‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 120 sur 670 · NOUVELLE TIRÉE DE BOCGACE · texte numérisé non relu

NOUVELLE TIRÉE DE BOCGACE

Plus d'une fois je me suis étonné Que ce qui fait la paix du mariage En est le point le moins considéré Lorsque Ton met une fille en ménage.

Les père et mère ont pour objet le bien; Tout le surplus, ils le comptent pour rien; Jeunes tendrons à vieillards apparient; £t cependant je vois qu'ils se soucient D'avoir chevaux à leur char attelés De môme taille , et mêmes chiens couplés : Ainsi des bœufs , qui de force pareille Sont toujours pris ; car ce seroit merveille Si sans cela la charrue alloit bien.

Comment pourroit celle du mariage Ne mal aller, étant un attelage Qui bien souvent ne se rapporte en rien ? J'en vas conter un exemple notable.

On sait qui fut Ricliard de Qumzica, Qui mainte fête à sa femme allégua , Mamte i%ile , et maint jour fériable ', Et du devoir crut s'échapper par-là.

Très lourdement il erroit en cela.

Gettui Richard étoît juge dans Pise ,

Homme savant en l'étude des lois ,

Riche d'ailleurs , mais dont la barbe grise

Montroit assez qu'il devoit faire choix

De quelque fenune à-peu-près de même âge ;

Ce qu'il ne fit, prenant en mariage

La mieux séante, et la plus jeune d'ans

De la cité; fille bien alliée,

Belle sur-tout : c'éloit Bartholomée

De Galandi , qui parmi ses parents

Pouvoit compter les plus gros de la ville.

En ce ne fit Richard tour d'homme habile ;

Et Ton disoit communément de lui

Que ses enfants ne manqueroient de pères.

Tel fait métier de conseiller autrui ,

Qui ne voit goutte en ses propres affaires.

Quinzica donc n'ayant de quoi servir Un tel oiseau qu'étoit Bartholomée ,

> Qiii doit être fêlé.

Pour s'excuser, et pour la contenir.

Ne rencontroit point de jour en l'année. Selon son compte et son calendrier, Où l'on se put sans scrupule appliquer Au fait d'hymen; chose aux vieillards commo Mais dont le sexe abhorre la méthode.

Quand je dis point, je veux dire très peo: Encor ce peu lui donnoit de la peine.

Toute en férié il mettoit la semaine , Et bien souvent faisoit venir en jea Saint qui ne fut jamais dans la légende. Le vendredi, disoit-il, nous demande D'autres pensers , ainsi que chacun sait : Pareillement il faut que l'on retranche Le samedi, non sans juste sujet.

D'autant que c'est la veille du dimanche. Pour ce dernier c'est un jour de repos. Quant au lundi , je ne trouve à propos De commencer par ce point la semaine; Ce n'est le fait d'une ame bien chrétienne. Les autres jours autrement s'excusoit:

Et quand venoit aux fêtes solennelles , C'étoit alors que Richard triomphoit , Et qu'il donnoit les leçons les plus belles. Long-temps devant toujours il s'abstenoit; Long-temps après il en usoit de même ; Aux quatre-temps autant il en faisoit, Sans oublier l'avent ni le carême.

Celte saison pour le vieillard étoit Un temps de Dieu; jamais ne s'en lassoil. De patrons même il avoit une liste :

Point de quartier pour un évangéliste , Pour un- apôtre, ou bien pour un docteur: Vierçe n'étoit , martyr, et confesseur, Qu'il ne chommât ' ; tous les savoit par ccFor. Que s'il étoit an bout de son scrupule. Il alléguoit les jours malencontreux , Puis les brouillards, et puis la canicule, De s'excuser n'étant jamais honteux.

La chose ainsi presque toujours égale.

Quatre fois l'an , de grâce spéciale.

Notre docteur régaloit sa moitié, Petitement ; enfin c'étoit pitié.

A cela près , il traitoit bien sa femme : Les affiquets, les habits à changer.

Joyaux , bijoux , ne manquoient à la dame. Mais tout cela n'est que {unir amuser Un peu de temps des esprits de poupée : Droit au solide alloit Bartliolomée.

Son seul plaisir dans la belle saison , C'étoit d'aller à certaine maison

' Ainsi écrit dans toutes les éditioas du temps de La Fouta

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