‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 114 sur 670 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

reuve : Un pauvre souffreteux là-bas; le froid est rigoureux; Kmrir : vous plalt-il pas, madame, telque coin Ton le mette à couvert ? e veux, répondit cette femme, ts qm de rien ne nous sert Ira bien : dessus quelque couchette mettrez un peu de paille nette; lavis il &udra renfermer :

ûkk vous le ferez souper mt y puis Tenvoierez coucher.

arrêt, c'étoit &it de la vie lenaud. On ouvre; il remercie, I Tavoit retiré du tombeau, A cas, reprend force et courage :

rand, bien £ût, beau personnage, loit même homme en amour nouveau, l fût jeune. Au reste, il avoit honte isère et de sa nudité :

' est nu , mais il n'est pas crotté.

Jedans , la chambrière monte , iter le tout de point en point, dit : Regardez si j'ai point habit d'homme encor dans mou armoire :

nonsieur en doit avoir laissé, avez, j'en ai bonne mémoire, rvante. Elle eut bientôt trouvé Mdlot Pour plus d'honnêteté, ayant appris la qualité nd d' Ast , car il s'étoit nommé , 1 le mit au bain chauffé pour elle, foit; il ne se fit prier, rfume avant que l'habiller.

en haut , et fait à la donzelie pliment, comme honmie bien appris.

mTin le souper du marquis.

oiangea tout ainsi qu'un antre homme;

i peu mieux, la chronique le dit :

à moins gagner de l'appétit.

la veuve , elle ne fit en somme

rder, témoignant son deâr ;

déjà l'attente du plaisir

posée, ou soit par sympathie ,

a mhie ou bien le procédé

ud d'Ast eussent son cœur touché.

:^tés se trouvant assaillie,

md aux semonces d'Amour.

; ferai , disoit-elle, ce tour,

dire ? il n'y va rien du nôtre :

quis est quelque peu trompé ,

[le, et doit Tavoir gagné,

^ra ; car c'est un bon apôtre.

Homme pour homme, et péché pour péché.

Autant me vaut celui-ci que cet autre.

Renaud n'étoit si nenf qu'il ne vit bien

Que l'oraison de monsieur saint Julien

Feroit effet, et qu'il auroit bon gtte.

Lui hors de table, on dessert au plus vite.

Les voUà seuls, et, pour le faire court.

En beau début La dame s'étoit mise

En un habit à donner de l'amour.

La négligence, à mon gré si requise ,

Pour cette fois fut sa dame d'atour.

Point de clinquant, jupe simple et modeste ,

Ajustement moins superbe que leste;

Un mouchoir noir de denxgrandsdoigts trop court;

Sous ce mouchoir ne sais quoi foit au tour:

Par-là Renand s'imagina le reste.

Mot n'en dirai; mais je n'omettrai point

Qu'elle étoit jetee, agréable, et touchante.

Blanche sur-tout , et de taille avenante.

Trop ni trop peu de chaùr et d'embonpomt.

A cet objet qui n'eût en l'ame émue?

Qui n'eût aimé? qui n'eût en des deshrs ?

Un philosophe, un marbre, une statue,

Auroient senti comme nous ces plaisfrs.

Elle commence à parier la première.

Et fait si bien que Renaud s'enhardit, n ne savoît comme entrer en matière; Mais pour l'aider la marchande Inl dit : Vous rappelez en moi la souvenance D'un qui s'est vu mon unique souci; Plus je vous vois , plus je crois voir aussi L'air et le port, les yeux , la remembrance > De mon époux : que Dieu lui fasse paix ! Voilà sa boq|che, et voilà tous ses traits. Renaud reprit : Ge m'est beaucoup de gloire. Mais vous, madame, à qui ressemblez-vous? A nul objet; et je n'ai point mémoire D'en avoir vu qui m'ait semblé si doux. Nulle beauté n'approche de la vôtre.

Or me voici d'un mal chu dans un autre : Je transissois, je brille maintenant.

Lequel vaut mieux? La belle l'arrêtant, S'humilia pour être contredite :

C'est une adresse à mon sens non petite. Renaud poursuit, louant par le menu Tout ce qu'il voit, tout ce qu'il n'a point vu. Et qu'il verroit volontiers, si la belle Plus que de droit ne se montroit cruelle.

