâce à Dieu, cette race d'hommes n'est pas encore corrompue : ce sont en quelque sorte les Macédo-' niens de l'Italie. C'est du Piémont que sont sortis ces ba^ unions de grenadiers que le général Bonaparte estimait
ÀPrilEBS D'iTAUB. S50
tant que, pour les avoir, il incorpora le Piémont I la France. Jadis le Piémont produisit le prince Eugène : de nos jours il nous a donné JMasséoa. Que Tespritde liberté soufiSe sur ce peuple, qu'il Tanime sans trop l'agiter, qu'il le cultive sans le corrompre, et on peut en attendre de grandes choses. Aifieri, Lagrange, de Maisire, font assez voir que le Piémont n'est pas ua pays de barbares, et qu'il peut soutenir la comparaison avec les autres pays de cette Italie si admirablement douée. A la tête d'un tel peuple est un Roi formé à la dure école de l'expérience et du malheur, pénétré de l'esprit religieux et en même tenjps sensible à la gloire. Charles- Albert était fait pour entendre Pie IX : le Roi a été, comme le Pape , hardi et modéré. Il a proclamé depuis un an un vaste système de réformes liées entre elles et formant on imposant édifice; et ces réformes, en même temps qu'il les proposait, il mettait la main à l'œuvre et les accomplissait. Je m'adresse aux membres de cette Chambre les plus modérés, j'allais dire les plus scrupuleux ; je m'adresse à ceux qui séparent le moins les espérances Ubérales de l'ordre qui en est la garantie ; je m'adresse à quiconque en principe n'est pas un ennemi de la liberté italienne ; je demande quelle faute a été commise en Piémont, soit de la part du Roi , soit de la part du peuple?
« Le Roi , a donné d'un seul coup les réformes qui étaient nécessaires sans tomber dans aucun excès, sans passer les limites tracées par la vraie sagesse, c'est-à-dire ici par le véritable intérêt de la patrie pié-^ montaise. Le peuple y a applaudi; il a fait éclater l'eiïusion de sa reconnaissance. Quel (rouble à son tour, et quel excès lui peut-on reprocher? Depuis la proclamation des
réformes, toules les parties de la monarchie, loiu de se dissoudre, comme on l'annonçait, se sont pins intimement unies, et nous venons de voir, il y a quelques moi$, un événement considérable qui aurait dû frapper tous les hommes d'État de l'Europe. Les traités de 1815 avaient attaché Gênes au Piémont, et Gênes alors avait résisté et protesté. Et voilà que cette même ville, si fière de ses richesses , de son ancienne puissance et de son ancienne liberté, s'est donnée spontanément en entendant les belles paroles sorties récemment de la bouche du Roi. Oui, Gênes s'est donnée celte fois sans retour et sans réserve : et ce grave événement indique une ère nouvelle, une ère italienne en quelque sorte pour le Piémont; il fait voir que la maison de Savoie est en marche, et que ses destinées s'accomplissent (Vive sensation).
« J'ai entendu M. le comte de Sainte-Aulaire avouer que , dans le mouvement actuel de l'Italie, il ressentait encore plus de craintes que d'espérauces; j'ai entendu M. de Montalembert lui-même exprimer des alarmes exagérées. Il a évoqué le fantôme de la Jeune Italie; il a parlé d'émigrés qui ont rapporté dans leur pays un esprit de vengeance et de proscription. Je ne sais sur quels mémoires secrets s'appuient ses inquiétudes; mais je puis les dissiper, du moins en ce qui concerne le Piémont. En Piémont, il n'y a pas de Jeune Italie. La Jeune Italie est une société secrètç. Autrefois, c'était le refuge du patriotisme; aujourd'hui, c'en est le danger et l'écueil , je n'hésite pas à le dire (Signes unanimes d'approbation). La lumière bienfaisante de la publicité a dissipé aisément les rêves éclos dans la nuit des sociétés secrètes. On n'a pas besoin de cx)nspirer dans l'ombre , lorsqu'on peut penser
àFFàIRIS D'ITALIE. 361
tout haat et exprimer loyalement ses vœux et ses espérances. Quant à ces émigrés qui rapportent dans leurs foyers un esprit de haine et de vengeance, je les cherche en vain dans le Piémont, et j'ose répondre pour tant de nobles exilés qu'il n'y en a pas un qui ne soit prêt à offrir au Roi son épée.
