‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 106 sur 670 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

bis comme an bout du royaume

allé le compère Guillaume

ever l'enfant que vous portez;

N8 bien qu'il lui manque une oreille;

nleor jne le démontre assez,

l vu mainte épreuve pareille.

Dieu ! reprit-elle aussitôt , B-vous? quoi! d'un enfant monaut ' berois ! N'y savez-vous remède ? It-il ' , je vous puis donner aide soin , et vous jurerai bien I que vous ne m'en feroit tant faire ; ['autrui ne me tourmente en rien , epté ce qui touche au compère ; ce point je m'y ferois mourir.

onSy sans plus en discourir, i maître à forger des oreilles.

z-vous de les rendre pareilles , i femme. Aile/ , n'ayez souci , i-t-il ; je prends sur moi ceci.

:alant montre ce t^u'il sait faire, fut nice^ ( encor que nice fût ) Alix , que le jeu ne lui plût, lier ne faut ' pour cette afiaire.

aquoit de grande affection avail; faisant ore* un tendon, repli, puis quelque cartilage, •laignant l'étoffe et la façon.

, dit-il, nous polirons l'ouvrage, nettrons en sa perfection, si bien qu'en ayez bonne issue, en suis , dit-elle , bien -tenue :

avoir ici-bas mi ami.

»nain, pareille heure venue, » André ne fut pas endormi :

lia chez la pauvre innocente.

, dit-il , tonte affaire cessante, lever l'oreille que savez, dit-^e , allois par un message ertir de hâter cet ouvrage :

( en haut. Dès qu'ils furent montés, -suivit la chose encommencée ^ t ouvré , qu'Alix dans la pensée e affaire un scrupule se mit ; ocente au bon apôtre dit :

a'iine oreille.

ùinple . iKDorante.

ne.

nainlenant. présentement.

cée , mifc en train.

Si cet enfant avoit plusieurs oreilles , Ce ne leroit à vous bien besogné.

Rien , rien f dit-il ; à cela j'ai soigné : Jamais ne feux en rencontres pareilles.

Sur le métier l'oreille étoit encor Quand le mari revient de son voyage ; Caresse Alix , qui du premier abord :

Vous aviez Dut, dit-elle, Un bel ouvrage! Nous en tenions sans le compère André, Et notre enfant d'une oreille eût manqué. Sonflirir n'ai pu chose tant indécente ; Sire André donc, toute affaire cessante, En a fiût une : il ne faut oublier De Taller voir, et l'en remercier; De tels amis on a toujours affaire.

Sire Guillaume , au discours qu'elle fit , Ne comprenant comme il se pouvoit feire Que son épouse eût eu « peu d'esprit, Par plusieurs fois lui fit faire un rédt De tout le cas; puis, outré de colère, Il prit une arme à côté de son lit , Voulut tuer la pauvre Gliampenoise , Qui prétendoit ne l'avoir mérité.

Son innocence et sa naïveté En quelque sorte apaisèrent la noise.

Hélas ! monsieur, dit la belle en pleurant , En quoi vous puis-je avoir fait du dommage ? Je n'ai donné vos draps ni votre argent , Le compte y est; et quant au demeurant André me dit , quand il parfit l'enfant , Qu'en trouveriez plus que pour votre usage : Vous pouvez voir ; si je mens , tuez-moi ; Je m'en rapporte à votre bonne foi.

L'époux , sortant quelque peu de colère, Lui répondit: Or bien, n'en parlons plus; On vous l'a dit ; vous avez cru bien faire ; J'en suis d'accord : contester là-dessus Ne produiroit que discours superflus.

Je n'ai qu'un mot : faites demain en sorte Qu'en ce logis j'attrape le galant : ' Ne parlez point de notre différent; Soyez secrète , ou bien vous êtes morte. Il vous le faut avoir adroitement ; Me feindre absent, en un second voyage. Et lui mander, par lettre ou par message. Que vous avez à lui dire deux moto.

André viendra ; puis de quelque propos L'amuserez , sans toucher à l'oreille ; Car die est faite , il n'y manque plus rien.

