‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 113 sur 670 · ORAISON DE SAINT JULIEN · texte numérisé non relu

ORAISON DE SAINT JULIEN

OUVELLE TIRÉE DE BOCCACB.

p de gens ont une ferme foi brevets , oraisons et paroles :

8 d'eux ; et je tiens , quant à moi , s tels sorts sont recettes frivoles , sont ; c'est sans difficulté, -il vrai qu'auprès d'une beauté ont des vertus nonpareiUes; font en amour des merveilles :

ur se laisse à ce charme amollir. Mrevets je veux bien me servir; ^, non. Voici pourtant un conte lison de monsieur saint Julien ^ id d'Ast produisit un grand bien, eût dite , il eut trouvé mécompte "gent, et mal passé la nuit.

Uoit devers Château-Guillaume , rois quidams ( boimes gens, et sans bruit , îmbloit , tels qu'en tout un royaume >it cru trois aussi gens de bien ); l'ayant, dis-je, aucun soupçon de rien, ; quidams , tout pleins de courtoisie, ïbord , et Tayant salué nblement : Si notre compagnie , [it-ils, vous pouvoit être à gré , vous plat achever cette traite ! nous, ce nous seroit honneur, géant, plus la troupe est complète, le vaut : c'est toujours le meilleur, brigands infestent la province, ne sait à quoi songe le prince jfTrir. Mais quoi ! les mal-vivants )ujours. Renaud dit à ces gens entiers. Une lieue étant faite, ourant , pour tromper le chemin , ; et d'autre , ils tombèrent enfin

mour.

les nous apprennent que saint Julien . pour expier }lontaire, s'étoit déToué à recevoir chez Hii tous Il étoit , par cette raison , devenu le patron des X nos vieux poètes désignent ordinairement une $e et un bon gîte par le noin d'hôtel de saint

Sur ce qu'on dit de la vertu secrète De certains mots, earacières, brevets.

Dont les aucuns ont de très boas effets ; Conmie de feire aux insectes la guerre, Charmer les loups, conjurer le tonnerre. Ainsi du reste ; où sans pact ' ni demi * ( De quoi l'on soit pour le moins averti ) L'on se guérit; l'on guérit sa monture. Soit du fiircin , soit de la mémarchure; L'on feit souvent ce qu'un bon médecin Ne sauroit £sdre avec tout son latin.

Ces survenants de mainte expérience Se vantoient tous; et Renaud en sileuce Les écoutoit. Mais vous, ce lui dit-on , Savez-vous point aussi quelque oraison ? De tels secrets, dit-il , je ne me pique. Gomme homme simple et qui vis à l'antique. Bien vous di^ qu'en allant par chemin J'ai certains mots que je dis au matin Dessous le nom d'oraiaon ou d'antienne De samt Julien, afin qu'il ne m'avienne De mal gîter; et j'ai même éprouvé Qu'en y manquant cela m'est arrivé.

J'y manque peu : c'est un mal que j'érite Par-dessus tous , et que je crains autant. Et ce matin, monsieur, l'avez- vous dite? Lui repartit l'un des trois en riant.

Oui, dit Renaod. Or bien, répliqua l'autre. Gageons un peu quel sera le meilleur.

Pour oejourd'hui, de mon gtte ou du vôtre.

n faisoit lors tm froid plein de rigueur; La nuit de plus étoit fort approchante , Et la couchée encore assez distante.

Renaud reprit : Peut-être ainsi que moi Vous servez-vous de ces mots en voyage? Point, lui dit l'autre; et vous jure ma foi Qu'invoquer saints n'est pas trop mon usage: Mais si je perds , je le pratiquerai.

En ce cas-là volontiers gagerai.

Reprit Renaud , et j'y mettrois ma vie , Pourvu qu'alliez en quelque hôtellerie; Car je n'ai là nulle maison d'ami.

Nous mettrons donc cette clause fo pari ,

' Au lieu de f^aete. Le poète a retranché une lettre pour que ce mot n'eût qu'une syllalie. Ces licences étoient permises aux poètes du siècle de Louis XIV.

* Leroux , dans son Dictionnaire comique , satirique , 1 1 . p. 362, nous apprend que c'est un usage commun chez le petit peuple de dire êons respect ni demi, pour dire sans mtcun respect Sans pacte ni demi, ou sans pacte ni demi'-pacte , signifie . ans aucun pacte. C'est ainsi que dans un sens opposé , pour exprimer un fourbe trompé par un plus grand fourbe , on a dit : y^ fourbe fourbe et demi, ou à menteur menteur ci demi.

