LIVRE
Lui parot avoir plus d'attraits
Qoe n'en aoroient, à beaucoup près,
Tous les joyaux de la couronne.
On Tavoit dès l'enfance élevé dans un bois.
Là, son unique compagnie Gonsistoit aux oiseaux ; leur aimable harmonie
Le désennuyoit quelquefois.
Tout son plaisir étoit cet innocent ramage ; Encor ne pouvoit-il entendre leur langage.
En ime école si sauvage Son père l'amena dès ses plus tendres ans.
Il venoit de perdre sa mère; El le pauvre garçon ue connut la lumière
Qu'afin qu'il ignorât les gens.
Il ne s'en figura, pendant im fort long temps,
Point d'autres que les liabitants
De cette forêt , c'est-à-dire Que des loups, des oiseaux, enfin ce qui respire Pour respirer sans plus, et ne songer à rien. Ce qui porta son père à fuir tout entretien , Ce furent deux raisons , ou mauvaises , ou bonnes :
L'une, la haine des personnes ; L'antre, la crainte; et, depuis qu'à ses yeux Sa femme disparut, s'euvolant dans les deux,
Le monde lui fut odieux;
Las d'y gémir et de s'y plaindre.
Et par-tout des plaintes ouïr.
Sa moitié le lui fit par son trépas haïr,
Et le reste des femmes craûidre.
U Tonlut être ermite , et destina son fils
A oe même genre de \ie.
Ses biens aux pauvres départis,
n s'en va seul, sans compagnie Que celle de ce fils, qu'il portoit dans ses bras : Au CDod d'une fbrêt il arrête ses pas. (Cet homme s'appeloit Philippe , dit l'iiistoire.) Là , par un saint motif, et non par humeur noire , Notre ermite nouveau cache avec très grand soin Cent choses à l'enfant, ne lui dit près ni loin
Qu'il fût au monde aucune femme,
Aucuns désirs, aucun amour; An progrès de ses ans réglant en ce séjour
La nourriture de son ame.
A dnq , il lui nomma des fleurs, des animaux ,
L'entretint de petits oiseaux ; Et , parmi oe discours aux enfants agréable ,
Mêla des menaces du diable , Lui dit qu'il étoit fait d'une étrange feçon. La crainte est aux enfonts la première levon. Les dix ans expirés, matière plus profonde Se nilt sur le tapis : un peu de l'autre monde
Au jeune enfant fut révélé,
Et de la femme point parlé.
Vers quinze ans, lui fut enseigné, Tout autant que l'on put , l'auteur de la nature ,
Et rien touchant la créature.
Ce propos n'est alors déjà plus de saison
Pour ceux qu'au monde on veut soustraire ; Telle idée en ce cas est fort peu nécessaire. Quand ce fils eut vingt ans, son père trouva boa
De le mener à la ville prochaine.
Le vieillard , tout csssé, ne pouvoit plus qu'à peine Aller quérir son vivre : et, lui mort , après tout , Que feroit ce cher fils? comment venir à bout
De subsister sans c<Hmoitre personne?
Les loups n'étoient pas gens qui donnassent Tau-
II savoit bien que le garçon [ mône.
N'anroit de lui pour héritage
Qu'une besace et qu'un bâton :
G'étoit un étrange partage.
Le père à tout cela songeoit sur ses vieux ans.
Au reste, il étoit peu de gens
Qui ne lui donnassent la miche '.
Frère Philippe eût été riche S'il eût voulu. Tous les petits enfants Le connoissoient, et, du haut de leur tête,
Us crioieut : Apprêtez la quêtb !
Voila frère Philippe. Enfin dans la cité
Frère Philippe souhaité Avoit force dévots , de dévotes pas une ,
Car il n'en vouloit point avoir.
Sitôt qu'il crut son fils ferme dans son devoir, Le pauvre homme le mène voir Les gens de bien, et tente la fortune. Ce ne fût qu'en pleurant qu'il exposa ce fils.
Voilà nos ermites partis ; Ils vont à la cité , superbe , bien bâtie ,
Et de tous objets assortie :
Le prince y faisoit son séjour.
Le jeune homme, tombé ûe& nues, Demandoit : Qu'est-ce là 7 — Ce tout des gent de ofiur. ... — Etlà?...— Cesontpalais...— lci!...^Cesontstatties.. — Il considéroit tout, quand déjeunes beautés
Aux yeux Ti6, aux traits enchantés, Passèrent devant lui. Dès-lors nulle autre chose
Ne put ses regards attirer.
Adieu palais, adiea ce qu'il vient d'admirer. Voici bien pis , et bien une autre cause D'étonnement.
l\avi comme en extase à cet objet charmant ,
« Kiprcwion proverbiale , pour dire qu'il y avoit très peu penoones qui ne lui fissent l'aumône, tJiie Miche est un d'ime ou deux livret.
CONTES ET NOUVELLES
Qa'est-ce là , dit-il à mm père,
Qtû porte un si gentil habit ?
Comment l'appelle-t-on ? Ce discoors ne plut guère
Au bon vieillard , qui répondit :
C'est un oiseau qui s'appelle oie.
O l'agréable oiseau ! dit le fils plein de joie. Oie ! hélas ! chante un peu , que j'entende ta voix !
Ne pourroit-on point te connoUre ?
Mon père , je vous prie et mille et mille fois,
Menons-en une en notre bois,
J'aurai soin de la faire paître.