‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 108 sur 670 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Et crot 7 gêgpet paradis.

Telles gens par leurs bons avis Mettent à bien les jeunes âmes, Tirent à soi filles et femmes, Se savent emparer du oœur, Et dans la vigne du Seigneur TravaiUent aiQsl qu'on peut croire, Et qu'on verra par cette histoire.

Au temps que le sexe vivoit Dans l'ignorance , et ne savoit Gloser encor sur l'évangile ( Temps à coter fort difficile), Un essaim de frères mineurs, Pleins d'appétit et beaux dîneurs.

S'alla jeter dans une ville En jeunes beautés très fertile.

Pour des galants, peu s'en tronvoit^ De vieux maris , il en pleuvoit.

A l'abord une confrérie Par les bons pères fut bâtie.

Femme n'étoit qui n'y courût , Qui ne s'en mit, et qui ne crût Rur ce moyen être sauvée:

Puis quand leur foi fiit éprouvée, On vint au véritable point.

Frère André ne marchanda point'.

Et leur fit ce beau petit prédie:

Si quelque diose vous empêche D'aller tout droit en paradis , Cest d'épargner pour vos maris Un bien dont ils n'ont plus que fdre Quand ils ont pris leur néoenaire, Sans que jamais il vous ait plu Nous foire part du superflu.

Vous me direz que notre usage Répugne aux dons du mariage :

Nous l'avouons; et, Dieu merci.

Nous n'aurions que voir en ceci, Sans le soin de vos consciences.

La plus griève des offenses Cest d'être ingrate ; Dieu l'a dit :

Pour cela Satan fut maudit.

Prenez-y garde ; et de vos restes Rendez grâce aux bontés célestes , Nous laissant dlmer sur un bien Qui ne vous coûte presque rien.

C'est un droit, 6 troupe fidèle !

Qui vous témoigne notre zèle; Droit authentique et bien signé , Que les papes nous ont donné ; Droit enfin, et non pas aumône :

Toute femme doit en personne

S'en acquitter trois fois le mob

Vers les enfonts de saint François.

Cela ftmdé sur l'Ecriture :

Car il n'est bien dans la nature

(Je le répète, écoutez-moi)

Qui ne subisse cette loi

De reconnoissance et d'hommage.

Or, les œuvres de mariage

Etant un bien, comme savez ,

On savoir chacune devez,

11 est clair que dlme en est due.

Cette dlme sera reçue

Selon notre petit pouvoir :

Quelque peiiie qu'il fûlle avoir,

Nous la prendrons en patience :

N'en faites point de conscience;

Nous sommes gens qui n'avons pas

Toutes nos aises ici4)as.

Au reste, il est bon qu'on vous dise

Qu'entre la duûr et la chemise

Il faut cacher le bien qu'on foit :

Tout ceci doit être secret

Pour vos maris et pour tout autre.

Voici trois mots d'un bon apôtre

Qui font à notre intention :

Foi , charité , discrétion.

Frère André, par cette éloquence.

Satisfit fort soo audience , Et passa pour un Salomon :

Peu dormirent à son sermon.

Chaque femme, ce dit l'histoire.

Garda très bien dans sa mémoire , Et mieux encor dedans son cœur, Le discours du prédicateur.

Ce n'est pas tout, il s'exécute:

Chacune accourt; grande dispute A qui la première paiera :

Mainte bourgeoise murmura Qu'au lendemain on l'eût remise.

Et notre mère sainte église.

Ne sachant comme renvoyer Cet escadron prêt à payer, Fut contrainte enfin de leur dire: * De par Dieu , souffrez qu'on respire !

C'en est assez pour le présent; On ne peut faire qu'en faisant.

Réglez votre temps sur le nôtre; Aiqourd'hui l'une, a demain l'autre Tout avec ordre; et , croyez-nous , On en va mieux quand on va doux.

\je sexe soit cette sentence :

CONTES ET NOUVELLES

Jamais de bruit pour la quittance, Trop bien quelque collation , Et le tout par dévotion.

