‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 135 sur 670 · NOUVELLE TIREE DE MACHUVBL · texte numérisé non relu

NOUVELLE TIREE DE MACHUVBL

Au présent conte on verra la sottise

D'un Florentin. U avoit femme prise.

Honnête et sage, autant qu'il est besoin.

Jeune pourtant, du reste toute belle :

Et n'eût-on cru de jouissance telle

Dans le pays , ni même encor plus loin.

Chacun i'aimoit, chacun la jugeoit digne

D'un autre époux : car, quant à celui-ci ,

Qu'on appeloit Nicia Calfucci,

Ce fut un sot en son temps très msigne.

Bien le montra lorsque bon gré, mal gré,

n résolut d'être père appelé;

Crut qu'il feroit beaucoup pour sa patrie

S'il la pouToit orner de Calfuccis :

Sainte ni samt n'étoit en paradis

Qui de ses vœux n'eût la tête étourdie ;

Tous ne savoient où mettre ses présents.

n consultoit matrones, charlatans,

Diseurs de mots, experts sur cette alEaire :

Le tout en vain ; car il ne put tant faire

Que d'être père, il étoit buté là ,

Quand un jeune homme , après avoir en France

Etudié, s'en revmt à Florence ,

Aussi leurré* qu'aucun de par-delà;

Propre, galant, cherchant par-tout fortune,

Bien Eût de corps , bien voulu de chacune.

Il sut dans peu la carte du pays ;

Connut les bons et les méchants maris.

Et de quel bois se diauffoient leurs femelles ^ ,

Quels surveillants ils avoient mis près d'elles ,

Les si, les car, enfin tous les détours;

Comment gagner les confidents d'amours ,

* C'est-à-dire d'une comédie en cinq actes de Ifacbiarel . intilulée la Mandragola. Voyez Opère diNichoh Maehiavflli, ISIS.in-S». t. V.p.e9-I30.

• Terme de fauoonnerie , qui veut dire bien dressé : il sigiûfie ici rusé.

s Expression proverbiale , poor dire quelle étoit leur conduite , ou ce qu'elles étoient capables de foire.

Et la nourrice, et le confesseur même, Jusques au chien : tout y fait quand on aime; Tout tend aux fins, dont un seul iota N'étant omis, d'abord le personnage Jette son plomb ' sur messer Nida Pour lui donner l'ordre de cocuage.

Hardi dessein! L'épouse de léans*, A dire vrai , recevoit bien les gens ; Mais c'étoit tout ; aucun de ses amants Ne s'en pouvoit promettre davantage.

Celui-ci seul , Callimaqne nommé, Dès qu'il parut fut très fort à son gré. Le galant donc près de la forteresse Assied son camp, vous investit Lucrèoe Qui ne manqua de (aire la tigresse A l'ordinaire, et l'envoya jouer.

n ne savoit à quel saint se vouer.

Quand le mari , par sa sottise extrême , Lui fit juger qu'il n'étoit stratagème , Panneau n'étoit, tant étrange semblât, Où le pauvre homme à la fin ne donnât De tout son cceur, et ne s'en affhblât. L'amant et lui, comme étant gens d'étude, Avoient entre eux lié quelque habitude ; Car Nice étoit docteur en droit canon : Mieux eiH valu l'être en autre science. Et qu'il n'eût pris si grande confiance En Callimaque. Un jour, au compagnon Il se plaignit de se voir sans lignée. A qui la faute? il étoit vert galant, Lucrèce jeune et drue , et bien taillée.

Lorsque j'étois à Paris, dit l'amant, Un curieux y passa d'aventure.

Je l'allai voir : il m'apprit cents secrets, Entre autres un pour avoir gcnitnre; Et n'étoit chose à son compte plus sûre. Le grand Mogol l'avoit avec succès Depuis deux ans éprouvé sur sa femme : Mainte princesse et mainte et mainte dame En avoient fait aussi d'heureux essais.

Il disoit vrai : j'en ai vu des effets. Cette recette est une médecine Faite du jus de certaine racine.

Ayant pour nom mandragore ; et ce jus Pris par la femme opère beaucoup plus Que ne fit onc ^ nulle ombre monacale D'aucun couvent de jeunes frères plein : Dans dix mois d'hui^ je vous feis père enfin

' Expression proverbiale , pour dire forme un dessein.

> De ce logis , de ce lieu4à.

^Jamais.

i D'ai^urd'hui.

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