‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 103 sur 670 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

Or buvez donc, et buvez à votre aise ; Bon pron* vous fesse! Holà, du vin, holà! Mais , mon ami , qu'il ne vous en déplaise , U vous fondra choisir, après cela , Des cent écus ou de la bastonnade , Poor suppléer au défout de Taillade.

Qu'il plaise donc, dit l'autre , à vos bontés Que les aulx soient sur les coups précomptés ; Car, pour l'argent , par trop grosse est la somme : Où la trouver, moi qui suis un pauvre homme ? Hé bien, souffrez les trente horions, Dit le seigneur ; mais laissons les oignons.

Ponr prendre cœur, le vassal en sa panse Loge un long trait , se munit le dedans , Puis^ souffre un coup avec grande constance : Au deux, il dit : Donnez-moi patience.

Mon doux Jésus , en tous ces accidents. Le tiers est rude ; il en grince les dents , Se courbe tout, et saute de sa place.

Au quart il fait une horrible grimace, Au cûiq , un cri. Mais il n'est pas au bout : Et c'est grand cas s'il peut digérer tout. On ne vit ouc* si cruelle aventure.

Deux forts paillards ^ ont chacun un bâton , Qu'ils font tomber par poids et par mesure, En observant la cadence et le ton.

Le malheureux n'a rien qu'une chanson : Grâce! dit-il. Mais, las! point de nouvelle; Car le seigneur fait frapper de plus belle, Juge des coups, et tient sa gravité.

Disant toujours qu'il a trop de bonté.

Le pauvre diable enfin craint pour sa vie. Après vingt coups , d'un ton piteux il crie : Pour Dieu , cessez : hélas ! je n'en puis plus. Son seigneur dit : Payez donc cent écus , Net et comptant : je sais qu'à la desserre Vous êtes dur : j'en suis fâché pour vous. Si tout n'est prêt , votre compère Pierre Vous en peut bien assister entre nous.

Mais pour si'peu vous ne vous feriez tondre. Le malheureux, n'osant presque répondre.

Court au magot , et dit : C'est tout mon foit.

■Boqneiue, qui, dans la bouche des cheraux.recoimcU voûte do palais, et qui garnit la Cace interne des dents. Ce mot. par extensioo , senroit à désigner le palais de la bouche du cheval ; et c'est ainsi qu'il est défini dans la première édition du Diettonnaire de l'Académie franroise (4696, in-folio , 1. 1 , p. 379, édition de HoUande).

« Profit.

• Jamais.

> Ce mot est employé ici selon son ancienne signification, et désigne des haliitants de la campagne , des rustres qui couchent ]«r la paille.

On examine; on prend un trébuchet.

L'eau cependant lui coule de la face : Il n'a point fait encor telle grimace.

Mais que lui sert? il convient tout payer.

C'est grand'pitié quand on fâche son maître.

Ce paysan eut beau s'humilier ;

Et, pour un fait assez léger peut-être,

n se sentit enflammer le gosier.

Vider la bourse , émouclier les épaules ;

Sans qu'il lui fiH dessus les cent écus ,

Ni pour les aulx, ni pour les coups de gaules ,

Fait seulement grâce d'un carolus '.

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