Puis de trinquer à la commère.

Je laisse à penser quelle chère Faisoit alors frère Frapart.

Tel d'entre eux avoit pour sa part Dix jeunes femmes bien payantes , Frisques, gaillardes , attrayantes:

Tel aux douze et quinze passoit; Frère Roc , à vingt se chaussoit '.

Tant et si bien que les donzelles, Pour se montrer plus ponctuelles^ Payoient deux fois assez souvent :

Dont il avint que le couvent, Las enfin d'un tel ordinaire , Après avoir à cette affaire Vaqué cinq ou six mois entiers, Eût fait crédit bien volontiers:

Mais les donzelles, scrupuleuses, De s'acquitter étoient soigneuses , Croyant faillir en retenant Un bien à l'ordre appartenant.

Point de dîmes accumulées.

Il s'en trouva de si zélées , Que par avance elles payoient.

Les beaux pères n'expédioient Que les fringantes et les belles, Enjoignant aux sempiternelles De porter en bas leur tribut; Car dans ces dîmes de rebut Les lais trouvoient encore à frire.

Bref, à peine il se pourroit dire Avec combien de cliarité Le tout étoit exécuté.

Il avint qu'une de la bande , Qui vouloit porter son offrande Un beau soir, en chemin faisant , Et son mari la conduisant, Lui dit : Mon Dieu! j'ai quelque affaire Là-dedans avec certain frère; Ce sera fait dans un moment.

L'époux répondit brusquanent:

Quoi? quelle affaire? êtes-vous folle?

Il est minuit, sur ma parole:

Demain vous direz vos péchés :

Tous les bons pères sont couchés.

Cela n'importe , dit la fenune. ' Et, par Dieu, si! dit-il , madame, Je tiens qu'il importe beaucoup; Vous ne bougerez pour ce coup.

' C'est-à-dire , s'arrangeoit de vinst , en employoit vingt.

Qu'avez-vous fait? et quelle offense

Presse ainsi votre conscience?

Demain matin, j'en suis d'accord.

Ah ! monsieur, vous me foites tort ,

Reprit-elle ; ce qui me presse

Ce n'est pas d'aller à confesse.

C'est de payer; car, si j'attends.

Je ne le pourrai de long^temps;

Le frère aura d'autres affaires. —

Quoi payer ? — La dtme aux bons pères. —

Quelle dîme? — Savez-vous pas ? —

Moi , je le sais ! — C'est un grand cas.

Que toujours femme aux moines donne... —

Mais cette dlme, ou cette aumône,

I^ saurai-je point à la fin?

Voyez, dit-elle, qu'il est fin!

N'entendez-vous pas ce langage?

C'est des œuvres de mariage.

Quelles œuvres? reprit l'époux. —

Eh! la! monsieur, c'est ce que nous....

Mais j'aurois payé depuis l'heure;

Vous êtes cause qu'en demeure '

Je me trouve présentement,

Et cela , je ne sais comment.

Car toujours je suis coutumière

De payer toute la première.

L'époux , rempli d'étonnement.

Eut cent pensers en un moment; Il ne sut que dire et que croire. Enfin pour apprendre l'histoire Il se tut , il se contraignit; Du secret , sans plus , se plaignit.

Par tant d'endroits tourna sa femme , Qu'il apprit que mainte autre dame Payoit la même pension :

Ce lui fut consolation.

Sachez , dit la pauvre innocente , Que pas une n'en est exempte :

Votre sœur paie à frère Aubry ; La baillie au père Fabry ; Son altesse à frère Guillaume, Un des beaux moines du royaume.

Moi , qui paie à frère Girard , Je voulois lui porter ma part.

Que de maux la langue nous cause !

Quand ce mari sut tonte chose, n résolut premièrement D'en avertir secrètement Monseigneur, puis les gens de ville.

' En retard. Ce root , en ce sens, n'est plus usité que oomn terme de palais.

Page 1