CONTES ET NOUVELLES

Poarsaivit-il , si l'avez agréable:

C'est la raison. L'autre lui répondit:

J'en suis d'accord; et gage votre habit, Votre cheval , la bourse an préalable ; Sûr de gagner, comme vous allez voûr.

Renaud dès-lors put bien s'apercevoir Que son cheval avoit changé d'étabie.

Mais quel remède? En côtoyant un bois, Le parieur ayant diangé de voix :

Çà, descendez, dit-il, mon gentilhomme; Votre oraison vous fera bon besoin; Château-Guillaume est encore un peu loin. Fallut descendre. Us lui prirent en somme Chapeau , casaque, habit, bourse, et cheval, Bottes aussi. Vous n'aurez tant de mal D'aller à pied, lui dirent les perfides. Puis de chemin ( sans qu'ils prissent de guides) Changeant tous trois, ils furent aussitôt Perdus de vue; et le pauvre Renaud, En caleçons, en chausses, en chemise.

Mouillé, fengeux, ayant au nez la bise. Va tout dolent, et craint avec raison Qu'il n'ait, ce coup, malgré son oraison, Très mauvais gîte; hormis qu'en sa valise Il espéroit : car il est à noter Qu'un sien valet, contraint de s'arrêter Pour faire mettre un fer à sa monture, Devoit le joindre. Or il ne le fit pas , Et ce fut là le pis de l'aventure :

Le drôle, ayant vu de loin tout le cas ( Comme valets souvent ne valent guères). Prend à côté, pourvoit à ses affaires.

Laisse son maître, à travers champs s'enfuit. Donne des deux , gagne devant la nuit Château-Guillaume, et dans l'hôtellerie La plus fameuse , enfin la mieux fournie , Attend Renaud près d'un foyer ardent , Et fait tuer du meilleur cependant.

Son maître étoit jusqu'au cou dans les boues; Pour en sortir avoit fort à tirer.

Il acheva de se désespérer Lorsque la neige, en lui donnant aux joues, Vmt à floconi, et le vent qui fouettoit. Au prix du mal que le pauvre homme avoit , Gens que l'on pend sont sur des lits de roses. Le sort se plaît à dispenser les choses De la façon; c'est tout mal ou tout bien : Dans ses faveurs il n'a point de mesures; Dans son courroux de même il n'omet rien Pour nous mater : témoin les aventures Qu'eut cette nuit Renaud, qui n'arriva Qu'une heure après qu'on eut fermé la porte.

Du pied du mur enfin il s'approcha; Dire comment , je n'en sais pas la sorte. Son bon destin , par un très grand hasard, Lui fit trouver une petite avance Qu'avoit un toit; et ce toit faisoit part D'une maison voisûie du rempart.

Renaud, ravi de ce peu d'allégeance.

Se met dessous. Un bonheur, comme on dit, Ne vient point seul. Quatre ou cinq brins de pai Se rencontrant , Renaud les étendit.

Dieu soit loué ! dit-il , voilà mon lit. Pendant cela le mauvais temps l'assaille De toutes parts : il n'en peut presque plus. Transi de froid, immobile et perclus.

Au désespoir bientôt il s'abandonne, Claque des dents, se plaint, tremble, et fnasoi Si hautement, que quelqu'un l'entendit.

Ce quelqu'un-là, c'étoit une servante; Et sa maltresse, une veuve galante Qui demeuroit au logis que j'ai dit; Pleine d'appas , jeune, et de bonne grâce. Certain marquis, gouverneur de la place, L'entretenoit : et , de peur d'être vu , Troublé, distrait, enfin interrompu Dans son commerce au logis de la dame , II se rendoit souvent chez cette femme Par une porte aboutissante aux champs ; AUoit , venoit, sans que ceux de la ville En sussent rien; non pas même ses gens. Je m'en étonne; et tout plaisir tranquille N'est d'ordinaire un plaisir de marquis : Plus il est su, plus il leur semble exquis.

Or il avmt que la même soirée Où notre Job, sur la paille étendu , Tenoit déjà sa fin tout assurée , Monsieur étoit de madame attendu ; Le souper prêt, la chambre bien parée; Bons restaurants, champignons, et ragoûts; Bains et parfums; matelas blancs et mous; Vins du coucher; toute l'artillerie De Cupidon; non pas le langoureux , Mais celui-là qui n'a fait en sa vie Que de bons tours , le patron des heureux. Des jouissants. Etant donc la donzelle Prête à bien feire, avint que le marquis Ne put venir. Elle en reçut l'avis Par un sien page; et de cela la belle Se consola : tel étoit leur marché.

Renaud y gagne ; il ne fut écouté Plus d'un moment, que pleine de bonté Cette servante et confite en tendresse , Par aventure , autant que sa maitresse ,

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