« M. de Montalembert a confondu des temps bien différents en Italie; il a confondu aussi deux sortes d'émigrations ; il a pris les émigrés italiens pour des émigrés suisses» Il en est parmi ces derniers qui ont invoqué l'intervention étrangère, l'Autriche qui suit son intérêt, je l'avoue, et
la France qui méconnaît le sien. Oui , j'ai vu se former à Paris une espèce de Goblentz suisse où l'on promettait, de la part des petits cantons, une résistance désespérée, c'est-à-dire des torrents de sang, pour nous persuader d'envoyer des régiments français effacer nos anciennes et glorieuses victoires, et étouffer la liberté helvétique, peut-être sur le champ de bataille de Zurich \ Mais , grâce à Dieu, il n'y a pas de pareils citoyens en Sardaigne. Les Piémontais, rentrés dans leurs foyers, comprennent tout ce qu'ils doivent de reconnaissance au Roi qui leur permet de servir encore une fois la patrie et la maison de Savoie. Quelles ne seraient pas, en effet, l'injustice et l'ingratitude des exilés piémontais s'ils pouvaient nourrir d'autres sentiments ! Oublieraient-ils à quel Roi ils ont affaire? Charles-Albert n'a-t-il pas aussi connu le malheur? Lui aussi
' Je ne parle ici que d'un petit nombre d'émigrés. La plupart sont animés de sentiments bien différents. J'ai entendu des Genevois, jetés hors de leur pays par les circonstances, me déclarer que si la France ou l'Autriche intervenaient en Suisse, ils iraient offrir leur épée à la Diète et se mettre sous les ordres du général Dufour.
n*a-t-il pas été exilé, et en quelque sorte captif sar un trône entre rAotriche et les jésuites? (Moutement) Aujourd'hui qu'il a rappelé à lui d'anciens serviteurs, il peut compter sûr leur dévouement , sur leur intelligence mûrie par l'infortune noblement supportée. £n Piémont, les chefs du parti libéral sont des hommes aussi connus par leurs vertus que par leurs lumières. Tout est tranquille d'un bout du royaume à l'autre ; tout s'y passe selon la règle, selon la volonté et l'initiative parfaitement spontanée du Gouvernement, et la France se manquerait à elle-même si elle ne donnait à ce pays et à son roi une marquepubliquedesa sympathie (Approbation unanime). « J'ai défendu, plus qu'il n'était nécessaire peut-être, la proposition de la commission ; elle n'avait pas besoin de mon appui, mais j'ai tenu à honneur de le lui offrir. J'ai voulu aussi , je l'avoue , puisque l'occasion m'en était donnée, faire entendre dans cette Chambre, et plus loin s'il était possible, la voix d'un ami ancien et éprouvé de ritaUe. »
LES RBFOBMES. 363
Les réformes.
Dans cette même discussion de l'adresse, plusieurs membres de la Chambre, bien connus par leurs lumières et par leur modération, ne craignirent pas d'aborder la question intérieure, et d'avertir loyalement le GouYernement. M. Mesnard, conseiller à la Cour de cassation, dans un discours plein de mesure, engagea le Ministère à renoncer à la politique à outrance, à détendre la situation, à donner des réformes. Il prononça les paroles suivantes : « Il y a des abus dans la question des finances ; il y a des abus dans la conduite des affaires intérieures ; il y a des abus d'influences; il y a des abus dans le mode d'exercice et d'application des lois qui organisent la représentation nationale. » M. Pelet (de la Lozère) appuya M. Mesnard. M. Beugnot lui-même, en repoussant la réforme électorale, réclama la réforme parlementaire en un certain degré, et osa parler de corruption. A tous ces avertissements significatifs le Gouvernement répondit avec une hauteur déplacée , et avec une vivacité qui, au lieu de calmer les esprits, accroissait de plus en plus l'irritation. Je savais tout ce qui se passait au dehors; je voyais le parti réformiste, auquel mes amis et moi nous appartenions par nos principes et par nos vœux depuis longtemps exprimés, adroitement poussé par le parti démocratique, franchir peu à peu les limites où nous
tàcbions de le retenir. Dans ces conjonctures, je me décidai à tenter an dernier effort pour arracher an Gou?ernement on mot d'espérance en faveur des réformes. Je m'ap- (^quai à interpréter ses refus présents par des motifs de prudence, et je ne lui demandai qu'une seule chose, de ne pas s'engager contre les réformes , et de laisser en- ^trcToir qu'il y pourrait consentir un jour. Pour obtenir ce mot d'espérance, je ne craignis pas de paraître modéréjusqu'à la faiblesse. La Chambre, qui me connaissait, ne s'y trompa pas, et beaucoup de ses membres souhaitaient que le Gou?emement répondit aux loyales et, je puis le dire aujourd'hui, aux courageuses avances que je lui fusais : le Gouvernement demeura inflexible et muet
M. Cousin. « La Chambre veut-elle me permettre de dire un mot très-court, mais qui me parait indispensable pour fixer le point précis où M. le ministre de l'intérieur a laissé hier la discussion provoquée par M. Mesnard, et en même temps pour expliquer comment plusieurs de mes amis et moi, après avoir entendu M. le ministre de l'intérieur, nous ne croyons pas avoir besoin , dans l'intérêt de notre cause, de prolonger le débat.