CONTES ET NOUVELLES

Notre innocente exécuta très bien L'ordre donné. Ce ne fot pas menrôlle ; La crainte donne aox bêtes de l'esprit. André venu, Tépoax gaère ne tarde, Monte, et fait bruit. Le compagnon regarde Où se sauver : nul endroit il ne vit Qu'une ruelle , en laquelle il se mit.

Le mari frappe: Alix ouvre la porte.

Et de la main fait signe incontineiit Qu'en la ruelle est caché le galant.

Sire Guillaume étoit armé de sorte Que quatre Andrés n'auroient pu l'étonner. Il sort pourtant , et va quérir main-forte , Ne le voulant sans doute assassiner, Mais quelque oreille au pauvre homme couper. Peut-être pis, ce qu'on coupe en Turquie , Pays cruel et plein de barbarie.

C'est ce qu'il dit à sa femme tout bas ; Puis l'emmena, sans qu'elle osât rien dire; Ferma très bien la porte sur le sire.

André se crut sorti d'un mauvais pas, £t que l'époux ne savoit nulle chose.

Sire Guillaume, en rêvant à son cas, Change d'avis , en soi-même propose De se venger avecque moins de bruit.

Moins de scandale , et beaucoup plus de fruit. Alix, dit-il, allez quérir la femme De sire André; contez-lui votre cas De bout en bout ; courez , n'y manquez pas ; Pour l'amener, vous direz à la dame Que son mari court un péril très grand ; Que je vous ai parlé d'un châtiment Qui la regarde, et qu'aux faiseurs d'oreilles On fait souffrir en rencontres pareilles ; Chose terrible, et dont le seul penser Vous fait dresser les cheveux à la tête ; Que son époux est tout près d'y passer ; Qu'on n'attend qu'elle afin d'être à la fête; Que toutefois , comme elle n'en peut mais ' , Elle pourra fahre changer la peine.

Amenez-la, courez; je vous promets D'oublier tout, moyennant qu'eUe vienne*

Madame Alix, bien joyeuse, s'en fût Chez sire André, dont la femme accourut En diligence , et quasi hors d'haleine; Puis monta seule , et , ne voyant André , Crut qu'il étoit quelque part enfermé.

Comme la dame étoit en ces alarmes.

Sire Guillaume , ayant quitté ses armes ,

* Pluf , âtranlage , Jamali , de magis.

La fait asseohr, et puis commence ainsi: L'ingratitude est mère de tout vice:

André m'a fait on notable service; Par quoi , devant que vous sortiez d'ici , Je lui rendrai, si je puis, la pareille. En mon absence, il a fait une oreille Au fruit d'Alix; je veux d'un si bon tour Me revancher, et je pense une diose :

Tous vos enfants ont le nez un peu couit; Le moule en est assurément la cause : Or je les sais des mieux raccommoder.

Mon avis donc est que, sans retarder.

Nous pourvoyions de ce pas à l'affoire. Disant ces mots, il vous prend la commère, Et près d'André la jeta sur le lit , Moitié raisin , moitié figue ', en joait.

La dame prit le tout en patience;

Bénit le ciel de ce que la vengeance

Tomboit sur elle , et non sur sire André ,

Tant elle avoit pour lui de charité.

Sire Guillaume étoit de son côté

Si fort ému , tellement irrité ,

Qu'à la pauvrette il ne fit nulle grâce

Du talion, rendant à son époux

Fèves pour pois , et pain blane poar fouace*.

Qu'on dit bien vrai que se venger est doux ! Très sage fut d'en user de la sorte : Puisqu'il vouloit son honneur réparer, Il ne ponvoit mieux que par cette porte D'un tel affront, à mon sens, se tirer. André vit tout , et n'osa murmurer; Jugea des coups', mais ce fut sans rien dire r Et loua Dieu que le mal n'éloit pire.

Pour une oreille il auroit composé; Sortir à moms, c'étoit pour lui merveilles. Je dis à moins; car mieux vaut , tout prisé ^ Cornes gagner que perdre ses oreilles.

U. LES CORDELIERS DE CATALOGl

Page 1