‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 102 sur 670 · QUI AVOIT OFFENSÉ SON SEIGNEUK · texte numérisé non relu

QUI AVOIT OFFENSÉ SON SEIGNEUK

Un paysan son seigneur offensa :

L'histoire dit que c'étoit bagatelle ;

Et toutefois ce seigneur le tança

Fort rudement. Ce n'est chose nouvelle.

Coquin , dit-il , tu mérites la liart :

Fais ton calcul d'y venir tôt ou tard;

C'est une fin à tes pareils commime.

Mais je suis bon ; et de trois peines Tune

Tu peux choisir : ou de manger trente aulx ,

J'entends sans lx)ire et sans prendre repos;

Ou de souffrir trente bons coups de gaules ,

Bien appliqués sur tes larges épaules ;

Ou de payer sur-le-champ cent écus.

Le paysan consultant là-dessus :

Trente aulx sans boire ! ah ! dit-il en soi-mén

Je n'appris onc à les manger ainsi.

De recevoir les trente coups aussi ,

Je ne le puis sans un péril extrême.

Les cent écus , c'est le pire de tous.

Incertain donc il se mit à genoux ,

Et s'écria : Pour Dieu , miséricorde î

Son seigneur dit : Qu'on apporte une corde :

Quoi ! le galant m'ose répondre encor !

Le paysan, de peur qu'on ne le pende , Fait choix de l'ail ; et le seigneur commande Que l'on en cueille, et sur-tout du plus fort. Un après un lui-même il fait le conte ■ : Puis , quand il voit que son calcul se monte A la trentaine , il les met dans un plat ; Et cela fait, le malheureux pied-plat Prend le plus gros , en pitié le regarde , Mange , et rechigne , ainsi que fait un chat Dont les morceaux sont frottés de moutarde. Il n'oseroit de la langue y toucher.

Son seigneur rit , et sur-tout il prend garde Que le galant n'avale sans mâcher.

Le premier passe ; amsi fait le deuxième : Au tiers il dit : Que le diable y ait part ! Bref, il en fut à grand'peine au douzième. Que s'écriant, Haro! la gorçe m'ard!

Tôt, tôt , dit-il, que l'on m'apporte à boire ! Son seigneur dit : Ah ! ah ! sire Grégoire, Vous avez soif! je vois qu'en vos repas Vous humectez volontiers le lampas*.

> Conte pour compte* Dans toutes les éditions donné temps de La Fontaine, même dans celle de 1685, il al conte. On écrivoit ainsi alors.

«Terme emprunté à l'art vétérinaire. Le lampas t gonflement presque toujours inflammatoire de la meml

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