« M. Mesnard, n'écoutant que sa bonne conscience, a prononcé courageusement le mot de réformes. A ce mot, bien des espérances et bien des craintes se sont émues. Bientôt il a fallu déterminer avec un peu de précision les réformes que l'on demande ; nous avons loyalement expliqué qu'il était question de réformes politiques , et , par exemple, de la réforme électorale et parlementaire; au-
treiuent v comme Ta dit M. le ministre de i'inlérieur, on peut dire que le Gouternement prend lui-même l'initiative de plus d'une réforme, car tout projet de loi présenté est une proposition de réforme. Qu'on ouvre le Bulletin des lois et ordonnances, et l'on y verra des réformes en assez bon nombre , ce semble. M. le ministre vous a cité fort à propos son collègue de l'instruction publique, qui a fait assurément beaucoup de réformes (On rit). Mais, je l'avoue, au risque de passer pour ingrat, je ne trouve pas ces réformes suflSsantes encore; j'avoue que ce que nous demandons franchement et hautement, un certain nombre de membres de cette Chambre et moi , c'est la
réforme électorale et parlementaire.
« Quand donc M. le ministre de l'intérieur est monté à la tribune pour exposer la pensée du Gouvernement à cet égard, je l'ai écouté avec toute l'attention dont je suis capable; j'ai recueilli ses paroles avec la plus scrupuleuse fidélité. Dans cet important débat, M. le ministre de l'intérieur avait deux positions à prendre : l'une que je redoutais et pour lui , dont j'estime et j'aime la personne , et pour le Gouvernement du Roi auquel je suis sincèrement attaché; l'autre, qui me parait la bonne, et que la raison et l'expérience de mon très-honorable ami lui ont fait choisir. M. le ministre pouvait combattre absolument toute réforme électorale et parlementaire. Il pouvait prétendre que la loi électorale , que beaucoup de personnes se permettent d'attaquer, était une loi méconnue (Rire général), une loi excellente en elle-même, qui sans doute pouvait recevoir, dans un avenir indéfini , des perfectionnements , mais qui , pour longtemps ,^ pouvait et devait subsister tout entière. Il