Pour vous louer comme vous méritez , Ajouta-t-il, et marquer les beautés

' La reMemMiBoe, le souvenir.

im

CONTES ET NOUVELLES

Dont j'ai la vue avec le cœur frappée ( Car près de vous Fan et l'autre s'ensuit ), Il faut un siècle, et je n'ai qu'une nuit , Qui pourroit être encor mieux occupée.

Elle sourit; il n'en fellut pas plus.

Renaud laissa les discours superflus :

Le temps est cher en amour comme en guerre. Homme mortel ne s'est tu sur la terre De plus heureux; car nul point n'y manquoit. On résista tout autant qu'il falloit, Ni plus ni moins, ainsi que chaque belle Sait pratiquer, pucelle , ou non pucelle. Au demeurant, je n'ai pas entrq)ris De raconter tout ce qu'il obtint d'elle; Menu détail , baisers donnés et pris; La petite oie ' ; enfin ce qu'on appelle En bon françois les préludes d'amour; Car l'un et l'autre y savoit plus d'un tour. Au souvenir de l'état misérable Où s'étoit vu le pauvre voyageur.

On lui faisoit toujours quelque faveur.

Voilà, disoit la veuve charitable, . Pour le chemin, voici pour les brigands, Puis pour la peur, puis pour le mauvais temps; Tant que le tout pièce à pièce s'effoce. Qui ne voudroit se racquitter ainsi?

Conclusion, que Renaud sur la place Obtint le don d'amoureuse merci *.

Les doux propos recommencent ensuite.

Puis les baisers, et puis la noix confite. On se coucha. La dame, ne voulant Qu'il s'allât mettre au lit de sa servante, Le mit au sien ; ce fut fait prudemment. En femme sage, en personne galante.

Je n'ai pas su ce qu'étant dans le Ijt Ils avoient fait; mais, comme avec l'habit On met à part certain reste de honte ^ Apparemment le meilleur de ce conte Entre deux draps pour Renaud se passa.

Là plus à plein il se récompensa Du mal souffert, de la perte arrivée.

De quoi s'étant la veuve bien trouvée , Il fut prié de la venir revoir; Mais en secret , car il falloit pourvoir Au gouverneur. La belle , non contente De ses faveurs , étala son argent.

■ La Fontaine explique lui-même le sens de cette locutiou dans l'argot des libertins. C'est une métaphore tirée du langage des marchands de Yolailles , qui nomment peUte oie le cou , les bouts d'ailes, et en quelque sorte tous les accessoires d'une volaille.

> Grâce , (avcur, miséricorde.

' Dans Hérodote (1,8), « oubliez-vous qu'une femme dépose sa pudeur avec ses vêlements? • (Note de M. Boissooadc.)

Renaud n'en prit qu'une somme bastante Pour regagner son logis promptement.

Il s'en va droit à cette hôtellerie Où son valet étoit encore au Kt.

Renaud le rosse, et puis change ^habit, AyanI trouvé sa valise garnie.

Pour le combler, son bon destin voulut Qu'on attrapât les quidams ce jour même* Incontinent chez le juge il courut.

Il faut user de diligence extrême En pareU cas ; car le greffe tient bon , Quand une fois il est saisi des choses : C'est proprement la caverne au lion ' ; Rien n'en revient : là les mains ne sont closes Pour recevoir; mais pour rendre, trop bien: Fin celui-là qui n'y laisse du sien.

Le procès fkit, une belle potence A trois côtés fut mise en plein marché : L'un des quidams harangua l'assistance Au nom de tous; et le trio branché Mourut contrit, et fort bien conliessé.

Après cela, doutez de la puissance Des oraisons. Ces gens gais et joyeux Sont sur le point de partir leur chevanoe*. Lorsqu'on les vient prier d'une autre danse. En contr'échange un pauvre malheureux S'en va périr selon toute apparence , Quand sous la main lui tombe une beauté Dont un prélat se seroit contenté, n recouvra son ai^nt, son bagage.

Et son cheval , et tout son équipage ; Et , grâce à Dieu, et monsieur saint Julien, Eut une nuit qui ne lui coûta rien.

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