CONTE TIRÉ DB RABELAIS
llans Carvel prit sur ses vieux ans Femme jeune en toute manière :
Il prit aussi soucis cuisants; Car l'un sans l'autre ne va guère.
Babeau (c'est la jeune femelle, Fille du bailli Concordat , ) Fut du bon poil, ardente, et belle.
Et propre à l'amoureux combat.
Carvel , craignant de sa nature Le cocuage et les railleurs, Âlléguoit à la créature Et la légende et l'écriture , Et tous les livres les meilleurs; Blâmoit les visites secrètes; Frondoit l'attirail des coquettes, Et contre nu monde de recettes Et de moyens de plaire aux yeux Invectivoit tout de son mieux.
A tous ces discours la galande ' Ne s'arrêtoit aucunement, Et de sermons n'étoit friande , A moins qu'ils fussent d'un amant.
Cela faisoit que le bon sire Ne savoit tantôt plus qu'y dire, EiH voulu souvent être mort.
Il eut pourtant dans son martyre
1 Dans Nicot, dans les premières éditions de Richelet , et enfin dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie, on ne Irouve que galant avec un t , et galante pour le féminin. Cependant autrefois ou l'écrivoit indifféremment avec un d on un t. Vaugdas, dans ses Remarquas sur la langue françoite, 46S7, in-t2, t. II. page 812, établit une différence, et veut qu'on écrive toujours galant avec un i quand il est adjectif, et qu'on ne se permette le d à la place du t que quand ce mot est substantif. Ce ;notaToit autrefois, comme adjectif, une signification un peu différente de celle qu'il a de nos jours ; ainsi l'on disoit un homme galant , ou une femme galante . pour un homme ou une femme qui avoit de la grâce ou de la gaielé , du bon ton uu des manières distinguées.
Cependant, scion Vaagelas, p. 22f , et le Génie de la langue française, ^r le sieur D* (d'Aisy), «685, in-12, MI , p. 209, un galaiid ou nne galande on galante signifiait uu homme ou une femme qui avoit une amante ou un amant Dés-lors, selon l'auteur du Génie de la langue française , il se prenoit d'ordinaire en mauvaise part , mais il éloit moins injurieux que roquelle, mot ai^rd'hui beaucoup phndoux.
Quelques moments de réconfort :
L'histoire en est très véritable.
Une nuit qu'ayant tenu table , Et bu force bon vin nouveau , Carvel ronfloit près de Babeau , Il lui fut avis que le diable Lui mettoit au doigt un anneau ; Qu'il lui disoit : Je sais la peine Qui te tourmente et qui te gène , Carvel , j'ai pitié de ton cas :
Tiens cette bague , et ne la lâches; Car, tandis qu'au doigt tu l'auras , Ce que tu crains point ne seras, Point ne seras sans que le saches.
Trop ne puis vous remercier, Dit Carvel ; la faveur est grande :
Monsieur Satan, Dieu vous le rende !
Grand merci , monsieur ranmônier !
Là-dessus achevant son somme.
Et les yeux encore aggravés ' , Il se trouva que le l)on honune Avoit le doigt où vous savez.
Xin. LE GASCON PUNI.
NOrjVELLE.
Lin gascon, pour s'être vanté
De posséder certaine belle.
Fut puni de sa vanité
D'une façon assez nouvelle. Il se vantoit à faux , et ne possédoît rien. Mais quoi! tout médisant est prophète en ce mond On croit le mal d'abord; mais à l'isard du Inen
Il faut que la vue en réponde.
La dame cependant du Gascon se moqnoît : Même au logjs pour lui rarement elle étoit ;
Et bien souvent qu'il la traitoit
D'iiicom[)aral)le et de divine,
La belle aussitôt s'eufuyoit ,
S' allant sauver chez sa voisine.
Elle avoit nom Philis; son voisin, Eurilas; La voisine, Chlorls; le Gascon, Dorilas; Un sien ami, Damon: c'est tout, si j'ai mémoire
Ce Damon , de Chloris , à ce que dit l'histoûre , Étoit amant aimé, galand, comme on voudra, Quelque chose de plus encor que tout cela. Pour Philis, son humeur libre, gaie et sincère ,
Montrait qu'elle étoit sans afEaire,
Sans secret , et sans passion.
> Appesantis.