366 SÊsanm M 1848.
pomrait dire cela, on prétend même qu'il Ta dit il y a denx ans dans une antre enceinte , 4 Tmigine de la question. Hais depuis il a très-bien pn réformer Ini-méme son opinion, n poufaît ici répéter cette <Ajectîon banale, que TOUS ayei entendue hier, médiocrement rdevée par des plaisanteries pins on moins plaisantes, 4 savoir que ceux qni proposent une réforme électorale ne s'entendent pas entre eux et ne sont pas encore arrivés 4 un plan unanimement accepté; comme si un Gouyemement, pour entreprendre une réforme, avait liesoin de recevoir de la main de l'opposition un projet de tous points accompli et achevé, qu'il n'eût plus qu'à fidre signer au Roi ! Non ; il suffit, pour qu'une réforme soit jugée convenable, qu'une critique sérieuse et accréditée signale dans la loi à réformer des vices graves et incontestables. M. le ministre n'a pas soutenu l'excellence de la loi, il n'a pas repoussé toute réforme, il s'est borné à en contester l'opportimité. La différence est immense. Il a dît que , pour le moment, il était difficile, ou plutôt impossible de proposer à une Chambre qui arrive de se réformer elle-même, c'està-dire de se licencier. Il a ajouté que promettre aujourd'hui une réforme sans l'accomplir immédiatement, c'était encore pis que dissoudre la Chambre, c'était ébranler son autorité, et que pour lui il ne promettrait de réforme que le jour même où il viendrait apporter un projet de loi. Rien de plus spécieux, du moins à mes yeux, je l'avoue. Mais que signifie un tel langage ? Il ne fait pas autre chose que réserver pour quelque temps au Gouvernement du Roi sa liberté d'action. Par conséquent, permettez-moi cette traduction , c'est un peu mon métier de traduire (On rit), par conséquent, ce n'est pas inter-
dire l'espéraoce d*uoe réforme électorale et parlementaire, c'est seulement l'ajourner (Marques d'approbation sur plusieurs bancs) , c'est l'ajourner jusqu'au moment peu éloigné , je l'espère, où le Gouvernement , voyant la Chambre avancée et suflSsamment mûre, jugera qu'il peut sans inconvénient apporter un projet de réforme. Je prends acte de cette déclaration importante (Mouvement ).
« Âh I si M. le ministre fût venu , comme autrefois , combattre toute idée de réforme électorale, s'il était venu défendre la loi électorale actuelle, sinon comme parfaite , au moins comme douée d'une excellence qui peut braver toutes les attaques, j'aurais trouvé cette déclaration im-* prudente, hostile à tout progrès, et je serais monté à cette tribune pour la combattre ; je me serais exposé aux coups de M. le ministre de l'intérieur comme un de ces téméraires qui ont osé regarder en face la loi électorale actuelle , et qui n'y trouvent pas le moins du monde un de ces chefs-d'œuvre de l'esprit humain au delà desquels on ne peut aller. Oui , je serais venu examiner la loi électorale de 1831, et j'y aurais montré, avec un progrès réel sur les lois électorales de la Restauration, non-seulement des imperfections, mais des vices graves et nombreux , des contradictions choquantes , des bizarreries incroyables; je me serais efforcé de démontrer que cette loi a fait son temps, et qu'elle a grand besoin d'être réformée, élai^ie et agrandie, sans que pourtant il soit nécessaire de démanteler son enceinte. Il n'est pas besoin ^ selon moi, de changer les principes de la loi. On peut les maintenir et en même temps les étendre, étendre, par exemple, sans trop
les maltiplier, les incompatibilités déjà reconnues % exempter du cens prescrit un plus grand nombre de citoyens, et ne plus admettre, contre la raison et Texpérience, une mesure unique de capacité*. Ces deux mesures sont si simples, si innocentes, que M. le comte Beugnot, aujourd'hui si zélé partisan de la politique du Cabinet, ne fait aucune difficulté de les accepter. M. le ministre de Fintérieur ne s'est pas engagé contre, s'il ne s'est pas engagé pour. S'engager pour, c'eût été s'engager à apporter demain un projet de réforme; il ne nous est demandé qu'un peu de patience. La Chambre des députés est jeune, il est ?rai; mais c'est un beau défaut que chaque jour corrige. Attendons le Gouvernement ; s'il tardait trop, si dans un certain délai dont il est juge, mais dont nous sommes juges anssi , le Gouvernement ne prenait pas l'initiative, et ne portait pas lui-même la question à la tribune , il ne suffirait plus de l'avertir, comme l'a fiadt si noblement M. Mesnard : je prends, pour ma part, l'engagement d'apporter ici une proposition de réforme (Mouvement).
« Je n'ai pas besoin de faire de nouveau profession de mon attachement à Tordre : j'ai fait mes preuves, ce me semble, ainsi que mes amis, dans des temps difficiles; je n'ai donc pas besoin de dire qu'on peut être réformiste et ami de l'ordre. C'est dans l'intérêt de l'ordre
' Voyez V Introduction, p. lui.
'Je n'avais point tiésilé à tenir à peu près le môpe langage, étant ministre en 1840, voyez plus haut, p. 269-270, et même auparavant en' 1839, voy. p. 1G9. Voyez aussi V Introduction ,